dimanche 7 avril 2013

Voyage d'une nichée de noyaux à Paname

Une fois de plus, Bruno Dufour-Coppolani nous a gratifié d'une de ses délicieuses conférences, je dis "conférence" parce que le sujet en était " L'art peut-il être populaire ?" *, et " délicieuses " parce que ce qui en fait le charme, outre les grumeaux ** d'érudition qu'on trouve habituellement dans ce genre de communication, il y avait encore cette sauce chaleureuse de celui qui va chercher en soi avec lucidité et humanisme.

Bruno a une manière bien à lui de rendre vivante une conférence d'Histoire de l'Art, en y injectant de sa vie propre, de son équilibre, et on se retrouve à son corps défendant à réfléchir sur l'art. Ah, non revenez gamins, je rigolais.

Bref et donc, cette fois-ci je pensais à Icare le héros tragique, figure de l'artiste. Icare vole entre le faire qui sera indéfaisable sinon par la catastrophe, vers le soleil, s'éloignant d'un autre "faire", celui qui l'alourdit.
Une fin plus lente, sans doute. Une fin consensuelle (il est admis qu'il est préférable de faire durer sa vie le plus longtemps possible).

Là j'établis un lien entre interpréter et défaire.

Créer " along the tide", si je peux me permettre cet aphorisme hardi,  c'est à dire créer " pas trop loin de ce qui est admis", en restant sourd aux appels du grand large, des sirènes, qui invitent à s'enfoncer un peu plus dans l'eau, ou vers le soleil, vers les extrêmes, l'absolu, parce qu'on sent que "c'est" là-bas. Quoi ? Rien. Mais c'est là-bas qu'il faut chercher.
Quand on sait qu'il n'y aura pas de réponse. Ni ici-bas, ni dans l'au-delà, mais que c'est vers là-bas qu'il faut chercher.
Qui a échappé à cela ? Ou plutôt, qui en a réchappé ? Qui sont ceux qui, saisis par cela, ont décidé de rebrousser chemin ?
Qui a dit des choses comme : " Je me suis senti frôlé, et j'ai rebroussé chemin".

Ceux dont on peut " défaire " la création sans trop de mal, l'ensemble étant ficelé à, et avec son époque, comme un paquet cadeau, le truc qu'on peut poser sous le sapin.

Et puis, les autres, allés rageusement serrer le noeud jusqu'au bout. Au bout de nulle part, dont l'oeuvre est absolue, se regarde sans mot dire, ou se déplie en d'infinis murmures amis, c'est tout un. C'est au choix.

Et ceux qui hésitent, qui se trempent pour se ragaillardir la cire, sans doute. Ceux qui trempent un orteil dans l'eau froide, et retournent sur le sable chaud, qui supportent encore de parler.

Mais... ceux qui se brûlent les ailes, qu'on repêche, qu'on recoud, à qui on donne, et métadonne, et qui retombent pour de bon...

* Petite précision, le sujet, et surtout le mot " populaire" devait s'entendre au sens anglo-saxon de célèbre, ce qui était un peu maladroit compte tenu de l'existence de sens déjà associé à " art populaire", mais bon...
L'idée était de comparer les différentes phases de la reconnaissance, sa mise en place par l'artiste pouvant devenir une stratégie (Courbet initiant le marketing du scandale, devenu aujourd'hui le mainstream de l'affaire)

Une autre idée intéressante, bien qu'elle se discute, est que Bruno pose que l'auto reconnaissance par l'artiste de son œuvre est un préalable à l'enclenchement du mécanisme de reconnaissance par les autres, reconnaissance dont l'extension à des cercles plus larges fera passer l'oeuvre du statut de résultat d'une pratique artistique à celui du champ de l'art, lui permettant de tenir une place plus ou moins grande dans l'Histoire de l'Art.

** Comme il me disait avec modestie ne pas être historien de l'art, je lui rétorquai que sa culture y suppléait. Pour associer le Jansénisme à Soulages, il faut avoir un petit fonds, tout de même.

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