lundi 27 mars 2017

J'ai la chouffe sur moi.

J'ai la honte sur ma face, parce que je viens de réaliser que je viens de faire un tour, et que j'avais des commentaires non publiés depuis décembre 2016, c'est la honte sur moi.



Mais bon, j'avoue, je me déplais de laisser les commentaires ouverts, ça dépare, ça déplume, un commentaire haineux, alors bon, j'en ai jamais, mais on ne sait jamais, je préfère les couper avant qu'ils soient grands, comme les mauvaises herbes.




Mais du coup, je n'y vais jamais là. Alors j'ai tout déplié d'un seul coup, mes confuses çà tous et



Message pour Fernand : C'est le silence radio ou bien peut-on retrouver votre piste quelque part ?

Pour me faire pardonner, je vais mettre des adresses de trucs que je trouve pendant mes maraudes sur le Net.

Genre rigolo : http://www.verdee.fr/lenvers1/

Genre intello : https://guillaumedechambenoit.wordpress.com/2012/06/18/les-schemas-siegeront-a-lassemblee/#comment-117

Viens là que je t'explique que tout ça est lié, viens là que je te déplie, mon pauvre chéri.  Non mais là j'avoue c'est abuseeeeeeeeeeeer, pour les assemblées de neurones, c'est parce que je vais y venir dans deux minutes. Je vous rappelle que deux minutes sur Orion correspondent à environ 8 mois sur votre Planète Terre.

Et pour la version féminine de neurones miroirs. http://ciecincleplongeur.fr/un-tiroir-de-neurones-miroirs/

Marrant, non ? 

Non, tout ça ne me rattrape en rien, je suis malheureuse. Vous êtes tous tellement gentils avec moi, et moi je ne vous accorde pas assez d'attention, je n'ai que ce que je mérite.

lundi 20 mars 2017

Fragmots

Je visionnais l'intro https://vimeo.com/209206842 par laquelle John Moullard nous annonce qu'il a entrepris de lire Blanchot, et j'ai été surprise par l'image de fin.

Trouvée sur cette page http://www.mauriceblanchot.net/blog/index.php?post/2010/03/09/250-journee-d-etude-entre-litterature-et-philosophie-l-ecriture-fragmentaire-de-maurice-blanchot-paris-13-octobre-2010

Fragments 9, une œuvre  de Christian Burchard



Cela ne vous rappelle rien ? Moi je trouve que cela ressemble furieusement à du Moullard. Étonnant, non ?

Je compte lui tirer les vers du nez sur cette entreprise. Il est rare que Moullard se commette avec l'oeuvre des autres, et le choix de celui de Blanchot m'étonne. Je vais aller aux nouvelles, mais je pense que la raison en est la suivante. Elle est que si Moullard devait classer Blanchot, entre les catégories de poésie, de littérature, ou de philosophie, il le ferait dans cet ordre là.

C'est à mettre au compte d'un virage de la pensée de Moullard en faveur du " tout-fiction ". On y décèle une migration de la fiction comme thème, depuis la périphérie vers le centre.

Au titre de la fuite

J'ai fait cette nuit un rêve d'un certain type, de ceux qui sont trop réels pour ne pas mériter un examen. Je rêve beaucoup, et je sais maintenant distinguer ceux de ces rêves qui ne peuvent pas être laissés tels quels, sans examen supplémentaire.

La question qu'ils posent est entre autre que leur degré de cohérence et leur " poids de réalité " sont différents des autres au point qu'ils renvoient de façon insistante au fait qu'ils évoquent, contrairement à la plupart des rêves, le sentiment d'un " autre monde".

Je connais au moins deux autres types de rêves : la représentation facilement explicable d'éléments ou d'évènements de la vie diurne, et des scénarios un peu plus complexes en apparence, mais qui se laissent décortiquer aussi. Le troisième type de rêve n'a rien à voir avec tout cela. Il s'agit de pures " tranches de vie", où je suis simplement dans la peau d'un vivant, ailleurs.

Cette nuit, la caractéristique du rêve était que j'étais un homme, et que j'étais en couple. Et que j'ai ressenti, à la fois de l'extérieur et de l'intérieur, ce que c'est que d'aimer comme un homme. De l'intérieur, puisque j'étais à l'intérieur de cet homme, je me comportais comme un homme, en tout. Et de l'extérieur car une fois réveillée, j'ai pu recueillir tout cela et constater la différence. Au moins aussi étonnante que la différence de monde.

La différence de monde, parlons-en. Ici aussi elle est unique et reconnaissable dans ces rêves. C'est une réalité qui en apparence n'est pas si loin de la nôtre, mais en profondeur radicalement étrangère. Un peu comme un do, si proche d'un ré, et pourtant ce qu'il y a de plus radicalement différent.

Je ne sais pas si je percevais autant la différence parce qu'elle se redoublait de la différence de perception en tant qu'homme, mais c'était très étrange. C'est le genre de rêve qui me hante pendant des jours entiers qu'il met à disparaître, et finit aussi par constituer souvenir de cette vie propre ici.

Je l'ai dit, je ne peux pas rester sans examiner la question soulevée par cette sorte de " voyage " là-bas, où ceci s'est déroulé, pour les raisons que j'ai évoquées, à savoir la différence de nature de ces rêves là. Mais d'un autre côté je n'ai aucun élément à saisir, juste ce souvenir qui s'efface, comme ceux d'ici.

Je peux, le temps qu'il s'estompe, retourner habiter ce rêve pour goûter à nouveau la saveur de ce monde qui s'en va, je peux la revivre, de brefs instants, jamais assez longtemps pour pouvoir analyser la différence avec ici. Et pourtant, dans ces brefs instants de conscience, je la saisis parfaitement. Ce n'est pas, du plus profond de ce monde, la même " histoire". Ce sont " presque " les mêmes maisons, " presque " les mêmes arbres, " presque " les mêmes gens. Mais les rapports entre eux ne témoignent pas de la même évolution.

Ce qui est amusant c'est que ce rêve précédait de peu l'ambiance des Nuits Blanches de Visconti, que je devais voir quelques jours après. 

J'aimerais revenir un peu sur cet article  http://nahatzel.blogspot.fr/2016/10/le-viol-au-milimetre.html à propos du viol, parce que j'ai assez souvent l'occasion de devoir m'expliquer là-dessus, donc autant renvoyer à l'article. Si vous brûlez les pieds de quelqu'un avec de l'eau chaude, vous lui dites " Allez, ne fais pas l'enfant, ce n'est qu'un peu d'eau chaude". Si vous violez une femme, vous lui dites " Allons, ce n'est qu'un bout de queue, il n'y a pas de quoi en faire un plat". 

Ce qui vous semble à hurler de protestation relève pourtant pour moi exactement de cette même attitude intellectuelle qui vous fait proférer la première formule sans sourciller. Dans les deux cas, la réaction de la personne est jugée à la même aune. Pourquoi, dans un cas, cela vous paraît-il insupportable ?

Je vous retourne alors la question : vous l'êtes-vous posée pour toutes les autres fois, où vous avez fait cette réponse à d'autres personnes ? Ce que vous ne supporteriez pas qu'on répondît à une femme violée, combien de fois l'avez-vous dite à d'autres ?

Là, vous allez me sortir la sacro-sainte formule " C'est pas pareil". On ne peut pas comparer la brûlure de l'eau chaude sur les carreaux de la cuisine au viol d'un corps et d'une conscience, au mépris de ce " non " ignoré et gravé au fer rouge dans le souvenir insupportable. 

Je vous réponds, les yeux dans les yeux " Qu'en savez-vous ? " Que connaissez-vous de la souffrance de l'autre, de la nature et de l'importance de cette souffrance ? 
Rien. 
Vous usez de l'argument d'un petit groupe, qui considère généralement que, qui estime que, pour balayer l'argument de la main, et passer outre ce " non ". Mais de cette personne, de la violence que vous exercez, et de la souffrance que vous exercez, que connaissez-vous ? Rien.

Un violeur, au moins, entends-les cris de sa victime. Il sait la douleur qu'il provoque. Vous, vous priez qu'on se taise, qu'on souffre en silence, vous niez la violence que vous provoquez. Celui ou celle qui la hurle, sa souffrance, vous en faites un délinquant, un " qui dérange", un méchant, un qui crie, un bourreau, un qui se-met-en-colère....

Hé oui, c'est cela, cette colère là quand elle ressort, elle est visible, on peut appeler les flics, le méchant s'est réveillé, sus au monstre, le bourreau nous menace, il nous fait peur, il faut terrasser le dragon...

Si on veut éviter tout cela, il vaut mieux filer doux, se taire, passer sur la souffrance et les humiliations, " faire comme si", faire bonne figure, faire la bonne fille, qui continue, si, si tout va bien.  Dire un viol, c'est remettre toute la société en question, c'est être seule contre tous, l'énorme masse de la foule qui fait consensus pour s'en servir comme outil de ferme-ta-gueule, et fais ce qu'on te dit.

Vous violez des enfants, des jeunes, des adultes, à longueur de temps. 

Et le " on ne ne peut pas comparer", en fait, recèle le centre de l'acte du viol. La négation de la souffrance de l'autre doit préalablement être acquise. Et la négation de la souffrance de l'autre, c'est la récusation de son échelle de mesure. Si un grand brûlé vous dit de ne pas lui mettre un drap dessus, vous respectez. 
Si une personne vous demande de ne pas être soumis à la vue d'excréments d'animaux, vous allez répondre " Faut arrêter, c'est juste un petit peu de merde, c'est juste une petite odeur". " C'est juste un bout de bite"....Et le " Tu fais tout le temps des histoires pour rien", n'est pas loin, et le " tu nous ennuies " du retournement de la victime en bourreau non plus.

Car le problème de la récusation de l'échelle de jugement, il vient de l'incapacité à concevoir que l'autre puisse réellement souffrir de ce dont je ne souffre pas. Cette limite intellectuelle, comme toutes les autres ancrées avec l'éducation, est impossible à franchir par la plupart des gens.

Ce que je considère comme n'étant pas dans le domaine des possibles n'existe pas, ne peut pas se présenter à la possibilité d'exister. Cette certitude a été intégrée si profondément, qu'il suffit de présenter quelque chose ou quelqu'un comme " hors normes" pour que son image s'affadisse, vacille, et que son existence même soit mise en cause.

S'il n'est pas possible d'être comme ça, alors il n'est pas possible d'être tout court. Tu es différent de moi, donc tu n'existes pas. Éliminer la différence devient une simple entreprise d'hygiène, comme on taille les branches mortes. On fait à nouveau cadrer la réalité avec ce qu'on en voit. On supprime les doublons qui brouillent la perception claire de la réalité.

Bon, je mets ça dans un coin, on y reviendra. Mais ça se tisse avec le reste.

samedi 7 janvier 2017

Mille et une façons d'être coincée

Certains des individus qui font partie de ce qu'on appelle l'homme (au masculin) voient parfois le sexe comme une arme; ou disons l'usage de l'outil en métaphore de la guerre. Ainsi le vainqueur sodomise-t-il le vaincu, quelle que soit la part que ce dernier met de soumission ou de plaisir, ou de mélange des deux, dans l'accomplissement. Donc, consenti ou pas, le vainqueur sodomise le vaincu.

La femme, qui ne dispose pas a priori de quoi sodomiser, n'a guère, topologiquement parlant, d'autre choix que la position du vaincu, quelle que soit la part de plaisir associée à la soumission. Son parcours de vainqueur ne dure que le temps qu'elle peut faire durer son " non " et les conditions auxquelles elle l'assaisonne. Et même si, contrairement aux apparences, elle reste intacte.

Sachant qu'une autre limite que celle du viol borne son " non ", c'est que, pour peu enviable que sa place paraisse, en période de disette, il s'en trouvera toujours d'autres (femmes) pour la lui prendre. Ce " non " qui lui servait de monnaie d'échange perd alors de sa valeur, rétrogradant la femme qui en use au rang de second choix.

Bien. Je continue en fait ma collection de " Sinon en se radicalisant...", qui fait, que les choses étant ce qu'elles sont, se situer dans le cadre des rapports hétérosexuels traditionnels revient un peu à s'empêtrer dans une aporie. Je pense que c'est ce que pressentent certaines femmes qui baissent les bras, ou font demi-tour devant le combat.

Mais également que cette barrière peut motiver une accélération de certaines autres pour franchir l'obstacle. Comme une fusée doit aller suffisamment vite pour s'arracher de l'orbite d'une planète qui l'attache dans son champ de gravité, il y a peut-être un moment où l'homosexualité s'impose aussi comme un moyen de faire baisser le nombre des variables. 

Bien. Ceci dit, je m'aperçois que je me complique la tâche, mais c'est normal, c'est dans mon contrat. 

" Marrant de faire aujourd'hui le départ entre ce qui était confondre son histoire et celle du monde (ne pas savoir s'en dépêtrer), ce fatras de texte, et tout de même, au milieu de, dans et derrière tout cela, les éléments qui sont restés depuis. La question devient du coup, quel est le départ possible entre des deux faits, non incompatibles, disons dans quelles proportions... " est un commentaire qui devenait trop long pour cette vidéo.

N'empêche que la question se pose.  Comment être (devenir, rester) une femme depuis l'intérieur de la Femme ? la société nous propose diverses solutions selon les cultures. La maternité en est une communément adoptée.

Prenons le motif de la rue en n&b dans mon oeuvre. Maintenant que je la vois en rétrospectif, est-ce que je me dis " Tiens, ce motif était déjà là, et il est aujourd'hui encore là, donc...", ou bien est-ce que je me dis " Pour des raisons x, il s'est trouvé là, mêlé aux briques de fondation, donc il s'est trouvé mêlé à l'histoire, donc en réutilisant la matière, en regardant ces pièces, ou encore en bâtissant par dessus, je me suis trouvée le réemployant, et se dessine alors la lignée, faisant d'une ligne (deux points de présence) une lignée, puis une destinée, assignant un rôle à ce qu'on retrouve, mais par le simple fait qu'il était là. 

Peu importe, en fait, ce qui m'intéresse, c'est que l’œuvre foisonne et produit désormais ses propres thèmes de réflexion. J'espère que c'est l'annonce de la phase III du délire, la seule où je serai véritablement heureuse comme Bouillavec.


Autre chose, les mots-clés qui ont amené les visiteurs sur le Pêle-Mêle : " serviette de plage swag ", " porno chic"... :) Remarque, c'est le truc à faire, tu prends les mots clés les plus demandés sur G, avec les trends, et tu en farcis tes pages :D

D'ailleurs, c'est marrant aussi ça :


J'ai eu une erreur là-dessus comme si j'avais fait une tentative pour surimposer une chose sur la même, déjà existante, a day around the night quoi. Ce concept sur lequel la vilaine Guillemette avait récidivé, mais j'y reviendrai, ne croyez pas.



" Un mois quotidien... Seigneur, donnez-nous notre mois quotidien".

Non, en fait ça a l'air simple dit comme ça, mais la situation est compliquée. Je dirais qu'elle se complexifie de jour en jour, pour des raisons très simples. Elles se déposent en nous, jour après jour.

Elles se déposent en tas bien ordonnée, mais n'empêche que je suis coincée. Elles n'augmentent pas en écheveau, non, elles se déposent bien par catégories. Elles dessinent leur catégories sans problème. N'empêche. Même si elles se posent de façon bien rangée, bien ordonnées, ces questions, elles posent problème.

En plus l'ami Kwarkito m'a remis une couche avec sa photo. On m'avait demandé de faire une sélection de films pour les vacances. Ce serait projeté à des jeunes. Ce que je voulais qu'ils voient. En fait, ça s'est soldé par rien. Nada, nichts, que dalle. Un temps, je fus (aspect sécant) agitée par la nécessité qu'ils voient les Marx, les Tati, les ceci, les cela, je n'en ai plus rien à faire. 

N'espérez pas que je me range à un quelconque prêche sur la nécessité de ceci ou de cela, ou sur le diagnostic de dépression ou ceci ou cela. Il n'y a aucune raison de ne pas dynamiter ces situations à la con par le rire, pour se dégager du piège où des années d'abdication et de passivité nous ont menés.

Et même il y a des tas de raisons sociales de le faire. On me dira de me taire, comme d'ab, et de simuler. Je résume maintenant cela par " l'effet Père Noël ". Il faut avoir l'air toujours tralala youpi comme disait une de mes ex (pour ceux qui ne le sauraient pas encore, je préfère les femmes, en plus, mais bon, inutile de m'envoyer des propositions de ce côté là non plus). 

Et ce essentiellement pour que les jeunes croient le plus longtemps possible au Père Noël. Franchement, aussi jeune que je me remonte, j'ai toujours aimé les gens dépressifs, ils sont vraiment chiants, et le ciel paraît plus bleu quand on les quitte. Les gens heureux m'intriguent je me demande toujours où ils trouvent matière à se réjouir dans leur vie de merde. Et lorsque j'ai compris que c'est parce qu'ils sont aveugles et sourds, je sors de leur vie sans qu'ils s'en aperçoivent. 

Eh bien non, au contraire, il ne faut pas laisser les jeunes dans le désespoir que le monde ce n'est que ça, que c'est limité à ce que les vieux cons ont construit, le parpaing, le mousseux et le plastique, le chiant. Oui, il y a la pierre, le bois, le rire et le bon vin, c'est une question d'endroit, et surtout de gens. Il suffit de se barrer de ce voisinage, et le monde redevient normal.

De toute façon, il n'y a de vrai éclat de rire que dans le malheur. Quand tu vois ce genre de scène, par exemple. La misère de la scène initiale constitue l'explosif auquel le rire de BP mettra feu. Bon so much pour celui là, j'ai l'impression d'avoir tourné une scène où je jouais à la fois les mousquetaires et les soldats du roi, épuisant.

L’œuvre frissonne, elle est rude, la toile contre ma peau. Mais j'aime ça. Évidemment, vous n'avez qu'une moitié. Et encore une moitié. Un morceau, une tesselle. D'un autre côté, cela m'est égal. Ton regard me tue. Cela ne sert à rien, il n'y a plus de remède. A un moment, ç'aurait été la foule. Puis un fan club, puis toi. 

Maintenant rien. Attendre. Tergiverser. Donner le change. L'art de l'esquive, je suis passée maître (j'ai bien été maître de conférence). Reste à passer les degrés suprêmes, devenir réellement invisible. L'aboutissement ultime.

Et puis un truc curieux. Je tombe sur cette image :



Assortie de ce texte :

 Nature in her forge

(Roman de la Rose vv. 15897-15905: 'Nature, whose thoughts were on the things enclosed beneath the sky, had entered her forge, where she was concentrating all her efforts upon the forging of individual creatures to continue the species. For individuals give such life to species that, however much death pursues them, she can never catch up with them.' – transl. F. Horgan) 

Roman de la Rose, Bruges ca. 1490-1500 (BL, Harley 4425, fol. 140r)

Et là, comme un éclar, la certitude d'au moins la possibilité de l'existence de ceci. Sinon, avouons-le, de l'existence. De quoi ?

D'un univers où le processus ici décrit concourt à la réalité que nous vivons. Mais comment cela " concourt " ?

C'est à dire que le monde que nous vivons est bien le produit du processus décrit par cette image et ce texte. Mais, il y a un processus de " rattrapage". La conscience de cet état de fait nous serait insupportable. Epistémologiquement, même à la plus haute antiquité, il nous aurait été insupportable de prendre pour réalité que ce genre (avec une moue) de processus pût donner du monde naturel en sortie.

L'autre type de rattrapage est pire encore, si l'on veut. Il consiste à dire que tant que cette dame n'arrive pas à forger correctement les enfants et les espèces, un autre mécanisme, plus raisonnable, vient en secours.

Je sais combien cela peut avoir l'air sauvage, comme pensée. Mais cela ne m'étreint pas avec cette force s'il n'y a quelque chose à trouver. Vous pouvez vous rasseoir.


samedi 10 décembre 2016

Heures amères et ombres douces

Impossible de se tenir, et pourtant j'en ai envie, sur cette crête.

Laquelle ? Entre la narration et la poésie. Un peu comme un avion, soit il roule, soit il vole. Il faut choisir entre les deux régimes. Et pourtant j'aimerais. Pour pouvoir raconter...

J'ai fait un rêve, plusieurs même, avec des avions. Dans le dernier, nous étions dans un immense avion, qui volait, plusieurs jours. Et on changeait d'avion à l'intérieur même de cet avion. L'hôtesse venait vous réveiller, on marchait dans une pénombre bleue, et tout le monde chuchotait pendant que l'hôtesse vous guidait dans les couloirs de l'avion géant. A coté de vous, la valise suivait dans une sorte de rigole. On vous invitait à vérifier de temps à autre. Et puis on entrait dans un nouvel avion, toujours dans cette pénombre bleue et dans le silence, comme on entre dans une salle de cinéma où le film a commencé. Vous entrez dans l'avion pour Madrid, qui va bientôt se décrocher du grand avion qui sert de plate-forme d'échange, tout le monde dort, vous vous endormez.

Non, ce n'est pas cela que je voulais décrire. C'est comment, après m'être crue si forte, après avoir écrit des pages et des pages de correspondance amoureuse sur le cas, il a suffi que je réécoute certaine musique pour être effondrée en dix secondes. C'est à dire toujours aussi vulnérable, après des années. Rien n'a changé, tout est toujours là, intact. 

Je croyais avoir largué le paquet, l'avoir vu s'écraser au sol, ne plus attendre rien de personne. Et là, bim, détruite en dix secondes. Comme si rien n'était arrivé, comme si cette attente durait, dans une immobilité éternelle, depuis, comme une veille comme une chandelle dans une pièce ou personne n'est entré. 
Je sais maintenant que c'est ce qui m'attire dans une pièce qui figure souvent sur les Annonciations, la chambre de Marie, vue plus ou moins largement, à travers une porte, ou une ouverture plus grande. 

Comme si rien de ce qui s'est passé toutes ces années n'avait servi. Je récuse tout espoir, je récuse toute perspective, je décourage les plus entreprenants, je dis que ce n'est plus de mon âge, et ce que j'attends est plus enfantin qu'une Thérèse, Seigneur. Plus enfantin, entendons-nous, pas dans la tiédeur, non au contraire dans l'absolu. Je n'irai plus sur le terrain de l'unité (fusionnelle, perdue et recherchée), pour ceux qui voudraient me tirer par là, j'ai déjà écrit là-dessus.

Non, un départ aussi soudain qu'entier, au sens étymologique du terme, un départ radical d'avec ce qui composait jusqu'ici le quotidien, un déracinement irréversible. Mais basé sur une longue, très longue expérience du silence. Évitant le mot de trop, la parole se tient toujours au delà du silence (Bonnefoy), elle a sauté le pas.

Je partirai donc seule. C'est aussi incroyable que le reste. Tous les soirs, je pars seule. Je pars pour le plus radical des départs, le départ dans le silence. Celui d'où toute explication a été bannie. A moi seule, cet instant où je rejoue toujours la même scène, celui de l'acquiescement tacite, et de l'accord sans verbe, sans proposition, sans réponse puisque sans question préalable. 

L'évidence, voilà. Non pas la fusion enfantine, non, l'évidence au contraire de ce qui est après, de ce qui nous attend. Si semblable en ses couleurs hélas semblables. C'est ma tombe que je vais fleurir à la Toussaint, en quelque sorte, pour qu'à force, ces fleurs aient quelque couleur. 

J'ai tellement espéré cet amour là. Non ce n'est même pas cela. Ce n'est pas que je l'ai espéré comme une femme qui guette son marin au retour, du bout de la jetée, non, c'est que tout était toujours à côté. Cette évidence, qui est devant nous, là, et qui promptement, dans la vie devrait nous conduire au silence, que nous n'osons faire que dans les films et pour les grandes tragédies nationales. 

Mais on devrait le poser tout le temps, ce bruit, comme on pose un revolver. Souvent j'ai failli fuir à l'improviste, au détour d'un ascenseur, nulle par, disparue nulle part. Partie sans un bruit dans la nuit, pour n'être enfin plus à côté, mais dedans, en plein dedans, dans le sillon du plus pur des hasards, là où j'occupe enfin réellement le peu d'espace historique que je suis, rien. 

Sans doute la raison de ces passages d'In the mood for love où ils sont dans la voiture, mal à l'aise. Finalement, c'est encore trop de fuir à deux. Il faut être deux pour fuir, mais pas longtemps, après le piège se referme, comme la mer sur Moïse. 

Bien.. 

Mais il a fallu tout cela pour ça. Que j'arrive à regarder en face ce qu'il faut bien pourtant appeler non pas de l'amour, mais l'amour. Il faudra peut-être que je le traque jusqu'à être capable de le filmer, ça, capable de le foutre dans une boîte et qu'on n'en parle plus.

C'est peut-être ce que j'aime dans les films comme La Salamandre, c'est que coincée par la vie, l'héroïne ne peut fuir en long, pour de bon, dans une grande ligne droite : elle est toujours ramenée à la case emploi, logement... Mais elle fuit en permanence. Dès que se présente un bout de ligne droite elle fonce, et dérapant de biais par rapport à la situation, elle est toujours à côté sans être très loin.

C'est marrant, cela me fait repenser à L'Étrangleur de Paul Vecchiali, où tout le monde dérape de sa place, l'assassin, le flic, la midinette..

Bien....

" Une parole si expressément close que toujours au bord du néerlandais". Ouais, bon, ok, celle-là mais bon. Elle serait peut-être plus drôle avec du finlandais. Il paraît que c'est terrible le finlandais. J'avais un copain finlandais, il me disait qu'avec sa copine ils se parlaient en anglais tellement ils trouvaient leur langue maternelle affreuse  !

Il faut que je me surveille, ça devient très popote, ce blog, on s'y tutoierait bientôt.

mercredi 23 novembre 2016

Zone de largage

C'est marrant ça :


#WeAreNotWaiting: Diabetics are hacking their health, because 

traditional systems have failed them (PDF download)

Diabetics have been waiting for years for better technology to manage their condition. Some got tired of waiting and hacked together an open source hardware and software solution. This is their story.
C'est marrant parce que 1 c'est sympa de se mettre à plusieurs pour bidouiller un open-source pour sa communauté, mais aussi parce que je me demande de combien ça précède le moment où de semblables communautés, lassées de voir la sécurité sociale ne plus pouvoir payer leur médicaments, vont hacker, méchamment cette fois, les bases de données des labos pour pouvoir se le fabriquer @home.

Sinon, à propos de mes images et vidéos, je cherche souvent la lumière de la lune. La lumière de la lune a dans mes rêves bien des tonalités, particulières. En cherchant à reconstituer les sujets qui évoluent sous cette lumière, j'espère retrouver la couleur et la nature exacte de cette lumière.

J'en ai entendu parler dans l’Écriture du Désastre sous cette forme :  "Quand tout s'est obscurci, règne l'éclairement sans lumière, qu'annoncent certaines paroles. " et d'autres fragments qui parlent de la lumière.

Je sais que par là je me leurre. Je me tiens dans le leurre du seuil de mon mensonge, mais je le sais. Je sais que c'est mon ressenti de cette lumière qui lui confère cette qualité.

Mais peu importe, vous souffrirez que je continue.

 A propos de la culpabilité, j'y ai repensé en écoutant l'émission de France-Cul sur Baudelaire, oui, c'est vrai qu'elle est présente, souvent, sous une forme ou une autre. Sous la forme de l'expiation, elle s'exprime. C'est à dire que les tentatives pour la combattre ne font que la révéler.

Ces tentatives ne sont pas forcément de l'ordre du construire, mais du désœuvrement, pour reprendre un mot de Blanchot. Par exemple, entraver la réalisation d'une œuvre, rendre son développement imparfait, ou la ruiner carrément en cours de réalisation, dont des manifestations de la culpabilité.

De quoi ? De tout, d'exister alors qu'on ne fait que mourir, d'oser créer pour tenter de dissiper le malentendu et ne faire que l'aggraver en perdant ainsi une vie rendue d'autant plus brillante. De tout.

Il est vrai qu'ayant eu à côtoyer récemment un spécimen de poète, il faut dire la chose suivante on associe automatiquement le poète à un être qui a une grande empathie pour le genre humain, mais ce n'est pas une donnée immédiate de la conscience 

On voit le poète comme un ami de l'homme, un humaniste, le frère de tous les autres, des souffrants, des opprimés, des clochards et des victimes, mais ce n'est pas forcément le cas. J'ai rencontré le week-end dernier un poète qui voue à l'humanité une bienveillante indifférence. Le sort des opprimés, et des gens en général lui est totalement égal. Il est vrai que, vu de sa planète, nous ressemblons à un tas de fourmis qui s'agitent pour des objectifs totalement ridicules.

Il est vrai aussi que quand on l'entend parler de son art, on comprend qu'il n'ait aucun intérêt à " donner de la confiture aux cochons ", comme il appelle le fait d'exposer. Vous voulez le faire mentir " Si, si, moi, moi, M'dame ". On dirait les enfants à l'école...

C'est peut-être dû au fait que c'est un ancien parachutiste. Mais le reste est plus à sa place dans Alerte rouge, à cause de son caractère ronchon.

Bref, toujours est-il, et ceci est maintenant à l'attention  de ceux qui veulent mon bien et pensent que je me fourvoie. Votre attention est touchante, et votre inquiétude légitime. C'est juste que vous vivez dans le monde post WWII car c'est l'unité de mesure normale de l'hystérésis de la conscience, compte-tenu du fait qu'on est élevé par des gens qui ont les idées qu'on leur a inculquées à eux-mêmes quelques vingt ou trente ans auparavant. Vous ne réalisez pas (et heureusement) que vous lisez le monde avec une grille héritée de vos grand-parents, et donc qui a au mieux un demi-siècle.

Mais je n'ai plus le temps, désolée. Cassandre court maintenant à travers le palais. Longtemps je dénoue des écheveaux, pour savoir combien de temps le psychisme humain peut résister à la tentation du nœud gordien, c'est à dire à une solution qui malgré ses nombreux dégâts, amène un soulagement rapide. Cette configuration est inscrite dans la psyché sous le nom de Thanatos.

C'est une petite fête, mais c'est trop tard hélas, le désastre est en marche, et je courrai jusqu'à la fin, comme une qui cherche où sont les points d'eau alors que tout brûle déjà, comme si moi aussi j'étais née dans un temps qui aurait permis d'éteindre l'incendie.

Ce qui m'étonne quand je lis les plus anciennes inscriptions de l'humanité, c'est qu'aucun mouvement de pensée ne me soit étranger. Tout est comme il y a 5000 ans. On me dira : " un peu moins de pensée magique", mais peu importe, ce qui reste c'est qu'elle s'exprime dans les mêmes termes, et surtout selon les mêmes figures de pensée, lesquelles me sont toujours aussi accessibles, sans l'ombre d'une traduction nécessaire...

Mais tout de même. Tout de même...


samedi 5 novembre 2016

Infiltration

Je poursuis quelques expériences scientifiques, expériences de pensée, naturellement. Suite donc à cet article, je me demandais quel peut être le sens de parler d'une surface en 2D courbe, à l'intérieur d'un espace 3D. Tout le monde voit ce que c'est, et de toute façon, nous ne saurions faire autrement. Nous sommes bien obligés de parler depuis l'espace 3D où nous sommes placés.

Bien. Avant de revenir à ce qui est donc une réduction, par la pensée, du nombre de dimensions de l'espace, je vais repartir depuis l'autre bout, à savoir construire l'édifice des dimensions " ex nihilo ", en quelque sorte. 

On nous présente parfois une dimension " supplémentaire " comme l'acquisition de la capacité à " plier " l'espace de façon à se rendre d'un point à l'autre en ligne droite. Mais on pourrait imaginer que l'espace reste droit. 

Par exemple, dans le cas l'acquisition de la seconde dimension, au lieu du traditionnel schéma présentant la droite D pliée pour permettre le passage d'un point A à un point B:



Nous aurions alors :
Je vous laisse imaginer la même chose pour le passage de 3 à 4, sauf que je n'utilise pas le temps. je suppose l'existence d'une dimension spatiale 4, qui est à l'espace ce que le plan est à la droite, ou l'espace au plan. Cette dimension permet de passer d'un endroit à l'autre de l'espace. Et ce de façon " invisible " pour un opérateur ne disposant pas de la quatrième dimension.Qui voit ainsi l'objet " disparaître " en A, et " réapparaitre " en B.sans avoir été détectable sur le segment. (1)

(Ceci peut aussi se voir lors de deux droites sécantes. Le point d'intersection " court " alors le long de la droite de référence).

La vilaine Guillemette a commencé d'explorer ce que pouvait donner l'irruption d'une dimension dans les autres lorsqu'on voit les choses ainsi.
En effet, si  c'est clair pour les dimensions 1 --> 2, cela devient plus complexe pour le déplacement dans un plan.

Mais imaginons déjà ce que pourraient être ces " irruptions". Pour une droite dans un plan, c'est un point. Quoique si on se réfère au fameux " plan de 5 cm d'épaisseur " évoqué ici, on pourrait avoir un segment de droite qui apparaît dans l'espace.

Un plan non parallèle à un autre donne une droite. Si le plan " intrusif " est en mouvement de bascule par rapport au plan de référence, la droite va changer éventuellement de couleur, par exemple, et se déplacer. Si c'est une bascule avec rotation, elle peut seulement changer de couleur etc.

Changer de couleur, au fur et à mesure que défile la tranche de la carte, je veux dire. Mais je ne suis même pas sûr qu'elle apparaisse en entier.

Maintenant, un peu plus compliqué, et permettant d'introduire la notion de " place ", imaginons deux plans, l'un de référence à 5 cm plan totalement vide à l'exception d'une carte à jouer. Si la carte est introduite " par la pointe " dans le plan, alors les Flatiens (modulo 5 cm) verront un point, puis deux, puis trois, c'est à dire un segment qui grandit par le centre, puis une carte à jouer sortir de nulle part, atteindre 5 cm de haut, et disparaître par le haut tandis que la pointe ressort par le sol à un autre endroit.
 

Compliquons encore l'affaire et imaginons un solide en 3D dans un espace vide dans les dimensions 4, 5, et 6, qui vient faire irruption dans notre espace aux dimensions 1, 2 et 3.

Ceci signifie que de même que les Flatlanders ne peuvent pas percevoir un plan parallèle au leur, nous ne pouvons percevoir des objets dans un espace 3D " parallèle au nôtre". C'est à dire qui ne partage aucune des trois dimensions avec nous, de même qu'un plan parallèle à un autre ne partage avec l'autre aucune de ses deux dimensions.

Revenons un instant à la droite D ci dessus, rouge. Imaginons une droite sécante bleue. Le point d'intersection sera-t-il vu bleu ou rouge par les habitants de la droite D ? Mais que devient le point rouge que le bleu a " poussé " pour se mettre à sa place ?

Les points de la carte à jouer seront vus par les Flatlanders sans doute, mais que deviennent les points du plan de référence, qui étaient là avant d'être " poussés " par les points de la carte ?

Cela ressemble à de la provocation, puisque les gens vont répondre que les points sont " remplacés". C'est moins drôle si on revient maintenant à la 3D. Si un solide prend la place des points de mon corps lors de son irruption, vais-continuer à vivre ?

Il n'est pas impossible en effet que ce soit " les deux à la fois". Certains des points de mon corps vont se pousser pour laisser place aux remplaçants, et d'autres vont " faire de la résistance", refusant de céder la place.

Sinon, j'aime bien, ça :

Ceci permet par exemple de poser :

Il n'y a ni " quelque chose", 
ni " rien".

La présence, notre présence, elle-même, n'est pas, elle " se produit ". Comme les étincelles apparaissent au choc de deux pierres qui n'existent pas.

C'est dans LCB et ça date de 2014. Je pense que c'est parti de l'opposition formulée par " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ". En fait il n'y a ni l'un ni l'autre. C'est comme si on disait :" Pourquoi y a-t-il des gens malhonnêtes plutôt que des tasses de café ? "

Je note une autre observation. Imaginons que je plonge une sphère dans un plan.

La sphère va-t-elle évacuer le plan exhaustivement, poussant ses points comme un ballon plongé dans l'eau pousse les molécules d'eau ?

Si oui,le plan va-t-il opposer une résistance, comme l'eau au ballon ? Les Flatiens verront alors une barre dont on peut dire qu'ils ne pourront pas entrer dedans, comme nous ne pouvons entrer le doigt dans un cercle en bois en appuyant sur le bord.

Mais les Flatiens savent-ils différencier un cercle d'une ellipse plongée ? Oui, s'ils ont un point de repère fixe absolu qui permet de se situer dans leur plan, comme la balise devant N..-D de  Paris pour les cartes routières.
Ils peuvent ensuite baliser leur espace avec un repère orthonormé, centré sur ce point.

Mais les points poussés par le ballon ne viennent-ils pas perturber les différences mesurées sur ce repère ?

Bon, je bosse l'histoire des dimensions et je reviens.

(1) Même si le passage bleu paraît plus long en distance, les retrouvailles en B se feront simultanément. Donc le trajet bleu se fera avec accélération puis ralentissement. Les deux trajets mettront donc le même temps pour se faire. C'est la devinette de la mouche et du cheval : " Un cheval fait un trajet AB, pendant ce temps, une mouche lui tourne autour de la tête en cercles de 1 m de diamètre. La mouche et le cheval vont à la même vitesse, la mouche part en même temps que le cheval, elle s'arrête en même temps que lui. Si le cheval fait 10 km en une heure, quelle distance a fait la mouche ? Comme elle chemine le même temps que lui à la même vitesse, elle a parcouru la même distance.



vendredi 4 novembre 2016

Boules et plans

Comme vous le savez, je suis très curieuse de l'actualité scientifique qui se déroule sous nos yeux, et je viens de tomber sur cette image trouvée ici :

On nous dit : " En reprenant les analyses de Bekenstein, le prix Nobel de physique Gerard 't Hooft a montré que si on divise la surface d’un trou noir en carrés dont la longueur des côtés est donnée par la longueur de Planck, alors chaque petite plaquette possédant une surface dite de Planck-Wheeler (10-70 m2 environ) peut stocker un bit d’information sous forme de 0 ou de 1. 
Tout se passe donc comme si l’information perdue pour un observateur extérieur, et portée initialement par la structure en 3D des objets traversant l’horizon du trou noir, était maintenant codée sur une surface en 2D : exactement comme dans un hologramme. © Gerard 't Hooft "

Ce que je ne saisis pas, c'est comment ont peut lire cette information, c'est à dire, par où on commence. Sur l'image, une flèche magique pointe en haut à gauche, mais en vrai ? 
Des séquences d'information que je connais, géniques ou informatiques, elles comportent toujours un " bootstrap " qui indique comment gérer l'information, et surtout, où elle commence. Là je ne vois pas trop.
Je pense que dans un hologramme, c'est la même chose. je veux bien que les valeurs lumineuses soient " étalées" à plat, mais il faut bien quelque chose qui indique par où commencer pour les lire correctement. Or cette information " meta " ne peut être prise en charge que par un système qui englobe les deux organisations, qui les subsume. 

Là, je ne vois pas comment, au moment de son franchissement de l'horizon, tel un douanier à la frontière, se dresserait un ordonnateur des sens de lecture, un orienteur des repères...

J'ai été également étonnée par la formule : " On peut peut-être s'en faire une petite idée si l'on considère une surface courbe en deux dimensions et si l'on projette ses lignes de niveau sur un plan ".

Je pense comprendre qu'il s'agit des courbes de niveau telles qu'on les voit sur les cartes. Ce qui m'étonne, c'est l'expression "
une surface courbe en deux dimensions ". Un surface en deux dimensions ne peut être qu'un plan. Et l'écartement des courbes de niveau n'a de sens que pour qui connaît la valeur de l'unité d'écart dans la troisième dimension, une fois de plus subsumant les deux sources d'information par une opération " externe" aux deux dimensions.

Je me demande donc, à la lecture de ces articles passionnants pondus par mon éminent confrère la vilaine Guillemette, ce qu'entendent ces gens lorsqu'ils parlent de 4, 5 ou dix dimensions. Les problèmes soulevés pour imaginer l'existence de ces dimensions ne sont pas minces, et j'aimerais savoir comment ils s'y prennent. 

Une autre phrase a finalement retenu mon attention à la fin de l'article :" Pour reprendre la comparaison entre des lignes de niveau sur une carte et la topographie d'un terrain, il serait absurde de dire que la surface de la Terre n'est pas vraiment courbe parce qu'on peut la décrire avec une carte plane. "

Moi il me semble qu'on ne peut que très difficilement, justement. Il faut " déchirer " la surface courbe, et injecter de l'information supplémentaire (pour combler les vides).

Encore une fois, l'opération ne peut se faire que depuis un observateur capable de gérer non seulement les dimensions nécessaires à la prise en compte du problème lui-même, mais des dimensions supplémentaires, comme on l'a vu avec le plan. Ceci permettant à l'observateur d'aller " puiser " dans les dimensions plus " grandes " (que le problème) les réserves d'information pour combler les vides.

Si un habitant d'un monde en 2D, un plan donc, disposait d'une carte de la Terre à plat, il ne pourrait pas la " monter en volume", puisqu'il ne dispose pas de la troisième dimension nécessaire pour le faire. Je sais que ce que je dis là me semble contredire le Theorema Egregia de Gauss, mais justement, c'est bien là le point.

Ce que vers quoi je cherche est décrit d'une autre façon dans cet article. C'est l'information sur une partie de la conformation d'un lieu en 3D qui me permet d'expliciter l'ensemble de l'espace. Je " sais comment c'est fait", même si on ne me montre qu'une portion indéchiffrable de l'espace.

Vous allez me dire que c'est une évidence ahurissante. Oui, mais elle me sert maintenant d'index pour pointer ce que je veux dire. Au niveau de l'exemple des photos, c'est parce que je dispose d'une information plus globale, plus large, que j'acquiers la maîtrise, les compétences nécessaires pour interpréter une image dont j'ai pourtant toutes les informations correctes sous les yeux.

De même, à un autre niveau, c'est parce que je possède l'information conférée par la maîtrise des dimensions " supplémentaires " (la 3 par exemple, relativement au plan), que je peux comprendre ce qu'est la hauteur. J'ai sur les Flatlanders un avantage, bien que nous ayons tous les mêmes données 2D. 

Je n'interprète pas " mieux " l'espace, je l'interprète " correctement". Cet " avantage concurrentiel " me permet, du monde, du même monde, une interprétation radicalement différente que celle que les Flatlanders peuvent opérer. Je réordonne les données., non pas " mieux ", mais différemment.

Encore une fois, je ne parle pas de la " réécriture " que mon cerveau va opérer dans l'espace 3D avec les nouvelles données. Je me demande si ceci n'a pas à voir avec cette sorte de " colle " que je cherchais, qui ferait d'un empilement de plans un espace 3D. On peut se dire que la question ne se pose pas, puisqu'aucun "plan " n'est décelable dans la réalité. Il faudrait dire que telle particule lui appartient, l'autre non, c'est sans issue.

Pourtant on peut imaginer un peu plus facilement une sorte de " faux plan ", qui aurait mettons 5 cm d'épaisseur, et où la troisième dimension serait " modulo 5 cm". C'est à dire qu'on ne pourrait rien construire de plus haut que 5 cm, par exemple parce que la portion au dessus de 5 cm réentrerait par le sol dans le plan. 

Cela paraît saugrenu, et pourtant, on a bien affaire là à un espace en 3D à la fois fini et infini. On peut y caser tout ce qu'on veut, mais pas comme on veut. Notons que nous avons le même problème à l'envers : nous ne savons pas poursuivre un solide interrompu après quelques centimètres de vide.

¨Pour revenir à notre " maîtrise", c'est parce que j'ai la maîtrise de l'espace environnant ce " plan " de 5 cm que je peux comprendre le problème de la tour dont le haut surgit au sol, alors que les Flatlanders ne verraient là qu'une conséquence de leurs lois physiques. Dans un sens, ils trouveraient cela normal, et moi ahurissant.

Je reviens à cette idée que c'est la place qui permet de caser le savoir, que c'est cette place disponible qui permet de voir le problème dans son entier.

Bref, ne continue de creuser.

dimanche 30 octobre 2016

Lolychronicité

Ce matin, je vois ça :



Je me dis : " Non, sans blague".


 Ben si, c'est vrai.



Pauvre gars, il est allé plusser mon commentaire sur un article assez sombre. Je pense qu'il ne comprend pas un traître mot de tout cela. Ou alors si, il parle couramment le français, et il est ému par le sort des enfants, comment dire... Il faudrait trouver un adjectif pour désigner les enfants dont je parlais.


Maj et les deux absences

Je vous signale deux changements dans votre interface web.

1 Désormais lorsque vous tapez " Jane compagnon ", Google ne vous affiche plus les 144552 phrases comprenant la chaîne " Jane compagnon " mais directement " Tarzan", c'est à dire la bonne réponse.

Essayez, c'est saisissant de précision. Je suis tombée dessus par hasard avec je ne sais plus quelle femme célèbre. Google a auto-complété avec mari, j'avais déjà envoyé le enter, et j'ai eu la surprise de voir débouler des fiches sur le mari de la dame en question...

D'une recherche formelle, la requête est passée à une demande de contenu intégrant la sémantique de la recherche.

2 Avant, une fenêtre de vidéo player était composée de l'image et de divers contrôles. (défilement, pause...) lesquels contrôles " mangeaient " de la surface de la vidéo.

Ensuite l'ensemble du panneau de contrôle s'effaçait hors du survol le réactivant. Maintenant, il est visible en miniature, et sa partie survolée s'agrandit pour devenir des contrôles opérationnels.


Autre chose, dans mes classements de favoris, je me demande si la rubrique " sociologie " doit contenir des liens sur le mythe, les masques, etc. , ou bien des liens sur les divers courants de la sociologie, etc. Ou les deux...

Enfin une remarque qui n'a rien à voir avec les précédents. Je songeais au destin des enfants curieux, intelligents, éveillés, qui grandissent dans un milieu qui l'est moins qu'eux. Je sais qu'il y a un feed-back entre les deux, mais par expérience, je sais qu'il y a des enfants qui vivent ce genre de situation.

Je me mettais à la place de ces enfants, et j'imaginais leurs questions, leurs attentes, exprimant leur curiosité, et une sérendipité qui tombe toujours à l'eau, engloutie par l'épais refus du camp d'en face.

Cela c'est la première absence. L'enfant ne comprend pas pourquoi ses interrogations, non formulées autrement que par des invitations, ne trouvent pas de réponse, parce que ses initiatives ne rencontrent jamais d'écho.

Mais j'ai réalisé, c'est la seconde absence, que l'attitude des parents était sûrement à peu près aussi inconsciente. Si le demandeur est éconduit, c'est par son geste, non par l'intention qui la motive et la sous-tend. Cela ne se fait pas, de regarder des films intellos. Mais on ne sait pas pourquoi. C'est la jaquette qui récuse par avance le choix.

Songeant que ce refus d'obstacle devait manquer de raisons invoquées de façon transparentes, j'imaginais les parents rétifs proposer des solutions masquant leur réflexe de classe : " On ne va pas aller dans tel musée, c'est ennuyeux, on ne va pas aller visiter le château des prout-prout", ou que sais-je.


La bataille se déroule donc " à fleurets mouchetés", mais pire que cela par marionnettes interposées.

L'enfant dit ses besoins par des attitudes ou des actes qu'il pose : " Je voudrais faire de la musique, visiter tel endroit ". Il ne se sait pas curieux.

Comme dans tout ce que fait l'enfant avant qu'une certaine conscience réflexive lui permette d'élargir sa vision, et de se situer lui-même sur une échelle parmi d'autres comportements, sa personnalité s'exprime par des demandes qu'il ne mettra que plus tard en relation les unes avec les autres, pour enfin insérer l'ensemble dans la perspective d'une personnalité donnant sa cohérence cet ensemble.

D'autre part ses parents ne percevant que l'apparence des manoeuvres, parent le coup par des refus non motivés qui ne les protègent que de la réalisation de l'acte, et sans se poser la question de la source.

Ces deux absences délimitent par le vide un no man's land, un terrain désert, où rien ne s'agite que des représentants d'une cause, sans que personne sache réellement ce qui se joue.  Et dont il y a un fort beau morceau dramatique à tirer. Mais pas facile.

mercredi 26 octobre 2016

Le viol, au millimètre

Portée par la vague d'enthousiasme populaire soulevée par cet article, je vais continuer sur un des points de débat, à savoir la gravité du viol.

Nous avons eu en effet en commentaire la phrase : " Tant qu'on reste dans le domaine des chats et du sport ou autre du même acabit bien sûr... après, quand il s'agit de guerre, de viols sexuels avérés, d'esclavagisme etc.... on est dans une autre dimension "

La question sera donc " Peut-on dire qu'un viol est " plus grave " qu'un autre : y a-t-il une échelle dans le viol ? "

Prenons un premier exemple en illustration, que nous appellerons le viol de type A. Le viol traditionnel, bien de chez nous quoi qu'il soit assez répandu sur la planète, généralement d'une femme ou d'un enfant par un homme. Pas de fausse modestie, messieurs, vous êtes les champions incontestés de la catégorie.

Mais ne vous rengorgez pas trop vite, mesdames, vous aurez votre place à la cuisine du palmarès.

Imaginez maintenant un avocat qui tente de défendre son client en disant que la plupart des viols se font avec une pénétration vaginale, anale, que sais-je, d'une quinzaine de centimètres, alors que son client ne dispose que d'un pénis de douze centimètres de long.


Imaginons le même avocat le lendemain, qui défendant un autre client, invoque le fait que son client n'a pénétré la victime que de cinq centimètres. Le jour suivant l'avocat prouve que, la victime s'étant débattue, son client n'a eu le temps de la pénétrer que d'un centimètre.

Quelques jours plus tard, l'avocat finira par plaider " A un millimètre, franchement, peut-on parler de viol ? " Et à un dixième de millimètre, y a-t-il viol, ne faudrait-il pas plutôt parler d'attouchements ? "


Et à un centième de millimètre, y a-t-il viol ?

Là tout le monde va se récrier en chœur : " Mais vous vous moquez ma bonne amie. La longueur du pénis ayant pénétré n'est pas un critère d'appréciation, et n'entre pas en ligne de compte. Ce n'est pas à la dimension du pénis de l'agresseur qu'on mesure la souffrance de l'agressée mais à la violence de l'effraction psychique telle qu'elle a été ressentie pendant l'événement physique vécue, et non à l'étendue de l'agression physique telle que perpétrée

C'est comme si vous classiez les victimes de guerre entre ceux traumatisés par une bombe moyenne, et une grosse bombe. On s'en fout, les deux ont eu leur maison détruite et leur souffrance est également immense. "

Bien. J'aime quand mes propos font consensus. Retenons donc qu'un agression se mesure à la souffrance de la victime, à ce qu'elle génère comme ressenti, et non à la dimension de évènement, tout le monde sera d'accord avec cela.

Prenons maintenant le second exemple, que nous appellerons le viol de type  B.

Une personne conduit en voiture, en milieu urbain dans une petite ville d'habitude quasi déserte. Elle passe dans une enfilade de ronds points d'où il est très difficile de sortir, mais qui sont dégagés en temps ordinaire. Or, voici qu'il est midi, et que le collège voisin déverse des tonnes d'élèves, qui cheminent à jet continu vers la gare de cars voisine, bloquant en chaîne tous les ronds points, les passages protégés et les rues adjacentes.

Prise pour la première fois dans ce piège, prisonnière d'une file de voitures bloquées sans espoir d'en sortir, la situation devient intolérable car le flot d'adolescents ne tarit pas. Pendant de longues minutes, la situation ne s’améliorant en rien, la situation paraît ne pas avoir de fin prévisible. Combien de temps ce blocage va-t-il encore durer 5, dix, quinze, vingt minutes ?

Entendons-nous bien. En soi, la situation n'est pas très grave. La personne n'a rien d'urgent à faire, et au bout de quelques minutes, le bouchon se dissout et la circulation reprend.

N'empêche. La personne a souffert des minutes qui lui ont paru très longues. Il n'y a pas de situation " en soi ". Il n'y a pas d'araignée " en soi", sa taille dépend du phobique qui la regarde.

La personne va paniquer, tenter d'emprunter des contre-allées inaccessibles, remonter des sens interdits, etc. Elle va adopter une conduite inhabituelles pour elle. La personne est " hors d'elle ", selon la belle expression.

La morale de cette histoire, voyez-vous, c'est que si vous vous accordez à reconnaître la méthode d'évaluation conspuée dans le viol de type A, vous devez reconnaître qu'elle est absurde dans le cas du viol de type B. Qu'est-ce à dire ?

C'est à dire que lorsqu'une personne souffre parce qu'elle est placée dans une certaine situation, il n'y a pas de " un peu". Il n'y a pas de " c'est pas grave", pas de pointe " en soi " qui ne piquerait pas, pas de température " en soi " qui ne brûlerait pas. La seule aune à laquelle mesurer l'affront fait n 'est pas aux raisons de ceux qui participent au supplice, mais à l'aune de la souffrance ressentie par la victime.

Les violés ont entendu ce discours toute leur vie " Allons, il ne fait pas si chaud, tu peux bien supporter ton pull", " Allons, ce n'est pas si amer, tu peux bien manger cela ". Souffrir, déglutir, être forcé, et toujours au nom d'un vague niveau de " raisonnable ", de " normal " qui entraîne de fait l'obligation du supplice.

Le problème de la violée, c'est que le soleil lui cuit la peau, qui brûle, se dessèche, tire, c'est que le sel de l'eau de mer est comme mille aiguilles plantées entre les vêtements et la peau. Je me souviens comment je haussais les épaules pour tenter d'éviter le contact des vêtements chics qu'on nous avait enfilés pour sortir, quand par hasard je n'avais pas pu me doucher assez longtemps pour enlever le sel.

Je me souviens comme on me trouvait une piètre convive, alors que je scrutais le déroulement de leur repas au restaurant, lisant dans les attitudes des adultes les signes d'avancement pour me donner la promesse du compte à rebours avant que je puisse enlever mes vêtements.

Le problème de la violée, c'est que tout dans son corps lui dit le contraire de ce qu'on lui raconte. Elle l'apprend à ses dépens, qu'elle n'est pas comme les autres. Il lui faudra des années pour s'aménager un environnement adapté. Parce que son handicap n'est pas visible comme un fauteuil.

Son handicap c'est de trouver anormal ce que vous trouvez normal. C'est de trouver insupportable de devoir supporter un vêtement qui pique en consolation du supplice de supporter vos conversations au restaurant.

Mais ça, personne ne l'imagine, c'est hors de portée, ça d'imaginer que ce pense et ressent la masse des bovins n'est pas la norme des l'univers. C'est même carrément impossible.

Alors la seule issue, c'est de s'aménager un refuge loin des regards. Loin des jugements qui trouvent que, qui estiment que, qui pensent que, mais qui pensent toujours la même chose. Qui pensent que " ce n'est pas si chaud ", " ce n'est pas si froid", qui sont incapables de penser qu'on ne puisse pas penser comme eux.

Le problème n'est donc pas dans le millimètre de queue qui viole ni dans le dixième de degré, il est dans leur incapacité à accueillir et à respecter la différence. Il est dans leur pâteuse, boueuse, épaisse incapacité à se sortir des évidences premières de leurs jugements identiques, répétant comme des perroquets les litanies de leur époque.

Le pire c'est de subir leur certitude épaisse, lourde, qui attache à la cuillère, que le modèle du veau standard  qu'ils sont est l'unique sorte d'humain que la nature sache produire, parce que leur imagination standard est précisément incapable d'imaginer autre chose que l'épais bovin standard qu'ils habitent.

Le vice est dans le vice, la paille dans le métal, le vice de forme dans la forme. 

Il m'a fallu des années pour m'éloigner un peu du brouhaha imbécile de leurs certitudes épaisses, cancanées par des robots en reprenant les phrases que le voisin a entendu à la radio, et qu'il convient de dire. Lorsque vous vous pensez originaux, c'est que vous reproduisez le sociolecte de votre petit groupe, vous cancanez les slogans du groupe, vous singez les propos et les attitudes du fétiche.

Tant qu'on est dans ces questions, imaginez une personne qui, en entrant dans le cabinet d'un thérapeute, reculerait en criant d'emblée " Vous, surtout, ne me touchez pas". Vous ne conseilleriez pas à cette personne d'aller voir un kiné. C'est pourtant ce que vous faites en disant à certains " Tu devrais aller voir un psy". 

Sinon la vilaine Guillemette a fait un diaporama de mes yeux au-dessus de la Lena. Il va lui falloir une dizaine d'années pour comprendre le maniement des filtres et des calques, et on verra ce qu'il a à dire. Pour le moment, c'est une occasion de contempler mes yeux dans le ciel, leur juste place. Un océan de paroles.

Je repense à cette réflexion d'un travailleur social qui me disait récemment le grand nombre de gens avec qui il était en contact, et à qui on pourrait attribuer le qualificatif de " révolté ". Eh oui, voilà. D'habitude, on relierait plutôt cela à Rimbaud, n'est-ce pas ?

C'est pour ça qu'elle a le stylo qui tombe, la pauvre Guillemette, parce que vous verser ça ou du plomb fondu dans les oreilles, ça sera suivi des mêmes effets.

Bon, anyway, osf tout ça, mais je pose cette pierre qui me resservira plus tard.  Je relis en ce moment l'Ecriture du Désastre, et je réalise à quel point j'ai été influencée par ce livre. A quel point je le porte en moi depuis, comme s'il avait révélé au sens d'un révélateur photographique, mon infrastructure mentale. Je le portais en moi avant que de le lire.

mercredi 7 septembre 2016

Petit manuel à l'usage des jeunes violés qui ne le savent pas encore.

Cher ami violé,

Le but de ce manuel est de t'aider à reconnaître les violeurs potentiels, afin de mieux t'en défendre. Plutôt que de faire de la philosophie de haute volée dont je suis coutumière, j'ai choisi comme La Fontaine, l'approche d'une petite fable animalière en apparence banale, mais qui je l'espère te sera d'un grand secours.

Le principe du violeur est de te dénier l'accès à l'espace démocratique, en te privant des outils du dialogue, ce qui revient à t'imposer ses vues par la force, ce qui est le principe du viol.

Mettons que tu partages un espace avec une personne qui entretient des animaux domestiques, par exemple des chats. Normalement, cette personne, qui entretient cette addiction dans le but de résoudre des problèmes personnels et de se donner de soi-même une bonne image de bienfaiteur du vivant, devrait te demander si cela te convient. Mais elle ne le fait pas, et examinons pourquoi

Mettons que les chats te dérangent parce que tu n'aimes pas l'odeur de leur pipi et de leur caca, ce qui peut se comprendre, tu n'aimes pas être dérangé la nuit par leurs miaulements incessants, ce qui peut se comprendre, tu n'aimes pas retrouver leurs poils partout, y compris dans ta nourriture, tu n'aimes pas voir sur toutes les surfaces de cuisine où tu prépares ta nourriture, l'empreinte de leur pattes pleines de traces de la litière où ils ont gratté leurs excréments, tu n'aimes pas leurs puces, les visites chez le vétérinaires, les angoisses perpétuelles dès qu'ils ne sont pas revenus à l'heure, les fortunes dépensées en croquettes médicalisées etc

Bref, ton attitude va finir par devenir suspecte, et l'assistance va te pointer du doigt et te poser la question qui tue " Mais pourquoi tu n'aimes pas les chats ? " Car il faut aimer les chats. Le chat tu aimeras comme toi même. C'est un diktat. Le chat est " trop mignon", quand il miaule, quand il tourne la tête / la patte / la queue, le chat est " trop mignon " quand il miaule, quand il pisse, quand il chie, et où qu'il vomisse le chat est " trop mignon ". Donc il faut aimer le chat.

Là, tu vas te récrier : ce n'est pas que tu ne les (parce que l'amateur de chat serait déshonoré de ne pas en avoir une douzaine, comme les collectionneurs de photos pornos, qui en ont des disques durs emplis) aimes pas, c'est que leurs nuisances te sont moyennement agréables.

Mais devant ce crime de ne pas aimer les odeurs du chat, tu cherches un argument valable. C'est difficile. Il n'y a pas de bonne raison de ne pas aimer l'urine et le poil de chat.

Prête moi bien ton attention, ami violé, car je vais introduire une anecdote dans l'anecdote, et c'est là que va résider l'outil principal de la stratégie de coercition du violeur.

Ce que va récuser le violeur, te déniant ainsi la possibilité d'accès à l'espace du débat démocratique (ce qui l'ennuierait, il préfère prendre son plaisir même si tu n'es pas d'accord), c'est ta santé mentale, ta raison. Oui oui, tu as bien entendu.
Te rejeter dans le camp des fous, c'est de placer de facto dans le groupe de ceux avec qui " on ne peut pas discuter ". Et donc, on ne leur demande plus leur avis, caractéristique du violeur, on me l'accordera.

Comment le violeur va-t-il s'y prendre. Il va récuser ton point de vue comme " incommensurable " avec le sien. C'est à dire que " ce n'est pas la même chose". Tends bien l'oreille, ami violé, car à ce petit son de cloche tu reconnaîtras la botte du nazi qui effleure tes fils d'alarme

" Ce n'est pas la même chose " signifie au violé " Demi-tour, hors d'ici, tu n'as plus accès au débat, tu n'as plus droit à la parole, car tes propos sont déraisonnables. Donc pas digne d'être écoutés. Tes arguments n'en sont pas donc nous allons continuer à te violer, cqfd ".

" Tes arguments n'en sont pas." cela fait bizarre, dit comme ça. Et pourtant...

Voici l'anecdote. Tu es assis dans un canapé, le violeur est assis à une table en train de travailler, et il est importuné par une mouche qui se pose sans cesse sur sa figure, l'empêchant de se concentrer sur son ouvrage.

Là le violeur peste après la mouche, il hurle, s'exaspère, cherche à la tuer, n'en peut plus, jure, crache, tape la mouche avec ce qui lui tombe sous la main, et l'écrase dans une grande satisfaction.

Tenant l'occasion de lui faire sentir ce que c'est que de subir, et les sentiments que cela déclenche, ami violé, tu vas risquer un petit " Tu n'aimes pas les mouches ? "

Et  là : " Arrête, ça n'a rien à voir, ce n'est pas du tout la même chose". voilà la sentence est tombée, ton propos est discrédité. Ce n'est pas la même chose. Ce que tu ressens toi, ami violé, et ce que ressens le violeur, ce n'est pas la même chose.

Ce que ressent le violeur, c'est une légitime exaspération qui lui donne le droit de vie et de mort. Ce que tu ressens, n'est qu'une une outrance maladive due à ton hypersensibilité qui fait que tu devrais aller consulter un psy. Tu es relégué au rang des imposteurs. Le violeur vit ses pulsions sur un mode qui sera éternellement celui de la légitimité, quelles qu'elles soient. Le violé vit dans l'outrance de sa demande, dans la perpétuelle impudence d'oser s'exprimer, ce dont il faut qu'il se repente et se guérisse.

Et c'est tellement peu du même monde, d'oser ressentir pour un violé, qu'oser supposer comme tu le fais que tes ressentis sont aussi recevables que ceux du violeur, ou pire tenter de fonder là dessus un argument, c'est si déraisonnable, que tu es rejeté dans le camp des fous, avec les conséquences que l'on a vues.


Repère bien le fil de cet argumentation, ami violé : tu es fou parce que tu dis des choses déraisonnables.Et ce que tu dis de déraisonnable, c'est d'oser insinuer qu'il y aurait une commune mesure entre ce que tu ressens, souhaite exprimer ou poser comme admissible, et ce que le violeur pense. 

Il y a deux types de citoyens, de penseurs et d'êtres : d'une part le violeur aryen, le mâle blanc occidental, directeur commercial, ingénieur en électronique... Qui pense correctement et impose l'application de son point de vue aux autres, et d'autre part le sous-homme, noir, femme... Qui n'ont que des lubies illégitimes.


Il est déraisonnable d'oser insinuer pareille chose parce que ce que tu ressens est de l'ordre du futile et donc de l'exagéré. Ce que tu dis relève de l'excessif, alors que ce que dit le violeur est marqué du sceau de la normalité, et partant du légitime. Sa volonté doit donc être appliquée.

Comment le violeur parvient-il à faire de son avis la norme ? Ah tu as trouvé la question centrale, ami violé. C'est très simple, c'est l'inverse : il lui suffit de faire norme l'avis de la majorité. Il n'a rien à faire, puisque c'est ce qui est universellement reconnu, et même érigé en axiome de gouvernement politique, c'est dire. Tout le monde élève des chats, donc il est normal, et partant, obligatoire,  d'avoir un animal de compagnie. Telle est l'équation. et si tu ne te conformes pas au modèle, tu es anormal. Tu n'aimes pas les chats, les enfants, les insectes, la vie, quoi.

Donc tu es un pervers, un déviant, un délinquant, un louche. Je mentionne les insectes, car la haine fonctionne sur le même modèle. Parcourez dans une jardinerie le rayon en -cide, et vous verrez les ennemis de la nation sur les boîtes en carton.

Le violeur a décidé que telle plante pousserait là, et tout ce qui se dresse sur son chemin doit être abattu. Tout doit se plier à sa volonté, dans un sens comme dans l'autre. Les chieurs gouvernent le monde.

Alors que faire ? Fuir. Il n'y a hélas pas d'autre solution. Le violeur est psycho-rigide, car sa survie en dépend. En fait, il n'a aucune bonne raison " d'aimer les chats ". Il impose ces rituels aux autres car cela lui apporte quelque chose. Il a du mal à communiquer avec les humains, il a l'impression qu'il fait du bien à quelqu'un, que quelqu'un dépend de lui (pour la nourriture etc.), si tu cherches, d'une façon ou d'une autre, tu trouveras que le mode de vie que le violeur impose aux autres est un moyen de se faire du bien face au vide et au manque de légitimité de sa vie réelle.

Ce qu'il soulage est souvent assez pitoyable et peu avouable, donc il aura besoin de le déguiser sous des tonnes de mauvaise foi, donc, sachant qu'il n'aura jamais gain de cause, sa seule issue est de te barrer la voie au dialogue et te renvoyer au camp d'internement de la déraison.

Alors comme les juifs et les intellectuels pendant la guerre, devant les nazis, fuis. Il n'y a pas de négociation possible avec le psychorigide totalitaire, il te violera car il a besoin de se prouver des choses, et c'est sa façon de se prouver qu'il a raison, et que son monde absurde est cohérent.

N'oublie pas que le violeur aura toujours tendance pour se défendre, lui, de cette faiblesse qu'il sait inhérente à sa démarche, à utiliser deux stratégies :

  • le camouflage : il fait comme tout le monde. Le violeur choisit des activités hautement " socialisées ". Le chasseur s'approprie la vie d'animaux, il s'arroge le droit de tuer des êtres qui ne demandaient qu'à vivre, et ce au prétexte que la société de chasse lui a vendu le droit de le faire. Ils sont ainsi des millions répartis sur le territoire.
    L'éleveur s'approprie la vie d'animaux qu'il détruit au prétexte " qu'il faut bien manger". Le pollueur détruit l'habitat naturel des animaux au prétexte " qu'il faut bien faire des zones de fret logistique pour les poids lourds".
    L'homme viole la femme au prétexte qu'il " faut bien " qu'il se vide les couilles. De tous temps, partout, les violeurs s'imposent en masse, et écrasent sous la masse de leurs usages, les tentatives de remise en question de leurs pratiques.
    Le violeur a du bide, et il le pose sur la bouche de la victime, histoire qu'on n'en discute pas. Le violeur souille l'eau, mais " il faut bien qu'il se lave", il souille l'air mais " il faut bien qu'il aille au boulot", il viole le silence mais " il faut bien qu'il prenne l'avion". Il emplit l'espace et le silence de ses éructations assourdissantes, il lance tous les moteurs à explosion possibles, pour emplir le vide de sa vie, pour qu'aucune remarque sur le vide atterrant de sa vie ne puisse se frayer un chemin dans un silence propice.
  • le renversement de perspective : Il va transformer la victime en bourreau : tu l'empêches d'avoir des animaux, tu n'es pas gentil, tu lui enlèves la seule joie qu'il a dans la vie, tu le prives de distraction, de ses besoins vitaux, bref tu es un bourreau et lui une victime. Tu voudrais qu'on arrête le progrès, qu'on revienne au temps de la bougie, tu n'es pas réaliste. Il faut bien occuper les jeunes, le dimanche matin, donc on va faire un stade de foot, et puis il faut bien des projecteurs pour l'éclairer, et des tondeuses pour couper l'herbe.
    Quoi, tu es contre les jeunes, contre le sport, contre l'entretien des espaces verts ?
    En réalité, le mâle s'emmerde le dimanche matin. Son chef détesté au boulot ne lui dit plus ce qu'il faut faire, donc il reste les bras ballants, il ne sait plus quoi faire. Il n'y a pas de foot et de courses de petites voitures à la télé : le mâle s'emmerde, sa vie est vide. Donc il faut donner des prétextes aux mâles pour remplir leur vie, c'est à dire aller s'amuser à la baballe dans la cour, et montrer leur béhème à leurs copains de récré le dimanche matin, leur évitant ainsi de faire le ménage et la lessive, que bobonne fera pendant qu'elle prépare le repas.
    Mais malheur à elle si elle fait une remarque sur les chaussures pleines de terre lancées à la volée par le père et le fils au retour de leurs exploits musculaires : elle est maniaque, la femme de ménage, elle est " trop propre", on doit adorer le fétiche du pied puant de l'homme qui rentre de la distraction à la baballe avec ses petits camarades d'école, on doit regarder, attendrie et l’œil mouillé de tendresse, papa et le petit se vautrer devant les écrans en attendant qu'on leur serve l'apéro.
Imagine les médecins des camps de concentration reprocher aux libérateurs de prisonniers de les empêcher de faire avancer la science. Cela paraît aberrant, et pourtant c'est le genre d'arguments que le violeur t'opposera tant qu'il sera au pouvoir.


Voilà. J'espère que cette modeste fable t'a plu, et surtout, que tu pourras garder en mémoire le canevas et les voies du violeur. J'espère que cela t'aidera à repérer ses manœuvres d'approche, à déceler dans ses manières de fonctionner la violence dissimulée.

Je résume les points principaux du parcours, qui te permettront de mieux identifier ton ressenti de violé :

  • Tu sens une gêne mentale ou physique devant un comportement que le violeur t'impose. Tu as l'impression désagréable de subir ses règles, et chaque fois que tu lèves le doigt pour demander qu'on modifie les règles du jeu, on t'impose le silence sans te donner la parole.
  • Pourtant le violeur semble " faire comme tout le monde ". Cela te gêne de le mettre dans l'embarras, car c'est remettre en cause des usages établis. Tu prends sur toi, tu te tais et tu continues de subir.
  • Ce sentiment de  gêne augmente, le malaise grandit et tu souhaites en discuter. Il te semble que tu devrais avoir voix au chapitre, comme toute personne, et qu'une pratique qui te cause une souffrance devrait être, au moins, soumise à question.
  • Le violeur te dit que tu exagères, que tu affabules, que tu es hypersensible, qu'il faut te faire soigner, et que tu devrais aller vivre sur une île déserte, ou dans un désert. L'essentiel du discours consiste à te faire ressentir que tu es anormal au milieu d'un tas de gens normaux, et qu'il vaut mieux faire profil bas, sinon on va t'interner au pire, mais au mieux tu vas passer pour une folle ou un original, ce qui est mal vu.
  • Au mieux, il te dit qu'il va voir ce qu'il peut faire, pour temporiser. Mais rien ne change. le violeur est expert dans l'art d'aménager les faux-semblants.
    Le chasseur te dira qu'il pourrait tuer tous les animaux, et qu'il faut s'estimer heureux que la société de chasse ne lui en accorde que dix, ton mari te dit de t'estimer heureuse parce qu'il pourrait inviter ses copains à voir le foot tous les soirs et le samedi, et que tu as un mercredi après-midi par an de libre, le pollueur te dit que l'URSS et la Chine polluent bien plus que lui, et que tu devrais t'estimer heureuse de ne pas habiter à Pékin. L'essentiel du discours est de te faire passer l'idée que ta chaîne est bien assez longue, puisqu'elle te permet de sortir de la cuisine, et que tu devrais t'estimer heureuse, on pourrait te torturer plus et plus souvent que ça.
Le temps passe et le violeur continue de te faire subir ses outrages. On entre alors dans un autre cycle. Si on en arrive là, tu as déjà perdu des chances de faire valoir tes droits. Si tu es mariée à ton violeur et que tu en as eu des enfants, la situation est encore plus compliquée.

Le mieux est donc, jeune ami violé, de détecter les violeurs le plus tôt possible. Plus tu détecteras les violeurs jeune, plus tu auras de chances de sauver ta vie. Nous espérons que ce petit mémo t'aura aidé. Nous posterons dès que possible d'autres conseils pour t'aider à repérer les nazis.

Boudins d'ici et d'ailleurs

Devant me rendre à la ville, j'ai loué une voiture moderne. Genre dominatrice : " Mets carte, mets ceinture, ferme coffre, ouvre la porte, fais ceci, fais-cela, enlève la carte, ferme le coffre, ouvre la porte, serre le frein, arrête le moteur, mets la carte, regonfle les pneus, allume le moteur.... "

Elle a couiné tout le temps pour nous rappeler à l'ordre. Les pneus étaient très bien gonflés, c'est elle qui m'a gonflée avec son capteur électronique débile pendant tout le trajet.  A la ville, plus qu'ailleurs, ils s'agitent pour rien.

Je suis bien contente d'avoir retrouvé ma Trapanel de collection. J'ouvre ce que je veux quand je veux, je m'arrête quand je veux, c'est moi qui décide comment elle fait, et je fous un coup de pied dans les pneus tous les dix ans si j'y pense.

Je fais du boudin ce soir, j'ai été cueillir les pommes dans le jardin.

Paraît qu'il vont mettre sur la route des voitures avec un moulinex au volant. Je l'entends d'ici : " Ne tentez pas de déverrouiller les portes ni votre ceinture, nous ne sommes pas arrivés à destination. Les autorités ont modifié notre plan de route, je vais vous déposer à la Kommandantur".

S'il vient par ici, j'espère qu'il n'aura pas mis à jour la carte avec le fossé qu'on a fait pour écouler les eaux de pluie. Il faut d'ailleurs que j'achète un lance-pierres pour les drones qui viendraient s'aventurer par ici, on commence à les entendre vrombir ici et là. Non content de s'accaparer le ciel, la nuit, et le silence des autres avec ses boings ronflants jour et nuit, le crétin va envahir notre espace diurne et notre paix, en venant zoomer sur le maillot de bain de la voisine.
Curieux comme les chasseurs, prompts à tirer sur tout ce qui bouge pour éliminer toute trace de vie sur notre planète ne tirent plus. Hébétés par le joujou, sans doute. Ce sont les mêmes enfants de 5 ans qui ont demandé un fusil pour Noël qui voudraient avoir cela la prochaine fois.

Vous allez me dire de quoi retourne cette émouvante anecdote, eh bien c'est que j'ai entendu un bout de cette émission hier. Un réalisateur y présentait un film dans lequel on entendait des jeunes peiner dans l'action politique sur le thème " Marre de répéter les choses, maintenant on passe à l'action, oui mais on fait quoi ? ".

Moi qui suis abonnée à moult listes alternatives, je constate en effet cette déshérence dans laquelle nagent nombre d'initiatives individuelles, toutes fort louables, qui vont du collectif d'habitants de Marseille pour sauver un banc public de l'insatiable appétit de bétonnage des promoteurs immobiliers jusqu'aux manifestations du PG local contre les arrêtés anti-mendicité d'une municipalité qui espère ainsi chasser les punks à chien qui font peur aux derniers touristes ainsi qu'aux bonnes gens.

Ce qu'ils n'ont pas réalisé encore, c'est que les constructions humaines se sont toujours fait sur des modèles d'essence politique, basés sur les classes de pouvoir, militaire, religieux, idéologique ou combinaison des trois. mais que la donne a changé. La dernière intégration, la globale, celle qui prend toutes les structures politiques en un seul mouvement pour les ramasser en une unité qui les transcende, cette intégration est sur un modèle financier.

Les états, les provinces, les régions, les fédérations de ce qu'on voudra, ne sont plus que des zones commerciales pour clients et fournisseurs. Les nations " souveraines " sont réduites à une ligne d'en-cours sur la comptabilité des institutions financières, et de leur bras armé le moins rentable, les entreprises.

Le sens de la subordination entre le financier et le culturel s'est renversé : avant, on commerçait avec ses alliés. De nos jours on tolère n'importe quoi de ses clients.

Et donc, de la même manière que les jeunes ne réalisent pas qu'ils roulent désormais dans une voiture qui les a menottés, privés de toute liberté et de toute autonomie, et qui les mène à la baguette sans qu'ils n'y puissent rien changer, de même le système économique les a ligotés sur le siège. Ils peuvent toujours papoter dans leur youtube, ça n'empêche qu'ils sont exploités du soir au matin, et qu'ils n'y peuvent plus rien changer.

Une autre aporie du discours ambiant est sur le thème " L'origine du problème est dans ". Par exemple :
❝« L’agriculture est une invention humaine assez récente, et à bien des égards, ce fut l’une des idées les plus stupides de tous les temps.
Les chasseurs-cueilleurs pouvaient subsister grâce à des milliers d’aliments sauvages. L’agriculture a changé tout cela, créant une dépendance accablante à quelques dizaines d’aliments domestiqués, nous rendant vulnérable aux famines, aux invasions de sauterelles et aux épidémies de mildiou. L’agriculture a permis   l’#accumulation de ressources produites en surabondance et, inévitablement, à l’accumulation inéquitable ; ainsi la société fut stratifiée et divisée en #classes, et la #pauvreté finalement inventée ».❞


Ok, super bien diagnostiqué, Sherlock. Et maintenant, on fait quoi, on rembobine le film de 10.000 ans ? On " supprime " l'agriculture ?

Tu as idem avec : " il faut supprimer " la finance / la monnaie / l'énergie / la population / le gas-oil / la guerre / la méchanceté / la race humaine...



Dans le genre on n'arrête pas le progrès, c'est lui qui nous arrête, il paraît qu'ils ont repéré un fort signal radio dans la galaxie. A mon avis c'est le grille-pain de la station qui a vingt ans, qui bave comme un gros puerco depuis la cuisine made in USSR sur le secteur alimentant le  télescope , et qui ne va pas tarder à foutre le feu.

Et le colossal du jour revient à une annonce reçue, à laquelle je ne comprends pas un traître mot, mais du moment que c'est kolossal....

" Ai Weiwei This is Colossal Sopheap Pich LuxArtAsia Choi Pyung Gon Project Daejeon Shakuntala Kulkarni Shakuntala Kulkarni "

Faudra penser à lui faire une application avec GPS dans la montre connectée.