mercredi 5 février 2014

English as a grammar

Par ce titre, j'entends " English as a grammar for french language", ou bien encore " English as a grammar for french".

C'est à dire l'idée (esthétique s'il en est) que la langue anglaise puisse servir de grammaire générative à la langue française. Si cela vous paraît pimenté de saugrenu, ou saupoudré d'incongru, sachez que c'est exactement ce que je ressens à l'idée que quelque système que ce soit pût être la grammaire générative de quoi que ce soit, sinon lui-même.
J'ai autant de mal à imaginer une quelconque série d'opérations qui rendît possible la génération d'une langue que de mal à concevoir la martingale qui pourrait bien par magie, par une quelconque twisted et wicked fonction, " multiplier " l'étendue de la langue anglaise pour en faire la langue française.
Encore une fois, ce serait faire comme les cuisiniers qui retournent une crêpe en l'envoyant voler au-dessus de la poêle, sauf que la crêpe a l'étendue du Royaume, y compris ses dominions. Alors, qu'on ne me passe plus l'éponge sur le lave-vaisselle avec cette histoire, j'ai trop goûté la soupe.

Bien.

Une fois de plus, je vais rendre hommage à France Culture, et ici en particulier à l'émission le Gai Savoir pour cette session.

Il y a plein de choses passionnantes, mais je retiendrai ce qui m'arrange, comme d'habitude, en partant de la phrase à propos de nos opinions, sur " l'origine de la croyance que nous en avons, que cette croyance soit ou non vraie est tout à fait secondaire.", et à propos de Nietzsche :
"Il remplace une question sur l'être des choses par une question sur le rapport que l'humain entretient à l'être des choses"... Il s'agit  pour Nietzsche, qui est le père de l'idée généalogique, qui sera celle de la psychanalyse [...], pour s'opposer à la recherche du fondement Or pour Nietzsche, toute réalité est déjà prise dans le schème d'une interprétation... il ne s'agit pas de savoir si ce qu'on dit ce qui est vrai, mais il s'agit de savoir ce qui en nous fait que nous le disons, ou que nous y croyons."

Bien sûr comme la possibilité en est mentionnée au début par Raphaël Enthoven, je tirerai à moi l'origine de la croyance individuelle comme une archéologie " à la Foucault" (collective, je maintiens), et sans doute plus fortement encore. Puisque je dirai que nous y croyons parce que nous le disons, et que ce qui en nous fait que nous le disons, c'est ce qui sert nos intérêts sociaux, notre intégration dans le clan, bref...

Et ici j'ajouterai qu'on retrouve ici dualité entre "l'art pour moi", et "l'art que je propose". En rapprochant les formes, à ma guise, ou sur commande, je propose une nouvelle taxinomie (nouvelle en termes de poids relatifs des formes, et barycentre).
Si le rapprochement " tire " trop, fronce trop le tissu sémantique, je peux le proposer, mais il faudra une médiation culturelle pour faire comprendre aux autres pourquoi ma biographie, ou mes œuvres précédentes, justifient ce rapprochement, et rendent l'écart supportable.
Si je veux me socialiser, soit je vais cautionner les taxinomies par des tautologies plus ou moins déguisées, soit si je veux me poser en créatif, je vais distendre légèrement les taxinomies tout en ayant l'air un peu fantaisiste afin d'exciter le pèlerin tout en rassurant le client.

D'où la réputation de misanthrope de certains excellents penseurs :
"A négliger de penser contre soi-même... on expose les idées qu'on défend à n'être que les alibis des opinions qu'on a. "(Op. cit.)
En effet, lorsqu'on est capable de se servir à soi-même de bonnes grosses louches de remise en question, lorsqu'on en a fait une esthétique de scierie (ie. énorme), qu'on jette des grumes par dessus bord, on n'a que faire des chicaneries de fin d'arborescence petit-bourgeois.

Je garde également, suite à une allusion à Merleau-Ponty :
" La philosophie, [...] c'est un art qui a la délicatesse, la gentillesse, de prendre la peine, de détailler un peu les étapes de ses fulgurances. Mais c'est un art "

Si c'est pas du miel à mes oreilles, ça... Sauf que bien sûr, j'ai ambition de tenter de détailler pourquoi Homère a écrit l'Odyssée, et d'exposer, comme dans une galerie, la vision artistique qu'est la théorie de Newton.
L'impudente !

Tout cela pour en arriver à quoi ? Qu'on a beau voir en soi-même les germes anciens de ses idées, il me semble que, si on va jusqu'au bout de ce chemin, fût-ce de " ce qui en nous fait que nous le disons, ou que nous y croyons", il y a bien annihilation, ou, pour rendre hommage à MMP, "néantisation".

Et donc, que si je respecte mes prémisses, cheminer à rebours dans l'examen des prémisses conduit à cesser d'adorer à la fois le langage et la conscience, qui sont pour moi en gros * une même chose, et retourner en traversant le crépuscule du langage, à l'état préconscient (selon Piaget), possibilité qui nous serait conservée, comme une porte ouverte, par la bicaméralité, (et là je remercie encore Pacôme Thiellement pour son intervention dans la Fabrique de l'Histoire, voir à partir de 32:15).

Ouverte, c'est vite dit. L'art, une voie royale, mais une porte étroite. Le passage du Nord-Ouest.

J'ai conscience que cela mérite un petit éclaircissement.

* Il vous faudra revenir sur ce gros, ma bonne dame, il a bon dos.

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