mardi 7 août 2012

La mode du logo en art

Après avoir pointé la mode EC (super-lourd) en art, je voudrais signaler la tendance " logo".

Je viens de contempler à cet égard un lustre composé de 30.000 tampons hygiéniques. La marque de ces indispensables accessoires vient de réaliser une belle opération marketing en apparaissant en gros plan dans de nombreux magazines où il lui aurait été difficile de figurer autrement (quel dommage de ne pas avoir pensé à enlever la pellicule où elle est imprimée...).

Je ne pense pas que l'idée ait été de " redorer son blason", nous n'en sommes peut-être pas encore là. Toujours est-il que j'y vois un autre signe de différenciation sociale pour l'élite gouvernante en matière de création officielle : là où la créatrice de base peine à payer ses toiles et ses couleurs, un habile partenariat permet à la vedette de réaliser ce qui est hors de portée pour la plèbe, à savoir s'offrir quelques dizaines de milliers d'euros en fournitures gratuites.

En retour l'élite culturelle commandite un art où la société de consommation peut s'engouffrer par la brèche publicitaire sans avoir l'air d'y toucher, et l'usine de pollution mondiale sortir la tête haute du rayon de supermarché où cette puissance séculière était injustement confinée.

Tout ceci tient en équilibre sur la mince comparaison formelle entre un tampon hygiénique et une bougie, sans doute.

On trouve même des monstres hybrides entre la marque, la démesure, le caritatif, la mode, les people, enfin la parousie quoi, avec ceci par exemple :

" Pour promouvoir la Quinzaine de récolte de fonds de la Croix-Rouge, John Doe, couturier de la célèbre maison Ragnagna, a créé pour Cric, marraine de la Quinzaine, un ensemble jupe/bustier entièrement réalisé avec des pansements.Des heures de travail, plus de 15 mètres de bandes de pansements et 321 petits pansements individuels…"

Je signale à l'attention des services publicitaires intéressés que j'ai en projet un rouleau de papier toilette géant de 1500 mètres de long composé de 50.000 milliards de serviettes hygiéniques, rouleau de 30 tonnes que je projette d'installer sur le parvis de Notre-Dame de Paris, ce qui ne manquera pas de provoquer un émoi médiatique assurant à mon sponsor un retour sur investissement qui vaut largement les quelques palettes de produit, au prix du cm2 de presse hebdo sur papier glacé dont le bourgeois parisien est friand depuis la table basse inaccessible de son cabinet d'ophtalmo jusqu'à l'usine à grommellements artistiques ignares du coiffeur magazine.

Prendre contact avec mon prestataire logistique pour les détails. Je recherche également un partenaire au rayon boucherie pour la décoration des dites serviettes.


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