mercredi 18 décembre 2013

Fiber heart, bonne nouvelle.

Tout d'abord, à propos de coeur, une bonne nouvelle, Dehors est revenue.

Dehors est une amie qui écrit des poèmes. J'aime presque tout de ce qu'elle écrit. C'est un peu difficile d'abord si on le prend du côté intellectuel, mais il faut ouvrir son coeur et écouter la musique.

Ses poèmes sont rares et il faut savoir les cueillir. Je connais un peu sa vie, et cela fait longtemps qu'elle est habitée par son chant, qui peut prendre des formes très variées. Elle plie le néologisme et l'orthographe à son flux créatif, plus elle se lâche, meilleur c'est. (Comme le reste et tout le monde, me direz-vous).

Bref, j'ai décidé de faire un lieu pour certains de ses poèmes, qu'elle m'a donné la permission de publier. J'en suis très touchée et je l'en remercie.

C'est

mercredi 27 novembre 2013

Orliinz, Baby

Parodiant et citant une tartine d'Olivier Baudu, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'à Orléans, il ne se passe pas grand-chose.

Et pourtant, en allant faire un tour par ici, vous pourrez constater qu'il n'en est rien, ou presque. Peu s'en faut que ces chenapans me donnent l'impression d'un volcan qu'on croyait renaître etc.

Je sais qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, mais vous non plus. Alors en regardant cela, par exemple vous fait quoi ?

dans chrome, on peut zoomer... :p

" Le Labomedia a contribué massivement à l'éveil culturel de la population Orléanaise en lui offrant une exposition... que dis-je ? un véritable festival d'art numérique intra muros dont les quelques témoins accusent encore une tachycardie préoccupante.

En effet, ce matin, Philippe s'est fendu d'une performance multimédia hors du commun en déambulant dans la ville munie d'un système de surveillance pixelisé à l'acrylique (painted by Maria Roland). "


C'est un truisme mais tout de même, cela me scie de voir à quel point l'art des marges est poussé au fil des années par une force centripète jusqu'à être, non pas seulement amené vers la zone des préoccupations qu'on réalise, ou "compris" intellectuellement, mais assimilé au point qu'il ne constitue plus qu'une (mais pas au sens péjoratif) pratique d'initiation.
Ce que veux dire par là, c'est que cela me fait drôle de les voir faire spontanément ce que faisait Esther Ferrer, ou l'autre là, qui roulait une grosse boule dans Munich. Version 2013, dialogue avec l'espace surveillé par la caméra.

Rien à voir, mais, ailleurs, dans l'indifférence générale, un éventuel portique de contrôle des poids lourds ou quoi que ce soit d'autre, mais sans son autoroute...

source F6MIG


Bon, voilà... Au fait, saviez-vous que les étoiles de mer ?

lundi 11 novembre 2013

Autre temps, autre espace

Mes œuvres avancent en ordre dispersé, parce qu'il y a une grande partie du temps où "elles se font" qui est un temps où je ne les fais pas.
Elles se font en moi tandis que je suis loin d'elles, et lorsque j'y reviens, j'exécute.

Les créateurs trouveront cela évident que leur œuvre ne fasse pas appel en eux à ce qu'il y a de rationnel, qu'on planifie, qu'on déclenche, et qu'on réalise en suivant des étapes, mais à ce qu'il y a de plus intime, de profond et de personnel, d'émotif.
Et non pas pourtant de complètement irrationnel, au sens péjoratif que nous avons fini par donner à ce terme. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, mais il ne s'agit pas là que d'une opposition de pure forme, et le mot " connaît " doit être entendu ici dans ses deux sens.
Non seulement il n'a pas de prise sur les décisions du coeur, c'est le sens que nous avons par exemple dans le vocabulaire du droit : " La loi française ne connaît pas telle notion".
Elle ne peut structurellement donc pas s'en saisir, ce qui est le fondement du droit, qui contrairement à toutes les autres idéologies, et c'est ce qui le rapproche le plus d'une science exacte, tient à définir ce dont il parle dans le même univers de croyance que ce dont il parle.

Le droit constate l'impossibilité d'inclure, d'intégrer la notion, il la reconnaît hors de son champ, mal définie "en son espèce par ce dont il dispose en un même champ pour la définir", et transforme cette distance en écart moral : il s'interdit de traiter la chose. Salutaire précaution dont se dispensent bien d'autres professions.

Mais aussi dans le sens " est tenu à l'écart " des desseins du cœur . Et c'est cette rancune qui lui vaudra le côté péjoratif. Les processus d'essai/erreur du cœur ont une logique " interne ", " parfaitement convenante" (au sens où Bimbenet a pu dire comme Semillade qu'une mouche est aussi intelligente qu'un être humain), n'ont que faire du regard a posteriori de classements qui se prennent pour de l'intelligence alors qu'ils ne sont que du langage.
Ils se prennent pour une introspection, une dissection cartésienne du monde qui confineraient à l'éclairement, alors qu'ils ne rajoutent qu'une couche de jargon.

Il y a donc des choses qui attendent, depuis des mois ou des années que moi, leur glorieuse créatrice, parvienne enfin à l'endroit d'où je pourrai découvrir le stade ultérieur de cette œuvre. Comme on arrive au point de vue sur la côté, d'où on peut admirer un panorama. Alors on s'arrête, on regarde, et le regard boit ce qui nous amènera suffisamment de savoir pour aller à l'étape suivante.

Évidemment, j'avance donc au milieu de mon monde. Les créateurs ont inventé depuis longtemps la réalité augmentée, ils vivent en son sein. Plutôt que de labourer jusqu'à l'épuisement pour tarir les maigres ressources de la réalité rationnelle, et obtenir fièrement les sales moissons de l'industrie mécanique, les créateurs préfèrent donner au temps les moyens de fleurir leurs chemins du monde, le temps de laisser épanouir, bourgeons, floraisons, treilles, pampres, où l'esprit pourra à nouveau ensemencer et fertiliser le monde dans la paix et la joie.

La rationalité " productiviste" stérilise le monde en répandant sur lui des pesticides intellectuels, ce sous le prétexte de ramasser en grand nombre des produits dont nous n'avons que faire, mais plus grave, qui nous empêchent de penser la suite en nous encombrant de schémas insipides.

A l'inverse des termes dont elle aime à se parer, elle ne produit pas, elle détruit. C'est la raison pour laquelle notre monde manque aujourd'hui singulièrement d'avenir, pour laquelle il n'a pas " de suite", parce qu'à force de le déshumaniser, nous avons empêché ceux qui l'auraient pu de penser les nouveaux schémas nécessaires à l'éclosion de nouveaux projets.


vendredi 18 octobre 2013

Comment vivre avec la mort

C'est le titre d'un ouvrage de Françoise Dastur, et j'ai trouvé dans ce texte, notes de lecture d'un autre de ses bouquins la phrase suivante :

" Comme il est vain de faire taire notre angoisse de la mort, mieux vaut la laisser lever en nous, s’appuyer constamment sur elle, s’y ouvrir et être pleinement disponible à son égard. Heidegger désigne par l’être-vers-la-mort cet exister sub specie mortis : vivre à chaque instant sous l’angle de la mort, avec l’infini, l’incommensurabilité de la mort en soi-même."

Cela me rappelle ce que disait Daniel Arasse de l'usage de la perspective géométrique dans l'espace pictural de l'Annonciation italienne, à savoir que cet usage s'articulait avec l'entrée, non de l'infini dans le fini, mais de l'incommensurable dans la mesure.

Et de faire mention que le pendant de l'Annonciation est bien cette sorte de " corpus" constitué de la passion et ses épisodes, qu'on peut réduire à un système bipartite comme l'Annonciation, constitué de la crucifixion et de la déploration.


Je me prends à penser parfois que le mouvement de recul de la Vierge n'est pas dû seulement à l'irruption de l'ange ou à une hésitation devant l'engagement, mais aussi à la vision ouverte de l'issue de ce dont elle acceptait le commencement et par le commencement, cette entrée en soi-même.


Comme s'il y avait irruption, par le négatif de la promesse d'éternité, et en ce négatif, de la prise de conscience la plus aiguë de la finitude.  Et pour citer encore Arasse, " du contenant dans le contenu".

mardi 15 octobre 2013

Automne

Trouvé ici cette phrase :

« Les grands désillusionistes, de Flaubert à Freud, ont mis en temps utile l’homme à nu..Mais qui lui remettra aujourd’hui les habits qui conviennent ? Comme l’ironie de Flaubert a merveilleusement réussi à pénétrer jusqu’ au cœur social d’un être humain !et comme elle est désemparée maintenant, l’ironie, la grâce critique d’un temps passé et racontable, face aux cicatrices durcies de nos paradoxes ! »

C'est le froid de l'automne, qui nous perce jusques au coeur. Je reboucle parfois sur de vieilles rancoeurs rousseauïsantes. Éviter la pratique de l'art, passer au large, le fuir même, comme les mauvaises fréquentations. N'empêche, ça m' adonné envie de relire Flaubert.

lundi 14 octobre 2013

Dialectice

Je me retrouve assez dans ce mode de narration, fluide. Trop peut-être, mais dans cette incapacité à saisir des souvenirs en fuite, à les organiser, à leur mettre des dates ou à en tirer quoi que ce soit, parce que comme il dit, cette " expérience oblique de la réalité " témoigne de l'irruption de la vie intérieure, comme un flux qui inonde sans cesse la toile, ne laisse à peine qu'une seconde de répit, lorsqu'on saute de côté des rails crissants, pour sauver sa peau, et que finalement, il n'en reste rien.

mardi 1 octobre 2013

Vla le choual de plastique, maintenant

J'avais déjà eu l'occasion d'évoquer la tendance à l'hénaurmissime qui s'était emparée de l'art contemporain, et j'en trouve ici une amusante radicelle ici, avec de discours édifiant :

"
Paris La Défense : le premier quartier d’affaires d’Europe, à l’épicentre du Grand Paris (vivement les répliques, qu'on en finisse)

- La Défense, épicentre du Grand Paris, mêlant intensité architecturale et humaine, en perpétuel mouvement (les travaux, quoi)
- un musée d’art à ciel ouvert proposant plus de 60 œuvres monumentales, parmi lesquels : Calder, Serra, Miro, Morellet, Takis, Agam...
- un espace urbain en effervescence : 150.000 salariés, 1.500 entreprises, 450.000 visiteurs par jour 
- un lieu d’exposition emblématique, le Cnit, devenu Grand Palais moderne 

" pour une édition 2013 des plus ambitieuses "  (au niveau pognon, sans doute)

Pour sa deuxième édition, Art DTC sera rythmée par de nombreux temps forts :
- une soirée de Preview le 18 septembre 2013 à 20h et un vernissage d'exception le 19 septembre 2013 à 19h30, ponctués de nombreuses performances artistiques (faut-il le préciser), en partenariat avec Le DTC

Soirée Fondations d’entreprise du 20 septembre 2013

Art DTC consacrera plusieurs temps de rencontre et de débat à « l’art de la démocratie », rythmée en particulier par une émission en direct de la foire sur radio DTC suivie d’une soirée où sera notamment présenté un des programmes les plus ambitieux de la Fondation de France sur la question. Sera convoqué comme exemple majeur l’expérience pérenne – et réussie – des Nouveaux commanditaires sous l’égide de la Fondation de France, avec une intervention de son instigateur, François DTCs.

La soirée sera l’occasion de siffler du champagne entre exploiteurs tables rondes réunissant les principales fondations d’entreprise soutenant l’art contemporain afin d’échanger sur l’enjeu de leur action au sein de la société civile.

Les résultats d’une étude inédite, conduite par un cabinet d’audit et de conseil en stratégie d’entreprises, (nan arrêtez de rire, c'est pas sympa pour les consultants encravatés qui vont vous expliquer comment faire du fric dans le monde de l'art) sur un thème lié aux engagements des entreprises à travers l’art contemporain, seront présentés au cours de la soirée. 


Devenez partenaire et rejoignez le "Cercle Art DTC"

Rejoindre le "Cercle Art DTC", c'est prendre part ou associer son image à cette saloperie mercantile ce temps fort du marché de l’art parisien. Pour nous rejoindre, cliquez ici.


Art DTC : la foire d'art contemporain de Paris La Défense, résolument connectée au monde des ordures de l’entreprise et des institutions

Une reconnaissance des enculés mondains de la sphère professionnelle événementielle venant valider le positionnement original (c'est à dire, de dos )et porteur d’Art DTC  une foire résolument orientée vers le monde économique et ses principaux acteurs.

Je passe sur les désormais inévitables anglicismes à la "Paris Fashion Week", ça ne se remarque même plus dans le buzz ambiant, la " preview" déjà notée par certains pour la foire de Bâle-Baal, mais je conserve le lien avec l'entreprise. On n'est plus ni amateur d'art, ni collectionneur, ni mécène, on est désormais " partenaire".

Comme le montre bien l'affiche, Baal règne en maître, et il prépare son fouet circulaire pour les désobéissants.  Moi j'emmerde je vomis les tas de plastique roses qui plaisent aux industriels, fussent-ils géants, et en forme de choual. Timeo leur enfer chimique, et dona ferentes !

Tu fais gros, tu fais cher, coco, les chefs d'entreprise aiment ça quand on amène ton oeuvre en hélico sur le parvis de la défense, ça jette, ça fait baver dans les bureaux, là-haut.

mardi 24 septembre 2013

Esprit, es-tu là ?

Je poursuis ma plongée dans l’œuvre de Lawrence Weiner,

Sinon je viens de commencer l'Art Impossible, de Philippe Dagen. Cela date d'une dizaine d'années, le temps de voir ce que sont devenus ses propos dilués dans la bière et le champagne londoniens.

Si on se dit que l'art admiré par ces gens a été produit pour eux, il faut admettre, en transposant le schéma, que nous, artistes de la campagne de France, promoteurs des idées de la décroissance, produisons avec nos oeuvres textiles un art qui correspond à cette catégorie de la population.

Nous créons donc les œuvres représentatives de certains individus prônant la décroissance en Bretagne en l'année 2013. Amusant. Et pas complètement déplacé. Après tout nous privilégions les matériaux naturels, et à aimons à représenter des fashion victims, les femmes opprimées...

Cela colle aussi avec notre tendance à revendiquer comme moyen d'expression les techniques traditionnelles, depuis le filage et le tissage jusqu'à la broderie. en suivant cette grille, c'est l'art du Larzac, comme on a celui de St Acheul, à peine plus âpre :D

Extrait de l'eau et transporté vers les étoiles

 Donc pour revenir à Weiner, plus je côtoie son œuvre et plus je suis étonnée de cette étiquette de " conceptual art", qu'il semblerait qu'on lui ait accolée. A juste titre, puisque ce qui est " passé dans l'histoire" ne peut plus être saisi autrement que comme un fait historique. Inutile d'en discuter la pertinence.


Mais bon, on a le droit d'en discuter en revanche les aspects archéologiques-du-savoir, à savoir ou bien c'est à dire ce que cela dit de la conception du " conceptuel" dans l'art, si tant est que le conceptuel dans l'art soit assimilable à la notion, ou pire à l'énoncé d' "art conceptuel", et beaucoup s'en faut.

Depuis, j'ai trouvé une interview au cours de laquelle Weiner semble dire à son interlocuteur que ce dernier " aime beaucoup " le mot de " conceptuel ", mais que Weiner, lui ne s'y retrouve pas tant que ça.

Mis sur l'eau en dessous des étoiles


Or donc disais-je l'art de Lawrence Weiner a côtoyé les plaques de fonderie des bascules pour les poids lourds dans les usines, des inscriptions de dimensions importantes en ferraille, des saignées dans la terre etc. il n'y a parfois rien de plus lourdement matériel que ses œuvres alors pourquoi serait-il  " conceptuel" ?

Peut-être parce qu'il est un des premiers à avoir franchi le seuil où il fallait plus, beaucoup plus de médiation. Où le discours devenait sensiblement une nécessité de l’œuvre et non plus un accessoire. Comme par exemple verser de la peinture, ou pourquoi prélever un morceau de lino.
Mais était-il besoin d'expliquer que les "many colored objects..."  concernaient aussi les briques de support du mur ?

Peut-être également parce qu'il y avait toutes ces idées associées à l’œuvre, et qu'il fallait les expliquer également. Comme par exemple que les gens emportent une partie de l’œuvre sous leurs pieds. Mais était-il besoin de dire que cela balisait la ville, et que cela renvoyait aussi à cet artiste qui promenait une grosse boule dans les rues de je ne sais plus quelle ville allemande ? Encore plus, sans doute.

Le geste de faire rouler une grosse boule, comme le scarabée, ça se passe d'explication. Mais il me semble que faire remarquer au spectateur tout ce qui se passe à cet époque, et comment l'art circule dans la ville et dans le territoire pour le baliser, c'est important aussi.

Donc conceptuel " avec objet", et non pas " sans objet", comme la manœuvre consistant à faire fermer le Louvre deux minutes plus tard, sauf à considérer que c'est le musée entier avec son contenu, qui est saisi en tant qu’œuvre offerte deux minutes de plus au public.



Cela me pousse à reprendre mon esquisse sur les catégories de relations de l'acte artistique * :

A - Les cercles de personnes : moi, les autres, le monde

B - Mon rapport au monde peut être appréhendé aussi via

  1. Les cercles de concepts :
  • La culture : ma culture personnelle (initiale, puis continue), insérée dans ma culture collective (initiale, puis de contact)

  • Liés à l'art : ce que j'assume / ce que je n'assume pas (consciemment ou inconsciemment dans les relations :

         - avec les artistes passés, les œuvres passées (avec ou sans objet), les courants passés

         - avec les institutions artistiques (marchés, prescripteurs, institutions, structures d'éducation)

Mon rapport aux courants passés l'est en fait à leur instance présente, ce qui les rattache non plus seulement au monde, mais à moi-même, puisqu'ils peuvent aussi être appréhendés via mes rapports :

- personnels à mon œuvre : à l'objet (présent ou absent) créé, à ses conditions de création, à mes obédiences conscientes et inconscientes, à mes rejets conscients et inconscients.

Il me faut maintenant voir comment ces conditions fonctionnent sur la création de divers moments de l'art. Commencer peut-être par baliser avec de gros repères, puis affiner.

Mais bon, je n'aurai pas trop le temps. Je viens de mettre la main sur une collection de BAM des années 90, et je vais me faire une autre plongée là-dedans.

* Lorsque j'opère ces découpes, elles sont signifiantes. Avec le temps, lorsque je reviens dessus pour les publier, j'ai la sensation étranger d'un " coup d'épée dans l'eau". Non pas qu'elles ne soient pas pertinentes, et lorsque je les reformule, elles fonctionnent encore. Mais en fait, une fois le livre refermé, l'eau se referme.
Je n'ai rien ouvert de définitif; rien séparé.
Certes, tout cela est vrai, et alors ? Sur la réalité, c'est inopérant.  Enfin disons, inintéressant. On s'en fout. Donc je le garde sur l'étagère des performances. Ah ah.

jeudi 19 septembre 2013

Yoga par ci, yoga par là...

La position des Trois Mauge.



 Quand je disais " Le sang a forme d'homme, on ne peut le nier", je voulais dire ceci :


 Et c'est indéniablement la même structure de pensée qui a présidé à la construction de cela :


 La position des " 3 Mauge " reste valable quel que soit le support et le type de représentation.

mardi 6 août 2013

Chounette, le retour de l'art contemporain.

Je l'avais entendu sur Fc à propos d'Alias Ali, j'ai retrouvé son blog par hasard, à Frédéric ROUX.

A propos de retour de l'art contemporain, je regrette d'avoir raté ceci à l'époque. Cela fait toujours rire, mais c'est meilleur quand c'est frais. On doit en trouver cet été, ça me donne envie d'en ouvrir une collection moi, tiens.

Où les (presque) baleines vont mourir

Là je n'ai pas fini de souffrir

Entre les biscuits et la fin de la grossesse,
Au près serré le long de la chute
J'hésite à tirer un bord.

Commençons.

Tobie le psychanalyste éternel, et Ichtya le finisseur de noyaux.




Du champ du gré
Au Luxembourg, seuls pourront se parer de ce titre ceux à qui le ministère aura délivré la patente.

Tenir encore 7 jours après la mort (Avec la mort)

Avant que je manque à la famille.

J'ai les genoux serrés dans la chaleur

J'ai reconnu le retour.

L'éternel a quatre pattes.

Voir le chemin tracé par le chant qui guide dans le bruit du chaos.

La main sur la rampe, je vois le sentier disparaître dans les vieilles ronces.

J'hésite à m'y engager. Mais le soleil est bas sur l'horizon. Bientôt, si je veux faire les premiers mètres de jour, ce qui serait plus prudent, il faudra choisir.

mardi 30 juillet 2013

Matin d'orage, magic garden



Après l'orage du matin, nous voilà partis sur le chemin derrière la maison.


 

Quelques fleurs solitaires accrochées au pignon. Comme elles je suis seule au milieu de tous. Des fleurs du genre à s'accrocher derrière l'oreille, mais elles sont trop haut.

Et là, tapi derrière l'allée des perles blanches, et on se mouille partout pour y aller, tant tout est encore plein de gouttes, le paradis inattendu, explosion d'hortensias blancs.



Un petit faune et sa flûte nous accueillent dans un des carrés.


Et celles là, elles sont magiques. Quatre pétales blancs en losange, deux grands et deux petits imbriqués, et en leur cœur un minuscule pistil turquoise à défaillir. Tout un buisson de ces gemmes impalpables, éclatant sous le scintillement des gouttelettes.



Les voilà, dans un bouquet de leurs sœurs fanées.


Des petits bassins mangés par les mousses, l'air est doux, et on s'attend à voir une nymphe traverser le bosquet.

Je ne sais pas si ça se voit mais les rose et vert tendres de ces choses sont inimaginables de douceur.



Encore les hortensias.



Encore les fleurs magiques...


et un petit bonhomme, sans doute le gardien des lieux.


Il a bien fallu sortir du paradis pour aller dans un petit coin que les enfants appellent "le marais", et qui a lui aussi quelque chose de premier, une immobilité des eaux autour de pierres rondes...


Au retour on a retrouvé le sentier qui mène au Trou du Diable, brrrrr.


So many pieds de maïs, so few sentiers...

Après ces orages qui m'avaient presque épuisée, j'ai dû encore traverser une sorte de tempête de sentiments contradictoires. Bercée à l'unisson de cette belle émission, donc. Avec Stéphane Barsacq qui parlait de Cioran.

Un peu agacée tout de même par ce mouvement inconscient de l'animatrice l'empêchant de se détacher du politiquement correct qui veut qu'on à vende la vie et donc, " tout de même ", l'enjoignant de ne pas adhérer à ces idées de suicide, enfin, allons...

J'ai aimé quelque chose comme " ne plus avoir pour la vie qu'une froide mémoire et un regret poli". Avec la route qui défile, c'est parfait.

Bref, peu importe, j'étais seule. Encore dans le déchirement de la rupture, comme à chaque fois, la proie alors d'une solitude dernière. Clairement établie, par l'habitude, maintenant.

Clairement établis ces deux blocs que je considère de haut, perspective divine, et que je vis attachée par les poignets, entre ces deux blocs, suspendue dans le vide.
A gauche une solitude absolue, et pourtant vécue au milieu d'eux. Ils me sont étrangers. Phénomène bien connu..
Et à droite une solitude due à leur absence, et pourtant relative, donc, sélective. Sécative. La solitude de la fleur coupée.

Et deux autres blocs encore : Derrière, le manque, qui mord. Du domaine du sensible, du proprioceptif. Comme la faim ou la soif.  Et devant moi la liberté retrouvée.

La liberté conquise par cette lutte : avoir réussi à faire d'eux, au moins en partie, les étrangers qu'ils étaient par nature.
Le manque comme source de la solitude relative, comme un fil qui se distend infiniment derrière moi au fur et à mesure que la voiture roule et avance, enroule le film du paysage devant moi, que s'estompent les images de fleurs blanches, de leurs silhouettes disparaissant, s'effaçant des souvenirs de fleurs, devenus photos.

Je ne suis plus victime de ces quatre blocs, je les vois distinctement, je les isole, ils ne sont plus moi, mais seulement des composantes de mes émotions. Je peux m'y rouler à nouveau, à volonté. Mais pas trop car si une chanson d'amour me surprenait au milieu de la roulade...
Alors l'ombre me froisserait à nouveau comme une feuille de papier et me jetterait au feu, qui ne ferait de mon cœur  qu'une étincelle.

Un kilomètre après l'autre, descendre de la voiture. Puis il faudra mettre un pied devant l'autre, pousser la porte et parler.
Passer en un instant d'une solitude à l'autre. Celle qui ne permet pas de répit, sinon à rembobiner le film du jardin, et celle qui ne le monnaye qu'au prix d'une dilution en l'autre.

Lorsque mon pied se lève pour quitter mon théâtre intérieur, lorsqu'il se pose pour aborder à l'autre, entre ces deux instants, j'ai peut-être senti vaciller un moi, dans le choix que j'ai eu, ou pas eu.

Dans la décision de quitter un non-moi pour un autre, dans cette décision où je ne peux m'installer, seule brève sensation d'une absence aux deux modes de la présence à ce qui n'est pas moi, et fatiguée de retomber de chaque côté de la crête.

Pressée d'y retourner, sitôt les yeux fermés, pour y être enfin seule.

Et demain, tenter de me retrouver.

Construction du réel (comme dans "la construction de l'ennemi")

Cette émission (Laure Adler, France Culture) rejoint une autre, mais de cette dernière je ne sais si je l'ai mentionnée, qui parlait du déclenchement des révolutions.

On y disait comment un peuple peut supporter indéfiniment un état de joug ou d'esclavage, disons aussi longtemps qu'il ne s'est pas trouvé un idéologue pour mettre en formules cette souffrance, afin en quelque sorte de pouvoir la symboliser, la représenter dans la mise en mots.

On retrouve dans les propos de Slavoj Zizek, philosophe slovène, des commentaires et illustrations d'une idée présentée comme Lacanienne que le réel ne fonctionne (comme réalité) qu'une fois qu'il a pu être symbolisé. (J'ai parfois repensé au Paulhan des Fleurs de Tarbes).



On comprend aisément que ce mécanisme de construction, vu cette fois du côté de ses lacunes, de ses ombres provenant de la contre-forme, peut engendrer un déni de réalité.



C'est ici que grâce à ce que Lydie m'a dit des travaux de Kühn, je peux réintroduire la psychanalyse, ou plutôt le peu que j'en connais.


L'idée serait de dire qu'on peut transposer le modèle de la personne unique à un groupe social, et étendre le malaise du déni de réalité à une population, et une époque.


Dire par exemple que notre époque serait comparable à une période de guerre, si traumatisante que malgré les évidences que nous avons sous les yeux, celles-ci ne  forment pas pour le groupe social un "réel collectif", non intégré comme une réalité extérieure, cette distorsion générant un malaise grandissant et impossible à dissiper.

Comme un joueur compulsif qui s'endette, en pensant toujours se refaire plus tard, comme un mauvais commerçant qui s'entête en rêvant à des lendemains qui chantent, de même une mauvaise société refuse de voir les leçons à tirer de ses erreurs par peur des changements qu'il faudrait préparer, entretenant via ses media l'illusion toujours plus impossible à soutenir contre la réalité, que tout va bien, qu'il suffit de garder le cap et qu'on va s'en sortir dès que le vent de la chance tournera.

Ce qui explique qu'au lieu de pouvoir gérer les migrations dans une sérénité disposant de ressources, on se retrouve dans une situation de " pompiers", gérant les changements nécessaires par crises et révolutions.

Hélas ce n'est pas aussi simple car pour circonvenir le déni de réalité, faut-il de prétendre pouvoir définir ce que serait une " réelle réalité " contre laquelle la précédente ferait défaut.
Devant cet obstacle, je passe la main, et je ne conserve que ce questionnement de la validité des transpositions de l'individuel au collectif dans l'analyse. Ou pour être précis, de la pertinence de prendre le sujet comme unité de compte du groupe, étant donné le peu que nous connaissons du premier, et que nous n'analysons le second qu'en termes de langage.

lundi 24 juin 2013

Musique, danse, théâtre

J'ai entendu l'autre jour sur France Culture une émission sur le " Stride". C'est un style de piano des années 1920 développé aux USA.

Ce que je veux dire est que le pianiste était capable de jouer plusieurs versions, " à la manière de", et surtout, que lui et le journaliste tombaient d'accord pour dire combien on entendait dans cette façon de faire les accords, l'influence, d'un pianiste et compositeur précédent.

En ce qui me concerne, si j'aurais pu vaguement qualifier cela de " ragtime", j'aurais été bien incapable de rapprocher la version simple de celle comportant des fioritures, etc.

Il y a tout de même là quelque chose de fondamental dans la différence par rapport aux arts plastiques. Je pense que telle personne qui est incapable de nommer les peintres ayant exécuté deux Vénus peut montrer du doigt les similitudes visuelles entre les deux tableaux. Elle les voit
Les similitudes entre les deux morceaux, je ne les entends pas.

L'absence, dans mes billets, de mention à la musique, à la danse et au théâtre n'est donc pas due à un mépris dans lequel je tiendrais ces arts, mais à une ignorance crasse. Cela m'ennuie, compte tenu des hautes ambitions que mes propos ont vis à vis de l'art "en général", mais aussi du fait que le théâtre fut historiquement porteur des thérapies de groupes et autres expériences d'expression populaires telle que décrites dans cette autre émission.
Je vais tenter de combler cette lacune.



Après-midi de pluie

La dernière chose que j'ai faite dans un prince était de discuter les tarifs du gaz avec les producteurs.
Après, nous avons goûté, le prince était triste, j'ai pleuré.

Rêve de fin

Planant au dessus des pierres du temple, la femme du serpent ondulait doucement
Flairant notre présence aux interstices, absente en ses yeux rouges
Nous savions que son odeur de mort pouvait disjoindre les pierres si elle nous découvrait.

Au réveil, il faut poster les justificatifs de domicile avant midi, ou quelque chose dans le genre.

Tous les week-ends
A La Rochelle

Cela permet d'y léser aussi son torse

Etincelles abandonnées

N'ont pas suivi vent
Ne se sont pas déclarées chef
Échevelées filles
Devenues mes femmes
Mince ?

Théorie de la vilenie restreinte

Sarcastique onomastique
je, écho hébété
Rampante bête rousse au sillon avant l'orage
La beauté à l'état infime

Ton pochon gnomonique est tout flasque

L'on sature avant d'avoir atteint l'ossature
C'est cela de chercher, il y a des périodes de mou
Le silence dégénère et les deux font la paire.
Je me retrouve sans le sou à attendre qu'un lundi matin
Ou un lundi soir...
C'est trop dar, mais c'est trop tard
Qu'importe l'ultimatum, l'abolition et les complications
Ablations d'espoirs un jour ou l'autre
Ex-espoirs
Qu'importe l'humidité, dans les placards abandonnés
Apprendre à s'anesthésier, avant l'arrivée de la vérité

Un pas de côté, hors de chaque chrysalide
J'ai peur que cela ne devienne une marche, jour après jour
Une marche oxydée au bord des routes.
Et puis,
Couper à travers le sous-bois.
La vraie liberté, intranchable, qui filtre, la gorge, la faim

J'ai un sommeil de libellule par avance, je fais provision de rien
Je le dépenserai alors, libre de temps, ivre d'espace
Seigneur, éloigne...

mardi 18 juin 2013

Cet art qu'est vivre (Arrêtez la chèvre)

Je sais que je vais passer pour têtue, mais je tiens pour non fermé le débat ouvert par quelques milliers de voix, dont celle de Philippe Dagen.
Il ne s'agit pas de faire du vedettariat, mais de garder comme repère ce contre-chantre.

Le sujet, malgré son apparente simplicité, n'est pas si facile à maintenir. La flamme s'en éteint facilement, et l'on trouve peu de bretteurs, les rieurs tournant vite le dos pour vaquer à des occupations plus sérieuses, et les autres se braquant sur leurs positions.

On me dira que c'est de la conversation de café du commerce, et que c'est pour cette raison que les gens sérieux s'en détournent et passent à autre chose. Je ne suis pas d'accord.

C'est donc parce que suis une petite chèvre courageuse de M. Seguin que je vais affronter ce loup de nouveau. (Oui, je connais la fin de l'histoire).

Je ne suis pas d'accord, tout d'abord, parce que la plaie est béante sous nos yeux. Il suffit de taper " art contemporain " dans Google pour se trouver face à l'art press officielle d'un côté, et de l'autre à pléthore de galeries en ligne offrant à leurs ouailles un strip-tease gratuit.

Là est indéniablement une partie de l'art contemporain. Dans cet étalage proprement quotidien, qui va du dessin d'écolier à la jeune louve aux dents longues qui a déjà à 22 ans une liste d'expos et de partenariats longue comme mon bras, de San Francisco à New Delhi en passant par Genève et le Musée International du couvercle de camembert de St Rambert sur Montalembert.

Je ne me pose pas en tireuse de trait de l'addition, en synthétiseuse de quoi que ce soit. Je ne prends pas position, puisque je creuse.

Ceci dit, j'ai conscience de creuser en terrain glissant. Je sais qu'on va me dire que cela n'a aucune importance que ce soit de l'art ou pas, et pourtant il y en a que ça chagrine que le leur n'en soit pas (je n'en suis pas mécontente de celle-là...), il y en a qui vous disputent le droit de le donner aux autres (le titre) alors qu'ils affirment ne pas en disposer (du droit de disposer du droit de le donner (le titre, bien sûr))

Je sais qu'on va me dire que l'objet n'a aucune importance, c'est le chemin (je le professe moi-même, depuis les années 1950, dans les cuisines des commissariats de Berlin Est), et qu'elles me le diront l'aiguille à la main parce qu'elles ont " les doigts qui les démangent".

Oui, le problème est immémorial, immatériel, et même immoral (là, c'était pour la rime saxonne, j'avoue). N'empêche, mon argumentation est étayée de ce côté là aussi.

Je pense qu'avec tant soit peu d'indulgence, on ne m'objectera pas grand chose si je dis que les débuts de l'art (je réserve désormais les guillemets-pincettes aux cas désespérés), sont liés à l'émergence de ce on-ne-sait-dailleurs-toujours-pas-quoi, qui fit l'humain et ses mains sur les parois, mais en tout cas à la faculté d'objectiver. Quoi ? Quelque chose comme un espace entre soi et le monde, je ne sais pas.

Un peu facile, me dira-t-on, ce fourre-tout. La faculté de représenter, et de se représenter, parmi les autres, parmi l'avenir, le passé, et dans le monde.

Certes pendant longtemps (jusqu'à la Renaissance :), l'expression était liée au sacré.
Facile, tout était sacré.
Mais bon, ceux qui ont traîné leurs guêtres là-bas me comprendront, on ne peignait, on ne sculptait pas à l'époque d'Alta Mira ou de  Göbekli Tepe '"pour faire joli", je pèse ses mots en tonne de pierre (ce qui me fait penser d'ailleurs, au formes kolossales d'aujourd'hui, le retour des menhirs).

On peut adhérer à l'idée qu'il n'y a plus de conséquence aujourd'hui à sculpter un renard. Ni plus, ni moins de sacré. Mais le coyote est passé par là. Les années ont passé, les traces sont là, superposées, et il faut affronter cette réalité.

J'ai du mal à me satisfaire de ne pas affronter l'idée que cela ne sert plus à rien de sculpter un renard, mais surtout parce qu'il faudrait s'en satisfaire au prétexte que c'est moral. Ce qui explique que les gens se braquent.
Examiner la question du sacré est devenue taboue. C'est une belle victoire, et malgré les cris des offusqués, disons-le, c'est une belle victoire de l'idéologie marchande, du veau d'or.

Et pas que pour de triviales questions d'anticléricalisme ou de Juleferrysme. Ou qu'on a peur d'éveiller les raminagrobis qui grattent à la porte.

Parce que le sacré est une dimension d'adhésion individuelle, profondément mobilisatrice de l'être, qui motive des comportements passionnels et des engagements physiques violents. Déraisonnable, si l'on veut, mais qui fait peur au pouvoir laïc.
Or le sacré a été acheté en masse par les religions, qui en ont acquis 90 % du capital, le reste étant éparpillé entre des mains minoritaires, qui vont du sexe au jeu et à toutes les addictions.

Le libéral-consumérisme a réussi à tout arracher des mains des anciennes religions durant le Xxème siècle en glorifiant l'objet marchand, devenu objet de désir. Mais comme l'art résistait un peu, il a fallu le disqualifier par les tentatives que nous avons vu.

Il a fallu l'amener à se disqualifier. Pour cela, il fallait organiser le divorce entre le peuple et sa culture, faire prendre à l'art et à la culture deux chemins divergents.
Il fallait arracher des mains du peuple les techniques d'artisanat (non sans oublier de décerner à quelques acharnés un label de maison des artistes afin de les désigner au porte-monnaie des nantis en quête de reconnaissance sociale, comme on désigne le Juif à la vindicte populaire en soif de vengeance.)

Il fallait réserver la fabrication d'objet non plus à la main, non plus à la manufacture, mais à la machine pilotée par l'électronique, de façon à couper l'humain de ses pulsions créatrices (ce qui a malheureusement conduit, une fois les gens rendus malades par ce manque, à créer des chaires d'art-thérapie pour les leur revendre au sein d'un système de soins qui peine à se montrer dignes des objectifs confiés à ses " business units" malgré le dévouement des agents).
Tout cela, l'industrie l'a bien fait, elle s'est sagement acquittée de sa tâche.


Mais la loge de l'artiste étant désertée, il fallait d'autre part lui trouver un substitut. Il fallait bien perpétuer l'art-pour-les-riches, celui qui permet de montrer aux autres qu'on a acheté cher un vêtement ou une voiture.

Les vedettes des années 70 exposaient des pneus géants qui ne feraient plus lever un sourcil aux gens que ça n'intéresse plus de circuler dans cet " environnement". Mais peu importe. Il faut un objet qui serve de support à la transaction, à l'échange de fric.

Alors l'art, être-Hydrargyre, s'est enfui par les interstices. Il leur a filé entre les doigts. Il est parti dans le conceptuel et la performance. Les villes peuvent se les offrir, ou se les faire prêter, à l'occasion.

Jusqu'à l'implosion ? Et pourtant, ça continue. Il suffit de taper " art contemporain dans Google " etc. etc. Ils continuent. Qui ça " ils " ?

Tout ceux qui éprouvent le besoin de produire, ne serait-ce qu'en étant, quelque chose de différent ou de nouveau. De ne pas laisser les choses en l'état.

Et je les accueille tous. Je veux les faire tous entrer dans l'Arche, comme Noé. Depuis justement le dessin d'enfant jusqu'aux oeuvres kolossales des expositions monumentales.

Les convoquer tous, pour éviter l'ornière de la question :" pourquoi faites-vous de l'art", parce que l'important c'est bien sûr pourquoi en faites vous et surtout, pourquoi le faut-il, pourquoi cette urgence, pour éviter de les séparer par là, par ce mot d'art, pour les avoir tous, au contraire, justement dans une exhaustivité maniaque, pour être sûr que personne ne manque à l'appel, avant de quoi ?
De commencer à ...
Les classer. Pas vraiment intéressant, quoique... Puisque j'ai déjà décrété qu'ils étaient tous à l'intérieur de l'art, du bon côté de la barrière. " Toutes les versions sont possibles, et elles se valent toutes", c'est devenu un lieu commun de la pensée magique du temps.

Si le processus créatif est un geste vers l'autre qui tandis qu'il s'effectue, en appelle à la dimension du sacré, c'est aussi, rien de compliqué là dedans, pour en récuser la version marchande, mais dans sa dimension sociale pure, c'est à dire de ce qu'il est convenu de fournir d'utile au groupe.

Avant de commencer à réfléchir, je vais donc peut-être engranger de la matière, et voir ce qui émerge. Demander à des gens de répondre à la question : "POURQUOI faites vous cela ? "

Évidemment, la difficulté va consister à les empêcher trop de facilité, à ne pas leur permettre des réponses faciles.

Liste des réponses faciles :

Je ne sais pas
Parce que j'aime ça
Parce que c'est joli
Parce que ça me fait du bien
Parce qu'il faut faire bouillir la marmite
Parce que j'ai toujours été fasciné/passionnée par les problèmes de géométrie/couleur...
Parce que ma mère/ mon père était peintre/géomètre et qu'il m'a donné le goût des petits pois/boulons...

Donc, je me mets en mode sondage, et je reviens.

jeudi 13 juin 2013

Convergence multimédia

Vu que je couche avec elle, je peux bien partager avec la vilaine Guillemette une page concernant les publications multimédia.
D'ailleurs, c'est moi la patronne :)

dimanche 9 juin 2013

Chiens aveugles (on applaudit)

De l'art, ou du cochon, comme disait Thiéfaine.

Il est des artistes qui se sont fait une notoriété en reliant leur pénis à leur bouche par un tube. Ils en furent punis, dans un pays hostile à ce genre de pratique.

Leur gloire a grandi du fait de cultiver un côté transgender, et des apparences cross, en habillant et en maquillant un corps qui s'y prêtait, dans un pays qui réprouve ce genre de pratique.

Se peindre en enfant. Trouver un filon, reconnaissable, comme un logo, qui tiendra lieu de style.

D'autres ont ajouté des couches de peinture à des tableaux, mais seulement une fois par jour, mêlant par là  la performance à leur pratique de peintre.

Cela suffit-il à faire de l'art ? Cela suffit-il à faire quoi ?

C'est comme si on disait que les vagues suffisent toujours à atteindre le rivage, puisque la plage est ce-qui-est-atteint-par-les-vagues.

La bonne longueur, pour les jambes, c'est quand elles touchent par terre.

Alors cela suffit-il ? Oui, la preuve, puisqu'ils sont dénommés artistes.

Je suis allée au FRAC de Rennes découvrir l'exposition Ulysses.*

Il faut voir le parcours des migrants. C'est poignant. Ces types font un parcours de milliers de kilomètres avec leurs seuls habits sur le dos, ils déjouent tous les pièges de la police, affrontent les chaleurs du désert et les fureurs de la mer avant d'arriver "chez nous".
Ces gens ont vécu autant que nos "aventuriers", ils ont rusé, enduré, surmonté.

Heureusement, et j'en suis fière pour mon pays, quand ils arrivent ici, on leur dit " Toi qui as franchi toutes ces épreuves, et pour avoir résisté à tout cela, pour avoir traversé à pied des continents sans parler la langue, sans un sou, tu dois avoir une sacrée personnalité, viens, tu vas faire partie des forces vives de la nation.
Viens on va d'abord te réconforter, t'habiller, te remettre d'aplomb, tu dois être fatigué des épreuves d'un si long voyage. Puis on te mettra en contact avec ta communauté, pour que tu retrouves ta langue, tes racines, tes usages, tes chansons à boire. On les aidera à te trouver du boulot"

C'est émouvant, ces paysages de Calabre, et ces collines de Gibraltar, où l'on entend les cigales, et où on devine les migrants, cachés.

Est-ce que c'est de l'art, de filmer des policiers marocains ? C'est un documentaire, mais un peu plus. Pas tout à fait une fiction non plus. C'est entre les frontières, comme les migrants.

Ca se donne à voir, ça se donne à s'accepter comme un témoignage du siècle, quelque chose à monnayer. Il y a les cartes postales avec leur ciel de deuil, qui absorbe tout, qui boit un passé déjà englouti, qui l'absorbe une dernière fois.

Et c'est bien, pour se préparer à la version photo des lieux abandonnés. Des ports. Tout ce qui s'en va de l'époque des épices, des départs, des " arrière-pays", pour devenir des zones désaffectées, des zones de transits de container mécanisés, et des " fronts de mer " pour investisseurs immobiliers.

C'est un tragique basculement qui nous est donné à voir. Depuis un temps qui a encore ses vestiges, des lambeaux accrochés aux rivages, le souvenir des coutumes, des usages, des bordels à marin et de l'hospitalité, hop d'un coup la chaloupe bascule vers les zones de fret, entre les villages déserts. Avec pour espoir les rails de sécurité de l'autoroute transmanche.

Le blues, comme un balai. Tu peux t'en servir pour cette performance de tout repeindre, sous prétexte de balayer la poussière.

Étrangement, on nous avait laissés, enfants, face à face
Tes clairs naufrages sont devenus des yeux de femme
Étrangement, nous sommes restés depuis, main dans la main, nous regardant

C'est marrant parce qu'un peu plus tard, j'ai vu les images de houle dans le film de Manoel de Oliveira consacré au P. Vieira.

Petites billes vertes de cire amère, saupoudrées de sable tiède. En même temps qu'être près du garage, là où on ne sait pas que nous  nous tenons volontiers, un pied dans la flaque fraîche du robinet qui goutte.

Oh et puis après tout, si cela les fait vivre, le temps de leur vie, qu'ils trempent donc leur trompe d'éléphant dans l'encre, je m'en irai déambulant aux grèves, jusqu'à ce que le vent emporte mes souvenirs, ton souvenir, tout.

* Je passe sur le cheval en carton, je vais encore dire des bêtises. Quant au dispositif à leds, si le Frac l'a acquis, je me demande ce que ça donne une fois rangé en réserve après l'expo. Un paquet de transfos entourés de fils... C'est bizarre, tout de même.

vendredi 31 mai 2013

Psychanalyse du social

Je vous recommande chaudement l'écoute de ceci.

Je me demande dans quelle mesure on ne pourrait pas transposer cela au domaine de l'art.

C'est à dire se poser la question se savoir ce qu'il y aurait de congruent entre la démarche d'un individu dans la façon dont il gère sa relation aux autres par le truchement de la création artistique d'une part, et d'autre part la façon dont une société gère en quelque sorte son rapport à l'image qu'elle veut se renvoyer d'elle même, à travers un type de mythe particulier que serait l'Histoire de l'Art.

 Évidemment, la tâche est ardue car il s'agit là d'une analogie, et tant qu'on n'a pas commencé à esquisser la nature de chacun des parallèles pris isolément dans cette perspective, il est difficile définir la relation entre les deux parties, tandis que le thème du tribut de la construction individuelle au groupe est plus largement défriché.

En quelque sorte, l’œuvre serait le rêve du sujet, la critique le décodage psychanalytique, et l'Histoire de l'Art le cadre plus général, le ou les mythes servant à la fois à accueillir les démarches individuelles des artistes, et en retour, fournissant le cadre conceptuel au sein duquel se forge le rôle que l'artiste entend y jouer, lui donnant par là les fameux " possibles culturels "de l'imagination.

Historiquement, je suis partie de L'Empire de l'Erreur, mais juste après avoir lu le Visible et l'Invisible. J'ai alors en quelque sorte posé le regard sur une chose double : l'individu en tant que représentant du collectif, et le groupe considéré comme une collection d'individualités. Sur la valeur de ce double rapport, de cette double chose, chacune des parties se définissant mutuellement. en tant qu'objet d'étude.

 Que vaut l'individu en tant qu'unité d'un groupe ? Que vaut une notion de groupe qui est une collection d'individus ?

Et pourtant, chacun de nous sent comme immédiat que les choses se " fondent " ainsi. Non pas en une sorte de donné de la sensorialité, mais qu'il est difficile d'introduire un acteur tiers, aussi difficile que de dénier leur existence aux deux autres.
Il semble donc que nous tenions là les parties à 100 % d'un ensemble, ce sentiment si réconfortant.

Et la brèche ouverte par Bronner sur le plan de la valeur de l'échantillon individu comme unité constitutive du groupe, disons que je l'ai étendue à ce même dialogue, mais sur le plan psychologique.
 J'ai un peu la même question pour l'anthropologie de l'art. Du côté sociologie de l'art, de ses dimensions politiques, médiatiques, économiques, je comprends.

Mais la signification des productions artistiques dans leur culture d'origine, donc, se heurterait à la question épistémologique : " Qu'est-ce que c'est que l'art".
La  réponse de Panofsky ne me paraît pas complètement satisfaisante. Nous avons donc affaire une fois de plus à une réentrance du langage.
Peut-être, encore une fois, parce que cette définition parle " d'objet", là où je ne vois que des sujets, d'une part, et qu'il lui manque d'être " glissante", dynamique dans le temps, et dans l'espace.
Je veux dire dans le temps des phénomènes qu'elle décrit, et dans cet espace curieux où l'objet déterminé par sa culture la définit à son tour.

Finalement, je n'arrive pas à sortir de cette espèce de bouteille de Klein dont je parlais ici. Je la sentais confusément comme un objet candidat à représenter ce sentiment, et Alain Simon m'a mis le nom sous l'oeil. :)

mardi 28 mai 2013

Esthétique de l'échec

Citation extraite de cette page :
" Dès lors, Weiner présentera indifféremment, la sculpture, réalisée par lui-même (ou par quelqu'un d'autre) ou son énoncé. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que dans tous les cas, un texte exposé par Weiner n'est pas l'énoncé d'un projet, mais la forme textuelle de travaux déjà réalisés. Le texte étant, pour Weiner, la meilleure forme possible, puisque c'est la seule qui permette au destinataire de re-réaliser, ou pas, ce qui est décrit."



Ok, à moi.

J'ai pris le texte des codes logistiques ornant un carton de livraison, je communique ce texte à la planète, et toute personne qui apposera ce texte fondant titre d'oeuvre créera par là cette même oeuvre, à la fois oeuvre nouvelle s'ajoutant à l'oeuvre déjà existante portant ce titre, et tout à la fois oeuvre nouvelle coextensive à la première, ou la précédente, et prenant sa place en tant qu'oeuvre totale portant ce titre.

Dans la mesure où on ne peut vérifier la séquence des pièces ainsi créées, et par là qui augmente l’œuvre de quoi, ni qui détrône qui,  l’œuvre est de facto et instantanément explosée, inconnaissable, et d'ailleurs je ne suis pas intéressé de la connaître.

Tout cela pour dire qu'en matière d'art conceptuel, je suis championne, mais surtout que comme l'a dit Bourriaud avant moi, il tend vers son annihilation.  Non pas l'annihilation de son objet, cependant, comme il le disait, mais vers sa propre néantisation en tant que démarche.
Témoin d'ailleurs la décision de Cady Noland de ne plus exposer. Sans vouloir lui prêter des intentions que je ne connais pas, je comprends assez cette décision dans ce sens.

Attention, d'une part, que celui qui n'a jamais abandonné des sculptures au hasard au bord de la route lui jette la première pierre, je l'adore, Lawrence.

Mais d'autre part, et c'est peut-être une partie de la réponse à la question " Pourquoi continuent-ils ?", que je posais ici,  je me disais en contemplant Many colored objects..., de Weiner, qu'il n'y avait rien de moins conceptuel que cet art.





Je n'ai trouvé que cette image, mais je fais référence à une autre installation, où les lettres courent juste sous le bord du toit d'un bâtiment plus ancien.


Je suis particulièrement sensible au fait que ces mots sont fixés sur un mur fait de milliers de petites briques toutes semblables et toutes différentes. Notamment par leurs teintes, d'infinies nuances. Cet objet (la suite de lettres) est donc enfoncé dans son mur par sa couleur bleu ciel, plus sûrement encore que par les clous.

Et l'aspect d'art conceptuel me paraît s'éloigner. Je suis alors retournée voir toutes les inscriptions de ce type, notamment le tic-tac-toe, et celle qui est sur un phare. Et j'ai pu raviver cette sensation initiée par Many Colored Objects... : c'est du dur, du lourd, du solide.

Je regardais récemment un concert, et la musique n'avait "rien de nouveau". Et pourtant il la produisait avec plaisir, et pour la joie du public.

Il y a donc une pure joie de la réalisation de l'oeuvre, fût-elle du domaine du conceptuel par ailleurs, en dehors de tout renouveau et dans le plaisir de la relation à l'autre.

On peut donc maintenant tenter de " peler", de décoller ce qu'a pu apporter à Weiner le fait de dire que le public pouvait la réaliser, ou pas, ailleurs. (Outre la cause initiale du traumatisme de son œuvre détruite par les étudiants sur le campus, je crois que cela laisse des traces)

Entre le " J'ai fait tout le possible de ce que je voulais ardemment et complètement réaliser " qu'on peut un peu abusivement attribuer à l'art " classique " d'une part, et l'absence totale de motivation qui prolonge le mouvement de l'art conceptuel, se dessine une droite, un axe, sur lequel il faut bien se situer et c'est un des aspects de la prise en charge que j'évoquais.

Il faut bien " reprendre ce fardeau", se le remettre sur les épaules pour continuer d'avancer, ou bien ?

lundi 27 mai 2013

Exercice de démocratie populaire






Cette image pose un petit problème. L'assertion " 6 million people in 110 countries can't be wrong ", notamment.
Hélas si, 6 millions de gens peuvent avoir tort. Fussent-ils 110 millions dans 600 pays différents, on peut enfumer sans problème tous ces gens, leur faire avaler des couleuvres, les persuader du contraire, et les faire lever le bras bien tendu tous ensemble, ça s'est vu.

Quelle tentation pour le marchand que d'appuyer sur ce bouton, jusqu'à défoncer le tableau de bord !

Que faire si le socle de la démocratie, ce sacro-saint plus-grand-nombre, est vesé ? Gerald Bronner a évoqué cette question. Que faire si nous sommes en présence de millions de gens décérébrés ?

Que leur opposer ? Le goût d'une élite ? L'oasis de l'expertise après le désert de la lecture ?

Point besoin de théorie du complot : il est évident que la pente naturelle de qui voudrait étendre son empire marchand consumériste au sein d'une démocratie le conduirait à prendre la précaution liminaire de déculturer les citoyens, afin de mieux s'emparer du système par son propre principe.

Il suffit que le bénéfice des cent premiers clients fournisse de quoi faire de la publicité auprès des mille suivants, que le système s'amplifie, pour que le principe qui veut que ce que tous désirent devienne la loi qui s'impose à tous, ce qui je le rappelle est le fondement de la démocratie, pour que ce principe, donc devienne programmatique pour ce qu'il convient de faire, ce qui augmente en boucle les moyens donnés au publicitaire pour augmenter le plébiscite.

Il suffit de remplacer les outils de conviction destinés à des individus éduqués par des outils de propagande à destination d'ignares !

Je me souviens de ce diffuseur de musique qui m'avouait mettre, en début de mois 5 facings de chaque chanson au catalogue. La semaine suivante, celui qui se vendait un peu mieux * que les autres se voyait offrir une exposition double, augmentant mécaniquement ses ventes. Au bout d'un mois, le titre était présent partout, surtout en tête de gondole, et tout le monde l'achetait. Il entrait alors au top50, et de plus en plus de gens l'achetaient. Il devenait alors le hit préféré des français, tout le monde l'achetait.


Ce qui est coopté par tous est bien, devient le bien, tel est le principe qui n'est satisfaisant que si le niveau d'éducation des citoyens leur permet de choisir. Le grand nombre de cooptations parmi des individus éduqués est un signe de qualité, mais pas si le phénomène est mécaniquement amplifié.

Plus les citoyens seront déculturés, mieux la démocratie fonctionne, puisqu'ils adopteront d'autant plus rapidement le principe directeur de la démocratie, et mieux ils s'uniformiseront.

 * Bien sûr, il suffisait d'aller acheter quelques disques ici ou là pour déclencher le phénomène. Ou d'avoir un ami chez le diffuseur...

dimanche 26 mai 2013

A partir de 1:10

Enjoy !

Un être prosaïque. Une existence prosaïque.

Tête basse, vaincue. Pas humiliée, mais vaincue. Nous n'existons, au sens individuel, que par notre culture et nous ne sommes que ce qu'elle a su faire de nous. Au sens individuel.

" Je " ne suis que le produit de mon éducation. A part cela, rien. Une pulsion de vie, animale.

Ou plutôt les cultures. Car comme pour les vertèbres et la fontanelle, j'ai conservé des vestiges, les strates psychiques de toute l'évolution. Les plus profondes, les primitives, comprimées puis fossilisées, minces et dure comme de l'ambre. Un glacis. J'hésite à y associer le mot " archaïque".

Et plus il y a de culture dans mon éducation, d'autant plus m'est offerte la possibilité de régler les questions de mon rapport individuel aux autres-réalité par l'art, forme d'acquisition et d'expression qui est " en périphérie " de notre psychisme, individuel et collectif.

Il y a un cercle (c'est une sphère, mais peu importe). Il y a un cercle qui s'élargit doucement. Ce cercle est tout à la fois le mien (celui de moi) et celui de ma culture (de mon groupe culturel : "les Incas" et la culture Inca, c'est pareil). "Les Franciliens" ce n'est pas grand-chose, à part des horaires de trains de banlieue.)

Important de voir qu'il s'agit bien du même cercle. Vu que je ne suis que le produit de ma culture, je ne peux être qu'à l'intérieur de ce cercle, il est donc aussi ma propre limite.

Ce cercle, si mon éducation ne m'épanouit pas, je reste dans l'intérieur de sa surface. Je suis " au milieu", dans l'aire du milieu. Je n'irai jamais vers la frontière, ni la mienne, ni celle du groupe. Donc je ne grandirai pas, et je n'apporterai rien au groupe.


Plus mon éducation sera riche culturellement, plus j'irai vers le bord. Je pousserai alors cette frontière du doigt, je pousserai le cercle vers l'extérieur pour l'agrandir. Je serai moi-même plus riche, mais tout le groupe en profitera.
Dans quelle mesure serai-je capable de pousser le cercle ? Dans la mesure (in that extent) où ma culture accepte les avant-gardes. Sa capacité à admettre, à intégrer des innovations est son élasticité.
Plus le groupe a une culture souple, qui intègre les poussées, plus son cercle s'agrandit et plus elle offre à ceux qui l'approchent l'occasion d'une expérience riche.

Vous allez me donner un contre-exemple. Celui de la culture hindoue, où l'épanouissement personnel tient une grande place, tandis que les motifs graphiques de l'art sacré ont été quasi invariables durant des siècles.

L'homme de la Renaissance ne pouvait pas plus peindre avec une touche divisée que celui d'aujourd'hui imaginer ce qui se peint ailleurs ou se peindra dans deux siècles. L'avenir n'est pas encore inventé.
(Mais tout de même, ça me  perturbe que personne n'ait essayé, perseverare diabolicum :)

L'homme de chagrin (Is. 53 KJ21 ),
Un mètre au dessus du monde, et le Kala Mukha

lundi 20 mai 2013

Soutien logistique

Ce billet fait d'une pierre deux coups.
Destiné à égrener quelques généralités sur le monde de l'art en général, et à encombrer plus encore celui des réflexions sur l’œuvre en particulier, évitant soigneusement la musique, la danse et l'art dramatique, il sert également à soutenir le propos de ce billet, en lui adjuvant des références, externes et donc par là sans pour autant en alourdir le contenu.

On peut donc voir le texte ci-dessous comme une tentative pour  identifier les axes selon lesquels il est possible de situer la position d'une œuvre. A fin de catégoriser cette position, ou pas.

On peut le voir également comme une tentative pour, ramassant les précédentes observations et monter cette fois selon un axe qui les transcende, plaider que la meilleure manière d'atteindre un objectif est de s'en éloigner (sphère dont le centre est partout etc.).

Le hasard (et l'intervention)
Une des modalités de présence du oui et du non, est le degré d'intervention dans le geste qui dispose les formes. A ma gauche, justaucorps rouge et cagoule jaune, le zéro absolu de l'intervention, c'est à dire la personne qui n'existe pas artistiquement.

Et je pense que c'est la forme d'art la plus répandue.
Il y a ensuite l'artiste qui remarque, qui sent fugitivement, et ne fait rien. Nous avons ensuite celui qui contemple, mais toujours sans intervenir. Nous avons ensuite le photographe, qui cadre, et indique par ce cadre une forme dans les nuages.

Puis, poursuivant le panorama, toute la gamme des "interventionnistes", ceux qui soulignent le nuage, le colorisent, ou répandent des substances ou des objets les uns sur les autres pour constituer des choses remarquables, jusqu'à cette tentative pour s'inclure soi-même dans un prétendu invisible, artiste chinois dont j'ai oublié le nom. Mais bon, sans fermer la portes aux heureuses coïncidences et accueillant les cadeaux du hasard avec une neutralité plus ou moins bienveillantes, le grand peuple des maladroits avec leurs complaisances, et des chanceux inspirés.

Enfin à ma droite, Zarak, tout de noir vêtu, représente les perfectionnistes qui reproduisent une photo touche à touche, font des puzzles ou des tesselles, de la broderie ou autre technique ne laissant plus au hasard qu'une place qu'ils souhaitent minime.

Et Dieu leur en donne autant. Non son sommeil, mais pendant leur sommeil.

Il y a autant de lumière dans la nuit que dans le jour, de matière dans l'être que dans le néant, et de richesse créative dans la contemplation que dans la création.

Les autres (et moi)

Évidemment, là vous allez hurler. Je vous entends d'ici : " Oui, "les autres", c'est vaste. D'ailleurs c'est qui ? Les autres avérés, les autres supposés, devinés, esquissés, entr'aperçus, sans parler du temps, la postérité supposée au moment de l'élocution, etc. ?"

Mais vous tirant une langue de vingt-cinq mètres de long se déroulant avec la nonchalance d'un jeune éléphant, je garderai cela en bloc, c'est à dire toutes les tentatives, avortées ou pas, avouées ou non-avouées, ou plus ou moins avouées, qui peuvent constituer tout, ou partie seulement des motivations que l'on se donne consciemment ou inconsciemment, ou concerner tout ou partie d'une œuvre, ou seulement son envers, ou motivations pour commencer de créer, pour continuer, pour cesser de créer,  toutes les tentatives donc qu'on peut relever, associées à une œuvre d'art, qui feraient dire que son auteur a cherché à travers cette œuvre à dire, qui plus est à dire quelque chose, qui plus et à dire quelque chose aux autres, à parler aux autres, sans qu'on puisse dire si le contenu du message était dans l’œuvre ou ailleurs, ou pour partie ici et pour partie là.

Il s'agit, et les psys auraient sûrement beaucoup à nous dire là dessus, de noter la présence de cette sorte de comptoir, plus ou moins large, plus ou moins haut, plus ou moins flou, sur lequel l'artiste va poser son œuvre, comme le photographe vous pose les photos que vous venez de faire tirer, les laissant à votre jugement, et en premier lieu à votre reconnaissance, comme on vous fait reconnaître un cadavre à la morgue.

Les frontières des modalités selon lesquelles ce geste de mise à disposition est effectué, de bonne ou de mauvaise grâce, ou inconsciemment, ne m'intéressent pas ici, je me contenterai, pour une fois, et pour vingt-cinq lignes à tout casser, mais je vous rassure, mes démons me rattraperont bientôt, d'évoluer dans une frange moyenne de certitude où elles existent et elles sont à peu près, d'une façon consensuellement constituée, et donc sur la plus large base moyennement fausse, admises.

Je voudrais, en contrepartie, me focaliser sur une zone précise de cet espace des autres qui est l'Histoire de l'Art. C'est à dire comment une créatrice " prend en charge", les œuvres et les artistes qui le précèdent. Vous allez me dire : " Encore faut-il, pour qu'elle décide de les prendre en charge ou pas, que ces artistes, ou leur œuvre, soient connus de la créatrice". Certes.
Mais l'aspect qui m'intéresse surtout, c'est un autre volet de la prise en charge, à savoir la prise en charge intérieure.


Une fois connus, comment, dans quelle mesure la créatrice décide de les prendre en charge. et par là je n'entends pas seulement comment sont intégrées les œuvres précédant chronologiquement, et issues d'autres artistes, plus ou moins consciemment, en tant qu'influence, dans sa pratique, mais bien plus la décision de " traiter le problème" soulevé par le prédécesseur.

En admettant en effet que la créatrice sache que Duchamp a sacré tout objet, que tout est oeuvre d'art, pourquoi en faire d'autre puisqu'elles sont déjà là ?
En admettant que la créatrice sache que Filioud et Weiner ont admis que l'oeuvre pouvait tout aussi bien exister dans sa version "non faite", la question est alors de savoir : " Que fais-je, moi créatrice, de ces événements ?".

C'est à dire est-ce que je feins de les ignorer, ou bien je les intériorise, et je vis désormais avec trois petits gardiens, avec mon Duchamp intérieur, avec mon Weiner intérieur et mon Filioud intérieur ?
Une fois que je vis avec mes 3 petits gardiens intérieurs, Caïn sous leur regard, que fais-je de cela ? 

D'abord j'en fais un billet à soi tout seul, pour laisser celui-ci se finir.

La série : l’œuvre (et la précédente)

La série est un vaste problème.
Ce dernier commence avec la définition du sens même, comme on peut le lire ici, elle commence avec ce mouvement qu'est la création du sens. Ce saut de l'un à l'autre.

Le sens n'apparaît que lors de la comparaison d'une forme avec une autre. Mais lors du saut, et uniquement pendant le saut. D'où l'importance de la similitude et de la différence, que Foucault a justement placées au cœur du phénomène cognitif.

Ainsi la série commence juste après. Avec son lot de soucis. Il n'y a que deux solutions pour créer après avoir posé une première forme. On ne peut en effet que : soit revenir à la forme ancienne, ce qui nous amènerait à naviguer éternellement entre deux formes, ou bien dessiner une nouvelle forme. Une forme suffisamment-différente pour dire quelque chose, mais suffisamment-semblable pour que ce sens reste compréhensible.

Un des soucis est que le " juste après" ci-dessus suggère que les ennuis ne commenceraient qu' au second mouvement, alors que si prend en compte le zéro initial, c'est en réalité au premier qu'on s'exprime déjà par rapport au rien.

L'ensemble des pièces, produites ou non, par l'artiste fonctionne naturellement, et de facto comme une série. Mais la notion de " précédente" peut renvoyer soit à la pièce qui précède dans le temps, ou à celle qui précède dans l'histoire interne de l’œuvre.
 Il est évident que l’œuvre que je crée aujourd'hui a pour précédente celle que j'ai créée hier. Elles ont entre elles une parenté certaine, puisque l'une ne peut pas complètement ne pas tenir compte de l'autre. Mais l’œuvre que je crée aujourd'hui a aussi pour précédente en influence une œuvre que j'ai créée il y a 20 ans, et elles peuvent être séparées par une dizaine d’œuvres qui s'intercalent chronologiquement sans interrompre la filiation.
Ainsi le critique avertit ne lira pas un unique saut, mais plusieurs.
Et à ce titre, il est plus simple, plutôt que de lire la série dans toutes ces dimensions, que l'artiste se plie à la contrainte de faire sa série d'affilée. Ainsi les filiations se superposent à la chronologie, elles s'inscrivent les unes dans les autres en appauvrissant les sauts possibles, dans leur contenu, puisque la maturation de la filiation n'a pas eu lieu.

La série a donc une dimension sociale, maintenant avérée dans la pression effectuée par le corps social sur l'artiste. Elle lui enjoint de produire une œuvre sous forme de série rapide autour d'un thème.

Cela me ravit dans la direction et dans la mesure où cela apporte de l'eau à tous mes moulins, mais cela me chagrine dans la mesure où c'est un appauvrissement, un étiolement, plutôt, de la volonté herméneutique.

On semble dire à l'artiste :  " Nous n'avons pas le temps, ni le courage, de comparer une œuvre unique à l'ensemble des œuvres produites précédemment, vous comprenez mon bon, cela commence à s'entasser sérieusement. Alors, vieux, faites-nous une  petite série bien tournée, et nous pourrons discuter vite fait autour de vos trois bidules. Allez, hop, et rappelez-moi demain pour me donner le thème."

Ainsi, comme dans les séries télé où le " climax" de l'épisode sera de savoir si Sandy a donné rendez-vous à Arnulf  au bar, non-événement dont l'insignifiance totale aurait fait écharper le scénariste dans un film conventionnel, mais qui tient une horde de zombies en haleine dans l'attente de la résolution, au sein d'une série, possède-t-on, dans une suite d'images quasi-semblables, des variations minimes sur lesquelles s'appuyer pour un commentaire qui serait ailleurs tombé dans le vide.

Le jeu de la souricière, pour les enfants, leur permet d'évoluer dans un espace quasi-vide, et de faire le singe quelques instants, le temps d'exercer ses muscles. On finit toujours par faire le cochon pendu dans une souricière, parce que c'est la position qui procure le plus de sensations pour le minimum d'effort, avant de sortir en titubant dans une simple réalité devenue pourtant trop grande, trop riche.

La réalité, justement contient une autre complexité, puisque la " réalité extérieure" est triple. Cette dernière notion, encore largement inexplorée, recouvre d'une part la réalité en tant qu'extérieure à moi (et que je la suppose indépendante de moi, susceptible d'exister sans moi, ce dont je n'ai, je le répète, aucune preuve infrangible), d'autre part la réalité en tant qu'espace où se meuvent les autres, en tant qu'ils pourraient exister en dehors de moi, le substrat de l'intersubjectivité, pourrait-on dire, en ce qu'il entame (mais si peu) ma résistance précédente, et enfin bien sûr la synthèse des deux précédentes.

Lorsque je me bats contre la réalité, je dois donc d'abord me battre pour me prouver à moi-même qu'elle existe en dehors de moi, me battre pour admettre que les autres s'ébattent dans cet espace ainsi évidé hors de moi, et enfin me battre pour me persuader que je suis en droit de leur communiquer ainsi, à eux, mes impressions concernant cette réalité tierce qu'ils semblent également avoir admis (mais il doivent, ou devraient, faire ainsi s'ils veulent m'en convaincre, ou " ils n'en useraient pas autrement s'ils voulaient m'en persuader", etc. perseverare diabolicum, je sais :)

Soi-même
 A tout seigneur, tout honneur, nous finirons par la pièce manquante du puzzle, celle qui renvoie à la " réalité", comme on vient de le voir par la plus ou moins consciente représentation que sa plus ou moins consciente conscience fait au sujet de la réalité " extérieure".

Celle qui renvoie  au hasard, lequel appartient aux éléments de cette catégorie alors définie, lequel semble tour à tour nous servir et nous contrer, et que nous nous employons à circonvenir à l'aide d'idées bien connues comme la volonté, la chance, la grâce etc.

Celle qui renvoie aussi et surtout aux autres, et notamment à leur présenter la façon que nous avons de nous représenter ou de ressentir la réalité extérieure. Le partage de subjectivité que nous permet la représentation de la réalité, de mettre à l'épreuve cette représentation, de la mettre à l'épreuve de l'intersubjectivité.

Quelles que soient les frontières entre moi et le monde, et les frontières entre moi et les autres, l'interface d'échange sera "problématique". La commune humanité que je vais avoir à gérer avec le monde et avec les autres, que je naisse riche ou misérable, aimé ou torturé, se posera en gros à moi dans les mêmes termes.

Et quelle que soit ma façon de répondre à ces problèmes, elle aura maille à partir avec la création. Quelle que soient la nature de ma relation avec les autres, au monde, que cette relation se déroule dans la souffrance ou dans le confort, dans la gêne ou le désarroi, une partie de la réponse, et des échanges se déroule sur le mode esthétique.

L'esthétique de la respiration, ou celle du temps. Je dispose (ou non, je meurs sous le couteau qui me tranche la gorge) de temps pour respirer. Esthétique des plaisirs simples : On me laisse boire et manger, et ainsi de suite, tous les étages du confort.

Qu'il s'agisse la plus mince pellicule de liberté donnée au prisonnier de se retourner sur le sol de sa cellule, jusqu'à la plus grande latitude donnée au milliardaire Roussel pour écrire certains de ses livres, il y a un espace d'échange où je propose à l'autre de se communiquer nos "représentations de la réalité", des façons de se mettre en contact direct avec un extérieur, que ni lui, ni moi, ne connaissons.

Bref, de ce soi-même, il faut encore décrire trois versions, celui qui se pense dans le présent, se remémore son passé, et se projette dans l'avenir.

Et comme on le verra, on aurait, presque, pu écrire que la création artistique a pour objet de nous connecter à la réalité par une autre voie que celle du langage articulé. Par une autre voie, c'est à dire en passant par dessus les catégories assignées par la représentation des mots et l'édifice ainsi construit.

On aurait pu, car on le voit ici, il faut ce méfier de ce mode de pensée.

Il faut s'en méfier par ce qu'il superpose deux univers. Il les superpose parce qu'il restreint l'un des deux, les plus grand, de façon à le faire coïncider avec le plus petit. Et cette erreur est commune à notre représentation de l'univers par la science, laquelle est facilement trahie car elle se soumet à notre représentation par le langage. La représentation par l'art, elle, lutte pour réouvrir l'espace initial qui est senti, comme toujours existant, par l'être en nous qui préexistait à sa colonisation par le langage articulé.

Cette restriction est basée sur l'illusion qui nous aveugle et qui nous interdit de voir que tant que nous utilisons pour échanger sur la réalité, des outils qui ont sur la réalité les mêmes présupposés cognitifs, nous échangerons à l'intérieur de l'espace des possibles définis par ces outils, et nous resterons dans l'illusion de partager une réalité extérieure commune, au lieu de cerner les limites que cet outil cognitif nous permet d'avoir sur la réalité " extérieure".
 La relativité et la physique quantique sont des brèches dans cette certitude. Et la venue de l'Observateur est le messie de la pensée moderne. C'est comme une voile qui fasseye au vent, et qui s'est retournée.
Je fais juste observer qu'elle est contemporaine du retournement artistique, la pensée moderne devenant en art celle de l'aventure intérieure, au moment de dé-représenter ultimement la réalité, au choc égal de la vision asiatique, qui a fini de bouter la position sujet/objet hors de soi :)

Alors vous allez me dire que non contente de ne pas traiter mon sujet initial, je l'ai perdu de vue, en ce qui concerne le fameux focus sur la prise en charge.
Certes, je vais donc y revenir. Mais vous allez voir que j'avais besoin de ce détour. C'est parce que je vais isoler les éléments de réponse sous la forme de trois courants, qui se jettent l'un dans l'autre, car les influences se " réinjectent " les unes dans les autres.

Pour simplifier, nous allons caricaturer un peu. Il le faut.

Dans quelques instants, ce sera le jambon
Les fleurs des Dieux,
Je gobe de lumineuses
Initiation pantalon
Pantalon !