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samedi 31 août 2019

L'amitié de Judas II

Suite à cet article donc, je poursuis la démonstration de cette thèse que les sujets de société sont montés en épingle, puis en spectacle, à fin de diviser le peuple au profit des régnants.
Ce matin encore à la radio, j'ai entendu des personnes du monde du football dire à propos des interruptions de matches sanctionnant les chants homophobes : "Cela ne sert qu'à diviser les supporters, ce qu'il faudrait, c'est de la pédagogie en amont". Je bois du petit lait, lorsque les acteurs de terrain ont la bonté d'apporter de l'eau à mon moulin.

Pendant qu'on vous dresse les uns contre les autres, le business des fossoyeurs continue. Pendant que vous vous mordillez la nuque comme des chatons, le business des fossoyeurs peut continuer à détruire la planète et à mettre la merde sous le tapis.

Ce matin encore à la radio, un sociologue du foot enlève de l'homophobie, et cite le cas de deux clubs en Amérique latine, proches de la communauté juive, dont les supporters se jettent des savons en criant qu'ils en auront pour se laver dans les camps. On peut mettre en doute leur conscience, remarque pour dire une pareille bêtise, mais bon, exonérons-les d'antisémitisme, on a affaire à des gueux qui travestissent des outils de propagande pour exciter des sots et mieux les diviser.

Encore une fois, le plus incroyable, c'est que ça marche. Et pour tenter de comprendre, je vais faire un détour qui va paraître long. Il est est basé sur une curieuse coïncidence. Dans quelle mesure elle fut souhaitée, impossible à savoir pour moi. Il s'agit de deux émissions passées sur France Culture le mercredi 28 août, se suivant dans l'après-midi.

La première était une séance d'Entendez-vous l'éco, https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/le-spectre-de-la-recession-34-1848-de-la-recession-a-la-revolution consacrée à la récession (1) qui vous frappe pendant qu'on vous occupe à autre chose.
Je reviendrai sur cette émission parce qu'elle est admirablement dédiée à la perception d'une continuité, d'une filature, pour filer la métaphore textile, histoire faites de fibres provenant d'une part du progrès technologique, et d'autre part de la transformation des malaises de misère (émeutes de la faim...) en mouvements politiques. C'est admirable.
Entendu comme il faut, cela dessine une continuité depuis la révolution française de 1789, jusqu'aux guerres du XXème siècle, en passant par Marx et Engels, c'est vraiment à écouter.



Le “Printemps des peuples”, loin d’aboutir à une révolution qui met fin à la lutte des classes, voit l’instauration de la Seconde République, qui prendra fin peu de temps suite au coup d’Etat Crédits : Getty


Mais ce qui était frappant est une autre association, à faire avec l'émission qui suivait, à savoir un numéro de la Compagnie des œuvres, https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/stanley-kubrick-34-une-cosmogonie-poetique avec en invité Philippe Fraisse, un type tout à fait passionnant, aussi cultivé que sensible, et qui dit ceci, à 39:30 : " Le nazisme n'est pas facilement identifiable, [...] on peut y voir un résumé du XXème siècle, dans son souci d'efficacité, son souci d'aller au delà du bien et du mal, son souci finalement d'appliquer les méthodes de management à tous les domaines de la vie courante, même de la vie intime, même de la reproduction... "
"Vous êtes en train de nous alerter sur le monde contemporain, lui répond Mathieu Garrigou-Lagrange... Tout cela pourrait nous emmener vers l'abîme..."
La conscience de la catastrophe, voilà ce qui lie les deux émissions. Montrer la catastrophe, l'accroissement de l'emprise du pouvoir sur les citoyens que sont le nazisme et les pouvoirs militaires dans un cas, le pouvoir capitaliste dans l'autre.
Ce parallèle, je le fais avec lui, écoutez à partir de 52:00 : " Rapprocher Hiroshima et Auschwitz, dit Philippe Fraisse en citant Günther Anders, le  mari d'Hannah Arendt il faut faire aussi une lecture de Folamour comme ce monde extrêmement procédurier, où il n'y a plus de vision morale de la finalité de nos actes, c'est ce qui a permis l'extermination. "

Et c'est ici qu'on approche le point focal de toute ma série d'articles depuis celui-ci. L'extermination fut rendue possible par une abolition de la vision morale de la finalité de nos actes, ce dont je m'autorisais pour dire ici que le problème est spirituel. 

Projeter le monde comme une seule immense procédure dont l'unique but est l'argent, au prix de la disparition de la vision morale de la finalité de nos actes, (2) voilà exactement résumé le capitalisme, et c'est pourquoi c'est le pire des nazismes.

Ce que veut le capitalisme, c'est qu'on ne considère qu'une seule finalité, le gain d'argent (pour les organisateurs) en oubliant tout le reste, en foulant aux pieds toutes les autres valeurs. Et ce nazisme, le pire des nazisme, sacrifie sur cet autel la santé mentale des générations futures.
Pour se remplir les poches, quelques salopards n'hésitent pas à ruiner ce que nous avons mis des siècles à construire. Et c'est à l'oeuvre depuis 1789. Le bourgeois, flairant le profit que la machine allait lui permettre de faire sur le dos de l'ouvrier, en lui retirant la possibilité de subvenir à ses besoins, à tué le monarque en place depuis Gilgamesh, le prince guerrier, fait de droit divin depuis que les prêtres ont voulu une part du gâteau. 

En 150 ans, une poignée de salopards capitalistes a réussi à asservir et détruire la planète. Et ils y ont réussi avec votre participation. En vous lâchant le pourboire et en vous permettant de jouer aux courses le dimanche, en vous faisant rêver avec la perspective de gagner cent balles, la bonne et la piscine, le capitalisme a fait de vous des pions et des relais, capables pour ces cent balles de véhiculer sa destruction dans toutes les ramifications opérées par les petits chefs de bureaux.

On le voit dans les films avec Louis de Funès, comme dans les romans d'Elia Kazan. Le mantra du XXème siècle c'est " Je vous chasse, vous êtes viré, you're fired". Regardez Ma sorcière bien aimée. Le gros débile de patron de l'agence de pub vire Jean Pierre deux fois par épisode, comme on chasse un esclave, ce que de Funès s'empresse de caricaturer. Il se nomme Alfred, "Al fired", et représente celui qui, même en costar-cravate, reste une ordure qui exploite les hommes et les femmes en leur mettant au cou la laisse de leur survie par son salaire ou sa pension.

C'est sans conteste le progrès technique qui a initié l'engrenage infernal, comme nous le verrons dans le prochain article.


(1) Je ne peux m'empêcher de citer l'introduction : " Notre série consacrée au spectre de la récession se poursuit. Lundi, nous avons évalué l’ampleur et la gravité du ralentissement économique mondial. Hier, c’est la mission des banques centrales volant au secours de la croissance que nous avons examinée. A présent, notre réflexion nous mène sur les pas de Marx et Engels à l’heure des révolutions de 1848. La crise économique de la fin des années 1840 a été interprétée par la pensée socialiste naissante comme le véritable déclencheur des mouvements sociaux qui entraînent la chute de la Monarchie de Juillet. Une conception qui a fait l’objet de débats historiographiques et qui nous invite à interroger les liens entre récession et révolution…"

(2) Version complète : "Projeter le monde comme une seule immense procédure, où les êtres sont des pièces mécaniques contribuant à dégager le terrain devant la machine pour libérer sa marche, procédure  dont l'unique but est la rentabilité, c'est à dire l'attribution à quelques uns des gains du travail de tous, fût-ce au prix de la disparition de la vision morale de la finalité de nos actes",

jeudi 22 août 2019

L'amitié de Judas I

Ce que vaut l'amitié des traîtres, et le sentiment qu'elle peut donner lorsqu'on les a retournés. Voilà l'épineux sujet du jour, qui va tenter de resserrer l'étau autour de la réponse à ces autres épineuses couronnes.

Je rappelle que le but de la communication est de répondre à la question de savoir pourquoi il est contre-productif d'entonner les hymnes à la mode (homophobie, antiracisme, metootisme...) sans avoir examiné avec les plus grandes précautions d'où émanent les injonctions à adopter de tels comportements. 

Je rappelle que les conséquences catastrophiques des fléaux précités que sont les actes homophobes, les agressions aggravées par le caractère raciste ou sexiste de la victime sont en constante augmentation. On peut y voir une augmentation de la sensibilité du thermomètre, n'empêche que cela apporte de l'eau à mon moulin. 

Lorsque je parle du lieu d'où émanent les injonctions, il ne faut bien entendu entendre aucune allusion complotiste. Il n'est pas dans l'intention des groupes qui entraînent les catastrophes de les provoquer pour le bénéfice de leurs conséquences per se.
Pour faire un parallèle avec le fléau environnemental, il est évident que les fabricants de piles n'ont pas un intérêt à tirer des bénéfices cachés de la pollution. C'est plutôt que ne pas polluer remet en cause leur modèle économique de façon si radicale qu'ils préfèrent les inconvénients des conséquences à l'adoption d'une conduite vertueuse, laquelle signifierait leur disparition à court terme, la disparition de leur classe, au sens Marxien du terme. C'est pour cette raison que je disais que le cadre de compréhension de l'arnaque est sociologique

Pour le reformuler, en hurlant  l'antisémitisme avec les loups, en criant à l'homophobie quand on vous dit que c'est devenu un délit, en augmentant les divisions entre les sexes quand vous voyez un hashtag metoo, votre docilité à courir vers les cibles désignées, et votre empressement à fracasser le corps social à coups de masse servent un adversaire qui préfère les catastrophes liées à la fragmentation de la société, quitte à empocher les derniers bénéfices du jeu de chaises musicales du productivisme de masse, qui préfère la fragmentation donc, aux efforts à faire pour assurer un avenir heureux à une société solide.

C'est, encore une fois, comme pour l'environnement, il y en a qui préfèrent empocher les derniers dollars du système pétrole, tuer les derniers poissons, quitte à niquer la planète où vivront leurs enfants, que de vivre autrement pour la sauver. Il y en a qui préfèrent niquer l'école et l'hôpital, c'est à dire ramasser les derniers dollars en les privatisant, quitte à niquer la société, c'est à dire à finir avec des écoles-prisons où portiques et caméras garantissent la sécurité des riches écoliers.

Je pense que vous commencez à voir se dessiner le schéma. Car enfin allez-vous nous révéler les coupables qui "organisent" tout cela, comme l'ensemble des pêcheurs "organisent " la mort des océans ? Ils ne sont pas complices, ils sont même concurrents, et leur faute est alimentaire. On commet un crime planétaire pour le profit, et on accuse ces pauvres types de marins-pêcheurs esclaves sur les bateaux, on dresse contre eux les écolos.

Et pourquoi pas accuser les crevettes ? On le fait bien pour les abeilles, ces sales bestioles qui empêchent Monsanto-Bayer de faire du fric, et les blaireaux, ces parasites qui pullulent et coûtent je ne sais combien de points de croassance à l'agriculture chaque année

Mais allez-vous enfin nous révéler le nom des vrais coupables ? Ah, attendez, je savoure un peu ce moment où la foule en délire est soudée en une seule vague élastique, hurlant mon nom à ce rythme qui la secoue et les ramène, debout sur les gradin, secouée de l'orgasme collectif de la liturgie. Le peuple assemblé est une chienne qui se frotte contre ma jambe et y laisse des constitutions. 

Ah, c'est comme ça que je vais me faire des amis, tiens. Mais les coupables, c'est vous, bien sûr, allez, rasseyez-vous, du moins les derniers qui ne sont pas partis. Les ordures qui vous exploitent ne font que récolter la sève dont vous êtes les fières feuilles, pride d'un système que vous faites fonctionner. Croyez-vous que dans une communauté vertueuse, il puisse y avoir des escrocs ?

Quand vous virez un maire parce qu'il augmente vos impôts, contraignant son successeur à signer avec la mafia, qui met les ordures sous le tapis, mais vous, ô crétins suppliant qu'on vous octroie un crédit pour acheter une Audi.

Alors je vais vous le dire. Ce que vos exploiteurs préfèrent ne pas faire, cette chose lourde et longue, lourde parce qu'elle exige qu'on y sacrifie le reste des plaisirs, longue parce que ce sacrifice profitera à vos petits enfants au mieux, c'est l'enseignement.

L'éducation soude la société, elle propose des idéaux peu chers et des plaisirs de libraire, des loisirs à faire des couvertures de livres, du temps à lire les ouvrages de broderie, des journées à broder des abécédaires et des robes somptueuses. L'éducation forme des gens civilisés, raffinés, qui préfèrent apprendre la musique avant que d'en jouer, se pencher sur les maîtres avant que de pérorer, elle ouvre les yeux sur l'inutilité des objets matériels de mauvaise qualité pour leur préférer ceux qui demandent patience et métier, elle soude les gens autour de ces passions communes, au long de la chaîne des savoir-faire, et leur permet de vivre dans un monde dont ils sont fiers et qui donne un sens à leur vie.
Elle permet de comprendre qu'il faut des années pour devenir sensible au plaisir du savoir, pour apprendre à couper correctement un fil de laque, à broder correctement, à teindre correctement, et encore des années pour faire tout cela avec art, et encore des années pour passer maître dans ces arts, et laisser aux disciples de la plus innocente des idéologies de quoi s'émerveiller, et entrer dans la danse. 

Et cette sobriété où l'on vit heureux, on ne peut y faire fortune. On peut y prospérer, on peut tous vivre dans l'aisance. Mais personne ne peut s'enrichir aux dépens des autres. Et c'est cela qu'il faudrait faire, et qu'ils ne font pas, qu'il faudrait faire pour éradiquer réellement ces haines stupides entre les hommes et les hommes, les hommes et les femmes, les rouges et les jaunes, pour éteindre l'incendie de la violence. C'est cela qu'il faudrait faire, adopter un système où le savoir et l'intelligence tiennent lieu de richesse. 
C'est cela qu'il ne font pas, préférant larguer quelques slogans et fracturer les camps, dressant les uns contre les autres pendant que tout le monde oublie la destruction qui accompagne leurs crimes. 

S'ils vous disaient la vérité, à savoir que ce livre, si long à fabriquer, quand c'est bien fait, à la main, avec sa bonne couverture, c'est un trésor, s'ils vous disaient la vérité, à savoir que cette robe, si longue à fabriquer, quand c'est bien fait, à la main, avec son beau tissu et ses belles dentelles, vous seriez riches de ces trésors et ils seraient pauvres en argent, vous seriez riches en esprit, et ils seraient heureux aussi. 

Mais ils ont tué les artisans, ils fabriquent des robes et des tissus de merde, puis plus de livres du tout, plus de texte, rien que des images, toujours plus chères, et c'est toujours plus d'argent qui leur remonte, d'une pyramide de pauvres toujours plus nombreux, toujours plus misérables. 

La misère engendre la colère. La colère cherche le coupable, celui qui leur a rendu la vie si malheureuse. Et c'est la que la propagande du cinéma mondial commence. On vous persuade que le mal du monde, c'est l'homophobie, alors que c'est la misère affective, on vous serine que le mal du monde c'est le racisme, alors que c'est la misère financière, on vous lave le cerveau en vos persuadant que le mal du monde, c'est l'anti-sémitisme, et que tout ira mieux quand on aimera les Juifs, alors que le mal du monde, c'est la misère intellectuelle. 

Vous êtes tous debout dans les gradins à siffler le racisme de ce pauvre type qui ne veut plus accueillir les migrants. Vous ne croyez pas que les vendeurs d'armes qui ont jeté ces migrants à la mer vous ont un peu lavé le cerveau ?

Un jour on va vous raconter que les Polonais qui viennent "prendre le boulot" des Français (dans les abattoirs par exemple) ont été agressés, on vous dira que c'est un crime xénophobe et vous allez le gober comme le reste, alors qu'en réalité ce que les uns reprochent aux autres, c'est d'accepter des salaires de misère, empêchant toute pression à la hausse sur les employeurs.

C'est la concurrence déloyale de la "compétitivité" que vos exploiteurs organisent et dont ils déguisent les conséquences avec le costume du racisme, ô crétins agenouillés devant le poste.

C'est en déguisant un crime d'exploitation social en sujet d'émission de télé que vous exploiteurs vous dressent les uns contre les autres, organisant une xénophobie qui masque leurs pratiques honteuses, et vous allez relayer les imbécillités de la presse qui va accuser le peuple de xénophobie !

Vous sifflez l'homophobie de ce pauvre type qui, fou de rage et de misère ne sait pas vers qui tourner sa colère, et dans son aveuglement, trouve pour toute victime un autre pauvre type, comme le papillon de nuit se cogne contre la lampe, mais vous ne croyez pas que ceux qui l'ont mis au chômage vous ont un peu lavé le cerveau de vous acharner contre vos compagnons de misère ?

Écoutez la retranscription des échanges téléphoniques entre les deux pauvres types qui ont tué le prêtre en Normandie. Ils ne savent pas où dormir, ils galèrent pour trouver un couteau. Le père de l'un deux les héberge une seule nuit, et les expulse. Ils dorment sur des bancs, après lui avoir volé un couteau de cuisine. 

Si vos exploiteurs vous disaient la vérité, à savoir que l'éducation permet de rendre les gens heureux avec peu d'argent et beaucoup de temps, ils ne pourraient plus vous voler le temps de votre vie que vous perdez à fabriquer les objets qu'ils vous revendent.
 
Vous perdez votre vie à générer de l'argent de pays riche pour développer des technologies et des armes qui permettent aux dictatures de maintenir leur peuple dans la misère et la terreur. Technologies et armes aussi bien financières que matérielles, la corruption d'une filière est aussi chère que les avions pour les bombarder quand ça ne suffit plus. 

Avec la misère et la terreur que vous financez, les dictatures permettent à leur population de se maintenir dans la misère, et de dormir et manger juste ce qu'il faut pour travailler dans être payés. "Travailler", c'est ici détruire la planète pour fabriquer des objets que vous achèterez avec le fric qu'on a fait semblant de mettre à votre disposition.

C'est la misère de pays rendus exsangues par vos voitures, votre fric et vos armes qui poussent des miséreux à fuir leur patrie, leur famille, leur foyer, vers vos usines de merde où vous avez peur de les voir venir travailler de nuit pour rien afin de nourrir leur famille, ô crétins agenouillés devant l'angoisse du chômage.

Quand on ferme les librairies pour vous vendre de la télé et ses successeurs, les multimedia de merde, demandez-vous un peu s'il n'y a pas quelque chose à l’œuvre là-derrière, et si on ne vous drogue pas à l'image de synthèse pour être sûr que vous aurez la flemme de lire ou de regarder autre chose que des "blockbusters" ou des gentils dessins animés japonais avec des enfants perdus.

La sous-culture oblige l'humain à tenter de se satisfaire de produits de substitution, comme on oblige les animaux à se satisfaire de croquettes dans les prisons d'élevage, on vous oblige à vous satisfaire de chips dans votre prison HLM, d'où l'on vous autorise à sortir quinze jours en été pour aller consommer un peu plus loin.

 A fin d'en venir au cœur du mécanisme, je vais raconter une histoire. Dans le beau jardin de l'humanité, il y avait une vilaine ronce qui poussait dans un coin. Les ouvriers se plaignaient de la dureté de leur travail, de leurs mains abîmées, mais heureusement, les jardiniers en chef avaient monté une petite usine de défoliant, une usine où l'on fabriquait un produit chimique contre les ronces. Les ouvriers allaient à la coopérative acheter le produit qui sentait bon. D'accord, ça détruisait la terre et la rendait stérile,  mais une fois le produit répandu, cela sentait si bon tout autour que c'était un plaisir d'aller couper quelques branches de ronce.

Les jardiniers en chef gardaient soigneusement le pied de la ronce, car elle leur était utile. Si les ouvriers venaient à être trop mécontents de l'état de leurs mains, on accusait la ronce, on en coupait quelques spires et tout allait mieux.
Les jardiniers en chef avaient également pris soin de louer les services d'une chorale d'aboyeurs, à qui on avait appris un refrain. En effet, de temps à autre, une bande de hippies sortaient de l'université, et venaient dans le jardin, dire aux ouvriers que leurs malheurs ne venaient peut-être pas que des ronces, mais de la vie qu'on leur faisait mener. Hélas, les ouvriers ne pouvaient jamais les entendre, car à leur approche la chorale s'empressait d'aboyer "Antisémites, antisémites". C'était le nom de la vilaine ronce, et à entendre ce nom, tous se mettaient à crier ensemble leur vindicte, afin de permettre aux ouvriers de rameuter leurs amis et de chasser les universitaires du jardin.

De plus on prenait soin de ne pas les employer à l'université, de ne pas publier leurs thèses, et de leur faire des procès, afin que leur point de vue ne parût point nulle part et ne soit entendu de personne. On décida de débarrasser également Internet, lieu de liberté d'expression, de tous les sites qui contiendraient de mauvaises pensées ou de mauvaises idées, et de poursuivre les auteurs en justice.

Les jardiniers avaient décidé d'appeler "fake news", ou "mauvaises herbes" tout ce qui n'était pas politiquement correct à dire selon le gouvernement, afin que la police puisse faire fermer tout ce qui était désigné comme "fausses nouvelles" sans avoir l'avis d'un magistrat.

N'est-ce pas un merveilleux conte ?


Suite au prochain épisode.

lundi 19 août 2019

Allégorie, allégorie !

Il faut maintenant que je ressoude tout cela dans quelque contribution promise ici ou . Partons de l'exemple archi-récent des slogans ou chants, que sais-je, entendus dans les tribunes des stades de foot. Tout monde s'écrie en choeur "Oh les vilains", on décore l'arbitre de la légion d'honneur, et chacun y va de son "Cépabien". Bien. 

Le problème c'est que ça ne sert à rien.  

Mais le problème, c'est que faire, face à un problème, quelque chose qui ne sert à rien, ça n'est pas innocent. Et voilà le vrai problème. Le vrai problème ici, c'est une question de vrai problème. Ne rien faire, dans certains cas, c'est mal faire. Mais l'erreur, laborieusement répétée, ça finit par ressembler à une stratégie, ça finit par faire son sillon.
Le problème, c'est que ça ne sert pas à rien, ou plutôt le problème, c'est qui ça sert. Olévilains et Cépabien sont les hommes de main. Les gros bras qui sortent de la voiture en premier. Mais Kissasser, lui, reste planqué dans la limousine.
Laisser moisir un problème, laisser pourrir une situation, c'est la traiter par le pire. Mais pour la laisser pourrir en donnant à penser qu'on s'en occupe, il faut crier au scandale. Il suffit de s'écrier : "Mais comment, c'est insupportable, inacceptable." La honte de la République. Un geste qui nous touche tous. Que me souvient-il encore de ces formules de communiquant toutes prêtes ? 

Donc on retient :" En disant que les chants homophobes dans les stades, Cépabien, vous faites le jeu de l'ennemi".

Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? On cherche sur les bandes vidéo la tête des 3 pauvres crétins qui ont entonné ces chants. Question : Qu'est-ce ce qu'on fait masque ? Réponse : ce qu'on n'a pas fait. L'arbre de la pseudo-répression scandalisée (on va condamner 3 décérébrés alcooliques à 6 mois de prison, ça va les améliorer grandement) cache la forêt de ce qu'on ne fait pas. Ce qu'on fait, c'est : RIEN. Ce qu'on ne fait pas, en revanche, c'est énorme. 

Mais c'est quoi, ce qu'on ne fait pas ? On va prendre un autre exemple. Dans le nord de la région où j'habite, les collégiens ont environ un noir par classe, un magnifique jeune noir transplanté par l'office de tourisme. Ils le palpent, incrédule, se rassurent mutuellement en jurant qu'ils sont anti-racistes, fiers de cet acquis de leur génération, comme s'ils avaient inventé ce noble sentiment et rentrent chez eux. 

Si on versait de plus en plus d'immigrés chez ces braves gens, il se produirait ce qui se produit dans un quartier sud de la région, l'invasion, désertion des français, montée du communautarisme et de la délinquance etc.Le scénation classique. A ce moment là, on a une personne sur dix qui bascule, qui trouve que là c'est trop, "il y en a trop". Si on continue à verser de l'huile, la mayonnaise ne prend plus du tout, on passe à un habitant sur 5 qui trouve que c'est trop, et un sur dix qui bascule au FN. On continue de verser, c'est l'indigestion, un habitant sur deux est excédé, un tiers s'apprête à voter FN. 

Et là vous dites aux jeunes : "Vous êtes maire de cette commune, vous faites quoi ? ".

Là vous allez voir les mines s'allonger. Vous êtes maire de cette commune, vous dites quoi à vos autorités de tutelle, aux habitants, à votre électorat, à part "adieu". Là ils restent muets, les grandes gueules de l'antiracisme, ceux qui au printemps agitaient des drapeaux arc-en-ciel comme des niais à qui on a dit de trouver ça bien. 

On ne fait plus rien, parce que justement on est face au "ce qu'on n'a pas fait" ci-dessus. Je ne vous pas vous refaire les rats de Buzzati, mais il faut tout de même lui rendre hommage pour ce tour de force d'avoir résumé en si peu de mots cet énorme tournant de l'histoire, celui qui me fait, encore et toujours, prendre la plume. Au début de la nouvelle, le lecteur pense que les rats, ce sont les immigrés. Mais à la fin, les rats qui ont bouffé le corps social, ce sont les nazis. 

Et c'est là que revient le puissant mystère du piège invisible. Ce n'est plus en construisant l'ennemi, puis en le désignant, que la haine gagne maintenant, c'est en le renforçant qu'il sert de coin pour faire éclater la roche. C'est en exaspérant la haine d'un peuple de pauvres contre un autre qu'on divise la société. Rien à foutre des homos, l'essentiel c'est que c'est un outil utile pour diviser les jeunes et les vieux, les opposer et les dresser les uns contre les autres. 
Rien à foutre des immigrés, l'essentiel est qu'on donne aux autres miséreux le sentiment qu'on les cajole. Ils en seront détestés dix fois plus que si on les critiquait. C'est un bon outil l'immigré. Il accepte facilement les cadeaux du patronat, par exemple être payé une misère, et ça les rend haïssables aux yeux de ceux qui avaient encore quelque prétention à être payés. 

Maintenant on retient : " Crier au vilain raciste, c'est faire le jeu de vos exploiteurs, qui vous divise en vous opposant sur des motifs invisibles". D'où ma coquetterie sur l'allégorie comme outil de propagande. Un verbe grec "allo - agorein " : "dire une chose, en signifier une autre". Magnifique, non ? 

Dire " Hurle contre le raciste", signifier "Dresse-toi contre ton frère". Je sais, le diviser pour régner est plus vieux encore que Buzzati. Mais ça fonctionne toujours et encore. Voilà le problème. En criant ce qu'on vous dit de crier pour faire cool, vous pensez faire deux grammes de bien, mais vous faites une tonne de mal. 

Ah ça, ça fait bien. Y'a pas plus cool qu'une photo de toi à la gay pride sur ta story, ma petite pute. Tu penses avoir fait un truc qui te donne l'air d'une grande, vachement cool, les filles qui couchent entre elles c'est tellement cool. Et tu as envoyé 15 crétins, les yeux exorbités d'exaspération et de binouze devant leur télé de voir leurs meufs tourner gouines, tu as envoyé 15 crétins au FN. 

Ah comment, des crétins avinés devant la télé ? Ah bon ? Mais où ça ? Ah, ben ça alors, ah ben oui, j'en vois un là, et une autre, mais mon Dieu, sont-ils des millions ?. Ah ben, c'est incroyable, dans le septième on n'en a pas un seul, dis donc. Mais qu'est-ce que vous croyez qu'il y a dans les campagnes, des Sapho qui se grignotent en récitant des cocktails. Faut passer le périph, les gars. Ici c'est élevage, viande ou laitière, on se met avec la fermière d'à côté pour reprendre l'exploitation des parents, et puis c'est tout. 

Alors ok, on peut prendre les paris. Espérer que les zones urbaines "évoluées" comportent plus d'électeurs "éclairés" que les campagnes obscures. Mais c'est un jeu dangereux. Parce que les zones urbaines, elles comportent des classes de moins en moins moyennes, et de plus en plus de zombies chômeurs. Et ceux là aussi, ils s'exaspèrent. 

Mais le pari est risqué. Et c'est ce qui est choquant, voyez-vous c'est que l'équation s'est transformée. Rappelez-vous, on est partis des gentils lgbt, et des méchants antisémites, des salauds homophobes et des gentils mondialistes. Maintenant on en est à "A ne rien faire, on amène les nazis, les vrais, on leur sert la société sur un plateau, et on prend le risque". 

Mais pourquoi prendre ce risque ? Pourquoi se dire "Allez encore un mandat, et je me fais virer. Si je continue comme ça, la prochaine fois c'est le FN, mais je continue" ? Hein, oui, pourquoi se dire ça ? 

Je vous laisse méditer là-dessus 5 minutes et je reviens.


La daube massive

Vous savez que je décernais ici ou là le géant du mois à un artiste, afin de dénoncer cette tendance imbécile de notre époque, qui veut que pour exposer quelque chose il faut que ce soit énorme, gigantesque. Une œuvre n'est intéressante que s'il faut une grue spéciale pour la soulever.

Là je vais consacrer un article entier à l'accomplissement de cette tendance, puisque ça y est enfin la boucle est bouclée, la prétendue "œuvre d'art " est tellement énorme qu'on ne peut plus la regarder, c'est elle qui vous enveloppe ! (Ce qui était déjà l'idée de l'intestin géant de Kapoor au Grand Palais)


Déjà, ça commence bien, ils s'emmêlent dans le titre. Mais je suis intriguée. Un musée le plus visité au monde, tiens tiens. Vu que de nos jours, la valeur ne tient que par le chiffre (le plus visité, le plus grand, le plus gros, le plus de like, le plus de points, d'étoiles...) je me dis, mais quel artiste peut être merdique au point d'attirer autant de monde ?

L'inquiétude se confirme :


Ensuite, un collectif, ce n'est justement pas un artiste unique, c'est plusieurs artistes, mais, à ce point d'imbécillité, plus aucune distinction ne tient devant l'énormité de ce qu'on raconte. Le principal est d'avoir raison en disant que c'est le plus mieux grand gigantesque énorme.

Le "Mori building digital art museum" abrite donc une équipe sponsorisée par Epson, mmm, le team sent son département marketing à plein nez. C'est une opération de com, pas une expo d'art.

Pour finir, il n'y a pas plus " d'art numérique " que "d'art à la peinture". Il y a d'un côté des artistes intéressants qui s'expriment sur divers supports pour produire des œuvres, et de l'autre des vendeurs qui utilisent des media avec des logos pour faire leur soupe

Mais enfin, tout de même, réfléchissons, Disneyland a placé la barre très haut. Ils ont réussi à faire une merde telle qu'elle attire des millions de crétins qui roulent pendant des heures pour aller dépenser une fortune pour faire la queue pendant des heures. 
Quelle performance ahurissante ont réussi ce collectif de prétendus artistes pour faire venir autant de crétins du monde entier ?

...

Eh bien oui, c'est une piscine colorée ! ÉNORME Merveilleux, non ? Je ne vois pas l'intérêt d'appeler ça de l'art, ni la piscine un musée, mais peu importe, à ce degré d'imbécillité, appeler un pédiluve du nom de musée, c'est le musée ... des pieds mouillés. J'adore les visiteurs qui marchent pieds nus et surtout qui "plongent l'intégralité de leur corps dans des œuvres artistiques massives. "

ouais MASSIVES YEAH HÉNAURMES de MIYIONS DE MILLARDS.



Remarque, j'ai eu l'occasion de voir récemment les photos prises par des crétins qui font la Sagrada Familia et le musée Dali, les petites putes en T-Shirt casquettes ne se préoccupent que de savoir si leur cul est bien moulé dans leur short à franges, Dali ils s'en contrefoutent à un point...



C'est le connard international standard maintenant. Un imbécile en casquette qui regarde son téléphone, où qu'il soit dans le monde. Tu me diras, vu qu'on est en train de tout jcdecauiser sur la planète, histoire de faire comme dans Playtime, une seule grande ville uniforme, quelque part ils ont raison, il n'y a rien à regarder puisque c'est comme chez eux. Quant à la cathédrale, c'est comme un décor de Wow, chacun son délire.

J'ai fait une petite vidéo sur le CBI. Elle est polémique et n'a aucun intérêt artistique. Pour ceux qui cherchent le contraire, j'ai ça https://vimeo.com/user91901914 et ça https://vimeo.com/user18080208. Il y en a sur YT aussi, je dispatche en fonction de ce qui risque d'être censuré, et apparemment, Vimeo est moins tartuffiesque.



Bref, je referme la parenthèse, et qu'est ce que j'entends à la radio ce matin ? Que certaines villes sont maintenant polluées par les nuées de touristes. Villes citées : Barcelone, Dubrovnik..

Teamlab, ça ne signifie absolument rien, remarque, comme leur show coloré :D Ce qui est curieux, c'est ce besoin de raccrocher ça à de l'art. Ils sentent que c'est tellement vide que ça ? Ils n'osent pas appeler ça une piscine avec des projecteur colorés ?

Le prochain musée de l'art sera en maillot de bain, on se fera sucer par des poulpes lumineux, j'espère que ces derniers auront aussi droit au statut d'artiste. Faudra prévenir la MDA.Et leur pub dira "c'estnou kon défonce le game avec 4 milliards de milliards de like sur notre musée de la pipe mais quelle bande de débiles...

Remarque, j'ai entendu ce matin Patrick Boucheron interroger Olivier Barbarant, et j'ai réalisé une chose, c'est que chaque époque est baignée de quelques idées fortes qui l'imprègnent au point de la transformer complètement. Je ne parle pas des très nombreuses influences qui traversent cette époque, et qui chacune à leur façon, vont donner leur petite part de réflexion ici où là, et même leur petit coup de pagaie dans la direction de la barque, je parle de ces idées si fortes qu'elles constituent le climat au soleil duquel le reste se développe. 

Une ou quelques idées si présentes qu'elle ne se présentent plus comme des idées, en concurrence avec d'autres : elles sont le préalable à toutes les autres. Le phénomène est inconscient : on pense dans cet idée comme on respire l'air sans penser qu'il peut avoir été mélangé à un autre gaz. Elles sont le décor sur le fond duquel l'action se déroule. Comme ce ne sont plus des idées, on ne peut pas dire qu'elles conservent un pouvoir de propagande, c'est plus qu'on baigne de temps véritablement comme dans un gaz, on le respire et on s'en inspire sans même le réaliser.

En ce qui concerne ma génération, j'avais isolé le post-structuralisme bien sûr, disons l'immédiat post-structuralisme, comme l'après-guerre est un lointain dont j'ai mis longtemps à déceler l'influence. Mais il y en a une autre que Barbarant a justement soulignée, c'est la phénoménologie de la perception. Il est sûrement très vrai que, penché sur ce qu'elle est réellement, nous n'avons pas vu le "nous"qui était dans notre dos. Du "nous" social qui nous influençait sans qu'on s'en rendre compte, il ne restait qu'une idée des happy few, et peut-être, l'amour, le couple étant vu comme une phénoménologie commune de la perception. 

Et ce trait s'est curieusement combiné à un autre, que je définirais maladroitement comme un esprit de contradiction. Dès que nos parents pointaient une valeur, nous voyions l'autorité agiter un chiffon rouge, et nous fuyions dans la direction opposée à l'autorité tentant de nous aliéner, en criant au fasciste. 

C'est dire qu'il n'était pas facile de nous enrôler... Si j'y ajoute un peu de Brassens et mon caractère, rien d'étonnant à ce que je tire à vue sur tout être humain qui tente de parlementer avant que d'avoir envoyé ses œuvres par dessus la haie pour examen préalable.

La génération qui nous a suivi dans les années 80-90 baignait dans une sorte de cynisme désabusé : tout s'achète, il suffit donc d'y mettre les moyens et le monde changera. Brisé par les coups de bélier du chômage, le miroir noir de la boîte de nuit reflétait des visages ricanant qu'il suffisait de se défoncer pour trouver "a good job". Chacun pour soi, pas de bras, pas de chocolat, disait l'époque. Des "comme nous", il ne restait plus que nos "copains de promo". La rouge et la jaune, la mafia corrézienne, les réseaux, juste avant le numérique.

La génération de nos enfants, comme dit Boucheron, c'est celle de la bien-pensance. L'autorité nous indiquait, on faisait demi-tour. Eux, le capitalisme consumériste leur montre ce qu'il faut acheter pour paraître cool, et le lendemain ils font la queue toute la journée pour l'acheter.

Avoir des chaussures et une casquette de la bonne marque suffit à garantir le corps social de sa bien-pensance sur tout le reste, qu'on déteste le racisme sans trop savoir ce que c'est, peut-être ne pas acheter de bisounours noir ou de sac à dos marron, et qu'on aime les lesbiennes sans trop savoir ce que c'est, peut-être aimer acheter des licornes roses ou des sacs à dos violets...
On regarde sur son téléphone des mangas insipides auquel on ne comprend pas grand-chose (1), comme le rap qu'on écoute, c'est bien parce que c'est noir, donc c'est cool, les paroles ne veulent rien dire (2), mais c'est mieux comme ça. On assure que c'est une culture, mais on n'en a pas d'autre pour faire la comparaison. L'important c'est d'avoir des amis, c'est à dire des gens qui mettent des pouces sur vos photos en casquette sur le téléphone.
L'idée force de cette génération, c'est de savoir quel modèle de téléphone on va acheter, tout en se disant que le mieux finalement, c'est le même Iphone que tout les autres, on se différenciera avec la coque lapins crétins si ta bff a pris la coque minions.

l'hénaurme du mois :

Katharina Grosse transforms Carriageworks in Sydney into an immersive colourful painting
https://www.facebook.com/plantesetcouleurs/photos/a.2473755329361342/2954413094628894/?type=3&theater

Henaurme, kolossal, magnifique, bravo KATHARINA GROSSE !!


(1) J'en ai lu et je me suis fait expliquer ce qu'il y avait d'intéressant, je maintiens, c'est de la soupe claire pour ado illettré qui n'a rien regardé d'autre.

(2) Je sais que ce n'est pas fait pour signifier quoi que ce soit. Le problème c'est qu'ils s'en donnent l'air. Et qu'on ne vienne pas me dire que c'est une question de clé. Vous avez Genius.com qui vous dit que l'allusion vise le nom d'un joueur de foot aimé du rappeur. Ok, et alors ? Déchiffrer n'est pas expliquer, ça reste nul une fois la fumée dissipée. Alors je ne dis pas, il y a parfois d'excellentes performances dans le flow de textes percutants sur une instrumentation prenante. J'avoue.

dimanche 18 août 2019

Liberté d'expression

Il y a un truc qui me hérisse, c'est l'injonction de penser ceci ou cela. C'est une tendance qui déborde le lit du bon sens. L'injonction de penser, c'est le fait qu'on me dise "Tu dois penser ceci, que cela est bien, ou que ceci n'est pas bien, ou qu'il est bien de dire cela, ou pas bien de dire ceci...".

Déjà, venant d'un particulier, cela me fait sortir de mes gonds. Mais alors quand c'est un État qui l'érige en loi, là je proteste. Personne n'a à me dire ce que je dois avoir dans la tête, ça s'appelle du lavage de cerveau, et ça ne devrait plus exister, même dans les camps de redressement des pires dictatures. 

Et pourtant, c'est qu'on me fait tout le temps. On me dit que je dois penser qu'être homophile, c'est bien, et que je dois penser qu'être homophobe, c'est mal ! Et si j'ai envie de penser le contraire, eh bien on me fera passer l'envie, en me matraquant de la bonne pensée au figuré, voire au propre (1).

Alors là, je vois se dresser de phatiques doigts : "On ne vous n'interdit pas de le penser, on vous interdit de le dire."

Alors premièrement je reviens au lavage de cerveau, à force de forcer les gens à dire qu'un truc est pas bien, il devient impossible de penser le contraire, vous n'avez qu'à voir les jeunes, et secondement : "Et si j'ai envie de le dire ?".

Imaginez le cas avec le socialisme. Imaginez un gouvernement vous dise :"Vous pouvez penser qu'il est bien d'être socialiste, mais vous n'avez pas le droit de le dire" ou encore : " Vous avez le droit de penser que c'est mal d'être communiste, mais il est interdit de l'écrire sur un site web".

Ah là on vous entendrait jusqu'à la rédaction du FigMag ! Vous rouspéteriez, vous diriez que c'est du Poutine, vous monteriez sur le tabouret, criant que cela relève des dictatures.  Mais dans le principe, je ne vois pas la différence entre bâillonner quelqu'un pour l'empêcher d'exprimer son opinion, qu'elle soit bien ou mal, qu'on la trouve bien ou pas, ce qui compte c'est la liberté. L'opinion contraire des autres, elle est toujours facile à trouver pas bien et bonne à faire taire. 

La liberté de laisser les autres exprimer ce qu'on trouve bien, elle est facile, je sais faire aussi, comme en Russie.La vraie liberté d'expression, c'est celle qui consiste à laisser parler aussi les gens qu'on trouve incorrects.

Donc moi je revendique la liberté de penser que c'est bien d'être arachnophobe. Et de le dire. Je ne vois pas au nom de quoi une seule moitié d'un courant de pensée aurait le droit à l'expression. On n'a le droit de parler que quand l'autre a pré-approuvé ce que vous voulez dire !

Encore une fois, si on vous disait :" Vous pouvez être colombophile, mais c'est interdit de le dire, anti-navibotelliste mais c'est interdit de le dire. Vous pouvez penser qu'il est bien d'être anti-préraphaélite, mais c'est interdit de le dire, il faut dire que c'est le contraire qui est bien. Vous pouvez être antifasciste, mais c'est interdit de le dire, il faut dire que c'est bien d'être anti-communiste", tout le monde crierait au fascisme.

Mais oui, admettez-le. Si je répands des opinions antifascistes, vous allez tous recopier les formules sur vos murs Facebook, si j'écris un truc anti-anti-fasciste, on me ferme mon mur. 

Vous criez au fascisme quand on ne libère pas assez la parole des femmes en Russie, mais quand on vous dit qu'il faut se taire quand on n'est pas homophile, interdit de dire qu'on doute de la formidablité d'être un dep chelou, comme dit Orel, et que c'est mal d'être homophobe, que c'est mal de dire qu'on a le droit de l'être, faut la boucler, et si ça suffit pas vous ferez de la taule, là vous trouvez ça normal.

Mais la différence c'est quoi  ? Un homosexuel vaut un communiste, que je sache. Pourquoi on réserve un traitement à l'un et pas à l'autre ? Pourquoi l'un a droit à la liberté de parole, le communiste, au sujet duquel on peut dire ce qu'on veut, et pourquoi l'homosexuel n'a pas le droit à la liberté de parole, et est-on obligé de dire qu'il est bien ? Ne mérite-t-il pas l'égalité de traitement, l'homosexuel ? 

Alors j'en vois quelques uns qui bafouillent : "oui, mais après on les tape". Alors là laissez-moi rire. Pour un homo tapé, il y a cent communistes emprisonnés de par le monde, alors bon. Tiens les chrétiens par exemple. Il y a des pays où où on les emprisonne. Bien. Alors pourquoi ai-je le droit de dire tranquillement "Cette saloperie de journaliste catho communiste", ou bien "Cette saloperie de journaliste socialiste protestant", et pas "cette sapelorie de journaliste homosexuel philatéliste" ? Pourquoi ça pose problème dans un cas et pas dans l'autre, mmmmmm .? 

Avant de vous donner la réponse, je vais vous balancer un autre pourquoi. Pourquoi lorsque des musulmans menacent les jeunes filles en short ras-la-moule on qualifie cela d'une ridicule conception anti-féministe d'un autre âge poussé par l'obscurantisme religieux, et lorsqu'une artiste se fout à poil devant la Joconde, on l'expulse manu militari en invoquant de justes lois sur la légitime pudeur, mmmmmmmmmm ? Pourquoi dans un cas leur limite est ridicule et on si on a envie de laisser les marques habiller nos adolescentes comme des putes, alors on fait ce qu'on veut et dans l'autre cas notre limite est justifiée par un argument béton du genre "quand même y'en a qui dépassent les bornes", mmmmm ?

Vous commencez à me voir venir, je pense. Vous me voyez venir si vous avez pensé comme je le pense "Oui, mais un homosexuel tapé, c'est un de trop". J'y viens, donc.

Inutile non plus de me demander mon avis sur l'homosexualité. Je suis là pour vous aider à sortir de votre marécage intellectuel en vous invitant à vous évader dans une perspective sociologique par quelques images bien placées (2), et non pas pour en sortir et descendre y piétiner avec vous comme les prisonniers à la promenade, c'est le monde à l'envers. 

En guise de bibliographie sur la sexualité, je vous renvoie d'une part aux dialogues entre Nicolà et Mara dans La Terra Trema de Visconti, qui ont pour miroir les relations entre sa sœur Lucia et Don Salvatore, et d'autre part à l'épisode de la chambre d'hôtel (avec machine) dans Brüno de Sacha Baron Cohen.

Après, vous choisissez un des trois camps, mais ne me contraignez pas à penser que vous avez fait le bon choix, ou que ceci ou cela n'est pas bien. Et par pitié, ne me contraignez pas à professer, menace judiciaire à l'appui, que c'est bien ou pas bien de s'enlucer ! 

Ne croyez pas que ce soit dû à une quelconque hauteur de vue de ma part. C'est du pur désintérêt : vous pouvez tous vous embroquer jusqu'à la garde dans le sens qu'il vous plaira, je m'en fous mais alors à un point... Mais enfin bon, si ça doit faire venir la Gestapo, alors oui, je le clame haut et fort c'est vraiment très pas bien vilain de ne pas penser que c'est super bien d'être giuone, faut vraiment dire que c'est génial, et je ne suis pas juif non plus, ni manouche, ni rom, ni intellectuel, ni homosexuel, enfin si, mais juste ce qu'il faut. On voit dans quoi on patauge...

Donc pour revenir à la mouise intellectuelle, le fait que l'Etat légifère sur un délit d'opinion, c'est un truc dont Poutine rêvait, la patrie du suprême de foie de volaille au cognac l'a fait. Ah, des droits de l'homme, pardon.

Vous allez me dire que si on venait à interdire le mot "girafe", je me sentirais pris d'un irrésistible besoin de le hurler.

C'est exact. Mais ce n'est pas pour la raison que vous pensez.


(1) Ne me faites pas rire avec l'état de droit et l'état policier. Une société qui ne fait pas respecter ses injonctions de penser par la police, cela s'appelle une association paroissiale, pas un état.

(2) Le point central de ce propos est ce que j'appellerai par commodité et non par pertinence : Le midi hypnotique ou la fausse démocratie, c'est à dire cette propension invincible que vous manifestez à appliquer aux autres ce qui n'est que vos vues.
Tout en admettant qu'elles ne sont qu'un midi à votre porte, ces dernières quittent la catégorie du point de vue pour celle d'absolu légitimé par une entité "indépendante et respectable" pouvant appartenir à différents types : Entités et tiers de confiance  ("Dieu", "La Nature", ...), Structures sociales et leurs fantômes ("Démocratie", "République", "Société"...), Valeurs et grands mots creux ("Justice", "Peuple", ...)
Tout en reconnaissant qu'elles ne sont qu'un son de cloche, vous en faites des lois applicables aux autres par la force et à appeler cela "la majorité". Ce mystère est puissant. 

dimanche 4 août 2019

De la Justice.

Je voudrais revenir ici sur un de mes dadas, à savoir ce moment où la société, la nôtre par exemple, condamne un homme interpellé puis incarcéré, à être privé de liberté, détenu dans un lieu plus ou moins chiant.
Je m'imagine en avocat du diable, et demandant aux juges et à tous ceux qui appliquent leur décision d'où ils pensent tirer leur légitimité. 

De nos jours, mais c'est encore frais, on peut éliminer les réponses farcies des choses divines. Il n'y a pas si longtemps encore, les juges auraient vu les cieux s'entr'ouvrir sur un œil courroucé, un sourcil froncé, et le doigt accusateur du dieu désignant un coupable qu'il fallait torturer. Il semble que les yeux courroucés apparaissent de moins en moins dans les nuages et c'est tant mieux. 

Mais alors, reprends-je, si ce n'est pas un dieu vengeur qui vous légitime dans votre action, de quoi vous autorisez-vous pour exercer de la violence sur un individu ? En second lieu je pense qu'on me répondra "le bien", ce bien immanent que le bon bourgeois perçoit partout, sourdre et scintiller de la roche comme à l'approche d'une source. Cet argument ne tient pas deux minutes, chacun sait que le bien, chacun le voit à sa porte, n'est-ce pas, et que c'est justement pour déterminer un bien de consensus, et non d'évidence ou de bon sens, qu'on a fait les lois. 

Ah nous y voilà. La loi. Bien. Il est légal d'embastiller, soit. Mais la loi est elle le bien ? Il était légal dans l'Allemagne nazie de pousser les Juifs dans des wagons, et je suis sûr que le moindre avocat de la moindre des associations de droit humanitaire peut citer cent dictatures dans le monde où il est légal de perpétrer des horreurs. 

Donc, on ne peut pas dire que "légal" égale "bien", ni même que légal vaille quoi que ce soit. Voilà pour la loi.
On me rétorque : " Peu importe que ce soit bien ou pas, la loi exprime l'opinion de la majorité, et en société, cela suffit". Enfin, on commence à se rapprocher de la vérité. Il suffit donc qu'un député ait basculé, un soir de fatigue, dans un camp ou dans l'autre pour qu'on torture, sans autre légitimité, un homme libre et innocent.
Et encore, il s'agit là de la représentation. Admettons que ces députés représentent 60 % de la population, ce qui n'est déjà pas mal. J'ai rarement vu plus de 6 personnes sur 10 d'accord sur quelque chose. Mais pour être sûr que nous plaidons la bonne cause, et prenons le meurtre d'enfant avec abus sexuel préalable. Là c'est du consensuel, et toute la bonne société se lève avec horreur en jetant des pierres, comme aujourd'hui au Pakistan pour les homosexuels. 

Et alors ? Est-ce que parce que 90 % d'un groupe décide qu'il faut torturer quelqu'un que cette décision est louable, et doive être appliquée par la force ?

Est-ce parce que 90 % des gens trouvent quelque chose bien que c'est bien ?

Je ne vois pas d'où on tire cette équivalence. Les Monty Python l'ont exemplifié avec les sorcières, innombrables sont les cas où 90 % de la population émet des jugements imbéciles. Et il n'y a pas si longtemps encore, cette même majorité approuvait qu'on excommuniât des truies pour mauvaises mœurs ... Quant à Gerald Bronner, il a brillamment montré que la quasi-totalité des gens donnent la mauvaise réponse à des tests de logique simplissimes. Mais on leur fait confiance pour juger le comportement d'un psychopathe alors qu'il n'ont pas étudié une heure de psychologie dans leur vie...

Il suffit, me direz-vous, il suffit en effet qu'une majorité (parfois une personne de plus que la moitié) trouve quelque chose bon, et cela devient déclinable en loi et applicable par la force, même si c'est inique et stupide, car il faut protéger la société. 

Ah, nous y voilà. Frapper des gens, les emprisonner, c'est pour protéger la société, bien. Notons tout de même la progression : torturer des gens, les priver de liberté n'est pas commandé par un dieu, ce n'est pas légitimé sur un "bien" évident et immédiat, ce n'est pas fondé en droit, ce n'est pas légitimé par un consensus parfait qui apparaisse bon aux yeux de tous, c'est juste une réaction d'une partie du groupe qui violente des gens au motif de protéger les autres..

Mais se protéger de quoi et de qui ? Du vol, bien. Mais on pourrait remplir la France de prisons, et remplir ces prisons de voleurs qu'il s'en trouverait encore assez pour voler le bon bourgeois. Chaque fois qu'on coupe une tête, il en pousse deux. Quant aux pauvres bougres qui violent des enfants, il y en a un derrière la porte de chaque foyer (1)

Donc, cela ne protège en rien. Alors, que reste-t-il ? La récidive ? On a prouvé que la prison ne fait que l'aggraver. La solution est donc que les gens ne commencent pas à voler et à violer. Certes, c'est souhaitable. Mais finalement, on s'aperçoit qu'en attendant qu'on se préoccupe d'éduquer les gens convenablement, on leur offre en exemple le spectacle d'une société où une bande de bourgeois totalement privés de fondement légitime bricole des textes au noms desquels une bande de brutes s'offre le plaisir de violenter les autres.

Et encore, je ne parle même pas des lois du commerce, où une bande de grands bourgeois totalement dénués de scrupules s'entendent pour établir des usages où on permet au travailleurs de s'humilier pour subsister, et où chaque galon se gagne en prouvant sa capacité à fermer les yeux sur ce cirque obscène en cautionnant le fouet pour dénigrement du système, crachat en l'air, soupir désabusé...

On croit que la transparence progresse parce qu'on pince un bourgeois en train de régaler ses amis de homard, mais c'est pour mieux vous faire détourner le regard des millions que ses supérieurs engouffrent. On vous fait paniquer sur la dette de la France pour accepter de travailler sans être payé, c'est toujours ça de pris, mais c'est surtout pour vous faire détourner le regard des milliards de la dette hors bilan qu'ils se mettent dans les poches.

On tolère 3-4 excités au rond-point, mais c'est pour vous faire oublier que si vous saviez comme on vous exploite, comment on détruit votre environnement, comment on restreint vos libertés...

Ah, j'en vois un qui s'agite au fond, qui proteste... Gardes, ligotez-le, bâillonnez-le, et amenez-le moi afin que les journalistes puissent écrire qu'on est en démocratie et qu'on a droit à un procès équitable. Ah non, pardon, c'était un bon bourgeois, pardon monsieur excusez-nous mais c'est pour votre sécurité. Oui, vous dites. 

Ah vous dites que la société ne fait pas tout en matière de comportement, et qu'il y a tout de même une responsabilité individuelle. Vous avez tout à fait raison, mais cela ne change rien à l'affaire. Nous allons prendre un exemple, et au lieu de "bien se conduire", nous allons dire "bien conduire". 

Donc pour transposer, vous me dites que le code de la route ne fait pas tout, et qu'à un moment, on doit pouvoir engager la responsabilité individuelle du pilote en cas d'accident. Je suis tout à fait d'accord. Mais ce que vous ignorez en confondant "engager la responsabilité du pilote" et "discerner la responsabilité du pilote", c'est que apprendre à conduire à quelqu'un, c'est lui apprendre la liberté de tourner son volant quand il le veut, car il l'estime juste. 
Or, il se produit bien souvent que l'apprentissage de la conduite se résume à de la copie. Ce qu'on enseigne, ce n'est pas "je juge la situation d'après les éléments" (trop risqué de libérer le peuple) mais :"quand ça tourne à gauche, j'obéis et je tourne à gauche". Eh bien quand sa psyché va déconner, qu'une voix intérieure va lui commander de tourner à gauche sur le piéton ou la petite fille, il va obéir aussi.

Et là, bon bourgeois, vous allez invoquer sa liberté intérieure pour l'accabler ! Hé, y'a de l'abus.

La responsabilité individuelle est une liberté qui se transmet. Les gens ne sont pas comme des fleurs, ils ne s'ouvrent pas tout seuls au soleil.



Donc ce que fait la société pour la Justice, c'est ce qu'elle fait pour la drogue. Au lieu de se remettre en question pour savoir pourquoi les gens sont malheureux et tombent dans la drogue, elle dit que c'est la faute des méchants dealers et elle les met en prison. Et pour la Justice, au lieu de remettre en question son éducation, elle pointe du doigt les vilains délinquants et les met en prison.



Et pourquoi elle ne remet pas en question son éducation ? Parce que l’Éducation, cette chose qui rend la vie du peuple agréable, ça a plein d'inconvénients :

1 ça coûte des sous qui pourraient aller dans la poche de vos exploiteurs. 

2 Les gens instruits finissent par se poser des questions, par exemple au nom de qui la Justice et la Police sèment la terreur dans la population, et ça, c'est pénible pour les actionnaires.

3 les gens instruits risquent de réaliser qu'on les exploite, tandis que les incultes se défoulent en violences conjugales, en conflit ethniques et tuent leur voisin de HLM ou d'université. Il suffit alors de pénaliser la négrophobie, l'antisémitisme, et l'homophobie, pour mettre tout le monde en prison, et conserve les alzheimer du Saint Peuple de Gauche dans la certitude que la France est toujours le pays des drouadlomme, que Saint Jack veille la flamme de Malraux sur l'art contemporain, pendant que Saint Bernard distribue des sacs de riz aux pauvres africains touchés par la famine, et que Saint François tire notre épingle du jeu à Gaza grâce à la toute-puissance de son sourire à la Mona Lisa.

4 les gens instruits se contentent de lire, ils n'achètent plus de jeu vidéos, de bagnole, de netflix, ce qui nous attire la vengeance de la déesse Croâssance et du dieu Emploâ. Comme les adorateurs de la vouature ne prennent plus le train, ils ne réalisent pas qu'on a supprimé les trains du peuple pour ne garder que les TGV des cadres qui veulent vous exploiter plus vite.
Ah non pardon, y'a le locost. Vous êtes assis sur les essieux, plus nombreux qu'à Mumbaï les jours d'affluence, et si vous voulez un siège, c'est 300 euros.

 Donc ils vont faire avec les écoles comme avec les entreprises. 

Je vous explique comment on fait : vous coupez les crédits à une école. Elle va mal, fuites d'eau, infirmerie fermée, les élèves ont la migraine, ils bossent mal. Là vous arrivez et vous dites "Houlà là, mais ça dysfonctionne, cette école, ça coûte très cher et ça ne remplit pas sa mission. Il faut réduire la dépense publique, l'adapter aux besoins de l'entreprise et l'ouvrir aux nouvelles technologies. "

Donc vous vendez pour un euro symbolique l'école à Sampple, MicroSung, ce que vous voulez, qui a promis de repeindre les murs et de donner à chaque enfant une tablette Microsung-Chiang. 

Déjà, on supprime deux tiers des écoles, et on regroupe dans des collèges de 45000 élèves qui font trois heures de car par jour, se lèvent avant l'aube et dorment pendant les cours. Mais c'est bon pour les compagnies de car, ça brûle du gasoil.

Les cost-killers arrivent, repeignent les murs en gris pâle avec les tours de porte vert pomme, comme dans les 140.000 écoles qu'ils ont déjà rachetées en France, et mettent les frais d'inscriptions à 20000 euros par an, ce qui permet de réduire les classes en foutant 80 % des élèves dehors (les pauvres), et d'offrir une tablette à chaque élève grâce à un partenariat avec Cjing-chang.

Chaque tablette contient les cours de vente et de marketing (les autres matières ne servent à rien) en anglais et en chinois, ce qui permet de virer le corps enseignant, et de diminuer les coûts de fonctionnement.Les élèves ne sont en classe qu'à mi-temps. En effet, du lundi au jeudi, ils sont équipiers sans être payés, grâce à un partenariat chez McDo, afin d'entrer en contact avec les réalités de l'entreprise.
 

Ainsi votre école est devenue saine, rentable. Chaque élève est suivi par un drone de contrôle et de sécurité qui vole 30 cm au dessus de sa tête, filme tout ce qu'il fait et enregistre tout ce qu'il dit. 

Si vous voulez un stylo, il faut prendre l'option accessoires "papeterie + PRO" à 10.000 euros, si vous voulez aller à l'infirmerie, il faut prendre la formule santé "ultimate pro plus" à 450.000 euros. Si vous voulez que le drone cesse de transmettre vos photos à la police, cette demande sera transmise à la police.
 
Évitez tout ce qui est culture dans votre programme, mais saupoudrez de séminaires sur l'homophobie, l'homosexualité, l'homoparentalité, pour dire que vous participez aux grands débats d'idées de votre temps, mettez des noirs et des femmes à la direction de chaque service, et une femme noire homosexuelle à la direction générale, parce qu'elles font tout mieux que les autre, et surtout, des menus hallals, casher, shaoui, haker, glaoui, shousher, que chaque courant religieux de chaque village ait son menu. Remplacez les salles de classe par des piscines et des salles de prière à Halglaoui, le seul vrai dieu sinon je vous massacre tous.

Ensuite, comme les pauvres que vous avez foutus dehors viennent voler vos ordinateurs ça se termine en Bronx dans votre quartier, avec les dealers et tout comme on a dit. Mais les gens à qui vous avez vendu l'école, eux, se sont versés des salaires mirobolants et sont à l'abri dans les quartiers chics.

De toute façon, on nommera patron le fils du patron, il n'a pas besoin de se pourrir la tête avec toutes ces théories, il n'y a qu'à jouer au foot, c'est mieux que les cours. Regardez les stars du rap, les champions de foot et de fortnite, ils ont une pute dans chaque piscine, et une piscine dans chaque Ferrari, et une Ferrari dans chaque palmier daboudabi. Alors, ça sert à quoi, de faire des études.

Si une personne vous dit que je caricature, dites-lui qu'il a raison, et notez que c'est un traître. Il a raison, je fais vite, puisque ça ne sert à rien, vous allez encore voter pour eux et vous faire baiser la prochaine fois, histoire, la main sur la poitrine et la Marseillaise aux lèvres, de faire un grand front républicain contre le retour des chemises brunes, que les banquiers vous ont vendu, et vous vous faites baiser à ce coup là depuis 40 ans c'est à pleurer de rire. 
Le plus drôle, c'est que France Info va vous tenir en haleine pendant 6 mois sur qui gagnera les primaires du parti des putenmarche, et vous allez vivre dans l'angoisse de qui va gagner la primaire pendant 6 mois comme des débiles à qui on raconte toujours la même histoire en boucle. On va vous angoisser pour vous demander si c'est Marcel Goinfron ou Gérard Jenpique qui va gagner alors que ce sont les mêmes qui vont vous baiser jusqu'au trognon, et vous serez tout content d'avoir fait un choix démocratique que c'est moi que j'ai mis mon bulletin dans l'urne.


Ils vous ont fait le coup de la compétitivité-qui-fait-baisser-les-prix et donc augmente le pouvouar d'achat pour les consommateurs, ils vont ont fait le coup pour le commerce, la restauration, tous les biens de consommation ils vous ont baisés avec les grandes surfaces, vous avez ruiné le tissu économique français, ils vous l'ont fait pour le train et l'avion avec le bus pour le transport, ils vous l'ont fait pour la culture et l'énergie, c'est en cours pour la santé, et vont vous le faire pour l'éducation, comme je vous ai expliqué.  Et vous allez voter pour eux, puisqu'ils n'ont pas fini de vous baiser, vous aller leur donner le temps. 


S'il y a un gosse qui n'est pas content et qu'on n'a pas réussir à abrutir avec les jeux vidéo, vous l'emmenez chez le médecin, le robot l'examinera et récitera le verset 563 du DSM V avant de lui prescrire du Lexomyl, et une éventuelle incision dans le cortex si les troubles persistent.


Puis si vous n'êtes vraiment pas content, on vous lâchera un petit milliard de dette que vous rembourserez avec vos impôts, comme vous avez gentiment remboursé le krach des banques en 2008. Enfin, si vous n'êtes toujours pas content, n'oubliez pas que la Justice qui n'a pas de fondement autre que le consensus de la bande de copains qui vous exploite, cette Justice donc, a toujours son amie la Police, pour vous ramener dans le droit chemin. Oui, je sais, le lendemain, vous viendrez pleurnicher qu'on vous a cassé une main, crevé un oeil, ben ou fera une enquête et puis voilà.

Allez, bonne nuit, dormez bien. Dites vous que ça pourrait être pire, vous pourriez vivre au Pakistan, en plus il vous faudrait chanter le nom de Halglaoui le Grand dès l'aube.

le "A" sur le museau de la bête, c'est pour "Argentina" (2)

De toute façon, on n'a plus besoin de vous, on  a les Polonais/Tchèques/Hongrois/Bosniaques/Serbes/Croates... Le Polonais, courageux, discret, accepte de travailler pour rien, ferme sa gueule si on ne lui donne pas les papiers, se débrouille à trouver une bretelle d'autoroute pour dormir,et envoie son pognon à la famille. L'employé idéal.
Pour les emplois qualifiés, on aura les robots. 

Le gouvernement n'a toujours pas compris que s'il veut des esclaves aussi dociles que les Polonais, il faut durcir cette politique sociale de papanoël avec les minima sociaux. Pour toucher 100 euros par mois, il faudra avoir travaillé 560 ans. Comme ça, tout le monde aura peur de perdre son emploi et les employés seront serviables, ils accepteront de travailler 630 heures par semaine pour 25 euros, histoire de ne pas se retrouver au chômage.



(1) J'en profite pour rapporte ici une anecdote amusante. Un dimanche matin, excédés par les chasseurs qui entouraient notre maison pour en finir avec la moindre trace de vie sur terre, car ces crétins empoisonnent l'habitat des animaux par les pesticides et le bruit des tracteurs jusqu'à minuit en semaine, et achèvent le massacre au fusil le dimanche midi, donc un dimanche matin que ces crétins tiraient n'importe quoi n'importe où autour de chez nous, on appelle la gendarmerie.
Là on tombe sur une gendarmette qui nous dit que oui m'enfin bon (tu parles, ici ils sont chasseurs consanguins de crétin en débile depuis les menhirs), et qui finit par cette phrase superbe : "il faut bien des loisirs pour tout le monde". La vie d'un animal est donc un objet de loisirs. Le silence des forêts, la quiétude de l'habitat des animaux, tout ce la n'est qu'un objet de loisirs au service du crétin. C'est merveilleux. On lui souhaite de ne pas constater, un jour, que, pour certains qui traînent dans les bois, son jeune fils ou sa jeune fille fliquette, c'est un objet de loisirs. Mais puisqu'il en faut bien pour tout le monde, elle ne verra pas d'inconvénient à ce qu'il les viole après ou avant l'étranglement.


(2) Je profite de montrer la photo d'un jeune qui mets ça sur sa fiche d'un site de rencontres, genre "Moi dans la police, moi j'ai un salaire à la fin du mois, donc tu couches avec moi, au moins tes gosses auront de quoi bouffer", pour dire que je compatis avec tous les peuples de la planète et que les aime tous. Je les traite de crétins parce que je suis infiniment triste qu'ils se laissent exploiter par des salopards.

Si vous réalisez que je trouve infiniment insuffisant le système français en matière de niveau de démocratie et de couverture sociale, alors qu'il est ce qu'on fait de plus performant sur Terre (n'instrumentalisez pas quelques % pour votre vengeance personnelle) alors vous vous figurerez à quel point je plains mes amis terriens de vivre sous le joug de quelques salopards.

Je sais que la police accourt dès qu'il faut leur prêter le concours des armes et le costume de Robocop que les salopards lui ont acheté à Noël pour pouvoir jouer à taper sur leurs semblables, et mater la rébellion. Je sais que c'est facile de parler sur un blog, et moins d'affronter les matraques, mais bon.

Pianos et bateaux





J'aime cette photo qui montre qu'autrefois, on fabriquait des pianos en France, même si on ne peut préjuger des conditions de travail des enfants.


Mais surtout j'aime les rideaux, j'aime les rideaux de la fenêtre, j'aime la fenêtre d'un bureau que je me plais à imaginer comme le bureau du président, doté d'un piano de concert, et situé au dessus d'un auditorium au rez-de-chaussée, les deux salles communiquant par un bel escalier où se croisaient smokings et robes de soirées lors des présentation des nouveaux modèles ou autres événements.

J'aime que des gens choisissent d'être au premier plan sur une photo, et d'autres cachés au fond.
J'aime qu'une usine de pianos fabrique aussi des harpes, j'aime qu'une société de St Denis annonce sa succursale à Paris, j'aime les adresses sans code postal.




J'aime cette photo, je crois que c'est à Sousse, en Tunisie. Je sens la force des remparts des comptoirs phéniciens, des romains, de Carthage, l'antiquité beige et le présent gris vivant des petits bateaux colorés.


J'habite le petit immeuble qui est sur la droite. J'entre par la porte bleue, le séjour est au premier, et ma chambre au second.  Une seule pièce par étage, et l'escalier qui déboule dans la chambre. Sans doute des anciens bureaux de la capitainerie. Ce soir, je lirai tant qu'il y aura du courant.

"Quand tu vas chasser, plusieurs semaines, n'oublie pas de revenir bredouille. Sinon, de chasseur, tu vas devenir cuisinier". 

Fridrizschnitche Ainsi parlait ma bonne.