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dimanche 16 juin 2019

Quand le bâtiment va...


Oui alors bonjour je vous remercie de me passer le micro. Alors ce serait pour faire une remarque sur la place tenue par les images d'urbanisation récente dans le cinéma italien d'après-guerre. En écoutant cette émission,

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/pier-paolo-pasolini-44-la-tragedie-de-la-consommation 

, j'ai appris que l'Italie avait vécu différemment les "trente glorieuses" en ce que là-bas, le mouvement, à amplitude égale s'est produit de façon plus tardive, il a donc été plus violent.



 La pente du "miracle économique" fut raide.



Je crois que c'est avec L'Eclipse que bien évidemment, non pas je l'ai remarqué, mais qu'il est venu à ma conscience que depuis longtemps je le notais inconsciemment. Monica Vitti quitte un immeuble récent mais cossu pour un lotissement plus jeune, bruyant, et inhospitalier. Si ce n'est qu'heureusement, elle y a des amies qu'on hèle d'une fenêtre l'autre.



Et le lieu des retrouvailles quotidiennes des amants au début de leur liaison est précisément celui de cette charnière entre le lieu ancien de la ville "originelle" et le lieu moderne de la ville nouvelle, qui est une non-ville, ville vide où on se perd avec le chien, où les pas résonnent dans le vide dur des échos du béton, comme chez Tati :




le quartier, et ses avenues aussi nouvellement qu'impeccablement tracées, s'oppose au fouillis séculaire du vieux quartier de la Bourse, de l'appartement des parents d'Alain Delon.


Si la voiture permet de relier ces endroits, elle finit admirée mais noyée ici, et à l'inverse tue dans le Fanfaron, non sans avoir fait son œuvre. Dès les premières images du film, Gassmann cueille Trintignant dans un quartier où on ne peut que s'ennuyer à mourir, mais où la voiture est indispensable à la survie (les magasins sont à l'autre bout du monde).



"Viens", dit le pneu,"Avec moi au moins la vie est brève, mais palpitante".

et ce monde des immeubles neufs et vides, tiré au cordeau, est comparé à l'ancien monde, celui des places "vagues" pour fêtes traditionnelles (1) :


Celui de la maison de famille, tout à la fois pourvoyeuse de ressources alimentaires et de l'abri de la forteresse. Aux murailles épaisses. En ruines. 


Ou du moins, non entretenue. Ici aussi, Trintignant est parti, étudier le droit dans les immeubles modernes.

J'ai aussi le souvenir d'un autre film, dont le générique de début est une longue descente d'un ascenseur extérieur à un bâtiment en construction, mais je ne retrouve pas la suite. Idem pour un autre encore qui se finit par une dérive aux confins de la ville, le lendemain d'une nuit de fête. Il me semble que l'un des personnages cherche à éviter la police...


Sinon, le système se retrouve chez Pasolini dès Accattone.


 
Notamment pendant sa promenade avec Stella.


Et je me demande si dans l'affiche originale, on ne voit pas Franco Citti marcher vers ou depuis l'un et l'autre points d'ancrage.

Comme si l'injonction était de choisir entre s'accrocher à un passé qui sombre, image du piéton fuyant la guerre, ou rejoindre ceux qui gagnent, sauter dans le train-en-marche-du -progrès, dans la voiture des gagneurs de la nouvelle génération, les costar-cravates qui prennent l'avion vainqueur, des industriels de Theorema et La Corruzione (avec  Jacques Perrin).



Mamma Roma, et le déménagement d'Anna Magnani, l'amour dans les zones péri-urbaines. Et voilà que Maman se prostitue pour offrir à son fils, qui ne la mérite pas, la liberté du scooter.



 Plus le desco boude, plus on s'avilit pour lui plaire en espérant son retour au bercail.



On me dira qu'en voulant faire la chronique de l'immeuble, j'ai fini par faire celle de la voiture. Mais c'est tout un : en construisant de l'habitat pas cher en périphérie des villes, on endette les collectivités, et on condamne le prolo à rouler pour aller rejoindre son usine de voitures, où il gagne de quoi faire le plein pour rentrer dans son pavillon dortoir. 

Et plus le prix du pétrole montera, plus les parois du gouffre s'écarteront, fanfarons...

Un million, c'est le nombre d'albums posthumes de Johnny Hallyday vendus. Même s'ils ne descendent plus sur le rond-points, les gilets jaunes continuent de se manifester.

Un million, c'est le nombre de jeunes Indiens (de l'Inde brahmanique) qui entrent, chaque mois sur le marché du travail. Chaque mois, c'est donc un million de nouveaux jeunes Indiens qui s'attendent à ce que, dans les années qui viennent,  le monde leur offre, en échange de leur dévoué travail après des études chèrement payées, un appartement ou une maison, une voiture, une télé, des vacances... La pente va être raide. 

Peut-être que, comme le 11 septembre, certains préfèrent sauter dans le vide que de la subir. C'est pour moi une partie de l'explication quant à l'augmentation des décès par overdose de TSO aux USA.




(1) Ceci dit, d'après Wikipedia, Antonioni aurait dit :  « Il est trop simpliste, comme beaucoup l'ont fait, de dire que j'accuse ce monde industrialisé, inhumain où l'individu est écrasé et conduit à la névrose. Mon intention au contraire, encore que l'on sache souvent très bien d'où l'on part mais nullement où l'on aboutira, était de traduire la beauté de ce monde où même les usines peuvent être très belles. La ligne, les courbes des usines et de leurs cheminées sont peut-être plus belles qu'une ligne d'arbres que l'œil a déjà trop vus (sic). C'est un monde riche, vivant, utile. »

Certes.




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