dimanche 2 octobre 2011

L'insoutenable largeur du monde

Hier à la supérette du coin, le gérant fort sympathique me raconte les difficultés qu'il vit avec les retours de ses invendus au rayon Presse.
De ses invendus
Oui, certes
Les journaux, il les lui faut rendre
Oui mais seulement quand on les lui demande
Et seulement les bons
etc.



Je me laisse pénétrer de sa conversation et m'emplis de ses soucis, en gros de sa vie. En sortant, il suffit que j'entende le récit de combats au moyen-orient, ou la description par une fille de Camarines Norte de sa party du soir, pour que je les vive avec la même profondeur que la vie de l'épicier du coin.



Et tout à coup je m'emplis non seulement des deux mètres de cette vie, mais encore des dix mètre de celles des combattants qui meurent sous les balles dans un quartier lybien, et je m'étire encore de la largeur de la vie de cette bande de jeunes à l'autre bout de la planète.




Je m'élargis toujours plus de la conscience que j'ai des autres, je m'étire et m'emplis de la réalité présente de leur vie. Je sens leur vie en moi, je les sens vivre en moi.
Certes ils vivent seuls, et très bien en dehors de moi, mais au poids de leur vie dans ma conscience, c'est moi seule qui peux abonder.

Cela me leste et je marche doucement, paradoxalement la tête vide, c'est à dire absente au présent des gens que je croise sans la rue.

Si l'un d'eux me parle, il n'y a plus de place en moi pour ses paroles, elles rebondissent à l'extérieur, et dans quelques minutes, je ne m'en souviendrai plus, à leur grand dam.



Je regarde les plantes, les tissus gonflés par le vent, et je me dis que cela continuerait assez bien sans moi, finalement.

Je sais, il ne faut pas. Je devrais écouter distraitement, oublier le monde et me concentrer sur mes urgences en restant persuadée qu'elles sont indispensable. Je sais...

Mais il y a quelque chose d'immense qui me dit : " Viens, n'aie pas peur...", quelque chose qui semble plein de tout cela aussi, et de bien plus encore.
Si tous ces gens écoutaient cette voix, ils cesseraient peut-être de se battre, de vendre et de retourner des journaux, de se trémousser, car ils auraient trouvé bien mieux à vivre.

Certes le siphon est assez peu engageant, c'est le cas de le dire....

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