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jeudi 11 juillet 2019

Sidération environnementale

De cette étiquette j'affuble un sentiment qui point dans nos sociétés, et dont il faudra tenir compte pour deux raisons que je mentionnerai plus loin. 
La sidération environnementale est un abattement qui prend le citoyen, de tout âge et de toute condition, à la vue du drame qui est en train de se jouer au niveau de sa planète, pour l'espace, condamnant ses enfants, dans le temps. 

Cet abattement est créé par l'éco-anxiété, comme la rosée par la rencontre d'un air chaud et humide sur un front froid. L'éco-anxiété naît de la contemplation du désastre écologique que l'aveuglement, la bêtise, la passivité, et la cupidité et la corruption font naître, par ordre de gravité du chef.

Mais cet éco-anxiété ne se transforme en sidération que lorsque cette dernière rencontre un mur, et surtout qu'elle constate que ce mur est soigneusement entretenu. Le mur, c'est l'incapacité technique à laquelle nous sommes rendus : Quand bien même nous mettrions tout en œuvre maintenant avec la meilleure volonté du monde, il est trop tard.

Mais le pire reste à venir, et c'est là que la sidération prend l'individu comme un poison qui paralyse et le force à regarder le spectacle, hébété et conscient de son impuissance, ce qui aggrave son mal. 

Le pire, c'est que nous continuons "volontairement" à aggraver la situation. J'ai mis "volontairement" entre guillemets car ce mot suppose une connaissance de la situation. Si je vous vois mettre le feu "volontairement" à votre voiture, je supposerai que vous voulez vous en débarrasser car vous en avez une autre mieux que celle-là.

Si j'apprends que ce n'est pas le cas, le "volontairement" va se retourner, prendre une autre "tournure" : vous êtes fou, tout simplement. On peut me dire que vous ignorez que vous n'avez pas d'autre voiture, cela n'arrange pas vraiment votre cas : Cela signifie que vous "pensez" que vous en avez une autre, que vous avez "fait le pari" que vous en avez une autre, ce qui est une autre forme d'inconscience, pour qui a charge d'âmes.

La sidération environnementale, c'est celle qui prendrait les habitants sortis en hâte dans la cour d'un immeuble, et qui voient leurs voisins de paliers devenus fous, saccager l'immeuble, mettre le feu aux appartements. Déjà l'eau des tuyaux crevés par la chaleur monte le long des mollets, mêlée de boue et de débris, mais ils continuent à verser de l'essence sur le feu. La sidération environnementale vous pousse pour sauver votre esprit à passer en mode contemplation, à vous convaincre que vous regardez un film, de loin, que ce n'est pas vrai.

Mais les citoyens de cette planète doivent se faire à l'idée que c'est vrai.

Pour le ramasser en quelques mots, l'éco-anxiété est l'angoisse de voir que nous ne faisons pas ce que nous devrions faire pour arrêter l'effondrement de notre éco-système. Cette éco-anxiété se transforme en sidération psychique lorsque le sujet réalise que non seulement nous ne faisons rien dans le bon sens, mais encore que nous continuons avec acharnement à travailler à parachever le désastre. Nous accélérons le processus de destruction de notre planète, et ce pour des raisons de confort, voire d'avidité.

A force de constater que pour quelques sous, la plupart des gens pourrissent les rivières, l'air, la nature, et sont prêts à faire tuer les journalistes qui en parlent, le sujet ralentit sa contribution au système, puis s'en éloigne, dégoûté.

Cela, c'est la première des raisons pour laquelle la sidération environnementale va devenir une maladie. Parce qu'un certain nombre de citoyens vont définitivement baisser les bras, tourner les talons et ne plus participer à la société. 

Ce nombre grandit chaque jour, et il touche les jeunes. Il ne faut pas croire qu'il s'agit d'une maladie de vieux con. Tout ce qui est "desco", comme ils disent pour déscolarisation, tout ce qui est "dys", lexique, praxique, sont des manières de signifier au monde des adultes :" Vous nous avez légué un monde pourri, je ne mettrai pas les mains là-dedans".

La seconde raison pour laquelle la sidération environnementale est un problème de santé publique, c'est que si on veut encore par une aveugle obstination, ne pas tenir compte des 10 % de rebelles qui vont activement faire demi-tour, il reste parmi les 90 % restants des gens qui, sans vraiment s'exiler volontairement de toute participation au massacre de leur habitat, vont "y aller à reculons". Là c'est l'absentéisme, le glandouisme, le j'menfoutisme, tout ceux qui craignent encore pour leur fin de mois, mais ne veulent plus trop faire tourner le système.

ET
last but not least, l'immense foule de ceux qui, incapables de choisir, plongent la tête dans les écrans et les néons de Bangkok on line.

Ici on atteint ce que j'appelle l'engagement, c'est à dire si on veut l'investissement, la motivation ou la libido, ce sentiment qui est à l’œuvre quand on "croit à ce que qu'on dit", parce qu'on est personnellement en adhésion avec le contenu du propos. Ce que des centaines de milliers de jeunes européens disent aujourd'hui dans la rue, des dizaines de millions de jeunes européens le disent par leur attitude : "On n'a rien à foutre de votre mode de vie de merde, on veut vivre autrement". 

Seulement voilà, en fait y'a pas le choix : on ne peut pas faire du profit sans exploiter et piller la planète et ses habitants. Inutile de raconter des histoires de valeur et de croissance.. C'est là que ça devient grave, et que, comme vous allez ne pas écouter ce que je dis une fois de plus, passer outre et faire autre chose, ça va tourner à la guerre civile. 

Le problème, c'est que le monde est un seul tout lié, comme un filet. On ne peut pas tirer à un bout sans que ça tire à l'autre. 

On ne peut pas faire des profits à la con sans exploiter des Chinois sous une dictature, afin qu'ils fabriquent à bas coûts les merdes polluantes que les jeunes vont acheter à l'autre bout de la planète, et empocher la différence. On ne peut pas faire des profits à la con sans exploiter des Turcs ou des Hongrois sans protection sociale,; afin qu'ils fabriquent à bas coûts les voitures qu'on va vendre à crédit aux retraités français, et empêcher la différence en sifflotant, comme si de rien n'était. 

On ne peut pas détruire 90 % de la planète et de ses habitants pour assurer le niveau de vie des 10 % qui les exploitent de façon éhontée, juste pour garnir leur portefeuille de fausse monnaie délivrée par les banques.

Enfin si, on peut. 

Un certain temps...

Et c'est là que s'installe la phase finale de la sidération. C'est que jamais dans l'histoire du vivant, des adultes n'avaient "volontairement" pillé les réserves de leurs enfants, les conduisant à la famine. Au contraire, pendant 4 milliards d'années moins nos trente merdiques, les parents plantaient des oliviers pour leurs enfants, pour qu'ils aient plus. 

Nos enfants sont les enfants de la première génération de l'histoire de l'humanité à avoir fait face à un effondrement prévisible de leur niveau de vie.Tout simplement parce que nos parents ont pillé les ressources pour se gaver sans penser à notre avenir. 

Maintenant, lorsque nous enfants vont réaliser que ces grands-parents retraités et leurs parents chômeurs ont pris dans le placard, et qu'il ne reste plus une graine saine à planter dans un sol sain, lorsque cette sidération sera passée, je vous assure que ce qui va arriver, c'est la colère. 

Lorsque mes enfants réaliseront qu'il n'y a plus de quoi exercer toutes les belles sciences pour lesquelles ils font des études, la colère dévastera tout, et il n'y aura plus ni labo ni scanner, ni radio ni échographie, il n'aura plus que des appareils renversés et des bris de verre. La horde sera repartie là bas, où ça brûle, chercher un supermarché à piller. 

Ils envieront la sauterelle capable de survivre en grignotant une feuille sèche.Ils partiront ailleurs, là où il reste de l'herbe, et tenteront de recommencer de l'élevage, sans savoir traire une vache... 

Remarque, qu'on prenne en compte ou pas la sidération environnementale, ça ne sert à rien. Il est trop tard de toute façon. Tout ce que j'écris là disparaîtra dans la nuit d'un data center éteint, envahi par les rats qui mangeront les gaines des fils. Tout ce qui a fait l'humanité, et même les prophètes de malheur qui en ont annoncé la disparition, restera lettre morte dans les unités de stockage. Puis l'univers repassera en mode contraction, s'effondrant sur lui même jusqu'à avoir la taille d'une tête d'épingle. 

Ce matin encore, je sors d'un magasin, et je constate que le crétin qui était derrière moi dans la file a laissé sa voiture tourner le moteur allumé sur le parking. Le breton connard de base sort de la boutique, je l'avise et je lui dis "Vous trouvez que la planète n'est pas assez chaude comme ça pour laisser tourner votre moteur pendant vos courses." Et là, l'abruti me répond, attention...

"DE CE TEMPS LA, ça va". En langage d'abruti, cela veut dire que, le temps étant un peu couvert, on peut se le permettre. Je rappelle qu'on sort de 15 jours de canicule. C'est ça le problème de fonds, c'est leur connerie. Bien sûr, il m'a habilement servi une idiotie, et en mauvaise militante, je me suis contentée de le regarder en secouant la tête. Espérons que cela servira à quelque chose. Sinon, comme le suggère le magnifique Dogville de Lars von Triers, il faudrait passer à autre chose.

2 commentaires:

  1. Quel texte puissant et d'une criante vérité. Je souscris totalement et n'aurais su le dire avec autant de clarté.

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  2. Merci à vous, c'est gentil de le mentionner, même s'il est triste que ce soit vrai.

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