vendredi 13 mai 2011

Mon manteau environnemental

Il y a une sensation que j'aime particulièrement. C'est celle que j'éprouve lorsque je lis quelqu'un qui a écrit un tas de trucs que je voulais dire. Ce qui vient de m'arriver avec Formes de vie de Nicolas Bouriaud.
J'ai l'impression de poser un sac à dos, enfin à terre, et de me dire : " Ouf, ça de moins à écrire", et je repars plus légère.
Petite remarque : je  ne suis pas complètement en ligne avec l'image qu'il donne du Dandy. Disons que j'ai l'impression qu'il privilégie la part " paraître pour compenser le déficit d'être". Non que la démonstration ne soit pas correctement construite, cette part me paraît privilégiée simplement parce qu'il lui manquerait une autre part en pendant.
Pour moi le Dandy ne fait pas que transvaser la puissance sacralisante de l'art depuis l'objet vers le Présent. La part qui me semble manquer est celle qui chercherait à comprendre pourquoi l'emphase du détail ne me semble pas pouvoir s'expliquer seulement par une mise en scène destinée à parfaire la cohérence du plan, de la scène cinématographique, mais, pour partie aussi, répond à un besoin impérieux.
Le Dandy vit dans un taudis mais mange avec des gants de vraie dentelle*, et avec un vrai rubis au doigt :
cette histoire de détail masque une simple "inversion" des valeurs.

Baudelaire, Jarry, et autres ne se sont pas imposé, me semble-t-il, des suicides sociaux pour aller "jusqu'au bout de l'exploit", et nombre de créateurs avant eux ont mis leur santé, leur vie et celle de leur famille en danger à cultiver d'inutiles et dispendieux détails. On pourrait mettre dans cette catégorie tous les peintres qui se sont privés de manger pour acheter des couleurs. On pourrait y mettre Rimbaud, et si on y met Lantier, il faut y mettre Tartarin de Tarascon.

L'art est un sport de riches, et le Dandy version " art moderne" y fait figure de mystique car il se refuse la consolation de l'oeuvre que d'autres s'accordent tout en espérant en tirer une subsistance. Jésus, Socrate, Gandhi, tous ceux qui n'avaient pas même de quoi acheter du papier et un crayon, dont l'habit n'avait pas de couture, ou l'unique culotte un large trou, martyrs de la cause.

Que cela soit devenu une mode avec l'invention de soi, d'accord, et cette caractéristique centrale de l'art moderne, certes. Mais pourquoi ? Pure question d'ego, cet impérieux besoin ? Pas sûr. C'est presque un rite sacrificiel. Il y a un au delà de l'humain, et en m'immolant sur l'autel de cet au-delà des contingences, là il est vrai de façon jusqu'auboutiste, j'appelle sur moi la bienveillance de la divinité qui règne sur cet au delà, ou du moins ses portes, et qui va me faire franchir le Styx.
Il y a les mi-mystiques, comme Baudelaire, et les pas du tout (de ce point de vue là seulement), comme Dali.

* ce qui rapproche ma réflexion de cet excellent billet de mes amis de l'Atelier de Minuit.

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