dimanche 30 octobre 2016

Lolychronicité

Ce matin, je vois ça :



Je me dis : " Non, sans blague".


 Ben si, c'est vrai.



Pauvre gars, il est allé plusser mon commentaire sur un article assez sombre. Je pense qu'il ne comprend pas un traître mot de tout cela. Ou alors si, il parle couramment le français, et il est ému par le sort des enfants, comment dire... Il faudrait trouver un adjectif pour désigner les enfants dont je parlais.


Maj et les deux absences

Je vous signale deux changements dans votre interface web.

1 Désormais lorsque vous tapez " Jane compagnon ", Google ne vous affiche plus les 144552 phrases comprenant la chaîne " Jane compagnon " mais directement " Tarzan", c'est à dire la bonne réponse.

Essayez, c'est saisissant de précision. Je suis tombée dessus par hasard avec je ne sais plus quelle femme célèbre. Google a auto-complété avec mari, j'avais déjà envoyé le enter, et j'ai eu la surprise de voir débouler des fiches sur le mari de la dame en question...

D'une recherche formelle, la requête est passée à une demande de contenu intégrant la sémantique de la recherche.

2 Avant, une fenêtre de vidéo player était composée de l'image et de divers contrôles. (défilement, pause...) lesquels contrôles " mangeaient " de la surface de la vidéo.

Ensuite l'ensemble du panneau de contrôle s'effaçait hors du survol le réactivant. Maintenant, il est visible en miniature, et sa partie survolée s'agrandit pour devenir des contrôles opérationnels.


Autre chose, dans mes classements de favoris, je me demande si la rubrique " sociologie " doit contenir des liens sur le mythe, les masques, etc. , ou bien des liens sur les divers courants de la sociologie, etc. Ou les deux...

Enfin une remarque qui n'a rien à voir avec les précédents. Je songeais au destin des enfants curieux, intelligents, éveillés, qui grandissent dans un milieu qui l'est moins qu'eux. Je sais qu'il y a un feed-back entre les deux, mais par expérience, je sais qu'il y a des enfants qui vivent ce genre de situation.

Je me mettais à la place de ces enfants, et j'imaginais leurs questions, leurs attentes, exprimant leur curiosité, et une sérendipité qui tombe toujours à l'eau, engloutie par l'épais refus du camp d'en face.

Cela c'est la première absence. L'enfant ne comprend pas pourquoi ses interrogations, non formulées autrement que par des invitations, ne trouvent pas de réponse, parce que ses initiatives ne rencontrent jamais d'écho.

Mais j'ai réalisé, c'est la seconde absence, que l'attitude des parents était sûrement à peu près aussi inconsciente. Si le demandeur est éconduit, c'est par son geste, non par l'intention qui la motive et la sous-tend. Cela ne se fait pas, de regarder des films intellos. Mais on ne sait pas pourquoi. C'est la jaquette qui récuse par avance le choix.

Songeant que ce refus d'obstacle devait manquer de raisons invoquées de façon transparentes, j'imaginais les parents rétifs proposer des solutions masquant leur réflexe de classe : " On ne va pas aller dans tel musée, c'est ennuyeux, on ne va pas aller visiter le château des prout-prout", ou que sais-je.


La bataille se déroule donc " à fleurets mouchetés", mais pire que cela par marionnettes interposées.

L'enfant dit ses besoins par des attitudes ou des actes qu'il pose : " Je voudrais faire de la musique, visiter tel endroit ". Il ne se sait pas curieux.

Comme dans tout ce que fait l'enfant avant qu'une certaine conscience réflexive lui permette d'élargir sa vision, et de se situer lui-même sur une échelle parmi d'autres comportements, sa personnalité s'exprime par des demandes qu'il ne mettra que plus tard en relation les unes avec les autres, pour enfin insérer l'ensemble dans la perspective d'une personnalité donnant sa cohérence cet ensemble.

D'autre part ses parents ne percevant que l'apparence des manoeuvres, parent le coup par des refus non motivés qui ne les protègent que de la réalisation de l'acte, et sans se poser la question de la source.

Ces deux absences délimitent par le vide un no man's land, un terrain désert, où rien ne s'agite que des représentants d'une cause, sans que personne sache réellement ce qui se joue.  Et dont il y a un fort beau morceau dramatique à tirer. Mais pas facile.

mercredi 26 octobre 2016

Le viol, au millimètre

Portée par la vague d'enthousiasme populaire soulevée par cet article, je vais continuer sur un des points de débat, à savoir la gravité du viol.

Nous avons eu en effet en commentaire la phrase : " Tant qu'on reste dans le domaine des chats et du sport ou autre du même acabit bien sûr... après, quand il s'agit de guerre, de viols sexuels avérés, d'esclavagisme etc.... on est dans une autre dimension "

La question sera donc " Peut-on dire qu'un viol est " plus grave " qu'un autre : y a-t-il une échelle dans le viol ? "

Prenons un premier exemple en illustration, que nous appellerons le viol de type A. Le viol traditionnel, bien de chez nous quoi qu'il soit assez répandu sur la planète, généralement d'une femme ou d'un enfant par un homme. Pas de fausse modestie, messieurs, vous êtes les champions incontestés de la catégorie.

Mais ne vous rengorgez pas trop vite, mesdames, vous aurez votre place à la cuisine du palmarès.

Imaginez maintenant un avocat qui tente de défendre son client en disant que la plupart des viols se font avec une pénétration vaginale, anale, que sais-je, d'une quinzaine de centimètres, alors que son client ne dispose que d'un pénis de douze centimètres de long.


Imaginons le même avocat le lendemain, qui défendant un autre client, invoque le fait que son client n'a pénétré la victime que de cinq centimètres. Le jour suivant l'avocat prouve que, la victime s'étant débattue, son client n'a eu le temps de la pénétrer que d'un centimètre.

Quelques jours plus tard, l'avocat finira par plaider " A un millimètre, franchement, peut-on parler de viol ? " Et à un dixième de millimètre, y a-t-il viol, ne faudrait-il pas plutôt parler d'attouchements ? "


Et à un centième de millimètre, y a-t-il viol ?

Là tout le monde va se récrier en chœur : " Mais vous vous moquez ma bonne amie. La longueur du pénis ayant pénétré n'est pas un critère d'appréciation, et n'entre pas en ligne de compte. Ce n'est pas à la dimension du pénis de l'agresseur qu'on mesure la souffrance de l'agressée mais à la violence de l'effraction psychique telle qu'elle a été ressentie pendant l'événement physique vécue, et non à l'étendue de l'agression physique telle que perpétrée

C'est comme si vous classiez les victimes de guerre entre ceux traumatisés par une bombe moyenne, et une grosse bombe. On s'en fout, les deux ont eu leur maison détruite et leur souffrance est également immense. "

Bien. J'aime quand mes propos font consensus. Retenons donc qu'un agression se mesure à la souffrance de la victime, à ce qu'elle génère comme ressenti, et non à la dimension de évènement, tout le monde sera d'accord avec cela.

Prenons maintenant le second exemple, que nous appellerons le viol de type  B.

Une personne conduit en voiture, en milieu urbain dans une petite ville d'habitude quasi déserte. Elle passe dans une enfilade de ronds points d'où il est très difficile de sortir, mais qui sont dégagés en temps ordinaire. Or, voici qu'il est midi, et que le collège voisin déverse des tonnes d'élèves, qui cheminent à jet continu vers la gare de cars voisine, bloquant en chaîne tous les ronds points, les passages protégés et les rues adjacentes.

Prise pour la première fois dans ce piège, prisonnière d'une file de voitures bloquées sans espoir d'en sortir, la situation devient intolérable car le flot d'adolescents ne tarit pas. Pendant de longues minutes, la situation ne s’améliorant en rien, la situation paraît ne pas avoir de fin prévisible. Combien de temps ce blocage va-t-il encore durer 5, dix, quinze, vingt minutes ?

Entendons-nous bien. En soi, la situation n'est pas très grave. La personne n'a rien d'urgent à faire, et au bout de quelques minutes, le bouchon se dissout et la circulation reprend.

N'empêche. La personne a souffert des minutes qui lui ont paru très longues. Il n'y a pas de situation " en soi ". Il n'y a pas d'araignée " en soi", sa taille dépend du phobique qui la regarde.

La personne va paniquer, tenter d'emprunter des contre-allées inaccessibles, remonter des sens interdits, etc. Elle va adopter une conduite inhabituelles pour elle. La personne est " hors d'elle ", selon la belle expression.

La morale de cette histoire, voyez-vous, c'est que si vous vous accordez à reconnaître la méthode d'évaluation conspuée dans le viol de type A, vous devez reconnaître qu'elle est absurde dans le cas du viol de type B. Qu'est-ce à dire ?

C'est à dire que lorsqu'une personne souffre parce qu'elle est placée dans une certaine situation, il n'y a pas de " un peu". Il n'y a pas de " c'est pas grave", pas de pointe " en soi " qui ne piquerait pas, pas de température " en soi " qui ne brûlerait pas. La seule aune à laquelle mesurer l'affront fait n 'est pas aux raisons de ceux qui participent au supplice, mais à l'aune de la souffrance ressentie par la victime.

Les violés ont entendu ce discours toute leur vie " Allons, il ne fait pas si chaud, tu peux bien supporter ton pull", " Allons, ce n'est pas si amer, tu peux bien manger cela ". Souffrir, déglutir, être forcé, et toujours au nom d'un vague niveau de " raisonnable ", de " normal " qui entraîne de fait l'obligation du supplice.

Le problème de la violée, c'est que le soleil lui cuit la peau, qui brûle, se dessèche, tire, c'est que le sel de l'eau de mer est comme mille aiguilles plantées entre les vêtements et la peau. Je me souviens comment je haussais les épaules pour tenter d'éviter le contact des vêtements chics qu'on nous avait enfilés pour sortir, quand par hasard je n'avais pas pu me doucher assez longtemps pour enlever le sel.

Je me souviens comme on me trouvait une piètre convive, alors que je scrutais le déroulement de leur repas au restaurant, lisant dans les attitudes des adultes les signes d'avancement pour me donner la promesse du compte à rebours avant que je puisse enlever mes vêtements.

Le problème de la violée, c'est que tout dans son corps lui dit le contraire de ce qu'on lui raconte. Elle l'apprend à ses dépens, qu'elle n'est pas comme les autres. Il lui faudra des années pour s'aménager un environnement adapté. Parce que son handicap n'est pas visible comme un fauteuil.

Son handicap c'est de trouver anormal ce que vous trouvez normal. C'est de trouver insupportable de devoir supporter un vêtement qui pique en consolation du supplice de supporter vos conversations au restaurant.

Mais ça, personne ne l'imagine, c'est hors de portée, ça d'imaginer que ce pense et ressent la masse des bovins n'est pas la norme des l'univers. C'est même carrément impossible.

Alors la seule issue, c'est de s'aménager un refuge loin des regards. Loin des jugements qui trouvent que, qui estiment que, qui pensent que, mais qui pensent toujours la même chose. Qui pensent que " ce n'est pas si chaud ", " ce n'est pas si froid", qui sont incapables de penser qu'on ne puisse pas penser comme eux.

Le problème n'est donc pas dans le millimètre de queue qui viole ni dans le dixième de degré, il est dans leur incapacité à accueillir et à respecter la différence. Il est dans leur pâteuse, boueuse, épaisse incapacité à se sortir des évidences premières de leurs jugements identiques, répétant comme des perroquets les litanies de leur époque.

Le pire c'est de subir leur certitude épaisse, lourde, qui attache à la cuillère, que le modèle du veau standard  qu'ils sont est l'unique sorte d'humain que la nature sache produire, parce que leur imagination standard est précisément incapable d'imaginer autre chose que l'épais bovin standard qu'ils habitent.

Le vice est dans le vice, la paille dans le métal, le vice de forme dans la forme. 

Il m'a fallu des années pour m'éloigner un peu du brouhaha imbécile de leurs certitudes épaisses, cancanées par des robots en reprenant les phrases que le voisin a entendu à la radio, et qu'il convient de dire. Lorsque vous vous pensez originaux, c'est que vous reproduisez le sociolecte de votre petit groupe, vous cancanez les slogans du groupe, vous singez les propos et les attitudes du fétiche.

Tant qu'on est dans ces questions, imaginez une personne qui, en entrant dans le cabinet d'un thérapeute, reculerait en criant d'emblée " Vous, surtout, ne me touchez pas". Vous ne conseilleriez pas à cette personne d'aller voir un kiné. C'est pourtant ce que vous faites en disant à certains " Tu devrais aller voir un psy". 

Sinon la vilaine Guillemette a fait un diaporama de mes yeux au-dessus de la Lena. Il va lui falloir une dizaine d'années pour comprendre le maniement des filtres et des calques, et on verra ce qu'il a à dire. Pour le moment, c'est une occasion de contempler mes yeux dans le ciel, leur juste place. Un océan de paroles.

Je repense à cette réflexion d'un travailleur social qui me disait récemment le grand nombre de gens avec qui il était en contact, et à qui on pourrait attribuer le qualificatif de " révolté ". Eh oui, voilà. D'habitude, on relierait plutôt cela à Rimbaud, n'est-ce pas ?

C'est pour ça qu'elle a le stylo qui tombe, la pauvre Guillemette, parce que vous verser ça ou du plomb fondu dans les oreilles, ça sera suivi des mêmes effets.

Bon, anyway, osf tout ça, mais je pose cette pierre qui me resservira plus tard.  Je relis en ce moment l'Ecriture du Désastre, et je réalise à quel point j'ai été influencée par ce livre. A quel point je le porte en moi depuis, comme s'il avait révélé au sens d'un révélateur photographique, mon infrastructure mentale. Je le portais en moi avant que de le lire.