samedi 18 octobre 2014

Ego et demos sont dans un bateau

Il y a des périodes (dès que je bouge, en fait) au cours desquelles je suis persuadée de faire le bien, et pourtant me sens rabrouée de toute part.

Je me dis donc que mes objectifs sont décentrés par rapports aux objectifs communs. Cela me pousse à l'auto-critique, saine pratique en démocratie, mais usante pour le sujet qui se prend pour objet.

Cela me rappelle les " séances de lutte " évoquées dans le film Fengming, une femme chinoise, de Wang Bing, qui montre comment on épuisait des opposants qui se pensaient pourtant on ne peut plus dans la ligne de la révolution.

Cela me rappelle aussi une phrase lue récemment sur un forum : " Soit la société a pour but d'assurer le bonheur de chacun, soit elle n'a pas de raison d'exister".
J'ai eu envie de répondre de manière provocatrice : " Est-ce si sûr ?"

La structure de cette phrase est très curieuse, car elle pose un ultimatum à la société, dans son intégrité, sur la base de ses objectifs, elle accorde des raisons d'exister à ce qui existe déjà, donc le remet en question, sur la base de son contenu, alors qu'en démocratie, la société est par définition ce qu'on en fait, et non ce qu'elle devrait être.

En tant qu'individu isolé, suis-je donc nécessairement malheureuse en démocratie ? J'aimerais avoir assez de rigueur pour traiter le problème par les lois mathématiques des probabilités. En fonction du nombre d'individus concernés, quelle est la probabilité pour que le cercle dessiné par l'avis de la majorité passe à ma gauche, c'est à dire m'exclue, ou bien à ma droite et m'inclue ?

Si la décision de la loi m'est favorable, tant mieux, je n'ai rien à faire. Je vais tenter de maintenir la frontière là où elle est puisque faire ce que je j'ai envie coïncide avec faire ce qui m'est prescrit.

En revanche, si le mur passe à ma gauche*, la loi m'enjoint de faire quelque chose qui ne me paraît pas être le bien, et avec laquelle je ne suis pas d'accord.

Comment distinguer dans ce cas si ce que je souhaite faire parce que je le considère comme ce que je dois faire, différant de la loi censée représenter l'intérêt général, est motivé par mon intérêt personnel ou par une recherche sincère d'un " meilleur intérêt général".

Dans un cas comme dans l'autre, je vais chercher à pousser le mur de la loi plus loin mais dans un cas pour des motifs altruistes et dans l'autre pour servir mes intérêts personnels ou mes préférences.

La différence est de taille. Dans un cas, la loi doit réprimer, dans l'autre, en toute logique démocratique, elle doit encourager. Le débat semble simple : il existe tout un tas 'instances représentatives, de conseils de quartier, d'associations, de partis politiques, même, au sein desquels militer pour pousser les murs de ce qui est considéré comme légal, et qui sera prescrit donc, par la force.

Il y a même toute une gamme de partis, et l'éventail de cette gamme permet de choisir d'adhérer à un parti qui remet en question les choses à la marge (partis du centre) ou qui remet en question les choses en profondeur (extrêmes), ce qui revient à faire varier la profondeur qu'on accorde à la remise en question dans la " vision du monde " législative, dans les systèmes politiques à base de charte écrite.

S'écarter plus ou moins du centre, c'est aller vers des partis qui souhaitent que l'individu puisse remettre en cause profondément le système actuel, sans proposer nécessairement pour autant de le remplacer par des systèmes qui accordent à l'individu un (plus) grand pouvoir de remise en cause !

Cette dimension de la profondeur " possible " de la remise en cause du système par l'individu, et je dis possible, car il n'est pas tout en la matière de l'autoriser par des voeux pieux, encore faut-il mettre en place les conditions de son actualisation dans le réel des institutions, cette dimension, donc semble parfois passer un peu inaperçue dans le débat.

Qu'est-ce à dire ?

C'est à dire qu'on pourrait imaginer un système où la repentance, où l'autocritique provoquée par une dépression nerveuse conduirait l'individu à écrire des choses comme : "Mes frères, pardonnez mes erreurs alors que je n'ai que rigueur pour vos approximations, accordez-moi de la clémence alors que je ne vous tolère pas le moindre écart.... et en échange, donnez-moi mon pain quotidien".

Cette auto-flagellation aux accents christiques sonne, il me semble, familièrement à nos oreilles.

Pour s'en convaincre, imaginons une musique moins familière. Imaginons un système politique disons " inverse", où l'individu accède de droit dès le départ à une position d'intolérance sur l'écart démocratique qui lui est défavorable, lui ouvrant droit à un non-respect de la loi. Pour faire bref, imaginons un système politique dans lequel un individu aurait le droit de dire :" Ce que vient de me prescrire cette loi, ou ce juge, ne me convient pas, et ne me convenant pas, ne s'applique pas à moi. Je ne suis pas d'accord, donc je n'obéis pas ".

Là il faut faire une pause de quelques minutes pour laisser retomber les sifflets. C'est remettre en question la fessée vespérale au bambin récalcitrant, l'espoir de voir les automobilistes s'arrêter au feu rouge, et autres piliers de la civilisation.
Quiconque a été à Naples il y a quelques années aura pu constater que personne ne s'arrête au feu rouge, y compris les policiers, pris de toute façon dans le flot roulant de l'avenue.
On me dira que cet exemple n'apporte pas d'eau à mon moulin, puisque c'est juste un consensus inverse, une convention en négative, mais que le principe de l'adhésion généralisée demeure.

Histoire d'aérer un peu le discours, observons ce placard type new-age décontracté du salarié qui se défoule de son obédience quotidienne sur Facebook :


Je précise que je n'ai pas été voir la source, mais que je n'ai pas flouté par respect de l'origine. Prenons les injonctions une par une. La première prône la désinsertion professionnelle, comme la 4 une désinsertion sociale, elle récuse l'auto-correction par le jugement d'autrui. Ce que je suis vaut par le fait que je le suis.. La 2 et la 3 sont clairement individualistes et hédonistes. La 5 autorise l'alternative et la révolution. La 6 invite à se libérer en se forgeant son propre jugement, la 7 à un recentrage sur ses propres fictions, la 8 et la 9 à récuser ceux qui pourraient ne pas adhérer avec optimisme et enthousiasme à nos théories individualistes, et la 10 à un auto-centrage, voire un auto-ancrage en ce qui concerne les " valeurs".

C'est un manuel d'individualisme, à l'usage de ceux qui sont insatisfaits de la place que leur accorde la société. Ce sentiment a été de tout temps largement partagé, trouver à se plaindre de la condition que le sort vous a fait sans doute le plus largement, et la " société " est évidemment un bouc émissaire idéal en la matière, avec de nos jours une petite teinte marxiste chez ceux qui ont consenti à reconnaître qu'il y a toujours des classes dans la société, malgré la disparition des châteaux-forts en moellons.

Pouvoir se reconnaître des compagnons de souffrance est une base de la révolution, et à cet égard, Internet fonctionne admirablement bien. Quelle que soit sa cause, on trouvera toujours à s'entourer de zélotes, et statistiquement, sur les centaines de millions d'internautes, il s'en trouvera toujours quelques millions pour vous conforter dans vos opinions.

On pourrait montrer sur quelles imperfections réelles se basent ces mécontentements en reprenant une par une les revendications, mais peu importe.
En quelques années, nos sociétés webifiées, ont oublié les esclavages anciens ou récents, et feignent de s'indigner des contemporains en cliquant ici ou là sur une pétition.

Pour résumer, on peut dire que l'individu est nécessairement déçu par la démocratie, car il l'est par tout système politique, et par sa condition humaine de manière plus générale. Si notre soif de consolation est impossible à rassasier, c'est aussi que le bonheur que nous sommes capables d'imaginer est infini, je crois que Freud et Lacan ont travaillé là-dessus.

Mais plus on parcourt de chemin vers l'horizon, plus la frustration grandit de ne jamais l'atteindre. Devant cet espoir trahi, le ressentiment s'installe, ou bien la lassitude et le désespoir.

Plus nous aurons essayé de solutions, de systèmes politiques, censés garantir l'impossible bonheur à chaque individu, plus il faudra former et expliquer les carences encore ressenties, et le progrès que constitue ce " pis aller", enseigner que le but de la société n'est pas de faire le bonheur de chacun, mais dépend du type de société.
Le but d'une société totalitaire est d'assurer l'exploitation maximales des ressources et des hommes au profit d'un clan restreint, et celui de la démocratie d'étaler au maximum les conséquences négatives de l'avidité individuelle qui se manifeste chez tout être au pouvoir.

Il faut à cet égard écouter cette belle émission de France Culture.  On y explique bien comment on ne soigne pas correctement une personne sans prendre en compte son environnement culturel.

"Que cherchez-vous à nous dire par là, chère âme ? " vont s'exclamer les plus impatients d'entre vous.

Je vais vous répondre, et je vous prie de me pardonner d'exiger de vous de plus en plus de patience et de mobiliser une part de plus en plus importante de vos ressources. J'ai bien conscience que je ramasse des sujets de plus en plus vastes sous l'ombrelle de ce vaste projet qu'est la Patxaran, et que cela appelle à une gymnastique mentale épuisante.
J'ai bien conscience que malgré la longueur de mes billets, je survole, je résume, et que j'attends de vous d'énormes efforts de disponibilité d'esprit et de mobilité de pensée pour faire les liens entre tout cela.

Ce que je cherche à dire par là est que nous ne pouvons plus aujourd'hui penser des systèmes politiques qui ont pour présupposé un cadre ontologique qui a conceptuellement volé en éclats, sinon nous allons vers des sociétés qui ressembleront de plus en plus à de l'action humanitaire.

Que pour mettre en place un cadre ontologique propice au développement des humains aujourd'hui et demain, car le besoin se fera chaque jour plus pressant, nous allons devoir développer de nouveaux outils conceptuels. Que vraisemblablement des catégories jusqu'ici refoulées, comme les affects ou la créativité, devront être prises en compte.

Que ceci créera des dissensions avec les sociétés de type ancien, à modèle patriarcal théïste, qui était plus ou moins le modèle commun à toutes les sociétés sur Terre. Ces déchirures ne se feront plus selon des axes optionnels (Dieu bleu, rouge ou vert), comme c'était le cas jusqu'à présent, ce qui se résolvait dans la bonne humeur (croisades, guerres, conquêtes coloniales...), mais suivant des axes fondamentaux : rapport de l'humain à la machine, à la matière, peut-on fabriquer de l'humain et dans quelles conditions, etc. Les débats qui agitent aujourd'hui certaines sociétés sont dans des zones qui ne sont pas dans le champ des options pour d'autres sociétés.

A l'heure d'Internet, ne pas chercher à pacifier ces dissensions, ou du moins espérer qu'elles vont se dissoudre dans un consumérisme devenant la religion universelle est une voie qui a déjà échoué.

Le niveau des exigences que l'individu adresse à la société, au fur et à mesure que la démocratie se raffine, augmente, non pas dans les domaines du matériel, mais de la psyché. Non pas du centre commercial, mais de l'épanouissement individuel.

La frustration refoulée en termes de raffinement de civilisation trouverait ses symptômes bruyants dans une crise, qui aurait pour toile de fonds l'affolante fuite de la croissance censée apporter l'augmentation du pouvoir d'achat correspondante, avec ses remèdes traditionnels (croisades, guerres, conquêtes coloniales...)
.
Erreur, funeste erreur. C'est la douleur de l'être au monde, c'est la douceur du " care " qu'il faut pour la soulager, qui ne font qu'augmenter. Et de ce point de vue là, du point de vue du niveau de civilisation, et des valeurs non matérielles (hospitalité, dignité humaine...) il n'y a plus que dans les mouvements humanitaires que le niveau n'en est pas en chute vertigineuse, mais la croissance bien solide. D'où que les populations se jettent dans leurs bras.

D'où que, n'importe où sur la planète, qu'il s'agisse de solutions de débrouillardise type potager ou recyclerie pour nécessiteux des camps de réfugiés d'Emmaüs, d'un conflit d'usine en France ou d'une révolution en Afrique, l'opposition est désormais entre les passéistes qui soutiennent un système dont plus personne ne veut hormis les quelques corrompus qui en tirent un profit égoïste, et les progressistes, qui appellent de leur vœux chaque jour plus pressants les changements d'un système à bout de souffle, qui a chaque jour un peu moins les moyens de se réformer.

La crise du désespoir est devenue planétaire, et l'effondrement est désormais je pense entré dans une boucle d'auto-renforcement. Plus personne ne voudra se voir associé à une entreprise de soutien du cadavre pourrissant, mais personne ne sait vers qui se tourner pour l'alternative. Les chemins du repli sont tentants, mais ne fonctionneront pas non plus bien longtemps.

Tiens d'ailleurs, l'actu me la sert toute chaude sur un plateau de télé. De la même manière que notre incurie à préserver l'environnement nous retombera peut-être sur la tête dans des proportions imprévues, ainsi notre procrastination à bailler des fonds à l'esprit, au lieu de les dédier à l'industrie agro-alimentaire type ancien régime pourrait-elle nous précipiter en des lieux inconfortables...

Cela me rappelle toujours cet extrait du journal de Baudelaire, où l'homme reproche à Dieu " Mais pourquoi m'as-tu fait si faible que je ne puisse sortir de ce gouffre ?" Et Dieu répond " Parce que je t'ai fait assez fort pour n'y point tomber."

Vous me direz que tout ceci ne fournit guère de remède. On y viendra. Je signale aussi que dans l'article suivant (à paraître mais il fut que je mette le lien maintenant) je signale comment la perte d'unité à titre individuel entraîne des catastrophes collectives. Si chaque goutte d'eau sèche à titre individuel, qu'on ne me dise pas que l'Océan ne s'en ressentira pas.

On me dit aussi que je ferais mieux de m'occuper de mon pré carré que de fuir dans les problèmes du monde. Pour moi, ceux qui me disent cela sont comme une personne qui serait dans une maison en flammes, dans une petit pièce épargnée au centre de la maison.
Toute fière de s'occuper des problèmes de proximité, des problèmes locaux, elle est toute fière de faire un gâteau au chocolat pour sa progéniture et accuse ceux qui ne participent pas de fuite des problèmes concrets.
Lorsque la fumée deviendra bien épaisse, et commencera à passer en lourdes volutes jaunes sous les portes, il sera trop tard. Mais on aura eu la satisfaction d'invectiver les inutiles.
Si demain je passe ma journée à  dépenser du pétrole pour faire la baby-sitter, je commets aussi l'erreur de laisser penser aux autres que le système qu'ils ont mis en place est acceptable, et les entretiens dans l'illusion qu'il va perdurer.
Si j'ai le courage de refuser, je les pousse à évoluer pour des énergies renouvelables et à imaginer d'autres solutions pour offrir à leurs enfants une alternative à dépenser du pétrole pour aller travailler à gagner de quoi acheter le pétrole pour accompagner les enfants chez la baby-sitter.
Cautionner chaque jour des solutions temporaires est aussi un crime. Le court-termisme est aussi une fuite, dans le le présent nauséabond d'une boucle temporelle qui sentira chaque jour plus le moisi.
Je n'ai pas non plus les clés de l'avenir, et c'est peut-être de continuer à penser faire des gâteaux au chocolat en local qui est la bonne solution.

Qui vivra verra...


* je me permets de rappeler que le fait qu'un cercle passe à droite ou à gauche d'une définition est une proposition de consensus qui a néanmoins un caractère social

jeudi 16 octobre 2014

Mode et philosophie à la Renaissance

Je faisais référence à cette belle émission d'Adèle Van Reeth sur France-Culture, parlant des liens entre mode et philosophie, et notamment de l'influence du néo-platonisme sur les silhouettes féminine, en triangle, et masculine, en rectangle dans la mode vestimentaire.

Où l'on apprend aussi que Marsile Ficin faisait " fumer des herbes " pendant ses réunions, pour mieux accéder à la divinité. Ben voyons...

Je retiens deux expressions, que je cite de mémoire :

" Analyser le réel pour parvenir à l'intelligible" d'une part, et " ... où la façon d'être et la façon d'apparaître (et non de paraître) sont prises dans une même texture" d'autre part.

Comme illustration de la différence entre les approches "cartésianiste" d'une part et holistique, ou phénoménologique d'autre part. La silhouette restant la même, les riches et les pauvres se distinguent par les tissus employés.

On pourrait dire qu'aujourd'hui, plus personne n'ayant le goût et les moyens de s'offrir de vrais tissus, le choix de la différenciation sociale se déporte sur l'accessoire, plus visible que le bijou, d'où le succès du sac emblématique de la volonté petit-bourgeois de " faire chic".

Car suis venue aujourd'hui vous parler de la notion de " communauté intériorisée". L'idée est de gérer une succession, celle de la communauté intériorisée, avec en toile de fonds l'Histoire de l'Art, et l'humanité en général.

Cf. également cet article :
" On peut citer les listes généalogiques de la Bible, comme souci d'ordonner ce qu'il y avait de plus important au monde, la filiation du divin au royal, après la cosmogonie première. Dans ces temps, les cieux ne se distinguaient pas des mers comme l'atmosphère de l'eau, encore moins par leur composition chimique, mais par le nom de la divinité qui s'en occupait."

Alors, l'idée est la suivante. le décor, c'est celui d'un aller-retour entre l'individu et la communauté. L'individu, lorsqu'il est enfant, est éduqué par une communauté qui lui transmet, pour faire vite, une certaine " image du monde". Comment fragmente-t-on une " image du monde " la faire passer dans la tête d'un enfant, voir ici.

Donc l'enfant en éducation reçoit une image fluide du monde, qui lui est versée par ses précepteurs dans les oreilles, et comme le bateau de la bouteille, reconstitue ses structures une fois dans le cerveau.

Puis, cet enfant devenu adulte va alimenter à son tour, en sens inverse, la mythologie mondiale et contribuer à modifier, à redessiner, les structures de l'image collective du monde déposée dans la culture.

Entre toutes ces images, ces représentations, pourrait-on dire, il en est une intéressante qui est l'image que la collectivité se fait d'elle-même lorsqu'elle s'idéalise, lorsqu'elle se projette à son tour sur le mur de la caverne, sur l'écran du cinéma, pour se regarder exister. C'est donc la " collectivité idéale", qui lui sert de modèle.


L'Olympe en est je pense une des premières représentations qui nous soit encore aujourd'hui à peu près correctement accessible. Auparavant, mettons le cadre de l'épopée de Gilgamesh, ou pire les temps du mégalithisme, je ne vois pas comment se faire une idée correcte de cette projection. J'ai essayé avec les Incas et les Maya, mais je n'y parviens pas.

L'Olympe, c'est donc la communauté projetée, la communauté qui se donne inconsciemment pour idéal ce qu'elle représente consciemment comme la supra-réalité, la méta-physis, au sein de laquelle elle dit aux autres, et notamment aux enfants lorsqu'elle les éduque, qu'elle évolue en réalité et qui est donc la réalité.

Quels peuvent être les successeurs de l'Olympe ? Quelles représentations de soi-même la collectivité se donne à elle-même à observer, en tant que cadre dans lequel elle évolue ?

In fine, cette réflexion introduit la possibilité d'être à soi-même ce que le successeur est au gérant d'une boutique, d'être son propre successeur, mais sans l'obligation corollaire généralement admise, qui est d'être à soi-même identique.

On me dira que c'est une évidence, ce dire que je ne suis pas la même qu'il y a un instant. Et pourtant, comment nous vivons-nous sinon comme une permanence dont nous quêtons l'unité, ou plutôt les bases mêmes de ce qui pourrait constituer une unité ?

Que cherchons-nous sinon ce graal, mais ne cherchons-nous pas l'unité dans la permanence, comme indissociable ?

A la suite de quoi j'ai ouvert un groupe Facebook pour cet outil de seconde génération, après les Montreurs de Marionnettes, et intitulé les Successeurs.

Tout cela pour introduire la succession dans les diapositives, nous y reviendrons. Et pour faire le lien également avec l'individuel et le collectif dans la culture.




mardi 14 octobre 2014

Incroyable, la vague nouvelle à l'ère de la prostitution numérique

La quête du truc " pas fait encore", seul moyen pour l'artiste d'espérer de la promo dans le monde des ventes flash, me permet de placer le gigantisme comme sub-catégorie du '" sensationnel".

Ainsi dans l'ordre du " Guiness Book of records" qui régit la promotion dans le cyber-espace, sera élu l'artiste qui a trouvé un truc pas fait encore dans la catégorie du sensationnel.
Au jeu du vous n'en croirez pas vos yeux !!, le plus putassier sera le mieux.

Sous catégories : il a mis 10 ans à coller 5 millions de pièces de puzzle, de timbre-poste, de perles, de tesselles, que sais-je ?

Autre sous catégorie, qui monte dans les statistiques, "elle fait du maquillage incroyable", "elle peint des photos". Le trompe-l'oeil, horizon indépassable de la peinture. Ou plutôt sans doute, retour à des repères rassurants.

Elle  peint des gens en vrai, et bien sûr, c'est dans la catégorie BUZZ. Buzz, le mot qui te fait gagner ton mois, ça m'en colle une nausée pour tout ce qui est promo...

They create an extraordinary visual experience and open up an unprecedented new dimension of aesthetic expression.

Nouvelle dimension, mais est-ce parce que c'est extraordinaire, ou qu'on a mis quinze ans à le faire et sensoriellement pétard que c'est intéressant artistiquement ? Chaque enfant vit cela quand il fait le coup du soulève-plat pour la première fois à son oncle au déjeuner dominical.Une fois passés le clic qui a rapporté un centime à l'annonceur, et la déception, que reste-t-il ? Peu importe, on a réussi à vous faire cliquer, vous avez été une goutte d'eau dans une vague Google Ads.
La futur de cela, c'est la petite décharge garantie. Cliquez, et mettez les doigts dans la prise.

Ces décharges, vaguelettes qui se brisent sur le rivage, qui reviennent identiques sans qu'il en reste rien que la soif de la prochaine, le retour au manque premier, le rêve du vendeur d'espace publicitaire qui engrange son petit centime à chaque fois.



Je comprends que la situation n'est pas facile. Si l'on regarde par exemple cette vidéo montrant Marcel Broodthaers écrivant en extérieur, sur un projet de texte, projet bientôt effacé par la pluie, on voit qu'on est dans l'auto-annihilation, en 1969. Comment, près d'un demi-siècle plus tard, dire quelque chose si depuis, on ne s'est pas donné des outils pour répondre à un tel défi ?

Ici comme ailleurs, nous avons été dépassés par la complexité des questions posées. Pour être en capacité de mettre en face quelques réponses, il eût été (idée regardante, n'est-ce pas) nécessaire de mettre en place une architecture, comme on construit une digue au fur et à mesure de la montée des eaux.

A une échelle collective, j'entends. Au lieu de cela, le ricanement triomphant des trente pollueuses a fait baisser la tête aux quelques intellectuels résistant. Le niveau de la vie montait tout seul, l'euphorie gagnait. Cela me rappelle un propos de Nikki de St Phalle parlant des années 70 : " Et puis tout d'un coup, tout le monde s'est mis à gagner beaucoup d'argent dans le monde de l'art, ça allait mieux ". Meaning, " c'était plus facile pour financer mes travaux".

Exit les questions inutiles, donc. Pat d'eph et petites pépées, partouzes autour de la piscine, on s'éclate à St Trop. Tant mieux pour les Moïse qui sont passés à sec, mais la vague revient, avec son lot de factures à payer.

Il paraît que les cadres en burn-out vont se ressourcer dans une association d'aide aux sans-papiers. Peut-être qu'une personne participant à une bonne action pour l'environnement ou une performance artistique se dédouane ainsi de toute une période d'obédience au système...

Enfin, bref, je ne suis pas payée pour tirer des conclusions, alors en guise, voilà un témoignage fort émouvant je trouve. Le premier qui soupire " toute une époque..." a une fessée, peut-être une vague remontrance.

Je mets le lien ci-dessus, car la visionneuse ne trouve pas la vidéo. Bref, je vous signale la mine. C'est inégal, mais il y a de la matière.

Remarque, c'est marrant, je viens de tomber sur ce site de webtv, c'est plein de hashtags, de nuage de mots boullie, et d'icônes de réseaux sociaux, comme si le plus important n'était pas le contenu, mais de le faire savoir.

Tiens, je viens de tomber sur un site dédié ! Je vous préviens, je ais bientôt y figurer, je prépare une statue d'un million de tonnes.

Et la gagnante du mois est :


Commentaire : " Toshiko Horiuchi-MacAdam is an incredible crochet artist from Japan. She makes gigantic crochet installations that act as both art and playgrounds. Toshiko’s installation art apparently once mistaken by children for a playground, suddenly found new life and she began working on many playgrounds in Japan. "

Gigantic --> Incredible --> hors-normes --> génial.

Bon, à part le " mistaken " :D

En dessin humoristique, cela pourrait se représenter par un coureur qui utilise ses jambes posées sur deux tréteaux en guise de haie, dans un mouvement une intention de mouvement pour se sauter par-dessus avec un mouvement des bras de crawl.

Dans le genre " organes coaptés", nous avons cette nouvelle étonnante :

VIDEO Elle visite l'usine où des copies de son vagin sont produites
La jeune Eufrat Mai, dont le vagin sert de modèle pour masturbateurs manuels, a fait l'année dernière le voyage depuis la République Tchèque, d'où elle est originaire....

Le plus étonnant n'est pas d'apprendre que le vagin idéal est tchèque (ça c'est ce qui permet au gérant de la société de détourner de l'argent vers le compte de sa maîtresse), ni qu'ils n'en avaient pas sous la main en Espagne alentour pour faire le moulage, le plus étonnant est que en 2015, on découvre que l'Express publie sans sourciller les photos d'une jeune femme tenant en main ce qui ressemble (coaptation oblige) à une bite en caoutchouc.