Rechercher dans ce blog / Find in this blog

vendredi 24 mai 2019

Un mot à propos de Shawn

Chers lecteurs, bonjour. Avant d'entrer dans le vif du sujet, vous savez que nous sommes très attachés au côté humain de notre mission, et c'est avec une grande émotion que nous vous faisons part de la lettre que nous venons de recevoir à la rédaction (dont nous ne donnons pas l'adresse pour ne pas exposer nos collaborateurs aux attentats) :

"Chère Natacha,

Nous avons été très touchés par la notice nécrologique que vous avez bien voulu offrir à notre père et beau-père Shawn Raleigh. 

Nous n'étions absolument au courant de rien, et c'est en lisant votre article que j'ai eu les premières informations sur la vie de mon père que je n'ai jamais connu. Lorsque j'ai été en âge de poser des questions sur le sujet, j'étais à l'école à Dubaï. Mon père avait acheté avant sa mort une maison là-bas pour que ma mère puisse m'y élever. L'employeur dont vous parlez l'a toujours exploité, mais mon père a réussi à économiser une petite somme qu'il a utilisée pour retourner à Trinidad lorsque M. Kim est rentré en Chine à sa retraite.

On dit qu'au retour, il est passé par Macao, l'enfer du jeu, où il a gagné une somme assez importante, ce qui lui a permis d'acheter la maison à Dubaï où j'ai grandi. 


J'ai ensuite fait des études d'ingénieur informatique en Inde, où j'ai rencontré ma future femme, Pembi, dont je vous envoie également une photo. Ma mère nous a rejoints et nous habitons tous ensemble à New New New Delhi, une ville de 4547 milliards d'habitants où la température moyenne est de 35 degrés la nuit et 175 le jour, mais il y a beaucoup de travail pour les informaticiens. Ici, les ordinateurs n'ont plus de bouton "on/off", car tout est interconnecté avec les ascenseurs, les feux de circulation, donc on ne prend pas le risque de les arrêter.

J'espère que vous aurez l'occasion de nous rendre visite, vous serez toujours les bienvenus. Merci encore pour votre article.


Pembi et Ravi Raleigh Jr ".

Voilà. Nous pensions de ,notre devoir de vous faire part de cette touchante missive. Autre sujet complètement différent, the larch.

Ici figurait initialement, "Connaissance et tolérance", un roportage (sic) sur la Ngbongo ("Coutume de la pierre du caillou") chez les Ngonggo, mais on l'a déplacé vers le Daronian pour le mettre à l'abri des yeux de l'Inquisition, et surtout des crétins qui se seraient empressés de lui téléphoner..

dimanche 19 mai 2019

Alors, on l'exploite ou pas ?

Évidemment non. Mais la seule autre solution, pour que le peuple soit armé contre tous ceux qui cherchent à le mener là où on veut comme un troupeau, c'est de l'éduquer.
Et alors là on tombe dans le rousseauisme comme les gamins dans leur piscine, avec un toboggan. Decayiing in a cesspool of pride... On nage dedans. 

Éduquer, au sens noble du terme, c'est boucher les tous, combler les manques, apporter des contraires, tamiser les éclairages, mettre des zones d'ombre, des transitions. Or, on l'a vu, le dictateur n'a comme le despote éclairé n'a d'autre choix que de les occuper. Le consumérisme a résolu le problème avec une élégance rare : il les occupe le matin à travailler pour acheter la voiture avec laquelle ils rentreront le soir s'occuper à regarder la télé qu'ils ont achetée  en travaillant l'après-midi, ainsi également occupée. Ainsi, au gré des changements de la frontière croissance positive/négative, occupe-t-on les bipèdes à travailler ou bien çà la télé.

Une partie du bon peuple de gauche, universitaire en cours de finition, pense que l'éducation consiste à apprendre à un enfant à se pâmer d'office devant de l'art qui dénonce le racisme et l'esclavage, à hurler à l'obscurantisme dès qu'il voit un prêtre, à tirer la sonnette d'alarme du wagon si le réac de la banquette n'est pas prêt à mourir pour défendre les droits des trios d'homos voulant se marier après l'opération qui les a enfin pourvus d'un vagin, pour pouvoir enfin élever des gosses sans avoir à faire l'effort de parler aux autres qui n'ont pas le même avis que moi sur ce que doit tolérer la tolérance du vivre ensemble. Il n'est pas impossible que, si ceux-là souhaitent avoir le droit à l'avortement, ce qui est arrivé dans une affaire récente, on se retrouve à tuer un fœtus qu'on aura préalablement implanté à grand frais dans l'utérus greffé à grand peine à un homme, oh que j'ai hâte d'y être.

Ils pensent, comme tout le monde d'ailleurs, que le bien étant de dire le contraire de ce que leur milieu leur a enjoint de détester, ils font le bien. C'est le même problème que la science. "L'autre diffuse des fake news, moi la vérité".et le pire c'est que les borgnes qui nous servent de roi tombent dans le panneau comme les chevaux à Solutré.

Éduquer c'est dire : "Vous êtes pour l'homophobie, parfait, qu'est-ce qu'un homosexuel ?", "Vous êtes contre, parfait, qu'est qu'un homosexuel ? " On peut ainsi tout débroussailler calmement, et on a l'espoir d'arriver à un consensus (sur le sens des mots), ce qui est un préalable pour négocier.

Éduquer consiste à donner aux gens les outils leur permettant de décider de leur sort par eux-mêmes. On voit que c'est contraire au bon sens et à tous les sains principes de gouvernement. Et de fait, cela n'a jamais fonctionné, parce cela nécessite plusieurs générations, et que le capitalisme arrive toujours à mettre une carte "guerre" avant qu'on ait terminé.

Donner aux gens les moyens de choisir, suppose 1 l'éventail de choix, et 2 les outils pour choisir. L'éventail de choix c'est à dire qu'on permet à l'élève de lire tout ce qui s'est dit en philosophie politique depuis l'aube de l'humanité, en histoire sur les systèmes de pouvoir, ne serait-ce qu'en Europe sur les vingt derniers siècles avec aperçu sur les autres.

Cela se heurte à deux gros problèmes. Le premier évidemment, je l'appelle l'effet Butor, c'est qu'appliquer ce programme, c'est éliminer les études de toutes les autres matières jusqu'à 20 ans. Je propose de supprimer les maths et la physique, ou du moins de ne les commencer qu'à titre de spécialité après 40 ans. Pour construire des fusées qui ne vont nulle part, ça ne sert à rien, non je rigole c'est une pointe vers certains des membres de la famille.

Le second, et là on a affaire à un gros inconvénient, et là je rejoins ma remarque "La difficulté, ça va être de combattre la drogue". 

Sous ce terme de "drogue", je rassemblais tout ce qui comble un cerveau passif (télé, jeux vidéo...) et qui double ce péché de celui d'être addictif. Mais c'est un peu un pléonasme. Rien n'est addictif comme le confort, surtout quand on n'a rien à faire pour l'avoir.

L'inconvénient, disais-je, la difficulté, c'est que tous ces préjugés, morceaux de pensée toute faite, le "prêt à penser", structure l'individu. Les stalactites de l'identification comme les mâts du bateau, ou du chapiteau du cirque, tiennent, étayent l'espace psychique.

L'individu pense qu'il a des convictions, il estime qu'il a des valeurs, il croit qu'il a des convictions. Mais toutes ces illusions fondent les raisons qu'il a de se lever le matin pour faire plus ou moins ce qui était convenu, au lieu de rester sous sa couette à jouer à Fortnite en attendant que l'ADMR ou sa mère vienne lui amener à manger.



Tout ceux qui ont eu à gouverner des peuples savent que l'oisiveté est la mère de tous les vices, et que si vous voulez tenir une troupe, il faut avant tout les occuper. Donc les "diriger", au sens propre du terme, au sens de la boussole. Il faut les envoyer au gymnase, puis les diriger vers les douches, puis les orienter vers le réfectoire etc. 
Si vous laissez le troupeau sans chien, ou les pelotons sans un sous-officier pour les occuper, vous allez vite les retrouver ivres dans les buissons, ou écrasés au pied des falaises. Les "gouverner" aux deux sens du terme, c'est donc en premier lieu leur dire vers où courir.

Si on vous apprend à penser correctement, c'est à dire à penser qu'on ne sait rien de ce qu'est le monde, ni du désir, mais que le principal est qu'on soit d'accord sur ce qu'on fait en attendant de le savoir, le risque est que les gens vous disent :" Bon, ben moi en attendant je me pose et vous viendrez me chercher quand on saura où on va".

Et c'est bien la chose dont ces phobies scolaires sont le signe. Puisque rien n'existe, autant ne rien faire et profiter de ce qui nous reste à vivre. Le problème se double évidemment de la conviction que nous avons sans doute engagé un processus irréversible de destruction de notre propre habitat, et qu'il est désormais possible que notre espèce doive faire face à une échéance  toujours plus courte à la destruction qu'elle a mise en place.

Cette conviction, qui galope comme une peste, n'est pas de nature à encourager nos bambins à abandonner leur Fortnite pour accomplir une tâche qui, quelle qu'elle soit, contribue à accélérer le processus.

Cette sensation d'une apocalypse dont plus rien ne saurait contrecarrer l'imminence est peut-être ce qui a tué la "libido", la volonté de se battre pour survivre, d'autres peuples avant nous.

Alors, peut-on imaginer une issue ? C'est ce que j'examinerai dans mon prochain cours au Collège de France, que j'ai retranscrit ici (si vous lisez ceci en mai 2019, c'est en cours de rédaction, le lien arrive).


mardi 14 mai 2019

Dans leur livraison du printemps, Les Cahiers Chauves nous gratifient d'une entrevue avec John Moullard, écrivain et poète aussi rare qu'indispensable, pour la sortie de son prochain recueil de poésie, Nécessairement le Dernier.

"LCC - Vous avez eu beaucoup de chiens, pour donner un nom pareil à un livre ?

JM - J'avais pensé l'intituler Comment j'ai tenté de me débarrasser de l'idée, Nécessairement le danger, Comme une odeur de danger, Alerte au Chambon-sur-Dangeau (49300), Où trouver de la bonne andouillette en France ?, ou un titre dans le genre,  mais c'eût été justement trahir mon personnage, puisque le héros de l'histoire cherche à décrire une chose au départ vague et imprécise, mais sans lui affecter de mot. Un peu ce que Merleau-Ponty avait tenté avec un néant sans "néant" dans le Visible et l'Invisible, mais destiné à la communauté gay.

Donc, déjà, c'était dire que ce dont il cherchait à se débarrasser était une idée. Or ce n'est pas plus une idée qu'autre chose, du moins à ce stade vague et aprioritique des recherches. Mais en tout cas, il était hors de question de le tuer avec un mot. 

Ou de l'idée même d'écrire. Ce qu'il cherche, c'est ce dont il faut se débarrasser. Comme quelqu'un qui a un fer à repasser au fond de son sac de sport vide tout en vrac sur le tapis pour le sortir, John Moullard sait qu'un truc lourd le tire vers le bas, et se retrouve avec ses idées éparpillées par terre. (1)
Et, notons-le bien, ce n'est pas nécessairement un fer à repasser. Mais John Moullard a fait sienne cette intuition vieille comme l'humanité que s'il ne vole pas, c'est parce qu'il croit fermement qu'il ne le peut pas. C'est cette certitude qui l'en empêche, ce fait d'être sûr, en soi. Et ça ce n'est pas une idée, c'est l'adhésion même à l'être, c'est antérieur à l'idée ou même à la perception. Ce fait d'être sûr, sa certitude, est comme une corde qui l'attache à un bien justement noté corps-mort, ces masses de fonte attachées au bouées pour amarrer les bateaux dans les petites rades de Provence entre 1713 et 1986.

LCC - Dans le dernier opus des Carnets d'un Homophobe, vous écrivez : "Ce qui est agréable, chez la femme, c'est le corps, chez l'homme c'est le cerveau". Vous ne trouvez pas que vous y allez un peu fort, tout de même ?

JM - Ecoutez, ce n'est pas de ma faute si ce que j'apprécie chez un homme, c'est sa conversation et chez une femme son état de conservation. Ce dont je jouis, chez un homme, c'est son esprit, et chez une femme son corps. Après, si elle est intelligente, tant mieux, notre séparation est ainsi d'autant plus rapide et amicale, puisque nous convenons que nous avons eu le meilleur, et que nous pouvons maintenant nous comporter normalement et se téléphoner si on a quelque chose à se dire, et pourquoi pas, dîner ensemble, sans attendre ce supposé miracle qui ferait que tout à coup on se mettrait à s'entendre.Si c'est pour fonder un foyer, élever des enfants, et qu'on n'a pas les moyens d'acheter une maison assez grande pour avoir chacun son aile, encore, mais sinon pourquoi tant d'efforts de part et d'autre, s'user à s'ajuster...

Non, en fait c'est surtout pour le jeu de mots entre l'article défini et indéfini LA femme / chez UNE femme.

Maintenant lorsqu'un peintre réalise un tableau, il nous vous viendrait pas à l'idée de lui dire là où il faut mettre du rouge, du bleu, ou bien lui interdire de mettre du jaune. Ce que je ne comprends pas, c'est d'où leur vient l'idée que, en tant que poète maintenant, cela change la donne, et que c'est eux qui devraient me dire où je dois mettre tel mot dans mon poème, ou m'empêcher de mettre tel mot à tel endroit. Sinon, qu'ils écrivent mes poèmes, Staline aussi avait une administration pour cela.

LCC - Heureusement, vous êtes tout à fait inconnu.

JM - Exactement. Préserver son anonymat est la seule chance aujourd'hui de pouvoir échapper à la censure de chaque petit crétin analphabète qui se croit investi de la mission de devenir auxiliaire de la police de la pensée à toute heure du jour et de la nuit, et de vous dénoncer sur les rézosossio.

Ma cour d'admiratrices sait très bien se plaindre lorsque je ne dépasse pas assez la limite des souffrances de l'acier ou de leurs bretelles de soutien-gorge, lorsque le poumon étouffe dans le dépresseur, et je n'ai besoin de rien moins que de l'impression de ces décérébrés qui donnent leur avis alors qu'ils n'ont pas l'orthographe, toujours déjà-déplacés puisque, leur orgueil gonflé de leur inculture, plus ils sont bêtes et plus ils vous assènent leurs poncifs avec conviction.

C'est une des grandes avancées d'Internet que de permettre à des millions d'abonnés incultes de répéter à longueur de temps, et sans avoir la moindre idée d'ailleurs qu'ils s'en rendent coupable, ce que le moindre des grecs baillait déjà avant la sieste. Et de prendre cela au mieux pour leur opinion, au pire pour une chose de leur invention.
Au moins autrefois, on savait cela parvenu au certificat d'études et on la bouclait en attendant d'avoir quelque chose à dire.

Une des caractéristiques du crétin, c'est de ne pas connaître, et hélas, on ne peut pas lui en vouloir, les bénéfices de l'éducation. Et de croire que penser, c'est comme digérer, ça se fait tout seul et que chacun est équipé à la naissance. Il faut avoir beaucoup lu, beaucoup écouté, pour discerner ces fines strates de qualité de la pensée, et pour entendre, dans un discours, l'intelligence de celui qui parle.

Rien d'étonnant à ce que la foule traîne Jésus au lieu de Barrabas sur la croix, et livre un des leurs au lieu de virer les Romains, rien d'étonnant à ce qu'ils mordent dès qu'on leur met de la psychanalyse et de la philo dans l'oreille, au lieu de se taire et d'écouter. Penser demande de l'éducation, et on n'a pas accès à la fleur de la littérature et de la poésie parce qu'on sait en prononcer les phrases, ce dont ils ne sont même plus capables, de même qu'on n'a pas accès à certaines musiques au prétexte qu'on a le conduit auditif débouché.

C'est triste à dire, mais tout ceux qui ont étudié le savent, hélas on ne devient humain qu'après avoir frotté et limé sa cervelle à celle d'autrui bien longtemps. Et ceux qui l'ont fait le savent, et le savent pour l'avoir fait, et ceux qui ne l'ont pas fait ne le savent pas, parce qu'ils ne l'ont pas fait, et voilà.

Et on peut toujours donner le pouvoir aux imbéciles, cela les persuadera, si besoin était, qu'ils ont raison, mais ne les rendra pas intelligents ie. éduqué, cultivé, ce qui est la seule définition de l'intelligence qui tienne (2). Mais le peuple, qui sait où est son intérêt, à savoir que ses enfants soient éduqués par des gens intelligents, virera un jour les imbéciles qui ont confisqué le pouvoir, la dictature de la bêtise s'effondrera pour laisser place à quelques heures de lumière, comme ce fut le cas maintes fois par le passé.

Entre temps, je vous garde les Lagarde et Michard bien au chaud, pour quand vous viendrez les demander en pleurnichant. Et comme Jésus, on ne pourra même pas vous taper dessus pour se soulager un peu. Engeance de vipères...

(1) Cette métaphore a valu le prix Nobel de poésie en 1932 à John Moullard. Il se murmure que Derrida l'avait tatouée sur toute la surface du dos, et que lorsqu'il voulait draguer une gonzesse en boîte, il abaissait sa chemise sur la phrase fatale au moment de "Alexandrie, Alexandra".

(2) Et non ces tests de QI pour débiles inventés par des ingénieurs physiciens-psuchiatristes américains obsédés par la figure divine du carré hachuré, tests qui installent des centaines de jeunes crétins (et leurs parents) dans la certitude que Dieu les aurait munis d'un "haut potentiel" comme le ministère équipe le punicier molicipal d'une patraque, alors qu'ils n'ont pas atteint le niveau de CP à 14 ans.



lundi 13 mai 2019

La fable à fontaines bannie par ses moutons, même

Avant de reprendre sur le peuple, je vais faire une incise sur mon sursaut en entendant une journaliste de France Info dire à propos du kiosquier parisien "Rappelons que l'homophobie est un délit". "Aïe", me suis-je dit. 

Au Pakistan, c'est l'inverse. C'est l'homosexualité qui est un délit et vous vaut emprisonnement, fouet et mort. Mais qu'est-ce que l'homosexualité ? Ah, voilà, ça devient problématique. Il semble que parfois, cela serve un peu de prétexte à éliminer un opposant. Non, sérieusement ? Eh oui. Non, sans blague, je ne vous crois pas. Si, si je vous assure (prolonger ad lib comme King Julian avec le "sakwifice").
Ah bon vraiment ? Si, si je vous assure, et c'est une coutume assez répandue sur la planète.

Ah bon, mais comment ? Eh bien quand une dictature veut mettre des gens en prison, elle invente un mot genre "communiste", "trotskyste", "sentierlumineux", "maoiste", "homosexuel", "juif", "leniniste, "réactionnaire", "communiste", "contre-révolutionnaire", "réactionnaire", "hétérosexuel", "trotskyste", "anarchiste", "terroriste", "lampiste", "djihadiste", " sandiniste", "catholique", "protestant", "irlandais", "homophobe", "arachnophobe", "phobie administrative", phobie scolaire", "délinquant", "toxicomane", "dépravé", "dégénéré", etc. bref, et ensuite, ces mots sont déclarés être des activités criminelles qui doivent être punies et réprimées pour protéger la société, pour en faire "un lieu sûr", une safe place, comme disent les administrateur de Youtube quand ils censurent une vidéo. 

Dernière étape, La dictateur établit une liste de personnes qu'elle souhaite voir mises en prison parce qu'elle en a peur, et chaque personne que la dictature souhaite voir mise en prison sera affublé d'un qualificatif ci-dessus. Untel sera communiste, l'autre pédé, voire les deux. Cela justifie que la personne qu'on souhaite voir mise en prison soit arrêtée par les policiers, même s'ils savent que c'est injuste. Car c'est une caractéristique commune à tous les lieux et toutes les époques qu'on trouve toujours des gens prêts à devenir policier pour arrêter et torturer leurs concitoyens en toute injustice. Le réservoir en est inépuisable. 

Donc untel devient "trotskyste", "sud-américain", "irlandais", "homophobe", et on peut envoyer une jeep de militaires pour le faire torturer. " Mon Dieu", me suis-je dit, " pourvu que le pouvoir n'ait pas déjà décidé que je suis sur la liste des homophobes, des communistes, des juifs, des djihadistes, car alors je risque la prison "de plein droit". 

Et j'imaginais le sergent me traîner au carrefour dans la rue devant chez moi, m'attacher à une chaise devant tout le monde, me raser sommairement les cheveux, me peindre une croix de Jésus sur la tête, puis une étoile de David par dessus, puis une croix celtique, puis un dollar, et lorsque le tout fut devenu illisible, lire à haute voix mes chefs d'accusation devant un public ému et ravi d'avoir appelé la kommandantur pour me dénoncer. 

Vous pensez que ces pauvres gens sont homosexuels parce que c'est à la mode, et que de nos jours il vaut mieux avoir le porte-avion Charles de Gaulle dans le fion que de n'être rien, mais que dans six mois, les nazis revenus au pouvoir, ils feront des gosses comme des lapins, parce que ce sont des moutons et que ce sera revenu à la mode, donc vous êtes coupable du délit d'avoir l'opinion d'être homophobe.

Vous pensez que la plupart des pauvres gens sont musulmans parce que c'est à la mode, et qu'il vaut mieux avoir l'air de se recommander d'un recueil d'âneries rédigées il y a des milliers d'années par des blédards qui venaient d'apprendre à écrire, parce qu'il vaut mieux ne pas faire de vagues et dire qu'on est comme ça quand on habite dans des cités de misère gouvernées par trois et demi des gens violents et armés, dont on a peur parce qu'ils tuent les moutons pour un rien, ça permet à quelques intégristes de mettre le monde à feu et à sang, donc vous êtes coupable du délit d'opinion d'islamophobie. Vous pensez que les noirs au moins ne nous font pas chier avec leur religion tant qu'on n'est pas venu les pourrir avec la musulmanie, donc vous êtes coupable du délit d'opinion de racisme.
- Ah ben non, là...
- Taisez-vous, votre procès n'est pas terminé. 

Vous pensez que la plupart des pauvres gens sont juifs parce qu'ils n'osent pas dire le contraire, qu'il vaut mieux avoir l'air de suivre les prescriptions d'un recueil d'âneries rédigées il y a des milliers d'années par les blédards de la tribu d'en face à qui on foutait sur la gueule entre deux fêtes, qui venaient d'apprendre à écrire, parce qu'il vaut mieux être un mouton que de s'engueuler avec toute sa famille, ça permet à quelques intégristes de gouverner, donc vous êtes coupable du délit d'opinion d'antisémitisme. 

En plus, vous répétez qu'on pourrait payer des professeurs de philo pour apprendre aux enfants à faire la différence entre un mouton des espèces ci-dessus, un loup qui hurle et vous menace, et une personne qui a réellement une opinion intéressante, ce qui fait qu'on vivrait dans une atmosphère respirable puisque le niveau de conneries émises dans l'atmosphère diminuerait, donc vous êtes coupable du délit d'opinion d'incitation à la haine.  

Vous professez qu'une fois cette lèpre de loups violents et de leurs prophètes abrutis sera éradiquée par le vaccin de la culture, on verra émerger à nouveau, du coup désœuvrée puisque n'ayant plus d'ennemi qu'on lui désigne, cette partie moutonneuse de l'humanité n'aimant rien tant que la vie au grand air, qu'il faut sans tarder l'envoyer réinvestir les hameaux abandonnés, désherber et  cultiver les champs à la main, dormir à la belle étoile, ce qui permettrait de supprimer les tracteurs,

- et pas seulement...
- Taisez-vous, votre procès n'est pas terminé.

 résolvant ainsi d'un coup d'un seul les problèmes alimentaires et d'environnement, d'obésité et d'addiction aux écrans, donc vous êtes coupable du délit d'opinion de technophobie. 

Vous pensez que l'écart entre ce qu'il faudrait faire et ce qui se fera est un gouffre béant dont les bords s'écartent chaque jour un peu plus.
- Ben non.
- Comment ça non. 

Non, je trouve que tout ça va plutôt dans le bon sens. 
- Mais euh, non, ce n'était pas prévu comme ça. 

Ben si, si vous regardez, les crétins que vous me citez pèsent au pire, largement au pire, 10 % de la population. Cela laisse 90 % qui s'occupe de choses utiles. Prenez un journal département au hasard, et regardez ce qui se fait :

 - page 7, les collégiens vont en entreprise pour se familiariser avec le monde. Le département leur permet de créer des mini-entreprises.

- Page 8 : une nouvelle appli pour sauver des vies. Les associations organisent des cérémonies sur le devoir de mémoire.

- Page 9 une association permet à des handicapés de financer de l'habitat regroupé répondant à leurs besoins.

- page 10 : le département finance des formations sensibiliser les collégiens à l'cologie. La MDPH a accuelli 17000 personnes l'an passé.

- Page 11 tous les services de la PMI.

Plus loin, le département finance un coupon sport permettant aux plus démunis de s'inscrire dans un club, un encart explique l'action publique, on dispense des conseils pour réduire ses factures d'eau, un garage solidaire ouvre dans un village, des associations sportives accompagnent les jeunes handicapés, un sentier d'interprértation est mis en place autour d'un étang, une jeune éleveuse reprend un troupeau de moutons avec des méthodes traditionnelles, des jeunes vont bénévolement dans les EHPAD initier les vieux au numérique. On pourrait en étaler des pages comme ça.

Bref, dès qu'on l'éduque un peu, dès qu'on l'aide un peu sur les moyens, l'humain se décarcasse pour faire un monde meilleur.
Bon, alors arrêtez de râler.

Tiens, je vais récupérer une belle formule entendue dans ce beau reportage sur ce film émouvant, c'est dans l'émission Signe des Temps https://www.franceculture.fr/emissions/signes-des-temps/m-de-yolande-zauberman-quand-le-documentaire-et-la-fiction-sentremelent sur France Culture, et c'est monsieur Marc Weitzmann qui s'entretient avec Madame Yolande Zauberman sur son dernier film, intitulé M.



On mord dans la vie, la vraie, celle des gens qui dansent dans les nuits chaudes. La formule, c'est "passer de l'allergie à l'amour".

Bon, ça c'était un détour pour montrer la manière dont les dictateurs emploient des mots pour détourner notre allergie vers des choses futiles et inutiles. Et qu'on peut conserver foi en l'humanité puisqu'il y en a qui arrivent à me donner envie d'aller voir un docu-fiction sur des trans israéliens.

Mais le principal, c'est de revenir, ce coup là vous l'avez vu, par le biais du conceptuel dans l'art, à la façon dont nous ingérons l'Autre en mangeant du langage des autres.


Tout de même, MDR pour France-Culture, qui relaie bien l'idée selon laquelle l'urgence, c'est d'orienter les populations vers la lutte contre l'homophobie, y consacre toute une journée.

Dans cette belle émission, https://www.franceculture.fr/emissions/le-reveil-culturel/la-nouvelle-bande-dessinee-francaise-a-lassaut-de-lhomophobie, on invite une auteurouzeresseuse de BD, laquelle a pondu une histoire selon laquelle, les héroïnes, évidemment lesbiennes, doivent avoir des orgasmes simultanés pour que leurs superpouvoirs s'activent.
Heureusement qu'on a enfin des auteureuzouresseouzes femmes en BD, qu'on puisse aborder les thèmes du vagin, de l'orgasme, et de l'initiation des adolescentes à l'hygiène intime, il est temps d'en finir avec cette civilisation raciste et antisémite (elle a remarqué que ce sont les mêmes). Et elle nous gratifie à 11:00 de la phrase :

" Ce serait incroyable qu'ils (les éditeurs) me redusent une BD sous ce prétexte-là (l'homossessualité lesbienne sensuelle) surtout qu'un éditeur c'est avant tout quelqu'un qui veut vendre des livres et que je pense que le sujet LGBT de toute façon est un sujet qui peut intéresser des gens et donc à ce niveau là le monde..."

Que de belles circonvolutions pour dire que les éditeurs achètent le sujet porteur de la gouine qui se lèche ! Que de belles intentions pour dire qu'il faut accepter l'autre comme il est, à condition qu'il soit antiantisémite, antiantiraciste et antiantilesbienne, et surtout, qu'il achète cette bonne BD de ce bon secteur qui fait un bon chiffre !

Que c'est beau, c'est gens qui sont toujours du bon côté, qui sont toujours à la mode, dans le courant, qui sont l"avenir de l'humanité quelle que soit la mode, dans mille ans, ils seront encore là, à dire que les autres sont des ringards.

Et pendant ce temps là, les espèces animales les unes après les autres, leur habitat détruit par une industrie soutenue par la planche à billets, mais vous, comme ou vous l'indique, vous luttez pour le LGBTQ++; c'est bien mes petits, dansez, dansez...









dimanche 5 mai 2019

Mais bon, pas trop.

Rappelons que nous répondons à la question " Faut-il exploiter le peuple ?", et qu'après s'être demandé pourquoi l'antisémitisme fonctionne aussi bien comme paratonnerre, nous avons vu que si la femme est l'ennemi nécessaire, et le noir l'ennemi visible, le Juif est l'ennemi invisible, celui qui s'infiltre et qui s'insinue.

Le concile de Latran IV, tenu en 1215, stipule ainsi :

« Dans certaines provinces, les habits des Juifsb et des Sarrasins se distinguent de ceux des chrétiens, mais que dans d’autres, un degré de confusion se produit, de sorte qu’ils ne peuvent être reconnus par aucune marque distinctive.
Comme résultat, par erreur, des chrétiens ont eu un commerce intime avec des femmes juives ou sarrasines.
De façon que le crime d’un tel mélange maudit ne puisse plus avoir d’excuse dans le futur, nous décidons que les Juifs et les Sarrasins des deux sexes, dans toutes les terres chrétiennes, se distinguent eux-mêmes publiquement des autres peuples par leurs habits. Conformément au témoignage des Écritures, un tel précepte avait déjà été donné par Moïse (Lévitique 19:19 Lévitique 19 ; Deutéronome 22:5.11 Deutéronome 22)7 »
 Sous prétexte d'éviter le "commerce", on a un objectif de ségrégation. La suite de la page Wikipedia est édifiante :

Les Ecritures ne disent pas ce que le concile en dit : en Lévitique 19:19, il n'est question que de l'interdiction d'accoupler des bestiaux de races différentes et de celle de porter des vêtements tissés de fils différents ; et en Deutéronome 22:5,11, il n'est question que de l'interdiction pour un homme de porter des habits de femme et inversement, et de celle à nouveau de porter des vêtements tissés de fils différents tels laine et lin.
Par ailleurs, le concile interdit aux juifsb d’occuper des fonctions d’autorité, d’avoir des relations professionnelles et sociales avec les chrétiens, de sortir pendant la Semaine sainte.

Juifs enchaînés et brûlés vifs, identifiables par la rouelle sur leur poitrine et le judenhut, imposés à Latran IV, 1515.
Ces décisions furent diversement appliquées suivant les pays8, des règles plus détaillées furent décrétées localement après de multiples relances des papes successifs auprès des souverains.
En Angleterre, l'obligation d'un signe en forme de Tables de la Loi avait été décrétée dès 1218, mais semble avoir été fort peu respectée jusqu'en 12799.
Dans le Saint Empire, le signe distinctif fut le « Judenhut » un chapeau particulier à bout pointu qui, au moins à l'origine, était considéré comme « un élément du costume traditionnel, plutôt que comme un élément discriminatoire »10. Une loi à Breslau datant de 1267 dit que puisque les juifs ont arrêté de porter le chapeau pointu qu’ils avaient l'habitude de porter, son port devient maintenant obligatoire11.
La rouelle fut le signe distinctif défini par plusieurs conciles régionaux dans le Sud du royaume de France à commencer par le concile de Narbonne en 12279. Il fut imposé à tout le royaume par Louis IX(dit « Saint Louis ») en 1269.
Quand Innocent III eut vent des violences infligées aux juifs à cause du signe distinctif qu'il leur avait imposé et les ayant conduits à une exposition dangereuse, il écrivit aux évêques de France de « laisser les juifs porter des vêtements par lesquels ils peuvent être distingués des chrétiens, mais pas de les forcer à en porter de tels qui pourraient mettre leur vie en péril »12 alors que c'est le fait d'être distingués des chrétiens qui les mettait en danger quotidien.
 On voit donc que le texte édicté à la suite du concile cherche à éviter les "mélanges maudits", au rang desquels l'homme travesti, les tissus ou les fils métis, et l'union avec les Juives. Ces mélanges maudits ont lieu parce qu'on ne peut distinguer a priori le Juif. De loin.
Il est d'autant plus inquiétant qu'il a cette capacité de mimétisme qui lui permet de se fondre dans son milieu, (cf. le grandiose Zelig de Woody Allen) et qu'ainsi je le découvre en ouvrant mes rideaux, installé pile en face de chez moi, au cœur de la cité, soudain devenu tumeur à extirper, et à expulser.
C'est une évidence, et Patrick Boucheron (1) le souligne encore, mais on peut le rappeler, le préalable à l'émergence de la barbarie nazie, ou de ses multiples avatars, c'est la fusion du corps social. Comme pour des grains de métal qui entrent en fusion, chaque individu perd sa forme individuelle pour s'agréger aux autres et former une seule entité qui dit pareil, pense pareil, agit pareil, et pense et agit quoi ?
Les maximes et les ordres du fétiche du groupe. Je ne sais plus quel psychanalyste a très bien disséqué cela avec les événements de mai 68. Les gens entrent en résonance psychique collective, désignent le fétiche qui les guidera, et le suivent en vociférant. Le fétiche, emporté lui aussi par la transe collective dont il est à la fois le centre et le leader, devient fou, et cède à n'importe quel courant de pensée. J'essaierai de retrouver la référence.


Nous avons vu également qu'une condition pour que l'individu se livre à la transe collective de l'expulsion, est qu'il passe par cette phase de culpabilité du "je ne fais pas ma part de travail dans l'entreprise de nettoyage que mes pairs ont commencée". 
L'individu perd sa forme individuelle sous les assauts de la culpabilité. La culpabilité est un mécanisme capable de dérégler, de faire vaciller et s'effondrer les personnalités les plus solides et les mieux structurées.

Mais qui a lu le Talmud sait ce qu'est un recueil de prescriptions hors raison. C'en est l'apothéose, la caricature, un au-delà du genre. Les interdits et les obligations y alternent dans ce qui est devenu pour une conscience moderne un ballet d'absurdités insoutenables. On interdit de mettre sa chaussette gauche au pied droit, et c'est tout juste si on n'est pas obligé de se mettre des bouchons de liège dans les narines à toutes les 17 de chaque heure, avant d'inverser les chaussettes, sauf les jours pairs.

Cet ensemble de prescriptions négatives comme positives est ce qu'on peut imaginer de mieux pour créer de la culpabilité. Celui qui s'estime dédouané parce qu'il a parfaitement rempli les consignes du Talmud, j'allais dire qu'il sorte du rang :) On est nécessairement toujours en deçà de ce qu'il faudrait faire, on est toujours, forcément, déjà-coupable

Bien sûr, il serait atrocement cynique de mettre en regard ces deux culpabilités, et pourtant. Pourtant on est soumis à la tentation de le faire. Qu'il est malin, cet appel aux Juifs à bien vouloir se signaler, à suivre encore une consigne, eux qui en laissent tomber des tonnes en cheminant, tant leurs bras en sont chargés. Qu'il est fin, cet appel à la tentation de ne pas montrer sa judaïté, à la dissimuler, à ne pas l'affirmer, alors qu'on passe sa vie à la signer dans le moindre geste du quotidien. A se renier alors qu'on n'a jamais fini de l'endosser, qu'on n'a même pas commencé à enfiler le manteau, il faut le retirer. 

Qu'elle est "déjà là", la tenaille mortelle ! Si tu te signales, je t'attrape. Si tu ne te signales pas, tu désobéis, tu te caches, tu dissimules quelque crime, tu me forces à aller te chercher au fond de ton terrier pour t'expulser. Si tu ne te signales pas, tu renies le tréfonds de ton identité, fait de prescriptions à se différencier, ad nauseam. Si tu te signales, tu t'exposes à disparaître.

Et l'autre culpabilité, en face. Ne pas faire sa part du travail. Laisser pulluler les rats, et là Bukowski surgit, dans sa maison, pendant que les camarades s'épuisent à les traquer, à renverser la situation (Elle est symétrique bien sûr : quelle surprise de découvrir, tout à coup, en face de chez soi, une kommandantur. Ils étaient donc là ?)

Ne pas faire sa part du travail, c'est avant tout, une fois que tous ont décidé ce qu'est le travail obligatoire, ne pas faire comme les autres.

Ne pas faire comme les autres, la dictature chinoise l'a bien compris, et les américains y accèdent, cela commence par ne pas dire comme les autres. J'ai entendu ce matin un témoignage bouleversant de Daije Sijie dans https://www.franceculture.fr/geopolitique/matieres-a-penser-ailleurs-la-chine-par-patrick-boucheron Émission Matière à penser du 3 mai 2019. 

Avec l’Evangile selon Yong Sheng, l’écrivain et cinéaste Daije Sijie, auteur de Balzac et la petite tailleuse chinoise (Gallimard), revient sur l’histoire de sa jeunesse et pose la question de l’identité, entre littérature et persécution. L'écrivain raconte comment son grand-père, pasteur chrétien, fut déclaré "ennemi du peuple", et à ce titre, exposé au pilori, un écriteau en béton lui sciant le cou par le fil de fer de suspension.

Le sommet de la folie, c'est lorsqu'il dit : " Non seulement les voisins venaient le battre, mais encore une partie de la famille, ayant appris sa disgrâce, vint de fort loin pour l'insulter et lui donner des coups de pied". En un clic, le pasteur était devenu Juif, et les chinois nazis. Un minuscule décret avait suffi à faire basculer le tableau. Et la souffrance conduisant souvent à la folie, il n'est pas impossible que le pasteur chrétien se soit dit qu'il méritait son châtiment, ou qu'en tout cas par là il imitait NSJC. Plutôt que d'abjurer sa foi, il souffrait, sans possibilité de choix, cette fois. 

Alors les Juifs qui ont fui, en Europe ou aux USA, ont-ils eu le sentiment d'avoir le choix ? Evidemment, la question est de pure forme. La tenaille se refermait chaque jour un peu plus, et parfois, ce n'est "ni l'heure ni le lieu" de proposer un débat sur la différence invisible. 

La différence invisible qui, on l'a vu, conduirait si elle était négligée, à souiller la pureté, et ce faisant à participer à l’œuvre du Malin. Il est clair que la différence souille l'uniformité de la répétition. Seule la répétition fonde le schème, le rend discernable sur le fonds. Seule la répétition peut conserver ou ramener l'âge d'or. 

Si on était tant soit peu Sheldrakien, il y a là un beau motif pour l'hypothèse de la causalité formative. Le champ morphique du pogrom, observable dès Latran IV... et dont le germe est à n'en pas douter dans le comportement du Christ.

La société disloquée, qui se cherche, qui court comme un canard perdu, se cherche un chef. On le reconnaîtra à certains signes, et on lui dira qu'on est prêt à certains signes. Lui seul peut bouger ce qui est enfoui dans la pierre, et les murs se couvriront d'inscriptions pour lui signifier que son avènement est attendu partout, qu'on est prêt, qu'on attend ses ordres pour enfin savoir où on va, afin qu'il se sente investi d'une grande confiance. 

Car il faut une grande confiance en soi pour oser proférer des horreurs dans un micro. Il y a cet instant où il va décider de sauter sur l'estrade pour se mettre à hurler dans le micro, mais il faut que la foule soit prête, il faut qu'il ait senti juste avant qu'elle est à point, qu'elle a fondu, qu'elle est devenue une, malléable, qu'elle a envie qu'on la prenne, qu'on la malaxe, et qu'on l'envoie conquérir le monde au péril de sa vie. 

Ivre de bonheur, la foule va enfin savoir où elle va. Après tant d'années d'errance, de supermarché en crédit perdu, de faillite en chômage, enfin les choses vont redevenir comme au bon vieux temps. On saura ce qu'on fait le dimanche, parce qu'on saura qu'il faut manger cette bonne dinde que la femme personne de type 1 a préparée. On ira par les chemins le cœur léger travailler aux champs pendant ce temps là. 

Tout sera si simple, redevenu si limpide. On en aura fini de ce monde où on se bouchait les oreilles pour ne plus entendre la cacophonie des hurlements, de l'avis de chacun, des avis de saisie, des mensonges de tous, quand on ne sait plus qui croire...

On en aura fini avec ce cauchemar de ne jamais savoir ce qu'on paye, pour qui on travaille, où va l'argent, pourquoi on n'a plus rien. L'homme a besoin de choses simples, tangibles, de voir dans ses mains le résultat de son travail, et les femmes aiment leurs enfants. On peut jouer avec ça pendant quelques années, pour leur faire acheter des voitures à crédit, mais ça a toujours une fin. Et toujours la même fin.

Disons, un peu toujours le même type de fin. La frustration de 1923, elle mijote sous nos yeux, il suffit d'aller un peu plus à l'Est...

Le mécanisme est enclenché, les démocraties commencent à filer aux conservateurs leurs tickets pour un tour au micro. Certes nous avons un lourd passé socialiste et humaniste. Savoir combien de temps il tiendra, c'est comme prédire combien de temps tiendra une digue. Elle cède grain à grain, comme tous les phénomènes de l'histoire. Ces phénomènes qu'on ne voit pas bouger, les enfants grandir, et qu'on n'a le choc qu'avec ceux qu'on voit tous les ans. "Mon Dieu qu'il a grandi". "Mon Dieu comment en est-on arrivé là ?"

Mais on ne peut pas remonter le temps, on ne peut pas revenir il y a une semaine, au moment où la tempête s'est formée. Au temps où il y avait de petits nuages, tout le monde était sur la plage, on the beach, à faire du beach volley. L'idée c'était d'avoir une "bonne situation". 

Même Jean Yanne s'est fait avoir. Il se gausse dans un sketch qu'il faille faire " dans le social". L'idée c'était d'avoir un bon poste, de monter une boîte, de faire construire la villa, ou entretenir la maison de famille. C'était d'aller à la cantine à midi, et sur la côte en été. Le tout c'était de savoir si on était plutôt Renault ou Citroën. On achetait le lave- vaisselle Miele parce que c'était de la qualité allemande. On allait bouffer du homard entre beaux-frères dans un petit resto avec vue sur la mer. Le reste...

Je couchais déjà, en 1970, dans ces maisons de famille, et j'ai connu encore en 2010 les dirigeants d'un groupe de formation PL, dont le siège était non loin du petit manoir adorable de la Banque de France, partis de là assez tôt pour être attablés le vendredi en début de soirée devant la mer avec les crevettes et le petit blanc frais en apéro. Les 30 glorieuses, elles crachent encore de la retraite en toussant leur QE, croyez-le bien...

En 1975 il y avait encore à Madrid des prisonniers du régime dans les geôles franquistes. Fallait avoir l'oreille fine pour les entendre.

Donc pour résumer, l'antisémitisme et le Juif se trouvent facilement, parce que le Juif est l'ennemi invisible, culturellement disposé à la culpabilité, et que le déculturé en voie de fascisation se cherche un moyen de faire sa part du nettoyage.Ce qui fait donc que l'antisémitisme est un bon candidat au pharmakon, c'est qu'on met la frontière où on veut. 

Dans cette émission, il est cité un spectacle, Le Retable des Merveilles dont les organisateurs, comédiens désargentés, disent aux spectateurs qu'ils vont voir une scène merveilleuse, mais seuls les non-juifs pourront voir à quel point c'est beau. Du coup, tout le monde, de peur d'être qualifié de juif, s'exclame devant une scène vide (cela me fait penser à l'esthétique des Marx Bros d'ailleurs).

Donc, d'un côté comme de l'autre, on est sommé de se déclarer. On est dans un régime autodéclaratif du positionnement, qui prouve bien que l'objet est invisible. On met donc la frontière où bon vous semble. C'est d'ailleurs l'absurde de ces listes de noms, de ces certificats de non-juif, de cette comptabilité grotesque, kafakaïenne : elle ne sert à rien d'autre qu'à sculpter les pour et les contre.

Tous les régimes fascistes avouent d'ailleurs le ridicule dans le tragique. Tous frôlent le comique, et les humoristes s'en emparent. Lorsque vous êtes puissant, que vous pouvez envoyer la police rafler quelqu'un, vous pourriez le faire arbitrairement. Non, les régimes fascistes ont toujours besoin de se justifier, c'est par là qu'ils avouent que leur existence est pathétique.

Il faut toujours avant de vous appréhender, qu'ils vous aient étiqueté quelque mot sur le vêtement : Juif, résistant, délinquant, contre-révolutionnaire... Il faut que votre nom soit sur une liste, et que cette liste ait un nom.

Après, comment décidaient-ils de qui était Juif ? Bonne question, aujourd'hui encore, elle se pose, et heureusement la technologie progresse, on a maintenant en ligne des sortes de "juivomètres" (2).
Donc nous sommes bien dans une logique du visible et de l'invisible. Le roi est nu, les habits neufs de l'empereur sont invisibles, mais par une mystérieuse contagion, personne ne le dit.

Ici même nous avons la carte de la langue. Peu importe la vérité. Ce qui importe, c'est le consensus. Peu importe que je voie ce que tu vois, et finalement, que nous voyions la même chose. Ce qui importe, c'est ce que nous en dirons, ce que nous dirons qu'elle est ou n'est pas.

Je dis "la carte" parce que ce qui est non dit, c'est ce qui est invisible. Et ce qui est invisible, c'est ce qui n'existe pas, et ce qui n'existe pas, c'est ce qui est tu. Au niveau collectif, le "sujet tabou" fonctionne en invisibilisation de l'objet interdit, celui dont on ne parle pas puisqu'il n'existe pas. Celui dont on ne parle pas pour qu'il n'existe pas, mais sur lequel on s'extasie pour prétendre qu'il existe !

Si ce n'est pas la définition de la mise en spectacle, ça.. On crée une image factice de la chose, sa représentation dans le quatrième espace, l'espace collectif. Dans cet espace, la réalité est rapiécée. Toute représentation est factice, parce qu'elle est sociale.

L'objet est représenté affublé d'une légende. Soit "en dire du mal", soit "en dire du bien". En dire "Qu'est-ce que c'est et qui le dit ?" est une question dont le contre-pouvoir de sédition a été perçu très tard par le pouvoir capitaliste. Heureusement, la privatisation des universités est en bonne voie et on va pouvoir rattraper le temps perdu.

En effet, jusque dans les années 70, le capitalisme bon teint des Européens, voyait le professeur comme un mal nécessaire. De gauche comme tous les improductifs, le professeur permettait néanmoins de produire les élites et de justifier les nominations népotistes aux rares postes de réel pouvoir de l'oligarchie.

A côté des savoirs utiles tels que la métallurgie, la médecine, ou l'industrie aéronautique, qui permettaient le développement de l'économie française en vendant des avions aux pays africains sous-développés, on tolérait des savoirs inutiles tels que les sciences humaines. La littérature restant pour les filles le moyen de combler un peu cette période de rêverie à la recherche d'un mari après le bachot. Ils ignoraient qu'il existât de l'enseignement de philosophie, ou alors comme refuge pour les ultra-gauches à col roulé, les casseurs de Vincennes.

Mais à partir des années 80, les exploiteurs organisant le pillage de la planète et l'aliénation de ses habitants réalisèrent que effectivement, derrière leurs manœuvres économiques en apparence simples : "avoir une bonne situation", "faire une grande école", il y avait une vision du monde. Le fait qu'une certaine opposition se manifeste, résistant par mauvais esprit de sabotage et de nihilisme orchestré par la drogue et les sectes, prouvait quelque part qu'il y avait un esprit à l’œuvre dans leur entreprise.

Sans trop comprendre quelle visiondumonde pouvait bien soutenir le fait de refuser avoir une bonne situation, mais enfin, la tentative de soulèvement des beatnicks, des hippies et des yéyés l'avait prouvé, ça existe, les classes exploitantes se dirent que le mieux était de gazer les petits au nid, c'est à dire de mettre au programme des universités des choses utiles, préparant les futurs cadres à devenirs des exploiteurs à leur tour. Il suffit pour cela de privatiser les universités, et les dirlos des constructeurs de voiture viennent pantoufler aux Etudes avant leur retraite.

Et pour privatiser les universités, c'est facile, il suffit de prouver qu'elles ne sont pas rentables. Comme elles n'ont pas été conçues pour l'être, ce n'est pas difficile. Si vous prenez une école, deux classes, les maîtres et soixante gamins, et que vous pleurez que ce n'est pas rentable, tout le monde va rigoler. Avec un hôpital ou une université, ça passe.
Si au pire, l'école ou l'établissement résiste encore, vous lui coupez les subventions, vous diminuez les effectifs, vous lui collez des normes incendie de niveau T4 pour les amphis, et vous lui amenez chaque année plus de bacheliers analphabètes. Normalement, au bout de quelques années, cela devient intenable, et on fait un partenariat avec Nestlé, pour que les enfants apprennent à fabriquer des glaces, on va en avoir besoin avec le réchauffement climatique. L'université touche un pourcentage sur les glaces, on la rebaptise  Nestlé-Sorbonne Business Unit Arena, et ça roule, les dépenses publiques baissent enfin, la dette devient respirable, on l'a échappé belle.

Pour revenir à la représentation de la réalité faite de vieux chiffons rapiécés, ces morceaux du costume d'Arlequin sont cousus ensemble par une proximité topologique, et non structurale. Par exemple, au chiffon qui représente la municipalité est cousu non pas le chiffon du dessous ou du dessus dans la taxinomie (le canton, le département...), mais le morceau de chiffon voisin dans le registre de la représentation, c'est à dire celui des manouches, de la bande de roms dont les caravanes viennent toucher le morceau de tissu voisin, celui de la commune, auquel il est cousu.

Ainsi la conversation peut passer de la critique des manouches à celle de la municipalité qui gère mal le problème, elle peut voler par dessus les sujets et les contaminer tous, en faisant fi de toute réalité (laquelle est que chacun fait ce qu'il peut).
C'est l'espace du langage, celui de la représentation, l'Autre rebâti en notre inconscient, comme le navire passé par le goulot de la bouche et des oreilles, et remonté à l'intérieur de l'esprit. Il a repris tout son volume.

La morale entre en vous pliée sous forme de langage, pour passer par la bouche et les oreilles (3)


Si on parle, c'est pour faire exister la représentation factice, pour cautionner l'incautionnable même. Je prouve ma fidélité en abdiquant ma vérité, je délègue ma liberté, j'aliène ma vie. Voilà la promesse que fait celui qui tagge une croix gammée, il adresse un appel à un gars qui se sentirait dictateur, il lui dit : "Nous sommes prêts". Les chevaux sont sous les ordres du starter.

Rien de tel pour sonder vos fidèles que le coup des habits invisibles. Allez dans le peuple, on vous fera le coup avec la haine de l'art : ce tableau, c'est de la connerie, c'est de l'arnaque, des charlatans qui baratinent le riche gogo, ça se voit non ?

Là, la force de la culpabilité va ronger le sujet comme un acide, dissoudre sa volonté. Vous aurez beau être rédac chef du magazine Artpress, vous allez vous sentir envahi par une douce chaleur, une étrange ivresse, une pénombre cotonneuse au cœur de laquelle vous entendrez votre voix dire "C'est vrai, la plupart du temps, c'est de la daube inutile, de l'arnaque pour riche qui veulent pouvoir dire qu'ils l'ont payé cher, alors que c'est fait en deux minutes et que personne n'aime.
Ruse suprême, on vous a fait le coup des habits neufs de l'empereur au nom de la vérité !

Tandis que vous bredouillerez vos vagues approbations, les nazis à côté hurleront que bien sûr, qu'on brûle ce tableau de merde et son créateur avec. Eux n'attendront pas pour apporter leur soutien immédiat, enthousiaste et bruyant à leur chef de section, qui offrira la bière. Par votre mollesse à adhérer, votre peu d'empressement à coopérer, à hurler que le tableau est laid, vous vous êtes dénoncé vous-même.

Et le pire, c'est que vous l'avez fait non comme un guerrier, fracassant les crânes à coups de glaive, se préparant au festin du Vallhöll, mais comme un lâche, qui se fait pipi dessus en avouant à contrecœur, par trouille de la répression.

C'est en mettant la pression de la violence physique dès le niveau du langage que le fascisme avance, c'est en faisant venir clapoter les vaguelettes de la torture au bord de vos lèvres qu'il vous terrorise et commence à vous gagner.

C'est quand vous dites comme tout le monde que vous annoncez aux autres et au chef votre degré de soumission, que vous êtes prête, disponible et lubrifiée, attendant de vous faire monter par la bête, parce que vous savez que de toute façon c'est fait. Alors la seule solution, c'eût été de sodomiser l'autre avant. Mais l'autre, on ne sait pas qui c'est (je vais y revenir), c'est trop tard.

Puisqu'on ne sait pas exactement qui est qui, il faut donc charger une administration de classer le monde que ces impuissants terrorisés ont fabriqué devant eux, afin de pouvoir en industrialiser le traitement, des " Autres", ces invisibles dont on ne sait rien, mais qui vont servir de caution, qui vont vous servir à prouver votre obédience au système.

Aussi l'insulte antisémite de langage est-elle une sorte de première garantie donnée à ce titre. Vous vous êtes peut-être déjà trouvé dans une assemblée qui rit franchement d'une blague vraiment raciste. Là vous avez senti le mur. Il suffit à ce mur d'avancer pour vous coincer contre le mur d'en face, vous étouffer dans un tout petit espace, et finir par vous asphyxier.

Pour le dire autrement, si vous ne combattez pas le racisme tant que vous êtes libre de le faire, et vous ne le serez pas longtemps, vous contribuez à faire advenir le jour où vous ne pourrez plus le faire. Et cela commence par avoir le courage de dire ce que vous pensez, même si ce n'est pas le consensus.

Et même si le consensus, c'est de répéter le mot anti-racisme :)

C'est pour cela que je dénonce comme perverse la manip qui consiste à vider de sa substance la lutte contre le racisme, en l'utilisant à mauvais escient, pour de mauvaises raisons, pour laisser le flot de la colère aller ailleurs. Mais encore une fois, j'ai été un peu long, je dois couper.

Un mot avant de finir : la carte avec ses trous d'invisible n'est pas que dans l'image, elle est aussi dans le son.

En 1975 il y avait encore à Madrid des prisonniers du régime dans les geôles franquistes. Fallait sacrément s'être bouché les oreilles pendant les quarante dernières années pour le pas le savoir. La contradiction, c'est que le silence de la presse, c'est aussi un magnifique indicateur. Plus vous contrôlez les media, et moins on entendra parler de vos opposants, surtout de ceux qui croupissent dans les prisons. 
Qui titrait dans les années 70 sur l'ordure fasciste qu'était Franco ? Pas grand monde... Et rien ne fait tant le pouvoir du dictateur que la soumission de ses administrés. Rien ne fait tant le pouvoir de l'exploiteur que la docilité des salariés, toujours en posture de présentation, prêts à recevoir la semence du patron, à en prendre de la graine, à connaître la recette pour devenir riches eux-aussi. 
 Mais il faut couper.


(1) Voir dans cette magnifique leçon, comment la religion du produit, le commerce s'est emparé des lambeaux de la transe liturgique pour faire répéter à une société de consommation hébétée les mantras des marques.
https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/pourquoi-migrer-1213-que-pouvons-nous-apprendre-des-migrations-mexicaines-observees-par-douglas

Lien provisoire parce qu'il y a un truc bizarre. Ce n'est pas le bon titre, je leur ai signalé.

On peut aller sur le site :
et cliquer sur le 2 : "Anatomie de la gloire", jusqu'au "mantra des marques" pour ré-entendre, enfin, ce que décrivait Voyer dans "Enquête sur la nature et les causes de la misère des gens. "


(2) je suis tombé sur cette page au hasard mais j'adore la formulation : Verdict: Borderline Jew.
Je connais des gens qui utilisent cet outil sérieusement, sans avoir pris la peine de lire la faq, où les auteurs du site avouent qu'ils sont juifs et qu'ils décernent les notes au feeling :) Je me suis rué sur la notice de Sacha Baron Cohen, bien sûr.

Ceci dit, les auteurs ont fait une fiche sur Adolf Hitler, qui n'en sort pas indemne, puisqu'il est caricaturé en... travesti, eh oui. Ils n'ont rien trouvé de mieux que de le faire passer, à travers les fausses confidences d'Eva Braun, pour un tapette  impuissante (qui aimerait qu'on lui mît une brosse dans le cul ?). Luttez contre les stéréotypes de genre, ils reviennent par la fenêtre.

Eva: Okay, fine. You see that sequine dress?
Helga: Yeah... It's a little garish. Looks like something from the circus!
Eva: (whispers quietly)
Helga: I can't hear you!
Eva: IT'S ADI'S!
Helga: No way!
Eva: Yes way! He puts it on, and makes me wear this clown wig...
Helga: Adi... Your Adi?
Eva: And then I take this poker and... (whispers into Helga's ear)
Helga: HA HA HA HA! I would have never guessed!
Eva: I know, I know! Okay, I go again! Truth or dare?
Helga: Truth! No, wait, dare!
Eva: See this hairbrush? I want you to take it and stick it...(whispers into Helga's ear)

Là ce n'est pas clair. Helga est bien le prénom de la fille aînée de Goebbels mais bon...

Ils ne sont pas non plus parvenus à l'exempter de violence :



(3) en cherchant des images du passage d'un bateau dans une bouteille, le terme de recherche m'a mené sur cette page.

 https://www.lorrainebeaulieu.com/oeuvre-14

Comme je ne voyais pas l'intérêt d'avoir réalisé ce stupide objet en plastique, ni de le présenter dans une huche, ni quoi que ce soit de ce ramassis d'objets aussi inutiles que la voiture, le parking... je cherchai quelque mot de médiation culturelle qui me renseignât sur l'intérêt de cette démarche, et je suis tombé sur cette page :

https://www.lorrainebeaulieu.com/publications 

Où l'on peut lire :

MÉMOIRE PRÉSENTÉ À LA FACULTÉ DES ÉTUDES SUPÉRIEURES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL DANS LE CADRE DU PROGRAMME DE MAÎTRISE EN ARTS VISUELS POUR L'OBTENTION DU GRADE DE MAÎTRE ÈS ARTS
Comme artiste investie de préoccupations environnementales, je considère les rapports entre ART-NATURE-CULTURE intimement liés. La NATURE est présente DANS L’ART, et L’ART DANS LA NATURE, depuis que nous prenons conscience des limites de la Terre. Plusieurs mouvements et évènements artistiques en font foi, à commencer par le Land Art, l’Éco Art et l’Art environnemental, pour ne nommer que ceux-là. Les filiations de ma pratique avec ces mouvements artistiques enrichissent ma réflexion sur les particularités de ce thème de création.
Les journaux, les revues d’information de même que les bulletins de nouvelles télévisées sont un apport important pour nourrir mon propos artistique. Mes perceptions de l’actualité environnementale ainsi qu’une résidence effectuée en Antarctique ont inspiré le travail de création pour la fin de cette maîtrise. Ce projet, RAFRAÎCHIR L’IDÉE DU MONDE, se compose de la production de trois interventions; deux œuvres sculpturales et une autre technologique (Web cam), présentées en galerie et dans l’espace public.
Mots clés : actualité écologie assemblage nature société communication


Là aussi, le roi est plus que nu, il est dépecé, quoi. Cette horde de crétins incultes se congratulent autour d'un monticule vide où ils répètent les courants d'air de France Info sans comprendre ce qu'ils disent, c'est vraiment pathétique.



Le grade de "maître ès arts", ceinture noire troisième dan de bolo-bolo... Pathétique. Mais là, pareil, interdit de dire.

Les bâtiments, les plates-bandes, l'art, le parking, tout est carré, lisse, bien propre. le monolithe gris à l'entrée, avec le baratin convenu, c'est pathétique. Mais bon, au moins, les gens qui ont fat cela sont-ils des artistes.


C'est comme le dernier clip de PNL. Les gens ne disent plus : " C'est génial comme musique", ils disent :" C'est génial, ça a fait 70 millions de vues en dix secondes". Enfin si, quelques uns, mais bon, la chorégraphie, dont le motif essentiel est le doigt d'honneur, y est sans doute pour quelque chose.

J'ai remarqué que cela devient un peu la grimace à la mode quand on vous photographie. Ça fait sérieux, comme autrefois les gens croisaient les bras sur les photos. C'est curieux cette manie de désirer avoir l'air d'un parrain de la mafia tchétchène, on se demande de quoi ils manquent pour demander toujours ce costume au Père Noël.

Vous allez me dire, mais comment faire mieux que 70 millions de vue en une seconde ? Simple, il suffit de multiplier les écrans.

Par exemple, poursuivant ma navigation sur le thème de la bouteille bretonne, je suis tombé sur cet écran :




J'y reviendrai, mais ce qui m'intéresse ici, c'est la petite vidéo en vignette, un festival de vidéos sur site extérieur, pardon,c'est interdit maintenant, on doit dire un video mapping festival, incrustée en bas à droite, que j'ai visionnée sans avoir rien demandé. Il suffit de faire cela 140 millions de fois, et j'aurai deux fois plus de vues que le Père Noël PNL, en un rien de temps, ce qui suffit de nos jours pour vous sacrer génie universel.




mercredi 1 mai 2019

Encore une fois,

L'actualité me la sert toute chaude :

https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/le-tour-du-monde-des-idees-du-lundi-29-avril-2019

Sous le titre alléchant : "Guides du langage "correct" : quand les universités américaines s'avisent de contrôler les mots des étudiants "

Chers amis militants, n'ayez pas la naïveté de croire que le pouvoir capitaliste est soudain devenu clairvoyant, et se met à aimer les lesbiennes. Le pouvoir consumériste, après avoir essoré la période des temples (hypermarché, mall, cafétéria géante flunch) a déclaré ouverte l'ère de la niche. 


La niche est ce qui permet, une fois qu'on vous a persuadé que vous êtes lesbienne, d'acheter des fringues spéciales pour lesbiennes. Ainsi costumée, de vous grimer avec des cosmétiques spécial lesbienne, et une fois attifée, de rouler dans votre voiture de lesbienne jusqu'au restaurant le plus proche où on sert des menus spécial lesbienne. 

Les dits restos sont moins vastes qu'une cafétéria Flunch, mais on en met dans chaque pâté de maisons, ça fait une manageuzeresse et trois employéezuzeresses qui n'ont pas à commuter, ça évite qu'elles installent une cuisine dans leur studio, on n'a plus besoin de cuisine puisqu'on a détruit les légumes. On a besoin d'un frigo pour les sodas, d'une boîte en plastique pour les graines germées, et d'un mwo pour les pizzas livrées par drone grâce à une application sur ton téléphone intelligent, pour les soirs de matches de foot de lesbiennes à la maison, où tu consommes comme les hommes de la pizza sans farine et tu consommes du soda sans boisson, comme les hommes devant la télé les soirs de matches, grâce à la victoire de ton association qui a enfin obtenu l'égalité de connerie et la parité d'exploités.

Tu peux remplacer lesbienne par diesel dyke, tapette, butch, stud, pédale, stem, chapstick, tante *, baby-doll, LUG, boi, tarlouze, lipstick, enfin, disons, en choisissant dans les termes autorisés, évidemment. Les termes interdits par la loi pour incitation à la discrimination sont rayés. Ainsi tu sauras comment il faut te dress-up, le makeup à buyer, et le fooding que tu dois order dans les veggiebars. Tu auras enfin trouvé ta personnalité, que tu pourras finir de customiser avec des bijoux de créatrice new-age (boucles d'oreilles ethniques avec plume d'indien) pour être totalement toi.

Sans oublier :

https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/le-tour-du-monde-des-idees-du-vendredi-16-novembre-2018

Safe spaces : des étudiants qui ne supportent plus la contradiction

Alors à ma gauche, Zarak, cagoule jaune et rouge, qui flique ses contemporains jusqu'au fonds de leur biodiversité, qui traque leur mentalité en leur implantant toutes les puces possibles, dans le but de les contrôler, et à ma droite, Casque d'Or, qui nous présente le résultat de trois générations d'enseignement supérieur privé, à savoir des chimpanzés, et encore c'est faire insulte à ce noble animal. 
Ce qui va être curieux à observer, c'est que malgré ce constat que l'Université Macdonalds des savoirs utiles, l'Université Lever de la lessive mentale fric orientée, l'Institut Colgate pour un dentifrice meilleur ne produit que des débiles qui n'ont plus qu'à obéir pour tenter de rembourser leurs années d'initiation au combat contre l'hétérosexualité, on va le reproduire ici.
On l'a fait pour les terrains de sport, en mettant "arena" derrière n'importe quoi qui porte le logo d'une mutuelle. Comme si le fait d'avoir donné des noms de compagnie d'assurances aux stades allaient les garantir de la corruption et de la goinfrerie, de l'esclavage à la télé et à la pub. C'est un peu comme élire Bolsonaro comme président pour se protéger de la mafia ou Beppe Grillo du populisme.

Je vous le dis, on n'a pas le cul sorti des ronces. Le baril de poudre est prêt, il manque plus que le guignol ad hoc pour que l'étincelle y mette le feu, que ces masses de crétins tendent le bras et se jettent sur l'ennemi en hurlant. 

Je me demande où va se réfugier, cette fois... En attendant, je reviendrai bien sûr là-dessus. Mais sur le mode fictionnel, dans les publications du Daronian Institute. Comme le langage employé n'est pas assez correct, j'envoie les invitations une par une, sur demande. Voilà.

Allez, et n'oubliez pas de lutter contre le racisme et de fermer le robinet d'eau quand vous vous lavez les dents. Vive le buen vivir et les graines germées.

* C'est dommage qu'il soit interdit celui-là, mon ami Thierry, adorait que je le traite de vieille tante, il disait que cela lui rappelait Fumaroli, une ville italienne où nous avions étés en vacances, un été.