Lisez ces deux beaux textes, des considérations sur les nouvelles conditions techniques dans les maternités, et sur leur place dans la société du spectacle, par une ancienne sage-femme.
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mercredi 30 novembre 2011
" Il n'y a pas plus de Chinois que de chez noir. "
Elle a tout d'une grande, celle là :)
D'ailleurs, j'ai eu les honneurs de la presse, puisque mon maître à penser me cite.
D'ailleurs, j'ai eu les honneurs de la presse, puisque mon maître à penser me cite.
jeudi 24 novembre 2011
As we lay dying : cartésianisme et holistique vus à travers la camera oscura des primitifs flamands
Je m'autorise (une fois de plus, quelle audace, mon amie) de cette émission de France Culture sur Daniel Arasse pour étendre un peu le sujet (comme vous y allez) avec quelque chose qui n'a rien à voir (vous me rassurez).
Il y aurait bien sûr également à découvrir d'après ce qu'on sait des datations, s'il y a eu évolution constante dans un même sens sur un même direction, ou bien changements de sens dans une même direction, ou bien des sauts sans axe constant, concernant ces points.
Alors, me dira-t-on (laveur), c'est très simple : c'est parce que la lumière du Sauveur éclipse toutes les autres, même celle du soleil.
Elle est tellement puissante que les vêtements deviennent blancs (comme lors de la transfiguration). Ces détails, différents de l'iconographie traditionnelle, correspondraient à la vision de sainte Brigitte de Suède lorsqu'elle visita la grotte de la Nativité à Bethléem en 1372.
Certes, et on peut voir une sorte de halo dans le dégradé du blanc au mauve. Il n'impacte pas le reste des objets, mais on peut admettre qu'il y a tout de même une part de convention, laquelle dispense d'un réel effet d'illumination. Dans la nativité de Campin à laquelle je pense, le manteau de Joseph reste rouge. La lumière disparaît également dans Vierge à l'Enfant ci-dessous. Certes si tous les manteaux des tableaux où apparaît le Christ étaient blancs...
Plus de chaleur non plus apparemment. La Marie de Campin est d'une frilosité incroyable. Elle passe sa vie à se chauffer près du feu, et elle finit par y mettre la main, dans un geste qui rappelle celui de l'adresse à Gabriel.
La perspective du plat me laisse assez dubitatif. Mais le plus étonnant, c'est la lumière des drapés. On dirait les ombres portées par ce que seraient les armatures d'une verrière.
On peut les voir aussi, mais là c'est carrément fantasque, comme les reflets d'une eau en mouvement, vus à travers un verre coloré. En tout cas on ne peut nier que quelque part ils prolongent la perspective du carrelage, ce qui les " aplatit". Les motifs de la couverture sur laquelle repose l'enfant pourraient eux aussi provenir d'ombres portées.
Bref, ce que je voulais dire, c'est que l'obsession du détail est pour moi révélatrice également d'une attitude mentale qui consiste à laisser ouverte la possibilité qu'une nouvelle, et meilleure interprétation d'un seul détail remette en question l'interprétation de tous les autres détails d'un seul coup. C'est admettre que l'ensemble d'un tableau fonctionne comme un tout, en système, que le peintre fonctionne en système avec l'ensemble de l'oeuvre peint, avec le spectateur, et avec le monde.
Cette vision holistique, elle n'a de cesse d'avoir tout compris, parce que tant que tout n'est pas compris, tout peut être remis en question par un détail. Car comme dans une version latine, un parti pris peut faire perdurer le contresens jusqu'à donner à l'ensemble une signification complètement fausse.
J'oppose à cette vision l'esprit cartésianiste, qui estime que lorsqu'il a compris 90 % d'un tableau c'est largement suffisant pour pérorer dessus sans vergogne, et que si on attend d'avoir tout compris, si on réfléchit trop, on ne fait jamais rien, on " n'avance pas ", le péché capital du clergé de l'économie moderne, les consultants et autres experts, ignares qui n'ont à la bouche que des mots comme "opérationnel", "stratégie", ou "excellence", qui s'autorisent de cela pour décréter qu'une action ne doit pas prendre plus d'une minute ou un texte plus d'une ligne, et qui achèvent le corps agonisant de notre civilisation en finissant la tâche des premiers bourreaux de la division du travail.
Et pourtant si, un peu, nous l'allons montrer tout à l'heure. La réflexion part de la Vierge à l'osier ci-dessous, attribuée à Campin.
La première chose qui m'a frappée dans ce tableau, c'est que le manteau de Marie n'est pas bleu. Il y a bien des manches d'un bleu tellement marial qui dépassent en dessous, qu'on pourrait prendre cela comme une provocation, en admettant que l'absence de bleu est délibérée.
Voilà donc la question. Personnellement, et en dépit de la volonté bien connue d'ancrer la scène dans le cadre d'un intérieur familial, de la vie quotidienne etc., je trouve l'ensemble un peu iconoclaste.
Je me suis avisée que le fait de remplacer une auréole par un pare-feu d'osier, cette matière si facilement inflammable, permet de libérer une masse de cheveux assez vulgaire (on dit bien " Lorsqu'elle nous accueillit, elle était encore en cheveux ") autour d'une face bien quotidienne, allons jusqu'à " débonnaire".
Le geste d'allaitement est on ne peut plus explicite, et l'enfant Jésus, bien loin d'être joufflu, n'arbore même pas l'air inspiré qui préfigure son onction, il a plutôt cette expression de malice étrange, et cette position des mains. Je suis trop ignorant pour décoder celle de la gauche, mais celle de la droite sur le genou me paraît " leste".
Passons sur le calice, que fait-il là, ce qui sert à boire, et qu'on peut opposer à la corolle des lys (qui figurent pourtant sur l'autre, cf. infra). Quant au livre, on peut s'interroger sur l'aspect " BD " de cette Bible. On y distingue plus des images que du texte (Il y a sur une vierge en gloire de Campin un St Augustin qui a un autre exemplaire de cet ouvrage...)
Évidemment, il faut, ici encore, plus de connaissances que je n'en ai pour comparer cette Vierge à celle de l'Annonciation ci-dessous, plus " orthodoxe " si on considère les lys, mais quid du manteau (le bleu sert de couverture, et le rouge est-il " pire " que le blanc ?) et de la Bible si tant est qu'un des deux livres en soit une (ou alors une Bible en deux tomes).
Je sais qu'on est avant la Réformation, mais n'y avait-il pas déjà quelque allusion à quelque courant souterrain ?
Quid de la bougie, ôtée du dessus de la cheminée pour être utilisé en bougeoir sur la table ? Quid encore de l'absence notable du petit village traditionnel et de son paysage servant de fonds à la fenêtre ?
Je sais aussi que ce tableau est essentiellement une " histoire de perspective", et encore une fois d'autres en parleront mieux que moi, je ne vais pas passer ma vie sur la complexité du symbolisme avant Jan Van Eyck, non plus.
Il y aurait bien sûr également à découvrir d'après ce qu'on sait des datations, s'il y a eu évolution constante dans un même sens sur un même direction, ou bien changements de sens dans une même direction, ou bien des sauts sans axe constant, concernant ces points.
Alors, me dira-t-on (laveur), c'est très simple : c'est parce que la lumière du Sauveur éclipse toutes les autres, même celle du soleil.
Elle est tellement puissante que les vêtements deviennent blancs (comme lors de la transfiguration). Ces détails, différents de l'iconographie traditionnelle, correspondraient à la vision de sainte Brigitte de Suède lorsqu'elle visita la grotte de la Nativité à Bethléem en 1372.
Certes, et on peut voir une sorte de halo dans le dégradé du blanc au mauve. Il n'impacte pas le reste des objets, mais on peut admettre qu'il y a tout de même une part de convention, laquelle dispense d'un réel effet d'illumination. Dans la nativité de Campin à laquelle je pense, le manteau de Joseph reste rouge. La lumière disparaît également dans Vierge à l'Enfant ci-dessous. Certes si tous les manteaux des tableaux où apparaît le Christ étaient blancs...
Plus de chaleur non plus apparemment. La Marie de Campin est d'une frilosité incroyable. Elle passe sa vie à se chauffer près du feu, et elle finit par y mettre la main, dans un geste qui rappelle celui de l'adresse à Gabriel.
La perspective du plat me laisse assez dubitatif. Mais le plus étonnant, c'est la lumière des drapés. On dirait les ombres portées par ce que seraient les armatures d'une verrière.
On peut les voir aussi, mais là c'est carrément fantasque, comme les reflets d'une eau en mouvement, vus à travers un verre coloré. En tout cas on ne peut nier que quelque part ils prolongent la perspective du carrelage, ce qui les " aplatit". Les motifs de la couverture sur laquelle repose l'enfant pourraient eux aussi provenir d'ombres portées.
Bref, ce que je voulais dire, c'est que l'obsession du détail est pour moi révélatrice également d'une attitude mentale qui consiste à laisser ouverte la possibilité qu'une nouvelle, et meilleure interprétation d'un seul détail remette en question l'interprétation de tous les autres détails d'un seul coup. C'est admettre que l'ensemble d'un tableau fonctionne comme un tout, en système, que le peintre fonctionne en système avec l'ensemble de l'oeuvre peint, avec le spectateur, et avec le monde.
Cette vision holistique, elle n'a de cesse d'avoir tout compris, parce que tant que tout n'est pas compris, tout peut être remis en question par un détail. Car comme dans une version latine, un parti pris peut faire perdurer le contresens jusqu'à donner à l'ensemble une signification complètement fausse.
J'oppose à cette vision l'esprit cartésianiste, qui estime que lorsqu'il a compris 90 % d'un tableau c'est largement suffisant pour pérorer dessus sans vergogne, et que si on attend d'avoir tout compris, si on réfléchit trop, on ne fait jamais rien, on " n'avance pas ", le péché capital du clergé de l'économie moderne, les consultants et autres experts, ignares qui n'ont à la bouche que des mots comme "opérationnel", "stratégie", ou "excellence", qui s'autorisent de cela pour décréter qu'une action ne doit pas prendre plus d'une minute ou un texte plus d'une ligne, et qui achèvent le corps agonisant de notre civilisation en finissant la tâche des premiers bourreaux de la division du travail.
dimanche 20 novembre 2011
I'm living, I'm expanding
The feeling I was refering to in the end one of my previous posts could be illustrated (but once more, it points much more towards an inner sensation than towards a picture) by the image of a balloon expanding inside an other, and bigger balloon.
This sensation of pushing a " coat " (as in " cell coat") that would be rather elastic is obviously associated with the in utero part of our life. It has been described in terms of " need of existence" by my friend Semillade here.
If we follow Semillade, the very basement of our humanity is intellectual life, itself founded by a biological structure (conform to some morphologial rules in order to avoid lethal etc.) and, here is the point, culture. And the point is that access to self-conscience would be conditionned by some kind of " permissive " mecanism coming from other individuals you are surrounded with during your education.
Thus the inner balloon ( what you consider as being your self ), may expand, pulled from the outside by the depression of the dark night that lies between this and the inner side of your cranial box, and inflated from the inside by the increasing amount of information your social begin is able to cross during its education.
In fact, education never ceases. Interaction, as exercise of intersubjectivity, is litterally, what keeps you alive. Without neglecting the importance of biological substrat as a condition to support life (and how to make such a mistake), Semillade joins Jean-Paul Sartre, Merleau-Ponty and other philosophers in thinking that I exist only in, through, via others.
I know I can speak thanks to their replies, I know I exist only in their mirroring my self.
This sensation of pushing a " coat " (as in " cell coat") that would be rather elastic is obviously associated with the in utero part of our life. It has been described in terms of " need of existence" by my friend Semillade here.
If we follow Semillade, the very basement of our humanity is intellectual life, itself founded by a biological structure (conform to some morphologial rules in order to avoid lethal etc.) and, here is the point, culture. And the point is that access to self-conscience would be conditionned by some kind of " permissive " mecanism coming from other individuals you are surrounded with during your education.
Thus the inner balloon ( what you consider as being your self ), may expand, pulled from the outside by the depression of the dark night that lies between this and the inner side of your cranial box, and inflated from the inside by the increasing amount of information your social begin is able to cross during its education.
In fact, education never ceases. Interaction, as exercise of intersubjectivity, is litterally, what keeps you alive. Without neglecting the importance of biological substrat as a condition to support life (and how to make such a mistake), Semillade joins Jean-Paul Sartre, Merleau-Ponty and other philosophers in thinking that I exist only in, through, via others.
I know I can speak thanks to their replies, I know I exist only in their mirroring my self.
dimanche 13 novembre 2011
Philippe Soupault et la réalité
J'ai lu quelque part dans sa biographie par Béatrice Mousli, un passage où Philippe Soupault décrit l'impression qu'il a que la réalité se déroule devant lui comme un film sur lequel il n'a aucune prise.
C'est, sinon une explication, ou une justification, au moins une antécédence.
C'est en outre un sentiment qui est certainement partagé, à divers degrés, par la plupart d'entre nous. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est lié à une sorte de dualité qui nous habite et que nous habitons. Nous sommes de deux façons. Nous coexistons intimement sous deux modes.
Et c'est peut être aussi une des limites rencontrées par les tentatives pour penser l'ontologie basée sur un je, qui plus est qui serait opposable au "monde".
Ne serions-nous pas plutôt un "nous" qui est relié au monde, des je qui sont reliés notamment, mais fondamentalement, par son ontogenèse même.
Entre la matière d'où notre corps est issu, et l'individualité biologique que nous formons dans cet espace, individualité définie par les barrières matérielles et sensorielles (peau, unité de pensée et de comportement), il y a une intersection (au sens de la théorie des ensembles) mais cette intersection est pleine de liens, le cordon n'est pas coupé : comportements archaïques, grégaires...
Entre le groupe qui nous a formé et éduqué en tant qu'être social, et l'individu communiquant qui habite la sphère ainsi créée et devenue "privée", il y a une intersection, mais c'est un isthme, où sur les dépôts alluvionnaires de notre enfance, entre les îlots de notre passé reconstruit dans la mémoire, circulent les courants du présent.
Cette impression de regarder la réalité comme un film est donc doublement justifiée : d'une part notre être fondamental, animal, biologique, regarde tapi dans sa caverne rouge et sombre, depuis cette grotte utérine où il s'est tissé de fibres, le merveilleux écran de cinéma où vit son être social.
Et d'autre part son être social, si superficiel, si fragile et artificiel sur son écran de convention apprises, sans véritable origine ni repère, construction floue dont chaque fil ne tient que parce qu'il est tissé à un autre, cet être lui aussi sent bien qu'il y a devant lui une matière dont il est fait, dont il est issu, et pourtant qu'il ne peut plus appréhender qu'à travers les filtres successifs que son système cognitif et sa culture ont interposé entre lui et le monde, pour le permettre de le penser, mais lui interdisant par là désormais de le sentir.
C'est, sinon une explication, ou une justification, au moins une antécédence.
C'est en outre un sentiment qui est certainement partagé, à divers degrés, par la plupart d'entre nous. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est lié à une sorte de dualité qui nous habite et que nous habitons. Nous sommes de deux façons. Nous coexistons intimement sous deux modes.
Et c'est peut être aussi une des limites rencontrées par les tentatives pour penser l'ontologie basée sur un je, qui plus est qui serait opposable au "monde".
Ne serions-nous pas plutôt un "nous" qui est relié au monde, des je qui sont reliés notamment, mais fondamentalement, par son ontogenèse même.
Entre la matière d'où notre corps est issu, et l'individualité biologique que nous formons dans cet espace, individualité définie par les barrières matérielles et sensorielles (peau, unité de pensée et de comportement), il y a une intersection (au sens de la théorie des ensembles) mais cette intersection est pleine de liens, le cordon n'est pas coupé : comportements archaïques, grégaires...
Entre le groupe qui nous a formé et éduqué en tant qu'être social, et l'individu communiquant qui habite la sphère ainsi créée et devenue "privée", il y a une intersection, mais c'est un isthme, où sur les dépôts alluvionnaires de notre enfance, entre les îlots de notre passé reconstruit dans la mémoire, circulent les courants du présent.
Cette impression de regarder la réalité comme un film est donc doublement justifiée : d'une part notre être fondamental, animal, biologique, regarde tapi dans sa caverne rouge et sombre, depuis cette grotte utérine où il s'est tissé de fibres, le merveilleux écran de cinéma où vit son être social.
Et d'autre part son être social, si superficiel, si fragile et artificiel sur son écran de convention apprises, sans véritable origine ni repère, construction floue dont chaque fil ne tient que parce qu'il est tissé à un autre, cet être lui aussi sent bien qu'il y a devant lui une matière dont il est fait, dont il est issu, et pourtant qu'il ne peut plus appréhender qu'à travers les filtres successifs que son système cognitif et sa culture ont interposé entre lui et le monde, pour le permettre de le penser, mais lui interdisant par là désormais de le sentir.
jeudi 3 novembre 2011
A l'ombre des fraisiers
J'aime ce passage :
C'est tiré d'un billet de ce blog. déjà le passage sur les habits vieux, ça m'interpelle au niveau du vécu de mon blog sur le wabi/sabi. Et puis cette vision dynamique de l'homme en train de se construire, ça me va. Même si comme vous le savez, je ne suis pas trop braguette, dragées, baguette ;)
... Diderot fait l’éloge des « habits vieux » dans lesquels il trouve « une multitude infinie de petits accidents intéressants » et donne l’exemple de ce jeune homme à qui l’on a fait un portrait de son père et qui s’exclame :
Vous n’avez rien fait qui vaille, ni vous, ni le peintre. Je vous avais demandé mon père de tous les jours, et vous ne m’avez envoyé que mon père des dimanches. »
Une notre de Laurent Versini nous apprend que ce jeune homme n’est autre que Diderot lui-même.
L’un des fondements de la critique artistique de Diderot tient dans cette attention à ce que le voile d’aucune conception ne s’impose devant la réalité lorsqu’on entreprend de la représenter : C’est la raison pour laquelle il s’attaque aux poses académiques, qui “guindent” les représentations :
Si vous perdez le sentiment de la différence de l’homme qui se présente en compagnie, et de l’homme intéressé qui agit, de l’homme qui est seul, et de l’homme qu’on regarde, jetez vos pinceaux dans le feu. Vous académiserez, vous redresserez, vous guinderez toutes vos figures.
et ailleurs :
La figure sera sublime, non pas quand j’y remarquerai l’exactitude des proportions, mais quand j’y verrai tout au contraire un système de difformités bien liées et bien nécessaires.
Soucieux de respecter la particularité de chaque corps humain, Diderot s’élève donc contre ce qui en diffère la présence et ce qui en altère l’intégrité et la singularité. On peut dire que la réflexion de Diderot est grevée d’un souci de la présence de l’homme : l’intelligence de Diderot consiste à ménager, au sein d’une pensée en mouvement, un espace d’existence pour l’homme. L’interrogation esthétique est sous-tendue par une conception de l’homme à moitié établie, à moitié en train de se construire ; dans le vaste geste d’écriture et de pensée par lequel Diderot tente de fonder son esthétique picturale, il cherche à dégager les conditions de possibilité d’émergence, au sein de la toile, de la présence. J’insiste sur le caractère dynamique de ce souci de présence : je ne dis pas que Diderot construit un espace pour l’homme, mais qu’il s’efforce de penser de telle sorte que cet espace puisse exister.
Il semble qu’on puisse définir ainsi l’homme pour qui est maintenu ouvert cet espace d’existence : être de finitude qui s’accomplit dans l’espace social au gré des circonstances les plus diverses. Le souci de la présence humaine va de pair avec celui du hasard de son accomplissement. Par ce mouvement d’élaboration continue d’un principe mimétique, Diderot permet de penser l’égale dignité des destins humains, qui sont autant de déclinaisons honorables de cet être particulier. Serait-il abusif de faire une lecture politique de ses recherches esthétiques, et y voir une tentative de subversion des représentations de l’Ancien Régime ? je l’ignore ; toutefois, on ne peut manquer de voir que cette écriture est travaillée par une pensée de l’homme qui est bien plus qu’un idéal abstrait. Cette pensée prend progressivement forme, au fil de l’interrogation sur les moyens et les techniques de la peinture, par un questionnement de l’apparence de cet homme et des représentations qu’on doit et qu’on peut en faire. Le geste intellectuel de Diderot n’est pas seulement esthétique, il est aussi moral et éthique : il pose de manière sous-jacente la question de l’image de l’homme qui préside à la conception d’une société.
C'est tiré d'un billet de ce blog. déjà le passage sur les habits vieux, ça m'interpelle au niveau du vécu de mon blog sur le wabi/sabi. Et puis cette vision dynamique de l'homme en train de se construire, ça me va. Même si comme vous le savez, je ne suis pas trop braguette, dragées, baguette ;)
vendredi 28 octobre 2011
La doxa de Rastier
Lisez Fabula, un site de recherche en littérature.
On y trouve récemment une noticelle concernant le dernier ouvrage d'un certain François Rastier. Je ne me permettrai de critiquer ni les termes ni le contenu, je ne retiens pour le moment que cette idée du sens émergent d'une relation dynamique " entre " les mots, et non pas " dans " les mots.
Ceci me rappelle Formesens, le blog de mon ami Semillade. Et lorsque François Rastier semble y ajouter des notions de pratique sociale, cela me rappelle le socle idéologique de mes amis de l'Atelier de Minuit.
François Rastier, La mesure et le grain. Sémantique de corpus, Paris : Honoré Champion, coll. « Lettres numériques », 2011, 280 p., EAN 9782745322302.
La doxa
Pour résoudre les problèmes qui se posent à l’analyse de discours, F. Rastier propose de remplacer le terme d’idéologie par « le terme de doxa, en entendant par là l’ensemble des normes sémantiques transgénériques et transdiscursives » (p. 106).
Selon lui, l’intérêt de ce changement terminologique est de redéfinir la doxa en termes linguistiques :
Dans la perspective différentielle, elle se constitue par des oppositions sémantiques ; elle n’est pas « dans les mots » mais « entre les mots », dans leurs relations. Comme ces relations ne sont pas statiques mais dynamiques, il faut caractériser les structures doxales (endoxales et paradoxales) : entre les lexies se placent des seuils évaluatifs, et des parcours génératifs et interprétatifs se déploient dans les zones qu’ils délimitent. (p. 108)
Pour cela, il s’attache à décrire les instances de normativité textuelles, en particulier les genres. Grâce à cette description,
les « conditions de production » trouvent un autre statut d’intelligibilité, car tout texte oral ou écrit appartient à la strate sémiotique d’une pratique sociale : prescrivant les régimes génétique, mimétique et herméneutique du texte, le genre relie le texte à un discours (politique, juridique, religieux, etc.). (p. 56)
samedi 22 octobre 2011
Il rêvait d’avoir ses couleurs
La débâcle est un bien beau moment, et je ne suis pas mécontente d'y assister.
J'adore ces petits ruisseaux qui se forment, découvrant des herbes encore trempées dans la mort brune de l'hiver.
Leurs minuscules murmures répondent aux premiers gazouillis des oiseaux en quête d'un lieu de nidation, c'est beau, et l'on sait que bientôt on entendra le frottement lourd des plaques de neige qui se détachent des toits.
Entre autres signes de la migration de civilisation, ce trait touchant et de plus en plus commun chez les analphabètes (sic) qui savent encore tracer quelques signes sur le web, cette tendance, pour faire chic, ou de peur de manquer, je ne saurais dire, à ajouter un accent circonflexe sur les voyelles là où il n'y en a nul besoin.
Par exemple :
- " il n’y a plus assez de stock pour nourrir tous le monde, je parle des occidentaux, donc les conflits à venir seront grâves... "
- " Lave linge qui fait des tâches!!!. bonjour, "
Et autres impératifs du verbe faire graphiés : " faîtes" ...
Mise à jour, je viens de trouver celle-là :
Et allez donc ...
C'est peut-être un détail pour vous... On ne m'empêchera pas de douter qu'on puisse construire une pensée complexe sans maîtriser les formes simples. On ne fait pas de l'ébénisterie avec un seul rabot ni de palais avec des parpaings.
Je signale d'ailleurs publiquement que je compte soutenir et relayer l'initiative de l'Atelier de Minuit qui consiste à proposer à des sites comme Youphil d'ajouter à leurs rubriques celle d'aide humanitaire culturelle.
Et à ceux qui voient une contradiction entre le contenu de ce billet et la promotion que je fais de la poésie de Dehors, laquelle prend parfois quelques libertés avec etc., eh bien oui, j'assume. Je l'aime telle quelle, dans son jus, cette expression.
J'adore ces petits ruisseaux qui se forment, découvrant des herbes encore trempées dans la mort brune de l'hiver.
Leurs minuscules murmures répondent aux premiers gazouillis des oiseaux en quête d'un lieu de nidation, c'est beau, et l'on sait que bientôt on entendra le frottement lourd des plaques de neige qui se détachent des toits.
Entre autres signes de la migration de civilisation, ce trait touchant et de plus en plus commun chez les analphabètes (sic) qui savent encore tracer quelques signes sur le web, cette tendance, pour faire chic, ou de peur de manquer, je ne saurais dire, à ajouter un accent circonflexe sur les voyelles là où il n'y en a nul besoin.
Par exemple :
- " il n’y a plus assez de stock pour nourrir tous le monde, je parle des occidentaux, donc les conflits à venir seront grâves... "
- " Lave linge qui fait des tâches!!!. bonjour, "
Et autres impératifs du verbe faire graphiés : " faîtes" ...
Mise à jour, je viens de trouver celle-là :
Et allez donc ...
C'est peut-être un détail pour vous... On ne m'empêchera pas de douter qu'on puisse construire une pensée complexe sans maîtriser les formes simples. On ne fait pas de l'ébénisterie avec un seul rabot ni de palais avec des parpaings.
Je signale d'ailleurs publiquement que je compte soutenir et relayer l'initiative de l'Atelier de Minuit qui consiste à proposer à des sites comme Youphil d'ajouter à leurs rubriques celle d'aide humanitaire culturelle.
Et à ceux qui voient une contradiction entre le contenu de ce billet et la promotion que je fais de la poésie de Dehors, laquelle prend parfois quelques libertés avec etc., eh bien oui, j'assume. Je l'aime telle quelle, dans son jus, cette expression.
jeudi 20 octobre 2011
De mon amie Dehors : Neige d'hiver
Avec sa permission, je publie ici un poème de mon amie Dehors, pour vous faire goûter cette façon que j'aime tant. Elle l'a écrit en pensant au Meilleur des Mondes.
Allez, vous êtes vernies, je vous en mets un second, écrit en pensant à l'Insoutenable Légèreté de l'Etre.
Le long du chemin, de ce long chemin parsemé de fleurs bleues
Parsemée de coquelicots et d’églantines sauvages
Auxquelles les épines rentraient dans la chair,
Goutte de sang, coula sur mon doigt.
Le long de ce long chemin, j’espérais au bout y voir un cheval blanc,
Une prairie de printemps, évanescente et pas encore amère…
Je m’imagine au bout du chemin, qui mène quelque part, qui mene nulle part,
Il passe par le pont des amoureux, ou la rivière coule, oublie moult lupanars
L’amoureux, il est délicat comme une rosée de printemps
Ou a l’aube le jardin n’était couverte que de gelée blanche.
L’amoureux, il s’enivre de poèmes, de litanies et de chants
Qui partageront le monde en un conte parsème de rêves et d’amours convainquant
Il s’avère cristallin, ce verre, ou maintenant je repose mes lèvres et retrouve le parfum
De désirs qui palpitent et d’esprits angevins qui habitent tout prés de lui, l’amoureux
Alors je l’invite, à l’apéritif, au déjeuner, au vin blanc et à la liqueur
De faire de la poésie avec l’algorithme de ses sentiments, de son doux cœur
Neige d'Hiver
Parchemin, cheminé, maison au coin du feu, la braise chauffe les bienheureux.
Dehors neige et couverture de l’hiver, oiseaux peureux, le chat noir sur mes genoux ronronne et je pense sans cesse à ce nouvel amoureux. Il croyait qu’il m’aimait mais qui suis-je finalement à ses yeux. Juste une chienne ou une vie à vivre à deux. Dire « je t’aime », n’oserais je pas ici. S’il me voit il part et s’insurge de mon ennui et de ma mélancolie.
Suis- je si coriace avec la bienséance de mes pensées. Suis-je à ma place lorsque j’ai peur d’aimer.
Allant marcher sur ce chemin glacé comme le cœur de l’hiver, je me promenais avec une joie un peu amère. Les flocons virevoltent et reviennent à moi des pensées douces.
AU coin du feu sous la couverture, et mon tourment à maintes reprises s’enlise.
Je me demande seulement si je pourrais, comme avant être aimée. J’étais toujours, auparavant avec ces fous et cette folie illusoire. Et doucement je voudrais une âme sœur qui sache lire mes peurs. Ainsi la belle vie m’emmène aux confins du bonheur.
Allez, vous êtes vernies, je vous en mets un second, écrit en pensant à l'Insoutenable Légèreté de l'Etre.
Le Roi des Coeurs
Le long du chemin, de ce long chemin parsemé de fleurs bleues
Parsemée de coquelicots et d’églantines sauvages
Auxquelles les épines rentraient dans la chair,
Goutte de sang, coula sur mon doigt.
Le long de ce long chemin, j’espérais au bout y voir un cheval blanc,
Une prairie de printemps, évanescente et pas encore amère…
Je m’imagine au bout du chemin, qui mène quelque part, qui mene nulle part,
Il passe par le pont des amoureux, ou la rivière coule, oublie moult lupanars
L’amoureux, il est délicat comme une rosée de printemps
Ou a l’aube le jardin n’était couverte que de gelée blanche.
L’amoureux, il s’enivre de poèmes, de litanies et de chants
Qui partageront le monde en un conte parsème de rêves et d’amours convainquant
Il s’avère cristallin, ce verre, ou maintenant je repose mes lèvres et retrouve le parfum
De désirs qui palpitent et d’esprits angevins qui habitent tout prés de lui, l’amoureux
Alors je l’invite, à l’apéritif, au déjeuner, au vin blanc et à la liqueur
De faire de la poésie avec l’algorithme de ses sentiments, de son doux cœur
mercredi 5 octobre 2011
Multivers
Vous vous souvenez sans doute que j'avais dans ce billet émis la possibilité que plusieurs réalités coexistent.
Bien sûr je ne suis pas la seule, mais il semble que les scientifiques s'y mettent aussi, à preuve cette émission de France Culture :
" Un paysage de production des lois", " La mesure est une sous-classe de l'interaction ", " Comme si le travail d'ourdissage du réel se révélait... " quel bonheur d'entendre 3 hommes intelligents discuter, c'est si bon, c'est si rare.
Le plus étonnant, c'est qu'ils citent des prédécesseurs : Anaximandre, Lucrèce... !
Comme je le disais, on pense là un ensemble plus grand que Dieu, puisque Dieu n'a été pensé jusqu'ici que comme ordonnateur d'un seul univers.
On peut oser dire que ces physiciens réintègrent dans leur pratique un ressenti que nous frôlons tous depuis longtemps, et qu'ils exaucent par là le voeu de Merleau-Ponty appelant ce changement de doctrine (Cf. Le visible et l'invisible, TEL Gallimard , page 35 réflexion et interrogation).
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire tenir ci-dessous quelques lignes d'un passage qui précède (p. 31) :
" Quand il s'agit du visible, une masse de faits vient l'appuyer : par delà la divergence des témoignages, il est souvent facile de rétablir l'unité et la concordance du monde. Au contraire, sitôt dépassé le cercle des opinions instituées, qui sont indivises entre nous comme la Madeleine ou le Palais du Justice, beaucoup moins pensées que monuments de notre paysage historique, dès qu'on accède au vrai, c'est à dire à l'invisible, il semble plutôt que les hommes habitent chacun leur ilôt, sans qu'il y ait de l'un à l'autre transition, et l'on s'étonnerait plutôt qu'ils s'accordent quelquefois sur quoi que ce soit. Car enfin, chacun d'eux a commencé par être un fragile amas de gelée vivante, et c'est déjà beaucoup qu'ils aient pris le même chemin d'ontogénèse, c'est encore beaucoup plus que tous, du fond de leur réduit, ils se soient laissé happer par le même fonctionnement social et le même langage ; mais que, quand il s'agit d'en user à leur gré et de dire ce que personne ne voit, ils en viennent à des propositions compatibles, ni le type de l'espèce, ni celui de la société ne le garantit.
Quand on pense à la masse des contingences qui peuvent altérer l'un et l'autre, rien n'est plus improbable que l'extrapolation qui traite comme un monde aussi, sans fissures et sans incompossibles, l'univers de la vérité. "
Fin de citation. Quel contraste avec l'élitisme puant de Descartes annonçant que si une vérité existait, il était plus vraisemblable qu'elle ne fut trouvée que par quelques uns (dont lui-même au premier chef, bien entendu) plutôt que partagée par tous. Berk.
31 octobre : j'apprends que mes amis de Semillade se sont fendus d'un billet pour dire leur pensée sur ce que j'ai écrit ici.
Bien sûr je ne suis pas la seule, mais il semble que les scientifiques s'y mettent aussi, à preuve cette émission de France Culture :
" Un paysage de production des lois", " La mesure est une sous-classe de l'interaction ", " Comme si le travail d'ourdissage du réel se révélait... " quel bonheur d'entendre 3 hommes intelligents discuter, c'est si bon, c'est si rare.
Le plus étonnant, c'est qu'ils citent des prédécesseurs : Anaximandre, Lucrèce... !
Comme je le disais, on pense là un ensemble plus grand que Dieu, puisque Dieu n'a été pensé jusqu'ici que comme ordonnateur d'un seul univers.
On peut oser dire que ces physiciens réintègrent dans leur pratique un ressenti que nous frôlons tous depuis longtemps, et qu'ils exaucent par là le voeu de Merleau-Ponty appelant ce changement de doctrine (Cf. Le visible et l'invisible, TEL Gallimard , page 35 réflexion et interrogation).
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire tenir ci-dessous quelques lignes d'un passage qui précède (p. 31) :
" Quand il s'agit du visible, une masse de faits vient l'appuyer : par delà la divergence des témoignages, il est souvent facile de rétablir l'unité et la concordance du monde. Au contraire, sitôt dépassé le cercle des opinions instituées, qui sont indivises entre nous comme la Madeleine ou le Palais du Justice, beaucoup moins pensées que monuments de notre paysage historique, dès qu'on accède au vrai, c'est à dire à l'invisible, il semble plutôt que les hommes habitent chacun leur ilôt, sans qu'il y ait de l'un à l'autre transition, et l'on s'étonnerait plutôt qu'ils s'accordent quelquefois sur quoi que ce soit. Car enfin, chacun d'eux a commencé par être un fragile amas de gelée vivante, et c'est déjà beaucoup qu'ils aient pris le même chemin d'ontogénèse, c'est encore beaucoup plus que tous, du fond de leur réduit, ils se soient laissé happer par le même fonctionnement social et le même langage ; mais que, quand il s'agit d'en user à leur gré et de dire ce que personne ne voit, ils en viennent à des propositions compatibles, ni le type de l'espèce, ni celui de la société ne le garantit.
Quand on pense à la masse des contingences qui peuvent altérer l'un et l'autre, rien n'est plus improbable que l'extrapolation qui traite comme un monde aussi, sans fissures et sans incompossibles, l'univers de la vérité. "
Fin de citation. Quel contraste avec l'élitisme puant de Descartes annonçant que si une vérité existait, il était plus vraisemblable qu'elle ne fut trouvée que par quelques uns (dont lui-même au premier chef, bien entendu) plutôt que partagée par tous. Berk.
31 octobre : j'apprends que mes amis de Semillade se sont fendus d'un billet pour dire leur pensée sur ce que j'ai écrit ici.
dimanche 2 octobre 2011
L'insoutenable largeur du monde
Hier à la supérette du coin, le gérant fort sympathique me raconte les difficultés qu'il vit avec les retours de ses invendus au rayon Presse.
De ses invendus
Oui, certes
Les journaux, il les lui faut rendre
Oui mais seulement quand on les lui demande
Et seulement les bons
etc.
Je me laisse pénétrer de sa conversation et m'emplis de ses soucis, en gros de sa vie. En sortant, il suffit que j'entende le récit de combats au moyen-orient, ou la description par une fille de Camarines Norte de sa party du soir, pour que je les vive avec la même profondeur que la vie de l'épicier du coin.
Et tout à coup je m'emplis non seulement des deux mètres de cette vie, mais encore des dix mètre de celles des combattants qui meurent sous les balles dans un quartier lybien, et je m'étire encore de la largeur de la vie de cette bande de jeunes à l'autre bout de la planète.
Je m'élargis toujours plus de la conscience que j'ai des autres, je m'étire et m'emplis de la réalité présente de leur vie. Je sens leur vie en moi, je les sens vivre en moi.
Certes ils vivent seuls, et très bien en dehors de moi, mais au poids de leur vie dans ma conscience, c'est moi seule qui peux abonder.
Cela me leste et je marche doucement, paradoxalement la tête vide, c'est à dire absente au présent des gens que je croise sans la rue.
Si l'un d'eux me parle, il n'y a plus de place en moi pour ses paroles, elles rebondissent à l'extérieur, et dans quelques minutes, je ne m'en souviendrai plus, à leur grand dam.
Je regarde les plantes, les tissus gonflés par le vent, et je me dis que cela continuerait assez bien sans moi, finalement.
Je sais, il ne faut pas. Je devrais écouter distraitement, oublier le monde et me concentrer sur mes urgences en restant persuadée qu'elles sont indispensable. Je sais...
Mais il y a quelque chose d'immense qui me dit : " Viens, n'aie pas peur...", quelque chose qui semble plein de tout cela aussi, et de bien plus encore.
Si tous ces gens écoutaient cette voix, ils cesseraient peut-être de se battre, de vendre et de retourner des journaux, de se trémousser, car ils auraient trouvé bien mieux à vivre.
Certes le siphon est assez peu engageant, c'est le cas de le dire....
De ses invendus
Oui, certes
Les journaux, il les lui faut rendre
Oui mais seulement quand on les lui demande
Et seulement les bons
etc.
Je me laisse pénétrer de sa conversation et m'emplis de ses soucis, en gros de sa vie. En sortant, il suffit que j'entende le récit de combats au moyen-orient, ou la description par une fille de Camarines Norte de sa party du soir, pour que je les vive avec la même profondeur que la vie de l'épicier du coin.
Et tout à coup je m'emplis non seulement des deux mètres de cette vie, mais encore des dix mètre de celles des combattants qui meurent sous les balles dans un quartier lybien, et je m'étire encore de la largeur de la vie de cette bande de jeunes à l'autre bout de la planète.
Je m'élargis toujours plus de la conscience que j'ai des autres, je m'étire et m'emplis de la réalité présente de leur vie. Je sens leur vie en moi, je les sens vivre en moi.
Certes ils vivent seuls, et très bien en dehors de moi, mais au poids de leur vie dans ma conscience, c'est moi seule qui peux abonder.
Cela me leste et je marche doucement, paradoxalement la tête vide, c'est à dire absente au présent des gens que je croise sans la rue.
Si l'un d'eux me parle, il n'y a plus de place en moi pour ses paroles, elles rebondissent à l'extérieur, et dans quelques minutes, je ne m'en souviendrai plus, à leur grand dam.
Je regarde les plantes, les tissus gonflés par le vent, et je me dis que cela continuerait assez bien sans moi, finalement.
Je sais, il ne faut pas. Je devrais écouter distraitement, oublier le monde et me concentrer sur mes urgences en restant persuadée qu'elles sont indispensable. Je sais...
Mais il y a quelque chose d'immense qui me dit : " Viens, n'aie pas peur...", quelque chose qui semble plein de tout cela aussi, et de bien plus encore.
Si tous ces gens écoutaient cette voix, ils cesseraient peut-être de se battre, de vendre et de retourner des journaux, de se trémousser, car ils auraient trouvé bien mieux à vivre.
Certes le siphon est assez peu engageant, c'est le cas de le dire....
lundi 19 septembre 2011
L'amour et la bouffe
Je sais que c'est idiot, mais je pense à tous les gens qui souffrent, les enfants qui pleurent, les femmes qui supplient d'arrêter, les hommes qui meurent sous les coups, les jeunes à peine grandis qui finissent leur cancer à l'hosto, et ça me cloue sur place.
Je contemple abattue, hébétée, ... rien. Je ne contemple rien, je ne suis d'ailleurs plus rien, j'attends que ça passe. Quand il faudra à nouveau se re-lever pour ... quoi donc déjà, ah oui manger, parler etc.
Y-a-t-il d'autre combat ? Non, évidemment, c'est le plus noble que celui de médecin. Et puis encore, ça sert à quoi de les sauver ? A rien non plus. Bref....
Le plus drôle c'est que j'écris cela en septembre 2011. En fait je remplis le vide d'un brouillon ouvert en mars 2010, mais le blog va aller le cacher au fond des billets de 2010, et personne sauf moi et mes biographes ne le saura. :)
J'arrive encore à me faire sourire.
Bon, je vais de ce pas créer d'autres brouillons à remplir pour le futur, et éteindre le feu sous les pâtes.
Salut et Fraternité, évidemment.
PS : ah ben non, finalement il l'a publié à la bonne date. Cela me rappelle les anciens slogans genre " Aux jolis tissus" (si j'avais fondé une agence de pub, je l'aurais appelée " A la bonne réclame").
Donc c'est pour dire que : " A la bonne date ", ça fait un peu boutique qui vend des dates. Ah ce serait marrant, ça. Une petite nouvelle à faire.
Tiens une autre comme ça : les piles Ni-MH, c'est pour les jouets des enfants qui reçoivent un vaisseau de Star Trek à Noël. Les piles pour vraiment aller dans l'espace, ce sont des Ni-Moy. Ah ah.
Sinon, pour l'amour et la bouffe, je ne me souviens pas ce que je voulais écrire. Enfin, si mais vaguement, vous savez, le chocolat, les hommes et tout, je m'en fous maintenant. Je suis une Flying Butch (marque déposée).
or am I just a....
... versatile woman ?
Je contemple abattue, hébétée, ... rien. Je ne contemple rien, je ne suis d'ailleurs plus rien, j'attends que ça passe. Quand il faudra à nouveau se re-lever pour ... quoi donc déjà, ah oui manger, parler etc.
Y-a-t-il d'autre combat ? Non, évidemment, c'est le plus noble que celui de médecin. Et puis encore, ça sert à quoi de les sauver ? A rien non plus. Bref....
Le plus drôle c'est que j'écris cela en septembre 2011. En fait je remplis le vide d'un brouillon ouvert en mars 2010, mais le blog va aller le cacher au fond des billets de 2010, et personne sauf moi et mes biographes ne le saura. :)
J'arrive encore à me faire sourire.
Bon, je vais de ce pas créer d'autres brouillons à remplir pour le futur, et éteindre le feu sous les pâtes.
Salut et Fraternité, évidemment.
PS : ah ben non, finalement il l'a publié à la bonne date. Cela me rappelle les anciens slogans genre " Aux jolis tissus" (si j'avais fondé une agence de pub, je l'aurais appelée " A la bonne réclame").
Donc c'est pour dire que : " A la bonne date ", ça fait un peu boutique qui vend des dates. Ah ce serait marrant, ça. Une petite nouvelle à faire.
Tiens une autre comme ça : les piles Ni-MH, c'est pour les jouets des enfants qui reçoivent un vaisseau de Star Trek à Noël. Les piles pour vraiment aller dans l'espace, ce sont des Ni-Moy. Ah ah.
Sinon, pour l'amour et la bouffe, je ne me souviens pas ce que je voulais écrire. Enfin, si mais vaguement, vous savez, le chocolat, les hommes et tout, je m'en fous maintenant. Je suis une Flying Butch (marque déposée).
or am I just a....
... versatile woman ?
vendredi 9 septembre 2011
Généraize
Je n'ai pas trouvé d'autre moyen de graphier ce " eu " ouvert de l'accent pied-noir qu'on trouve également dans " râleuse, voleuse et menteuse ", bref je vous renvoie au corpus kakouesque.
Oui, je suis généreuse, car en ce moment je fais plein de recommandations. A preuve, qui a écrit cela :
"Dans le Disneyland préfasciste actuel, quelques principes simples, si vous voulez survivre : soumission, inculture, hystérie froide, racisme larvaire, vulgarité."
C'est lui
Oui, je suis généreuse, car en ce moment je fais plein de recommandations. A preuve, qui a écrit cela :
"Dans le Disneyland préfasciste actuel, quelques principes simples, si vous voulez survivre : soumission, inculture, hystérie froide, racisme larvaire, vulgarité."
C'est lui
samedi 13 août 2011
Multi Level Marketing
Dans Mykonos liquéfiée
Je veux de l'amour, je veux de la menthe
Mais, ô Paresse, plus de vent dans les voiles
Des moulins la farine bise a fait long feu
Ô grenouilles de bénitier, bouchons de tir à blanc,
Bars-tabacs, vous m'enchantiez,
Dans Mykonos liquéfiée
Je veux de l'amour, je veux de la menthe...
Madeleine Cambuzat faisait, paraît-il, de la peinture sur soie
Moi de la teinture sur soi, ou pire, sur le Mur de Berlin
Sur celui de Bretagne, je prends des bains
Mykonos, réchauffe, pendant qu'il est encore temps, mes vieux os !
Dans Mykonos liquéfiée
Je veux de l'amour, je veux de la menthe...
Vers l'oeuf jaune dont le milieu commence à puer légèrement en fin de journée
Je sais que c'est un acte décisionnel que d'aller
Mais ce n'est pas cela qui me donnera le courage d'ajouter une consonne
A peine ma mission achevée, il me faudra lui trouver une soeur !
Soeur chérie, soeur divine, qui ne dirait que du verre et des veines
Que j'aiderais comme on aide une reine aux fiançailles, aux allures enlevées
Tu sais ce que je te retire, soulagée du masque des vétérans ?
Je l'aime, évidemment !
Je veux de l'amour, je veux de la menthe
Mais, ô Paresse, plus de vent dans les voiles
Des moulins la farine bise a fait long feu
Ô grenouilles de bénitier, bouchons de tir à blanc,
Bars-tabacs, vous m'enchantiez,
Dans Mykonos liquéfiée
Je veux de l'amour, je veux de la menthe...
Madeleine Cambuzat faisait, paraît-il, de la peinture sur soie
Moi de la teinture sur soi, ou pire, sur le Mur de Berlin
Sur celui de Bretagne, je prends des bains
Mykonos, réchauffe, pendant qu'il est encore temps, mes vieux os !
Dans Mykonos liquéfiée
Je veux de l'amour, je veux de la menthe...
Vers l'oeuf jaune dont le milieu commence à puer légèrement en fin de journée
Je sais que c'est un acte décisionnel que d'aller
Mais ce n'est pas cela qui me donnera le courage d'ajouter une consonne
A peine ma mission achevée, il me faudra lui trouver une soeur !
Soeur chérie, soeur divine, qui ne dirait que du verre et des veines
Que j'aiderais comme on aide une reine aux fiançailles, aux allures enlevées
Tu sais ce que je te retire, soulagée du masque des vétérans ?
Je l'aime, évidemment !
mardi 21 juin 2011
Kiss me back into business
Ma meilleure copine a ouvert une boutique pour entasser pêle-mêle ses vieux souvenirs.
ça peut servir...
Voir la liste des magasins participant à l'opération
ça peut servir...
Voir la liste des magasins participant à l'opération
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