mercredi 11 janvier 2012

Voilà ce qu’a dit Reger

Je crois que je ne pourrai pas me retenir de copier ci-dessous cette admirable pièce, trouvée sur le blog de Peggy la mutante :

Citation

Les vieux n’ont rien à dire, a dit Reger, mais les jeunes ont encore moins à dire, voilà la situation actuelle. Et, naturellement, tous ces gens qui font de l’art ont la vie trop belle, a-t-il dit. Tous ces gens sont bourrés de subventions et de prix, et à tout moment il y a un docteur honoris causa par-ci et un docteur honoris causa par-là et une décoration par-ci et une décoration par-là et à tout moment ils sont assis à côté de tel ministre et, peu après, à côté de tel autre, et aujourd’hui ils sont chez le chancelier et demain chez le président du parlement et aujourd’hui ils sont à la maison des syndicats des socialistes et demain à la maison de la culture des ouvriers catholiques et se font fêter et entretenir. En vérité, les artistes d’aujourd’hui ne sont pas seulement si menteurs dans leurs prétendues œuvres, ils sont tout aussi menteurs dans leur vie, a dit Reger. L’ouvrage menteur alterne constamment, chez eux, avec la vie menteuse, ce qu’ils écrivent est menteur, ce qu’ils vivent est menteur, a dit Reger. Et puis ces écrivains font des tournées de lecture comme on dit, et ils voyagent en tous sens dans toute l’Allemagne et dans toute l’Autriche et dans toute la Suisse et ils n’omettent aucun trou de province, si stupide soit-il, pour y lire à haute voix des extraits de leur merde et se faire fêter, et ils se font bourrer les poches de marks et de schillings et de francs, voilà ce qu’a dit Reger. Rien n’est plus répugnant que ce qu’on appelle une lecture de poète, a dit Reger, il n’y a guère de chose que je déteste plus, mais tous ces gens ne voient rien de mal à lire partout leur merde à haute voix. Au fond, cela n’intéresse personne, tout ce que ces gens ont bien pu écrire au cours de leurs razzias littéraires, mais ils le lisent à haute voix, ils se produisent en public et le lisent à haute voix et ils s’inclinent bien bas devant n’importe quel conseiller municipal débile et devant n’importe quel maire stupide et devant n’importe quel badaud germaniste, voilà ce qu’a dit Reger. De Flensbourg à Bozen, ils lisent leur merde à haute voix et se laissent entretenir sans le moindre scrupule, impudemment. Il n’y a rien de plus insupportable pour moi qu’une soi-disant lecture de poète, a dit Reger, c’est répugnant de s’asseoir là et de lire à haute voix sa propre merde, car tous ces gens en vérité ne lisent à haute voix rien d’autre que de la merde. Quand ils sont encore très jeunes, passe encore, a dit Reger, mais quand ils sont plus âgés et qu’ils atteignent déjà la cinquantaine et plus, c’est tout bonnement écœurant. Mais ce sont justement ces écrivains plus âgés qui font partout ces lectures, a dit Reger, et ils montent sur toutes les estrades et ils s’assoient à toutes les tables pour déclamer leur poésie merdique, leur prose stupide, sénile, voilà ce qu’a dit Reger. Même lorsque leur dentier ne peut plus retenir dans la cavité buccale aucune de leurs paroles mensongères, ils montent sur l’estrade de n’importe quelle salle des fêtes et lisent leurs idioties charlatanesques, voilà ce qu’a dit Reger.


Thomas Bernhard, Maîtres anciens

Jérôme LEROY

Feu sur le quartier général !

samedi 7 janvier 2012

Parisian rodent (behavioral sink)

J'ai toujours été frappée de la permanence du fait que lorsqu'on interroge des gens de la terre, ils ont l'impression d'être victimes de décisions absurdes, prises " là-bas", ailleurs, et qui s'imposent à eux sans considération de leurs intérêts. Lesquels, pour paraître mesquins ou contradictoires avec d'autres, n'en sont pas moins locaux.
Mais pourquoi l'intérêt général est-il vécu systématiquement comme contraire à l'intérêt particulier dans l'axe de la territorialité ? C'est la question que je me pose.

A la lecture de cet article, je me suis demandé si une réponse ne viendrait pas du fait que les décideurs sont en majorité des urbains.
Voire des habitants d'une grande capitale nationale ou européenne, qui vivent entassés comme des rats de laboratoire.

Ces gens qui vivent un peu dans les conditions de l'expérience, c'est à dire dans le stress permanent de la surpopulation, n'auraient-ils pas tendance à émettre des pensées à caractère disons " thanatos", le problème étant que les répercussions de ces pensées se trouvent être appliquées très loin de là, par des gens qui se trouvent pollués des aspects suicidaires de cette pensée.
D'où que ces derniers en percevraient en permanence une certaine tendance à l'auto-destruction, d'où incompréhension.

Maintenant, faire autrement n'est pas si simple, puisque décentraliser les décisions pour faire le bonheur des gens revient à considérer comme un idéal sans faille le régime féodal type Neustrie au IXème siècle, dont nous ne sommes cependant pas si éloignés, il n'est que d'assister au conseil municipal de votre bourgade pour s'en convaincre.

Peut-on dire qu'il vaut mieux cent communes de cent habitants chacune, gérées selon 100 politiques différentes et incompatibles entre elle, produisant 9000 individus contents de leur petit pouvoir et 1000 personnes mécontentes de vivre dans la dictature de ces petits chefs de sociétés de chasse locale pourrissant leurs dix hectares par souci de gagner la bouteille de pastis gratuite pour dix sacs d'engrais chimique infect, et pour gagner de quoi s'acheter une plus belle voiture pour le barbecue du dimanche, que 10.000 mécontents sombrant dans la misère des charges sociales et pourrissant leur terrain pour gagner de quoi survivre à l'arnaque des spéculateurs agro-industriels qui ont besoin de financer leurs recherches génétiques monstrueuses à fin de droguer le monde à leurs éthers ?