jeudi 4 juin 2015

La soupe au caillou, le meurtre des savoir-faire par le " progrès " industriel

Vous connaissez sûrement ce conte populaire, intitulé La soupe au caillou, mais je vous le résume. Un étranger arrive chez un couple de paysans avant le dîner et leur demande le gîte et le couvert pour la nuit, promettant en échange de leur donner la recette de la soupe au caillou.

Les paysans demandent ce que c'est, et l'étranger leur répond que c'est une soupe qui ne demande pour être faite d'autre ingrédient qu'un caillou au fonds de la marmite, permettant de fabriquer autant de nourriture qu'on veut à bon marché.

Alléchés par une telle proposition, ils offrent à l'étranger le gîte. Celui-ci s'installe, demande à boire, et leur commande de mettre une bassine d'eau à bouillir, et d'aller chercher un caillou qu'il place au fonds de la marmite. Il passe une bonne soirée devant le feu, et pendant que la soupe au caillou se fait, il leur recommande d'y mettre des pommes de terre pour l'épaissir, des navets pour donner du goût, etc.

Le lendemain, l'étranger s'en va en ayant, vous l'aurez compris, bien grugé les crédules imbéciles. Il leur a fait faire une soupe ordinaire.

Il y a un exemple de ce type de comportement avec l'industrie textile, un pillage qui s'opère à grande échelle sur plusieurs continents depuis de nombreuses années, et auquel vous participez activement, en ayant acheté tout ce que vous avez sur le dos, car j'ose espérer que vous n'avez pas l'inconvenance de lire mes billets nus.

Voici la recette de l'arnaque.

Au cours des XIXème et XXème siècle,. L'industrie promet de filer de la laine, en plus grande quantité, mieux, plus vite, et sans fatigue.

En réalité, les filières industrielles ne se seront jamais adaptées au matériau. Elles n'arrivent pas à filer cette fibre trop courte, et si on tente de faire un fil fin, ça casse.

Et c'est là que le pipeau prend le relais. Puisqu'elle n'arrive pas à filer la laine, l'industrie va demander à la fibre de s'adapter. Elle va demander aux autres industries de lui fournir des fibres synthétiques. C'est le " progrès" (Amen, Heil, on ne peut pas faire autrement)

Donc on met de moins en moins de vraie laine, comme ça la machine idiote arrive à filer.

Dans le bien des cas, elle aura recours au fil tuteur, c'est à dire une âme dans une matière pourrie, qui soutiendra la couche factice. (Comme tout le reste de l'industrie).

Idem pour le tissage, etc. Résultat, on a des tissus non tissés, pourris, irrécupérable, irréparables. Mais c'est pas grave, on jette et on rachète.

Tout cela est bel et bon.

Mais pendant ce temps où l'industrie peine à avouer qu'elle a échoué à tenir sa promesse, une autre, non prévue, s'est accomplie. C'est que les fileuses de laine, les vraies, les humaines, avec des mains, elles sont bel et bien mortes.

D'abord désoeuvrées, puis au chômage, puis mortes, c'est tout un pan de la société qui s'effondre, et avec lui, les savoir-faire qui disparaissent, et qu'on ne pourra plus recréer.

Car c'est bien là que le bât blesse, c'est que la sottise n'est pas anodine, c'est un dégât dont les coûts de restauration sont énormes. Mirifiques les économies promises par l'industrie, les progrès jamais réalisés, colossaux, les coûts sociaux réels de sa propagation dévastatrice au profit des quelques familles d'actionnaires.

Certes, la classe moyenne s'est enrichie sur le dos des prolétaires, après leur mort le déluge, et qui veut la fin veut les moyens, même si ce moyen est la destruction de l'avenir, en le rendant " irrécupérable".

Car maintenant que la fortune de ces quelques uns est garantie par les mirages de la Bourse, qui paye la fatigue chronique et la dépression des chômeurs ?

Qui pour réapprendre aux gens à filer, à se réapproprier leur vie ? Les grands capitaines d'industrie ? On les attend au pied du rouet, ces incapables, pour réparer les dégâts du pillage et des meurtres qu'ils ont perpétrés envers les savoir-faire et les humains qui les détenaient, tout cela pour alimenter la pompe à fric, la soupe au caillou en laquelle tous les gogos ont cru.

Et vous croyez que vous n'en faites pas partie ? Mes pauvres... Gaïxoa, comme on dit là-bas..., pauvres dupes imbéciles.

Vous croyez qu'il vont arrêter une recette qui se vend aussi bien et qui les engraisse aussi facilement ?  Vous voulez les versions modernes de la fable ?

Le drone qui livre votre courrier ? Mais c'est vos boîtes aux lettres et vos rues qui vont s'adapter à ce que ne sait pas faire la saloperie de machine.

Puisque oui, la classe moyenne, elle a couru mettre ce pognon en gage pour acheter des voitures :D

Elle s'est ruée comme une zombie toxico sur les produits qu'on lui faisait miroiter, et le pognon, pfuittt. adieu pognon, adieu savoir-faire, adieu outils, adieu tout, prends moi tout, occupe toi de tout.

Et la voiture qui conduit toute seule ? Mai ce sont vos routes qui vont s'adapter, se couvrir de balises. Et lorsque la voiture vous dira " Je ne sais pas aller là, ce n'est pas balisé", eh bien vous n'aurez qu'à obéir. parce que votre voiture, elle n'aura plus de volant *.

Et les gens qui habitent là, s'ils veulent être joints, eh bien ils devront payer. Et pendant ce temps là, les facteurs seront au chômage. Et les gens voleront pour manger. Et on vous vendra des milices privées pour vous protéger.

Et on vous aura baisés jusqu'à l'os, jusqu'à la moëlle. Et ce sera bien fait. Parce que des crétins de votre calibre, ça se ramone au manche à balai, avec des graviers.


Il suffisait de persuader la classe moyenne qu'elle allait s'enrichir sur le dos du reste, en fermant les yeux sur le reste, pour que ce soit la classe moyenne, la plus nombreuse, qui assassinât tranquillement la société.

Opérations mains propres !

Il suffisait que le mécanisme garantisse une petite montée en gamme des classes populaires pour que tous se retrouvent le couteau entre les mains, à assassiner leurs amis, leur famille, foutant leur voisin au chômage et les dépouillant définitivement des moyens de l'autonomie : savoir-faire, outils et techniques.

Car aux gogos qui croient qu'on pourra revenir en arrière, je recommande de trouver des outils capables de travailler le cuir, le bois, le métal. Et sans cuir, sans bois, sans métal, pas de fourrage, pas de bêtes, pas de carriole, pas de transports, pas de matières premières.

C'es un peu comme si l'étranger avait fait signer aux paysans en partant une interdiction de réutiliser leurs graines et leur avait laissé un catalogue de cailloux en ligne.

C'est donc une victoire totale, la plus simple, celle qui coupe à l'ennemi la route de la retraite, qui lui interdit de revenir en arrière, et le réduit en esclavage.

Vae Victis, vraiment, on ne cesse d'avoir pitié de vous qu'à force de vous voir vous acharner à faire votre malheur. Remettre à ce point là votre destin entre les mains de vos exploiteurs malgré les sirènes d'alarme, ça mérite la râclée que vous allez prendre.


* Ca vient de tomber :
Palo Altours le lance le 23 juin 2015, et Vinci Autoroute alloue une enveloppe de 90 000€ pour développer et mettre en œuvre les projets qui seront sélectionnés.

Il est ouvert à tout le monde (étudiants, développeurs, designeurs, riverains, automobilistes de l'agglo...)


En septembre, nous organiserons des ateliers pour constituer des équipes (développeurs, design, idées...) et rencontrer les interlocuteurs de Vinci Autoroute."

Et vous, en septembre, vous faites quoi pour protéger votre doux petit cul, comme disait Selby dans La Geôle, un ouvrage que je vous recommande ardemment.

Quand on voit ce résumé de lecture, " Un homme, dans une cellule. Entre quatre murs, dans une lumière permanente. Rien pour mesurer le temps qui passe durant ces journées interminables, uniquement ponctuées par les repas et le bruit de la porte qui s’ouvre, puis se referme.. On ne sait pas qui il est, ni ce qui l’a amené ici "

Eh ben ma pauvre chérie, t'as des sacrées peaux de sauc' devant les yeux comme ont dit. C'est bête que tu aies raté le film de ce qui l'a amené là...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire