mercredi 29 janvier 2014

La tartine de Tartuffe

Puisque c'est la saison de tirer les rois, je choisirai le roi Parmi, dont je vous conterai quelque jour l'histoire.

En attendant, et ce n'est pas sans rapport, je me voyais déjà en train de fonder un blog skyrock avec des articles et des photos sur la mode, le cinéma, les mangas et... les chats, bien sûr.

Des tas de photos de chatons. Je me faisais une joie d'articles tout pleins de " lâche des coms", avec des selfies de mes copines que j'aimerai pour toute la vie, avec autant de
qu'un clavier peut en contenir.

Un des plus vieux de ma collec. (Pour les anciens) il était en bandeau du blog

J'ai la même avec Miley ;)


Et là j'ai réalisé que j'étais, en écriture comme ailleurs, une expérimentale, dont la démarche n'a pas pour but de réussir dans telle ou telle voie, ni même de piocher la mine pour trouver du nouveau, mais de jouer de tous les instruments, pour mieux comprendre la nature intime du chant, de la terre des hommes, et des lendemains radieux.

Je goûte chaque bec avant de le reposer, et dans le doux balancement de l'anche, je comprends une partie du monde, je l'avale comme une couleuvre. Pas une corde qui soit étrangère à ma harpe, opera mundi passera par ici.

Tant qu'à faire, me dis-je, on pourrait fonder un blog pour rassembler celles et ceux qui sont dans ce business, ce serait marrant. Ce serait soulageant de partager un peu nos pratiques. Si intéressée, me faire signe en mp.

dimanche 12 janvier 2014

Je ris à m'en faire crever

Dans la phrase " Pauvre, ayant pour tout travail une horreur anticipée... " (Cf. l'article Battements du 29 novembre 2013), j'ai longtemps entendu " ayant pour tout travail " comme " le seul emploi que j'occupe ", ce qui englobe l'autre signification.




mardi 7 janvier 2014

De l'utilisation de la lumière

Je voudrais tenter ici de préciser ce que j'entends par la prise en charge du passé en histoire de l'art, ou autrement du " pourquoi " d'une production artistique.

Prenons par exemple l’œuvre réalisée en 1963 par Dan Flavin, The Nominal Three (To William of Ockham) :



La lumière colorée est ici le véritable matériau. L'installation évoque les zips de Newman et le titre laisse entendre que Flavin a utilisé le rasoir du philosophe pour ramener les problèmes de la conception artistique au concept fondamental de la couleur pure et désincarnée. Plusieurs de ses oeuvres des années 60 portent le titre générique Hommage à Tatlin, et en 1966, il créa la première d'une série d'installations où des tubes sont situés en travers d'un angle de la salle afin de remodeler l'espace en faisant disparaître le coin. L'artiste Mel Bochner (né en 1940) disait de Flavin qu'il faisait preuve d'une conscience très aiguë de la phénoménologie des pièces. Ses angles démolis transforment de simples données de la notion de pièce en facteurs actifs. *

Prenons maintenant cette œuvre contemporaine :



Depuis les années 1960, M. X poursuit une définition de l’œuvre d’art. Il allie l’objet, la lumière et l’étymologie pour interroger l’œuvre en tant que telle : son statut et sa fonction. Camus Illuminated #1 (2013) met en lumière des mots, entourés d’extraits de l’Étranger d’Albert Camus, paru en 1942. En anglais, en français et en arabe, les textes accompagnent ce qui se révèle être le champ lexical de la lumière : illuminate, lumen, luminous, lunar, light. Au fil des caissons, ils constituent une trame, un récit, une cartographie.M. X établit une réflexion non seulement sur le sens des mots, mais aussi sur le fait de pouvoir se sentir étranger au monde, à l’image du protagoniste du roman de Camus.


On pourrait mettre de même de la purée de pomme de terre, pour les mots patata, kartoffelnare, potatoe, mettre des textes de la Comtesse de Ségur en arabe, ça fait plus chic, pour dire la difficulté de couper des poissons rouges en morceaux au fil des craies pour interroger le medium, ma réaction resterait la même : Qu'est-ce qu'on en a à foutre ?

Idem pour son copain :
M. Y, quant à lui, produit une réflexion de type généalogique et cartographique. Avec les objets, les mots et le dessin, il construit un espace critique et poétique sur la condition de l’étranger. Il soulève les questions de l’identité, de l’exil et du foyer (à quel moment peut-on finalement se sentir chez soi ?). Sur un socle trône un livre ouvert ; les pages en verre translucide laissent entrevoir du texte. Ce dernier apparaît et disparaît au gré de nos propres mouvements. D’avant en arrière, il oscille. Il s’agit de la définition en arabe du mot histoire. M. Y pointe ainsi l’univocité, le caractère subjectif et incomplet de l’Histoire qui varie selon les points de vue. Entre présence et absence, ses œuvres traduisent des impossibilités, des contradictions et des incompréhensions quant au statut de « l’Autre ». Sur un plan conceptuel, une filiation entre les deux artistes s’incorpore au sein d’une écriture entremêlée. Ils se retrouvent à travers des notions telles que la figure de l’étranger, les différents systèmes de pouvoir, le sentiment d’appartenance à un territoire, à une culture, à une histoire. -

On pourrait mettre du babybel entre des feuilles de plexi pour dire que le concept de fromage varie avec les points de vue, accumuler les poncifs sur l'identité, l'étranger, blablabla, en quoi ça concerne l'art et qu'est-ce qu'on en a à foutre ?


Si on considère le parcours historique de la production artistique d'une société, ce à quoi nous assistons là est de l'ordre de la régression infantile. Faisant fi des efforts de mes prédécesseurs pour arriver quelque part, je feins d'ignorer la responsabilité qui m'incombe de reprendre cet héritage pour poursuivre le chemin, et je ponds dans mon petit coin.

Désolée, je suis un peu nerveuse en ce moment. Je sais qu'il faut bien qu'ils remplissent leurs espaces et leurs agendas avec quelque chose, et que je devrais prendre cela moins à cœur. Prendre de la distance, relativiser, blablabla...

Prendre de la distance, voilà...

* Extrait de L'art après les années 60, Michael ARCHER Ed. Thames & Hudson.

Fiber Heart, suite

Fiber Heart, cela veut dire que je joue des fils comme des cordes d'une harpe. Cela veut dire qu'à ces équations

 je préfère celle-ci :


Et qu'à la théorie des cordes je parie qu'il y en a une qui te touchera, mais je ne m'en fais pas, vous le pendouillerez.

Bref, ce que je voulais dire aussi, c'est que Marcel Duchamp, en sacralisant tout objet comme œuvre d'art, a fait deux choses.

D'une part, celle reconnue, de l'ordre de la bénédiction. Lorsqu'un évêque bénit de l'huile, par exemple, ou de l'eau, cette dernière substance acquiert, pour le croyant, certaines caractéristiques.

C'est donc en vertu d'un contrat tripartite entre l'objet, le bien-disant, et le croyant, que la bénédiction fonctionne.

Le non-croyant se pense légitimement par là exclu du marché. Mais il semblerait que ce soit une conséquence en forme de malentendu, non ?

Car il me semble que ce geste comprend également une ordination, dans l'ordre de Melchisédech.

Duchamp s'abolit en tant qu'artiste, dans le même mouvement d'anonymisation de l’œuvre en objet. Le mouvement d"humiliation qui ramène l’œuvre à l'objet, opère en retour sur le bénisseur, qui redevient simple quidam.

Les deux statuts s'éteignent en même temps, comme le droit de propriété avec le propriétaire, etc.  Ils tombent en cendres.
Surgit alors, car par contraste de celui qui reste, le regardeur. Après la surrection du moi de l'artiste, il fallait annoncer celui du spectateur, l'introniser. Duchamp lui passe le goupillon tenu jusqu'alors par l'artiste, puisqu'il faut une " tierce main".

D'où peut-être alors, depuis, deux conséquences. D'une part bien sûr une course effrénée pour remplir cette case vide, et à ce titre une bonne partie du spectacle vivant, la performance, qui efface la frontière avec le public, comme les sens anglais et français du terme. A ce titre aussi tous les travaux où l'espace muséal, urbain, public, landartistique, a été impliqué, et le XXème siècle en a fourni des tonnes.

Et à propos de tonnes, une autre conséquence peut-être, pour combler le vide du discours interrompu entre un évêque démissionnaire ne souhaitant plus trop disposer du pouvoir de disposer, mais plutôt de celui de s'affranchir de la composition pour aboutir, à des travaux dont les prolongements philosophiques resteraient à creuser ?
Conséquence donc, du devenir de l'histoire, de son éclairage délibérément tourné vers une production qui touche au sensoriel, au sensationnel, j'en ai déjà parlé, dont les pierres d'angles sont le choc, la pure sensation, l'énorme, le " à couper le souffle", en un mot l'exploit. Exploit technique, patience, minutie, gigantisme,et aussi se qui se photographie bien, ce qui se véhicule bien sur les réseaux numériques, avec une image " qui pète", un camouflage saisissant.

Comment parler aujourd'hui sur Internet de choses minuscules, de couleurs subtiles, de textures, de textiles, de douceurs, de ce dont l’œil seul peut se régaler ?

A preuve, pêle-mêle, ci-dessous, et sans que je leur en veuille aucunement. Ils tracent leur chemin, s'expriment, très bien. Et après ?

 Certes, et alors ?


C'est impressionnant, et donc ?



Un oiseau, un autre oiseau, deux oiseaux., trois oiseaux, quatre, cinq six, sept, huit, cinq-cent, c'est très joli, et après ?


Attention à chaque fois je comprends bien, la matérialisation du chant, qui va du bec à l'oreille, etc. etc. mais donc, ensuite ... ?


Donc une grosse madame au grand coeur, pleine de fils et qui plisse les yeux, et alors, très grand, très impressionnant, des mois de travail, un bon rapport quantité/prix ? Et alors ?


D'ailleurs, à propos de la précédente, je suis frappée de l'aspect " monastique " du bâtiment d'exposition. J'ai eu la vision d'un cloître reconverti, reconditionné, comme on fait maintenant des lieux historiques qui sentent bon pour public averti et qui sent bon.
Genre " ancien couvent des Cordeliers", où une bande de petits futés a eu l'idée de nicher ses bureaux, l'audace d'en faire une proposition, et les amis à la mairie et alentours, pour les soutenir.
Ça fait un entrefilet dans la gazette locale " Aujourd'hui reconverti en lieu de culture blabla, témoignant du riche passé historique de la région blabla pyrénées-provence, ", avec site web, programmation, ptit four et pince-fesses, le tout organisé par les notables culturo-communautédecommunomunicipal, et sa directrice, Laurence Moyan-Magnard... ça termine au resto à bouffer du rouget, et ça rentre en Audi dans sa maison de famille avec le mari lui aussi notable du complexe militaro-médico-judiciaro-presso-universito-industriel et voi-là.
C'est du structuralisme en barres, avec un coef lié à la démographie de la commune, la richesse du " territoire", la classe de la province, l'ancienneté de la famille. Tu peux multiplier la surface du logement, la cylindrée de la bagnole, le salaire de la bonne, tout ce que tu veux par le coef en question, mais pour la structure c'est la mê-me.
Et voi-là.
Parce que finalement, il n'y avait que dans les couvents qu'on avait le temps de faire des trucs très cher, de broder des habits liturgiques, eh ben là, c'est pareil. Il a fallu des heures de petites mains pour bignoler cette jarretière géante, et comme par hasard, c'est exposé dans un couvent.
C'est du marxisme structuraliste pur jus. Tu remplaces la calèche par l'Audi, et c'est même parfois avec chauffeur pour les pontes, mais c'est pa-reil, tout pareil.

Cette tendance de la faveur donnée au gigantisme ne date pas d'hier, même sur une durée plus courte (Je suis Braudélienne ce diable, ce soir)

J'ai trouvé dans le numéro d'août 2001 de BAM cette phrase : " Unanimement remarqué à juste titre, le Coréen Machin bidule, venu d'un pays blessé par la guerre, ne cesse d'interroger la place de l'individuel et du collectif. Au pavillon coréen, ce sont les plaques d'immatriculation de soldats qui, comme des écailles d'acier, se dressent pour forme la silhouette géante d'un manteau impérial.
Au pavillon italien [...] un papier peint tapisse les murs de microscopiques portraits en médaillon. Ces visages d'anonymes ne sont visibles que de très près ; de loin la perception s'arrête à un monochrome uniforme (sic)".

Certes...


Bruce Nauman, avec son Green Light Corridor, contraignait, en 1970 déjà (trente alors, presqu'un demi-siècle aujourd'hui....) le spectateur à payer de sa personne, à engager son corps en le faisant se faufiler dans un espace étroit entre deux murs.
L'impact sensoriel était déjà convoqué, et c'est en ce sens que cela m'ennuie. Le même ressort, usé jusqu'à la corde. On pourrait faire un corridor bleu, l'inonder de chaussettes, mettre des insectes, que sais-je, ce sera toujours se passer un chewing-gum déjà mâchouillé...

Je pense que c'est dû au fait que nous sommes entrés dans l'ère du " choc sensoriel" comme cause finale de la création artistique, puisque c'est son " effet attendu". Une œuvre d'art qui ne procurerait aucune sensation serait déconsidérée, et l'idée de la réflexion est je pense maintenant récusée par avance. A l'inverse donc, la meilleure œuvre est celle qui choque le plus, et l'artiste s'en tient prudemment en matière de création à de l'hyper-lourd, à quoi l'accompagnement du petit commentaire minimum sur l'interrogation du X/Y/Z suffira comme ajout.




" Japanese-born, Berlin-based artist Chiharu Shiota’s haunting installations are like beautiful, suffocating spider webs. Shiota creates massive works that commonly consist of found objects such as shoes or chairs entangled in intricately spun webs of twine, electrical wire, or string. Her latest installations are a slight departure from her usual style – rather than weaving string, old suitcases are stacked to make a large wall. Shiota’s surreal installations leave viewers with a sense of isolation, nostalgia, and even fear"
Et donc, une fois passée la première impression de peur, on fait quoi ? Et puis ça me fait penser à Boltanski, ou Pistoletto, l'idée était là, l'encombrement filaire en moins.

Au passage, on note qu'il faut que ce soit " massive" ... ;)

Autre truc énorme, un éléphant géant en origami. Certes. Pourquoi pas en oignon cuit, ou en pâte à pain, du moment que c'est énorme, ça fera parler, c'est l'essentiel.

Un âne des canards, et plein d'autres animaux de la ferme, des kangourous, des lapins... et une fois tous les animaux représentés, on fera quoi ?


Je comprends bien qu'à une certaine étape de la forme, un sens apparaît lors d'un équilibre.


Je comprends le choc visuel par l'irrésistible apparition d'un fantôme anthropomorphe géant.


La démarche, c'est : " je pose, je donne à voir".


Je soude des gobelets en plastique, et ce simple fait justifie par avance que ça devienne " à regarder ".


J'ai fait quelque chose, je le pose là, et ça se suffit à soi-même pour justifier la démarche. Du rond, du carré, du bleu, du rouge, du touffu, du surprennament doux, étonnamment souple, plus rigide que ça n'y paraît...



On a un peu la même impression avec ce discours :
" Curated by Sarah Cosulich Canarutto, the exhibition is a large scale installation which unites Bayrle’s multi-faceted reflections on the relationship between consumerism and mass, individualism and collectivity, perception and representation.
A psychedelic arrangement of wallpapers, with the artist’s legendary Pop-like patterns, will completely cover the gallery spaces. They will represent the background, like in the original exhibition project, for some imposing silkscreens of the late 60s, explosions of daily objects transformed into mass icons.

Completing the installation of the ground floor and focal point of the exhibition, there will be a 'production' of screenprinted raincoats with his Pop-like patterns. This collection, realized by the artist specifically on this occasion, represents a contemporary version of his 'sartorial production' of 1968. The colourful coats will be on sale at the gallery as an artist's limited edition and a more accessible special edition, in the future to be purchased also in some fashion shops. Also this second series of raincoats responds to the artist's wish to contribute with his work to a wider, and more 'democratic' distribution of art and, paradoxically, to dress the individual of his same forms and inner contradictions. Themes such as repetition and serial production, and the relationship between a single element and its accumulation, represent key features of the work of Thomas Bayrle, who had himself worked in textile and printing factories  and experienced the chain-like rhythm of the post-industrial era."

Oui, bon, il dénonce le consumérisme, l'individualisme, le ceci-cela, il vend des imperméables imprimés pour une distribution démocratique de l'art, blablabla, ça me fait penser à Marina Abramovic.


Cela me rappelle encore ces pages du livre d'Archer à propos des années 80 : " Le thème du sida est présent ". Et Robert Gober, qui après avoir refait du Duchamp à la main, dont les oeuvres dénoncent " le racisme et l'intolérance", et Koons qui considère le système de plomberie américain comme la plus grande œuvre d'art du pays.
Et le sublime Related and different de Haim Steinbach en 1985, qui les résume presque tous. 
L'art ne sait plus quoi faire, ne sait plus quoi dire, et, comme on mobilise les plus jeunes en fin de guerre, il convoque les esprits les plus imaginatifs afin que son agonie s'éternise.

C'est Jeff Koons d'ailleurs avec son ballon de basket qui s'est autorisé l'art " Livre des records".

Idem pour cette charmante jeune fille (je n'arrive plus à retrouver la référence) qui a passé des mois à ranger sa chambre pour faire une animation, ainsi que son collègue en patience, qui a mis 4 ans à sculpter un arbre. Exploit de prisonnier, passe-temps d'incarcéré ? Et après ? Il y avait plus de poésie dans les trucs tchèques des années 50 faits avec des papiers de bonbon.

Ah, et j'allais oublier :

À propos de cette performance, l’artiste nous dit :
« Dans  « Ceci n’est pas… », je révèle les exceptions à la règle. Dans une vitrine placée au milieu d’un espace public de la ville, j’expose des personnes dans des situations dans lesquelles vous ne les voyez pas normalement. Certains passants détourneront le regard tandis que d’autres s’arrêteront pour regarder et se demanderont si, et pourquoi, l’image dépeinte soulève véritablement la controverse. Pourquoi certaines images sont-elles aujourd’hui pestiférées alors qu’elles pouvaient encore être montrées de façon banale il y a seulement vingt ans ? Sommes-nous devenus moins tolérants ? Ou avons-nous simplement perdu notre sens naïf du politiquement correct ? Est-il bon que nos enfants ne voient pas certaines images ou sommes-nous emprisonnés dans notre instinct de protection ? »
Et moi à propos de cette performance je dis " Juste de la pornographie ", section voyeurisme :)

Pour la section exhibitionnisme, c'est . Dépassé depuis longtemps par le moindre site fétichiste...  (In memoriam a.b.p.e.o pour les lesbiennes d'avant guerre...)

On voit sur cet exemple que le discours convoqué est si facilement récusable qu'il permet à la pornographie de s'installer, légitimement, au rang des prétextes choquants. C'est un des plus anciens d'ailleurs, presque leur mère à tous.
C'est un discours associé a posteriori à l’œuvre, et non inscrit dedans, comme il 'était d'usage dans le temps, quand l'artiste s'y collait pour de vrai.

Marina Abramovic

On pourrait presque dire de la cabine que c'est une œuvre "dissociée" (de son discours), au sens qu'on peut lui associer tous les discours a posteriori, cela fonctionnera toujours plus ou moins. De la photo ci-dessus, on peut dire que l’œuvre est associée à son discours, étroitement, intimement. Il l'enlace, la baise, et si besoin, une ligne d'explication suffit. Et si besoin encore, un peu d'histoire de l'art y pourvoira.

Histoire de montrer que je ne suis pas seule, j'ai trouvé ce discours :
"
 This is basically unintentional softcore porn for gross hipsters living in off the L line to idealize about skinny "waif" exotic XXX grils who also have "brains" and " get involved with issues that matter" instead of " doing their nails". You can already see the patronizing comments coming in. If the girl who shot these actually thought it would gain a critical audience on XXX, I am depressed.

"  Fin de citation.

Ce qui m'intéresse, c'est que bien qu'initialement prononcé sur un vrai magazine en ligne, à propos d'un vrai reportage photo, le commentaire est finalement applicable à pas mal de cas, d'où les XXX.

Pas grave donc, franchement cela n'a aucune importance, mais je répète " Et après ?"

Après ?

Après, j'attendrais des réponses aux questions laissées en suspens par Manzoni, par Filioud, par Weiner, que peut-on dire après eux ?

Peut-on courageusement prendre à bras le corps l'état de notre monde et tenter d'aller plus loin ?

Non, rien, juste produire du toujours plus grand, toujours plus minutieux, incroyable, époustouflant, l'exploit de plus, la minutie de plus...

Il y a eu une époque, celle de Christophe Colomb, où on pouvait alimenter notre imaginaire en allant un peu plus loin, de l'autre côté des mers. Aujourd'hui, nous avons confié à la science l'espoir de nous faire durer le plus longtemps possible.


En plaçant son espoir dans les sondes spatiales qui nous emmèneront toujours plus loin, ailleurs, vivre plus longtemps. Pour quoi ? Je répète " Et après ? "

Depuis longtemps nous motive alors la perspective d'offrir à nos enfants une vie plus longue que la nôtre.
Mais il est possible que cette motivation diminue un jour elle aussi. Peut-être qu'aujourd'hui, en s'abandonnant aux charmes du choc sensoriel, cherchons-nous à retrouver un état d'enfance, et à s'éviter la migraine de la réflexion.

Le véritable défi, celui qui est à la hauteur du courage de ceux qui partaient sur les mers, c'est de changer de plan de conscience. C'est à dire de trouver ce qui sera à l'Homme ce que l'Homme fut au singe. 

Je sais qu'arrivée là, il n'y aura plus personne pour suivre. Je continuerai donc seule.

Que l'art ne sache plus faire autre chose que " toucher", c'est dû à sa nature, au fait qu'il est par nature " premier plan sur fonds de", comme détaillé ici.

Sur fonds d'art minimal, d'art conceptuel, de réflexion, il se détache en 3D, bruyant, rose fluo, palpable.

Dans la catégorie du " choc sensoriel", tout se plaide peu ou prou. Je sais, carpe diem, il faut être frivole.

Mais il ne s'agit pas que d'être frivole. Car lorsqu'une voie a été explorée par un artiste, il y a mis une barrière conceptuelle, comme on met un mur de briques au fond d'une ruelle, la transformant en impasse.

Et continuer, sous prétexte d'interrogation, à venir déverser ses propositions au pied du mur comme des sacs d'ordures en feignant d'ignorer que personne ne viendra les enlever, et de se demander pourquoi les gens ne viennent plus les admirer, c'est juste de la pollution, de l'irresponsabilité, et donc rien de frivole.

Le contenu d'un tableau n'a plus d'importance, de même que sa toile, ni l'espace de leur existence, tout cela a volé en éclats depuis longtemps, et aucun aigle, fût-ce à l'envers, n'y fera rien, n'en fera rien d'autre qu'une croûte qui s'entasse.

- Il y a des croûtes plus puissantes que d'autres..
- Heureusement, manquerait plus que ça.