vendredi 19 février 2016

Keep it greasy, so we'll go down easy.

France Info aujourd'hui vers 13h, nous fait un quart d'heure sur l'époustouflante aventure d'une bande de boutonneux qui ont eu la chance de décrocher un billet, mieux qu'une attraction Disney, pour aller faire un jeux de rôle avec costume de scaphandrier dans l'Utah.

Vous allez me dire qu'est-ce que ça peut foutre ? Attendez, c'est que ces merveilleux chenapans vont pouvoir pendant deux semaines jouer à faire semblant qu'ils sont cosmonautes sur Mars. L'Utah, où personne ne veut plus venir depuis des siècles, a trouvé un moyen de redorer son blason auprès de 7 touristes. Quelle merveilleuse expérience extraordinaire.

Vous allez me dire qu'est-ce que ça peut nous foutre ? Rien, je suis d'accord, après tout il faut bien qu'ils meublent leurs heures d'antenne, y compris avec une interview du moniteur qui les accompagne.

Ah si, c'est que juste avant, dans un soupir, on avait eu la mention que, ah oui au fait, on a presque oublié d'en parler, ils ont passé un texte de loi qui comprend la perquisition arbitraire et l'interdiction de réunion, mais ça c'est c'est pas grave.

Alors donc on disait, les scaphandres, est-ce qu'ils seront bien lubrifiés pour qu'on puisse descendre facilement sur Mars ?

Vous êtes tellement bêtes que c'est même pas drôle de vous exploiter, c'est trop facile, on se demande comment ça les excite encore, c'est de la nécrophilie, moi baiser du cadavre, ça ne me dirait rien.

mercredi 17 février 2016

Et les mains bien en vue.

Cette injonction immémoriale fait à la jeune fille d'occuper ses mains, liée au présupposé que si l'autorité ne les occupe pas, elle s'en servira pour assouvir des désirs coupables, trouve une nouvelle et tragique illustration dans cet article de l'aimable blog Pièces et Main d’œuvre.

Je m'en vais vous le commenter un peu. En effet, l'auteur est concerné au premier chef, et il ne faut pas tirer sur le lanceur d'alerte. Je voudrais néanmoins qu'on me permette de tenter de montrer que ce charmant jeune homme est peut-être, un peu, déjà endoctriné par la propagande qu'il dénonce.

1 "Tant qu'on n'a rien à cacher, on n'a rien à craindre". Faux

" Nothing to hide is not a privacy concern". Ce vieil adage de la cyber-sécurité outre-atlanticienne pourrait se traduire littéralement par " N'avoir rien à cacher n'est pas un argument du débat sur la vie privée".

En d'autres termes, les défenseurs de la vie privée doivent bien se mettre dans la tête qu'elle ne relève pas du " rien à cacher", mais du " rien à montrer". Ce qu'il faut craindre, c'est de ne plus avoir le choix de montrer. Lorsqu'on est en pleine lumière dans le projecteur de l'hélicoptère, la question ne se pose plus. Il faut comprendre que le but du totalitarisme n'est pas de vous amener à un point où vous n'êtes plus d'accord, il n'en a rien à battre, mais de vous maintenir en un point où vous ne pouvez plus discuter.

La lutte consiste d'abord sur un aspect d'ordre du jour. Si vous pensez que débat sur la vie privée consiste à laisser le pouvoir cliver le corps social entre bons gentils citoyens obéissants et méchants terroristes, vous avez perdu. Car il suffira de modifier les textes de loi, de vous les enfiler comme on fait sans discontinuer en profitant de l'effet bombinette.

L'objet de la lutte est d'empêcher le pouvoir de finir la tâche qu'il a entreprise, de vous amener tout doucement à un point où vous ne pourrez plus débattre de ce que vous avez à cacher, puisque ce simple fait sera classé dans les comportements délinquants.

Ce n'est pas vous qui n'avez rien à craindre, c'est le fascisme qui a à craindre de ce qu'il ne connaît pas encore. Par définition, la menace est inconnue (virus sans vaccin...). Pour le paranoïaque, l'inconnu est menace. Donc tout doit être connu. Donc vous, puisque vous êtes une menace potentielle.


2 " Tant qu'on est en République, on n'a rien à craindre"..Faux

D'abord nous ne sommes pas "en" république, nous en sommes "en route" vers la république. En voie de guérison des fascismes " réels" encore tout frais dont les décombres fument ici et là. Demandez aux militants cop21 qui se sont fait mettre illégalement sous contrôle sous prétexte d'attentats s' ils ont eu la sensation de pouvoir discuter de la légitimité républicaine. C'est a posteriori que la justice leur a donné raison..

Mais les fascismes réels, avec leur local de quartier qui sent la sueur de chasseur, l'anis de la française des jeux, et leur commissaire zélé, c'est du passé. Lorsqu'un drone vous surveillera, il ne s'agira plus de savoir si vous êtes en république ou pas, ou si vous avez quelque chose à cacher, puisque vous n'aurez plus rien à cacher, puisque vous serez à poil sous la caméra thermique du drone, comme le prisonnier d'un camp à poil sous la douche. Vous pourrez toujours vous gargariser avec le jet que vous êtes en république, l'étiquette vous fera une belle jambe, mon pauvre monsieur

Lorsqu'un drone vous surveillera, surveillera l'heure à laquelle vous sortez de chez vous (anormale, pas l'heure de d'habitude, ne va pas au travail ? Ah si le mercredi, c'est dans la base de données), où vous allez (itinéraire inhabituel, suivre la voiture), où vous vous arrêtez (s'arrête dans un lieu déjà répertorié suspect), vous savez que le moindre geste déviant pourra être interprété de travers, vous prendrez soin de bien allumer votre cigarette de façon visible, avec un briquet agréé, et sur l'espace réservé à cet effet de votre balcon, afin que le drone ne prenne pas ça pour un départ de feu, pour votre sécurité, n'est-ce pas.... Où en étais-je ah ben oui, pendant tout ce temps là, vous serez toujours en république.

Si vous saviez le nombre d'états totalitaires de par le monde dont le nom comme par " République Démocratique", ou " People's Republic ", cela vous semblerait un mince rempart.


3 "Tant qu'on n'a pas Marine le Pen au pouvoir, tout va bien " Faux.

Ensuite, le numérique n'attend pas de savoir qui est aux manettes pour lui fournir les outils de contrôle totalitaires. Tout ceux qui ont eu affaire à une coupure internet ou EDF par erreur de la machine savent que le numérique n'a pas d'état-d'âme, et que même si ceux qui le pilotent, eux en ont. quelque reste, ça peut leur donner des idées ou leur fournir des prétextes pour " sauter le pas"..

Tout ceux qui ont eu des contrôles fiscaux " comme par hasard, tous ceux qui savent que le logiciel qu'ils utilisent surveille leur rendement, tous ceux qui savent qu'on empêchera plus très longtemps certaines officines, au prétexte de rentabilité, de rapprocher les ordonnances des achats en pharmacie, détectant ainsi les vilains qui n'achètent pas les neuroleptiques qu'on leur a prescrits. (et à quand la puce dans la pilule, avec prière d'aller chier dans les toilettes connectées ?), bref, tous ceux là savent que le système n'est pas transparent, mais que le numérique lui fournit les outils totalitaires sur un plateau.
Le " pas de côté fasciste " à faire alors, une fois muni des outils de surveillance, devient minime, et l'argument de la rentabilité est toujours au rendez-vous pour justifier les procédures.

Un dernier mot sur la technique du portique. Bien évidemment que cela n'a aucun intérêt. Bien évidemment que les doués feront un faux badge, que les autres feront péter la bombe devant les portiques, là où les gens s'agglutinent. Bien évidemment que ça ne fait que compliquer la vie des moutons, perdre du temps et de la joie de vivre à tout le monde, et surtout, enrichir les vendeurs de barrière.

Alors pourquoi le fait-on ? Outre tous les avantages de flicage qu'on vient d'énumérer, cela permet de faire croire qu'on va augmenter la sécurité, et surtout parce que cela permet de savoir plus clairement quelle assurance devra dédommager les victimes de la prochaine bombe.
Plutôt que de gérer le risque social, on le transfère sur les assurances.

Cela permet surtout au député en campagne de sortir des phrases sur la sécurité, au député qui passe au procès des associations de victimes de plaider qu'il a tout fait, et à tout le monde de se défausser de la responsabilité du malaise social sur un tourniquet électronique.

Maintenant, cet article de PMO souligne le principal danger de cette initiative au collège, c'est celui qui consiste à " habituer les gens " au flicage numérique. Il faut dresser ces animaux rétifs à prendre l'habitude d'être suivis électroniquement en permanence.

Car tout cela n'est qu'une étape. Ensuite on vous dira que la gestion des badges coûte très cher, et que cela déséquilibre le budget du collège. Argument auquel plus rien ne résiste de nos jours. Plutôt que de supprimer les coûteux portiques, la société qui se goinfre en frais de maintenance proposera de mettre une puce dans le bracelet des élèves.
Cela vous fait hurler ? On vous dira " c'est ça ou bien votre enfant ne pourra plus entrer à la cantine". Alors vous ferez oui-oui comme des ânes, et vous cautionnerez.

J'admire cet enseignant qui envisage de démissionner, et j'espère qu'il aura le courage d'aller jusqu'au bout.

Je m'en vais vous en dire une autre bien drôle histoire de finit de vous saper le moral :)

Hier, j'étais à Paimpont, commune au coeur de la forêt de Brocéliande. L'office de tourisme remplissant bien son office, ils ont investi dans un parcours multimédia qui retrace l'histoire et les coutumes des lieux de façon sommaire mais attrayante, exactement ce qu'il faut à cet endroit pour ce public.

Comme on le voit sur la première photo, la pièce du premier épisode du parcours représente la cabane d'un garde-chasse. Le décor comprend une casquette de garde-chasse qui doit être début XXème, peu importe.

La question qui nous importe est la suivante : imaginez. que d'ici une cinquantaine d'années, vous ayez à refaire un semblable montage. Si vous cherchez la casquette d'un garde-chasse, vous tomberez sur le modèle kaki anonyme standard, que portent tout le monde.

C'est à dire que plus rien ne pourra faire signe. Dans un monde d'objets uniformisés (moins chers), plus rien ne signe la fonction, plus de repère, plus d'identification possible.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'une caractéristique de la destruction culturelle que nous subissons est son irréversibilité.

C'est un caractère qui donne son exceptionnelle gravité au processus, et qui me motive à chaque fois pour vous sonner la cloche dans les oreilles. Tout le contrat social réelle en république réelle est basé sur la réversibilité, qui est la simple transposition technique de la liberté d'opinion.
Si vous avez un mécanisme actionné par une manette, et que la manette reste sans effet, vous pouvez toujours vous féliciter que la manette soit " républicaine", si cela vous fait du bien, tant mieux.

Mais pour avoir le choix entre plusieurs solutions, encore faut-il pouvoir les voir. En faisant disparaître, au motif de rentabilité, les signes visibles, on fait disparaître les repères qui permettent de choisir entre les choses. L'injonction d'être rentable entraîne celle de choisir le moins cher, donc l'article standard, anonyme, dépourvu de spécificité culturelle, laquelle rend visibles les choix de son contexte.

Afin de rendre critique le choix du moins cher, il faut organiser une économie basée sur etc. etc. vous connaissez le mécanisme, puisque vous y allez pousser votre caddie tous les samedis. 

Je vous recommande dans le même genre ce lien sur ce qui se passe en Bourse, et ce lien, qui vous expliquera pourquoi on vous restreint de plus en plus vos échanges en liquide. Ce qui n'échappe pas à son auteur, je trouve, est une subtilité d'importance. La raison invoquée que le liquide facilite les échanges illicites est bien réelle. C'est la définition d'illicite qui n'est pas partout la même.
A partir du moment où " illicite " désigne une somme qui ne peut pas réellement être totalement démonétarisée, et donc servir de bois dans la chaudière de l'article mentionné précédemment, c'est toute l'économie réelle qui est soupçonnée de " blanchiment".


Enfin, achevons le travail avec cette belle image.




dimanche 14 février 2016

Détente et bien être : visite virtuelle de l'U-boot 41, par Captain Achab

Il n'a pas dû vous échapper que nous subissons l'invasion d'une vague dégoulinante de bonté rose sucrée, toute scintillante de sucre d'orge en licorne arc-en-ciel. Les porte-drapeaux du bonheur dégoulinant des néo dalali-yodelei, présentés par exemple ici avec humour.

Vous avez sûrement vu en vitrine des librairies, entre deux albums d'art-thérapie à colorier (sans dépasser), les livres qui dégoulinent la joie, la puissance de la joie... De mon temps, on appelait ça la méthode Coué. C'est devenu une industrie.

Ce qui est drôle, c'est que l'avant-garde d'une certaine forme de psychologie positive qui fait toujours fureur aux USA, et je me méfie de ce qui me fait fureur, cela me rappelle toujours un certain Adolf, paranoiaque célèbre, interné à l'asile psychiatrique (dommage qu'ils l'aient laissé ressortir...), se renforce ici des bataillons bouddhistes, lesquels ont la haute-main sur le thème de la joie intérieure, cela leur est échu comme la guitare aux Espagnols.

 Vous me direz que ce qui est bizarre n'est pas tant Hitler que le fait qu'il ne se soit trouvé personne pour le ramener à l'asile. Certes.
Je pense au capitaine Achab que les gens suivent alors qu'il les met sous dictature, parce qu'ils sont fascinés par le projet grandiose porté par cet homme à travers sa vengeance individuelle, de venger collectivement l'humanité souffrante (Cf. France-cul mercredi 10 février). Même eux, les opprimés par lui, le soutiennent dans son duel pour prendre la place de Dieu.

D'où que la dictature naît sur le terreau de la misère. D'où qu'elle ne peut être théologique mais seulement cléricale,  car ce serait soutenir l'ennemi. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne peut pas, iniquement, se réclamer de la religion, mais à ses frontières et quitte pour ouvrir un schisme.

La psychologie positive est " l'étude des conditions et processus qui contribuent à l'épanouissement ou au fonctionnement optimal des gens, des groupes et des institutions (Seligman M The president adress, cité par Jacques Leconte, Les 30 notions de la psychologie, Dunod)

Déjà, là, un petit frisson me parcourt l'échine. " Les gens " sont tous pareils, ils " fonctionnent " (Cela me rappelle une militante pour l'égalité des droits disant que les femmes sont pénalisées dans leur carrière parce qu'elles doivent " fabriquer " des enfants, arg), on peut leur trouver, à tous, en bloc, un fonctionnement optimal, lequel semble emboîté dans les " groupes " et les institutions... Bref, pour être fonctionnellement optimal, faut que les gens sourient en groupe. Arg, je m'étrangle, mais poursuivons.

Les différents thèmes abordés par la psychologie positive correspondent à ces trois niveaux de l'être humain, comme le montrent les quelques exemples suivants :

Au niveau individuel : bien-être,bonheur, créativité, ( NdA :on retrouve le débilité dégoulinante...), sentiment d'efficacité personnelle (mesurée à l'aune du logiciel ?), humour (lequel ?), sens de la vie (ie. du programme sportif du Partei ?), optimisme (agiter un drapeau lors du passage des cortèges ?)

C'est curieux comme, déjà dans l'individuel, il n'existe que des notions qui renvoient à des valeurs qui sont mesurées par le groupe. Le groupe, c'est les autres, mais il y a toujours des leaders à un groupe.

Au niveau interpersonnel (comme s'il n'y avait d'autre rapport interpersonnel que le groupe. Personnellement, je parviens, ô exploit, à ne former un groupe avec aucune des personnes que je fréquente..) : altruisme (mmm, admettons...), amitié et amour (oui, certes...), coopération (au Partei ?), empathie (pour le Duce ?), pardon (mmmm...) etc.

Au niveau social et institutionnel (c'est là que ça se gâte) : courage (contre les CRS à NDDL ?), engagement militant (dans les altermondialistes ?), médiation internationale (dans l'invasion en Palestine ?), justice restauratrice etc.

Nous y voilà, faut cautionner le groupe, s'y engager. Coopérer avec le trio milice-police-justice n'est pas très loin. Ce n'est pas encore une injonction, mais déjà une valeur positive, et surtout, une condition du bonheur. Si tu ne fais pas ça, c'est que tu ne veux pas être heureux. Et si tu ne veux pas être heureux, tu veux ruiner l'ambiance, démoraliser les troupes, dénigrer le groupe et ses objectifs, bref, il faut t'envoyer en camp de rééducation.

C'est pas fini : " Ainsi la psychologie positive peut tout aussi bien concerner l'épanouissement des élèves dans un collège, les bonnes relations au sein d'une équipe de travail, ou encore le mode de communication entre diplomates élaborant un traité de paix ".

Si ce n'est pas se foutre de la gueule du monde que de laisser croire que la psychologie positive va (comme les tablettes) remplacer le manque de moyens humains pour l'épanouissement des jeunes à l'école, si ce n'est pas se foutre de la gueule du monde de dire que dans le monde du travail, l'équipe idéale, c'est un pack de robots, alors effectivement, ce n'est pas se foutre de la gueule du monde que de laisser penser aux gens que la psychologie positive a quelque chose à voir dans le règlement des conflits de pouvoir entre les egos des canailles au pouvoir, le grand chef (le vainqueur) et le petit (qui a réussi à prendre un morceau)

Tous deux, le petit et le grand chef, sont en fait dans le même camp, ceux des exploiteurs qui ont réussi à faire avaler aux gens de s'engager dans un camp, de militer militairement pour la conservation d'un territoire dont ils ne savent rien, et pour des intérêts qui ne concernent que les gens pour qui ils meurent.

La psychologie positive ne cherche que les moyens de s'intégrer au groupe, mais nulle part on ne trouve trace des moyens de discuter du programme du groupe, c'est curieux.

Donc pour moi la psychologie " positive " qui concerne " les gens "...  elle a un petit relent de fascisme latent qui n'en est pas encore à s'organiser.

Je retrouve cela aussi dans certains films pour enfants comme dans je ne sais plus quel épisode de La fée Clochette. Si tu es malheureuse dans la vie, c'est que tu n'as pas trouvé ta place et ta mission dans le groupe pour servir les intérêts communs, pas d'autre issue que de faire le deuil de ses rêves individualistes. Arg

Je comprends bien qu'il faut préserver le tissu social, mais si c'est pour en faire des chemises brunes, je demande examen des mesures votées.

Lorsque je vois comment le bon peuple français s'est fait enfiler l'état d'urgence dans la constitution, lorsque j'entends sur France Cul (Journal de l'état d'urgence du mardi 9 février 2016) que les voisins ont dénoncé le pauvre type qui s'était amusé à mettre un drapeau pirate à sa fenêtre, et que nombre de ses amis lui ont dit qu'il " l'avait bien cherché" (ach pas de vague pendant l'état d'urgence, pas un bruit, halt's maul), je me dis qu'on ne va pas tarder à avoir l'aigle au dessus du drapeau, nous, tiens.

Qu'on ne pense pas que je tienne là pour les bandes de décérébrés qui se distraient de leur misère en vendant les beautés de leur 80zetré pour s'acheter des voitures. Dans la même émission, on entend une pauvre fille en foyer nous démontrer si besoin était que les gens revendiquent sous la bannière de la liberté le droit de faire ce qu'on leur a imposé, sans qu'ils le réalisent. Quand on ne sait pas à quoi on est soumise, on ne sait pas à qui on obéit. Et les gens qui déculturent les femmes relevant de toute obédience textiles l'ont bien compris.

 Ce qu'on leur a "imposé", pas tout à fait. Lorsque le marketing est bien fait, l'évangélisation et la propagande font que l'individu consomme tout seul les bonnes valeurs, et ce en pensant exercer sa liberté. C'est là que l'aliénation est totalement réussie. Le seul tunnel dont on s'est arrangé pour que le rat voie la lumière au bout. Il faut affoler les gens pour qu'ils appellent de leur vœux le dictateur qui va rétablir l'ordre. Le pire c'est que cela fait des siècles qu'on sait cela.

D'où l'intérêt, comprenez-vous mes amis, de diriger la population, vers une inculture générale, sans langue autre que le M2, sans autre support que les tablettes, ni autre contenu que du texte à DRM gérés par les multinationales, comprenez-vous, mes amis, que la culture est l'ennemi du fascisme, et que la technologie propriétaire est l'ennemie de la culture ?

Vous dites " oui oui", vous opinez du bonnet comme des ânes, mais vous achetez quand même des tablettes et des liseuses pour lire dans le TGV. Ben oui, c'est plus pratique, le fascisme, en fait. Une fois les portiques de sécurité anti-pauvres passés, dans le tunnel du TGV le nez sur ta tablette, sous l'oeil de la caméra pour ta sécurité, ça va pas être simple, de se rebeller.

Je sais, vous allez me dire que cela ne fait que connoter mon individualisme forcené. Certes. Mais cela me rend d'autant plus sensible à certains signaux faibles dont on peut se défier, à l'occasion. C'est le seul avantage des extrêmes, c'est qu'ils amplifient des inquiétudes encore diffuses.

Au lieu de les brocarder en s'en tapant sur le ventre, on ferait mieux de s'inquiéter un peu, de se demander si elles ne seraient pas le signe avant coureur de quelque sourde angoisse en train d'infiltrer la société.

Les images sont toujours " travesties par des gueux pour exciter des sots ", comme disait Rudyard Kipling, mais un jour ou l'autre, quand le sot est bien excité, le gueux n'a plus aucun mal à voter fasciste, on n'a plus aucun mal à lui faire prendre les armes.

Ce qui nous arrange bien, on a des Rafale à leur vendre.

Cela vous fait peut-être rire, mais quand je vois l'énergie déployée (projection sur l'Arc de Triomphe, dramatisation du suspense de l'heure) pour tenter de donner un écho à ce non-événement qu'est le dévoilement du logo de la candidature de Paris à un éventuel circenses, je me demande si un jour cette béance sera devenue si grande que nous serons pas " priés " de descendre en survêtement dans la rue avec des T-shirts ornés du dit logo, et de tendre le bras en criant un slogan...Et les absents aussi mal vus alors que les farceurs au drapeau d'aujourd'hui.

Tiens, il y en a une que je ne peux pas résister de reproduire, c'est extrait de Techrepublic :

"
It turns out that no one knows what the heck big data is, and about the same number of companies are actually doing anything meaningful with it, according to a new study from Dresner Advisory Services.

Surprised?

You shouldn't be. After all, despite years of big data prognostication, most companies still struggle to even put little data to use.

This isn't to suggest that big data isn't a big deal, or that companies aren't deriving massive value today from their data. It is and they are. But, to get value from big data, companies first need to get real. "

C'est encore plus savoureux avec le titre de l'article :


Big data's big problem? Most companies don't realize they're already using it

Companies are already actively using big data. They just don't call it that. While the phrase has problems, the technology is becoming more intrinsic to business.


Tiens j'en rajoute deux dernières pour la gourmandise :

Le chasseur français sur la vitesse :



extrait d'un article du Monde sur la bourse-casino, ça vaut son pesant de canard laqué. Quand tu penses qu'ils ont 26 réacteurs nucléaire en route, en revanche, ça fait un peu peur.

Bon, maintenant qu'on s'est distraits un peu, on va réattaquer dans le dur. En effet, il faut montrer que plus les populations sont déculturées, moins elles comprennent le fascisme numérique dans lequel on les anesthésie doucement.

jeudi 11 février 2016

L'art textile, ça dépend.

En guise d'étrennes, je m'en vais vous offrir mon opinion sur une partie du petit monde de l'art textile, et certains des œuvres présentées  Je ne vise pas les artistes, bien sûr, ils ne savent pas ce qu'ils font.

Je disais donc que ce qui m'a frappé lors de ce balayage, c'est la pauvreté récurrente de l'inspiration, qui aboutit à des productions répétitives dans le propos, et donc bien sûr dans la forme. En gros, c'est donc " toujours la même chose".

Mais on peut soulever le couvercle des apparences et espérer un discours qui nous révèle des intentions cachées qui n'auraient pas su se frayer un chemin jusqu'à l’œuvre. Las, du côté de la médiation, c'est pire, l'indigence fait qu'on recouvre pudiquement la nudité ainsi dévoilée.

Lors de cette exposition présentée comme un parcours initiatique vous serez à même de vous interroger sur la démarche de portrait de l’artiste et le résultat du fruit de son travail. "

N'est-ce pas ? " Le résultat du fruit de son travail"... Ça envoie du lourd, tout de même.

Si on prend les productions présentées dans l'ordre, on assiste à un défilé affligeant de gens qui " s'inspirent d'objets ou de notions du quotidien", qui " s'appuient sur une pluridisciplinarité des techniques. ", résumés de démarches où règne la tautologie " des séries qui se comprennent par le nombre et la répétition", d'une désespérante banalité " où les notions d'universalité et d'individualité sont intimement liées.".

Je passe sur les " ça bouscule/joue avec " les codes. Les pauvres, ils sont nerveux comme un unijambiste à un concours de botteurs de cul.

On sait que c'est la loi du genre que de n'avoir rien à dire. Il est d'autant plus triste que cela renvoie au vide des productions elles-mêmes. Malgré la volonté affichée, il s'agit toujours d'artisanat, de travaux de dames qui pensent qu'il est osé de broder un zizi parce que c'est " ancré dans son temps", demi-vulgaires comme il y eut jadis des demi-mondaines, qui se disent que cette hardiesse leur ouvrira les colonnes de la presse friande de croustillant (la bite est le dernier moyen de promotion pour une femme), à défaut de les élever au rang d'artiste, comme les peintres l'on fait il y a un siècle lors de l'émancipation de la représentation figurative. Créer, on ne voit pas bien ce que c'est, mais choquer, ça peut rapporter un peu. Si on peut faire les deux d'un coup...

  A travers mon processus de création, je montre une de mes préoccupations sur la frontière entre l’artiste et l’artisan, en ouvrant « des ponts » entre ma recherche artistique et la tradition ancestrale que suscite le travail de broderie. Je m’approprie la tradition en la modifiant, en lui donnant comme résultat une création complètement inattendue, c'est-à-dire que j’invente de nouvelles techniques basées sur le métissage et la fusion. Bien que l’on y voit une conduite vers une pratique féminine traditionnelle, cette technique domestique n’est pas l’unique intérêt de ma démarche. En effet celle-ci m’a permis aussi de mettre en valeur ce qui est habituellement marginal, c’est-à-dire le travail artisanal. C'est une recherche qui conjugue alors les techniques traditionnelles et la création contemporaine.

Certes, mais à part travailler avec des matériaux de rebut et grapiller des références dans quelques traditions funéraires précolombienne, en quoi consistent la " recherche ", " l'artistique", et le " contemporain " ?

Dans les ISBA, ils ont plus de moyens, ils font des zizis en porcelaine, c'est ravissant.

On aurait aimé faire une exception pour Certaine, pour qui on avait une tendresse grâce à son dîner de famille, mais si je tombais d'accord avec ce genre de propos : " Elle me permet de réinvestir une pratique domestique longtemps cantonnée au rang d'artisanat, liée à l'histoire de la condition des femmes. Loin des revendications féministes menées par les artistes femme du XXème face à la domination des hommes dans l'histoire de l'Art, ma pratique de la broderie tend à jouer avec cette image surannée de la femme d'intérieur occupée à de menus travaux tout en la déplaçant et en l'inscrivant dans une recherche artistique contemporaine.", ce serait à condition qu'on me montrât en quoi consiste la recherche artistique censée circonscrire la pratique artisanale. Dire n'est pas faire, en la matière.

Remarquez le déplacement de "  la domination des hommes dans l'Art " vers " la domination des hommes dans l'histoire de l'Art ". Le crime devient commis par celui qui relate.

Et là, on atteint au coeur du système. Car s'il se trouvait quelque esprit avisé parmi mes lectrices, ne me dirait-elle pas : " Mais ce que vous fustigez là n'est il pas votre programme ? Ne pourriez-vous pas reprendre la citation ci-dessus à votre compte ? ".
 
Si fait, c'est pour cela que je fouille la plaie, c'est bien pour trouver la frontière, la ligne de démarcation, entre la question rhétorique bourgeoise, dans laquelle se complaît (inconsciemment) une partie des artistes, et la vraie question, celle qui n'a pas de règle, comme le dit la dame, et vous pouvez vous abonner à la chaîne, c'est cool.

Évidemment, on pourrait inventer que c'est à quel point l'artiste est hanté par son œuvre, habité, ce qui peur se dire que le sujet est accaparé par le signifiant de l'Autre, livré à la construction de son délire protecteur.

" Que nous reste-t-il ? ", me direz-vous. Hélas pas grand chose. Je serais curieuse de savoir ce que Ben Vautier pense aujourd'hui de ses propres propos. Il assignait en 1994 à l'art un programme de d'auto-néantisation assez général, qui a d'ailleurs été fidèlement suivi quant à la destruction des objectifs. Ce qui est assez curieux, c'est que lorsqu'on lui demande ce que Fluxus n'est pas, il répond en gros " le carriérisme".

Si l'art n'a plus aucun objectif aujourd'hui, et au sens de Hervé Fischer, son histoire a disparu, l'essentiel reste bien de faire carrière sans objectif, et en cet objectif, Fluxus a échoué à imposer ses vues. Il a été englouti dans l'auto-destruction assignée comme programme. Le terroriste a sauté avec sa bombe.

Mais comme Ben le dit lui-même, c'était prévisible. Il n'y a pas de retour après le point de non-retour d'une néantisation. Ce qui paraissait à nos ancêtres de la plus haute importance, ce qui n'était exécuté que par les hautes instances de la société, ce de quoi dépendait l'avenir, la confiance, le bonheur et la prospérité, la bienveillance des dieux, et son rite associé, le sacrifice humain, n'ont aujourd'hui plus aucun sens.
Le sacrifice animal, sa version soft pour chef de tribu, a presque disparu, n'en subsiste plus que le gigot du dimanche et la dinde de Noël. Possible qu'il en soit de même pour l'art d'ici quelques années.

Qu'après un paroxysme dans une période associée aux élites, puis sa démocratisation dans les tribus de province, il n'ait plus aucun sens. Il est dans sa nature de le prévoir, et c'est peut-être ce qui s'opère sous nos yeux, à voir les glaneuses et les électroniciens s'emparer des miettes du festin, aller râcler dans tous les coins des raisons de faire de l'art.

Et c'est peut-être là que les paroles de Ben étaient prophétiques, que sa résurrection soit dans le non-professionnalisme. Si l'art par mail est une coquetterie, la pratique reste, malgré sa volonté de tuer le grand ancêtre Duchamp à placer à côté de cet annonciateur de la métamorphose, du déplacement du centre de gravité de l'art depuis l'objet vers le geste (le mouvement, chose qui a lieu " entre").

La figure étant le big-bang, le nexus, l'oeil de Soron, la porte des étoiles. Toutes ces petites mains exécutent sagement les prédictions de Filliou et de son grand prêtre Ben. L'avant-garde est à la frange, évidemment, puisque nous l'éclairons rétrospectivement en tant qu'avant-garde, une fois l'histoire de l'art accomplie. Son Annonciation se trouvait nécessairement quelque part.

La question que cela pose, en tout cas à moi, c'est la suivante : " Si on admet qu'il est difficile qu'un mouvement d'esprit individuel échappe au modèle d'une figure de style, peut-on en dire autant des mouvements collectifs ? "

Je reformule. Prenons la liste des tropes " de base " (inversion, complément, etc.) .Peut-on imaginer voir un propos ou une pensée exécuter un mouvement qui ne relèverait pas peu ou prou d'une de ces figures ? Paraphraser, se contredire, filer la métaphore, généraliser, peuvent être vus comme des faits de discours qui illustrent ces tropes.

Maintenant si nous prenons les mouvements collectifs, peut-on dire que ces mouvements suivent la même logique, c'est à dire qu'ils ne sauraient fonctionner autrement qu'en suivant l'un de ces modèles : succession des modes = brûler ce qu'on a adoré = adopter l'attitude contraire, inversion etc.

Pour poursuivre la question, je dirai " A-t-on besoin, et si oui qui, que l'art et son histoire aient une suite ? Est-ce que cette question doit se poser dans la perspective d'une figure de style (négation...) ? Ceux qui pensent que la réponse est "non" peuvent effectivement en conclure que l'art, et donc son histoire sont terminés.

" Que nous reste-t-il ? ", insisterez-vous. Peut-être une mise au jour conscience de ce que nous avons refoulé grâce à l'art. Ce que l'art a permis de faire passer du côté inconscient, la scène étant non dicible parce que débordant la capacité d'encaissement brute, la médiatisation immédiate qui aurait permis de la laisser telle quelle dans la conscience, ou parce que la scène n'était pas encore dicible, faute de savoir la mettre en mots.

La scène c'est quoi ? C'est un phénomène social. C'est un signal que la société envoie à ses membres (les individus, à travers leurs corps sociaux constitués) sous forme d'une représentation, qui en tant que message, est toujours à interpréter, même si le message à interpréter, c'est qu'un contenu non-déchiffrable (ou non encore déchiffrable, ou rendu comme tel par une volonté supérieure) peut aussi faire l'objet d'un message.

J'ai parfaitement le droit d'envoyer un télégramme ayant pour texte " dkjfsjqsdfqsg" , toute la problématique de l'herméneutique se mettra en marche, en bloc, comme pour n'importe quel autre contenu.

Le tout est de ne pas se décourager. Ou bien si, vaut-il mieux finalement se décourager ?