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jeudi 25 avril 2019

En fait non,

J'ai fait trois rêves.


Ils constituent tous une sorte de script pour un film, surtout le second. Ce n'est pas pour des questions de fric, c'est plus pour le dévoilement que je ne sais pas trop comment les écrire.

Par "dévoilement", j'entends que même écrit en résumé, même en version courte, je dévoile le projet, et donc le lecteur n'aura intérêt à lire la version longue...

Je n'ai pas les moyens de les tourner, même si le premier peut être écrit. Quoique, je ne sais pas, je me demande si l'effet ne serait pas mieux porté par un film.
Dans un livre, on est obligé d'écrire l'OMBRE EST LA, LA EN GROS SUR LE MUR. Dans un film, on peut l'esquisser, et la verra qui pourra.
Et puis je me suis dite (faut inclusiver, les filles), "En fait non.". "Non, je ne leur donnerai pas". Mais alors le rêve n'existe plus, le film encore moins, le script pas du tout. Ce n'est pas pour des questions de fric que je répète les phrases comme dans un rêve, c'est parce qu'il le fallait. C'est sûr que les Américains ne sauraient jamais faire un film comme la Baie des Anges, ça ne va pas assez vite.

Et elle va jusqu'à vendre ses fringues, à chaque fois. Oui, mais moi non. L'ombre du gros poisson est là, sur la mer, le dos sur la mer. Quelquefois cette peur infinie nous prenait, même si on se disait que ce serait le Nautilus. C'est vrai que de Funès a incarné le naufrage du mystère.
Et puis en script, non, ça ne rend rien. Oublions le troisième, quoique lui, oui, à la limite, il peut être décrit. Mais pour les autres, il faut faire une maquette, une tentative. Il faut vraiment écrire le roman. Mais l'écriture ne se condense pas. Ce serait alors "Tiré du roman". Écrire un roman si près des rôles qu'il serait en fait un script .
Mais c'est un coup à trois semaines un mois en continu. Sans penser à rien d'autre. Écrire rien d'autre. Et encore, pour l'ébauche. Un an en vrai, en dilué. Avec le reste. Une année pendant laquelle l'autre attendra. D'autres choses attendront.
Des choses aussi peu importantes, aussi insignifiantes, mais qui au moins me distrairont plus que le pensum. Avoir ce gros boudin qui vous attend sur la table, comme un bouledogue nauséabond, prêt à vous empoisonner par les narines. Bon, oui, Étron, c'est mon nouveau roman, sympa non ? Je suis écrivaineuseresse, j'aime à écrivaineuser au féminin, c'est mieux. Hi hi hi, on se grignote le perron, les copines.
Bon...
Il y a des passages dans le Zarathoustra de Nietzsche des passages de poésie fulgurante (c'est affreux, j'y prends goût, à ce truc, Seigneur, ayez pitié) et la question que je me pose est : "Est-ce que ces phrases semblent belles parce que le reste est terne est barbant et qu'enfin l'esprit respire, comme au sortir d'une conversation avec un homme, on est ravie du charme de n'importe quelle demoiselle de Serpierre ?". On rit on l'aime, mais c'est que l'expansion de l'âme est telle qu'on croit s'envoler aux sommets de la spiritualité, non en fait, c'est qu'on parlait avec un homme, et donc ou bien sont-elles vraiment belles ?
Pour le savoir, j'ai décidé d'extraire ces phrases et de les étaler nues, sur le rocher, là, encore fraîches et jaillissantes comme une source en Provence. Ce projet sera réalisé en 2024, comme la cathédrale. Je vais d'abord écrire mes rêves. Il faudrait que j'en écrive au moins une version condensée, un peu comme ils font pour les films, une bande annonce. Mais justement, ici tout réside dans le déroulement du procédé. Un morceau de musique cela ne se résume pas, et pourtant si.

Il y a bien la version en .mid pour les sonneries de téléphone. Mais c'est pour les mélodies. Je suis dans l'ombre de Lyon, comme le système d'irrigation des amphis, ou les toilettes dans le théâtre, je ne sais plus. Mais c'est encore un prestige des Romains en matière de plomberie. On un système de chauffage, je ne sais plus.


Je me plais à imaginer qu'alors une femme, ouvrant ses volets, était coincée entre son désir de me faire des signes, et le danger d'ameuter les voisins. Qu'a-t-elle fait ? Ouvrir les rideaux, se mettre au balcon ? Ou pire, un miroir ? Me jeter un rossignol jaune ? Comme la fille de la concierge dans le film Mon Oncle. Au plus haut des cieux. Je crois d'ailleurs qu'il part avec elle.
Le bonheur sourit aux audacieux. Mais non, je n'ai rien vu. Je ne voyais rien que mon skate-board.Que mon ciel vide.

Sinon, regardez cela :

https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/grand-reportage-du-vendredi-19-avril-2019

Sinon, je voulais faire pendant à cet article https://formesens.wordpress.com/2019/04/21/8021/    de mon éminent confrère John Moullard à la barbe fourchue, pour compléter à mon tour le tableau dans ce sens. Je dis que se hâter de désigner l'antisémitisme comme seul représentant des possibles, c'est un beau cadeau à lui faire. Non seulement on se redore le blason, mais cela détourne l'attention du spectateur et l'empêche de se demander si la cause qu'on lui désigne n'est pas justement le bouc émissaire des causes, si ça ne l'arrange pas que l'antisémitisme endosse la responsabilité des problèmes, comme quelque part, le fait que les Juifs prennent les coups à sa place arrange tout le monde.

La responsabilité de la société n'est pas de combattre l'anti-sémitisme, ou les stéréotypes de genre, qui sont un bouc émissaire encore plus ridicule, mais de faire en sorte que cela ne fasse pas partie des possibles. C'est à dire avant.

Car c'est bien le "avant" qui pose problème. En fait au moment où cristallise cette envie d'être tous pareils, au point que le peuple souffrant va aller chercher des différences qu'il ne connaissait pas comme possibles. Dans le discours, l'origine ethnique, les vêtements, le peuple souffrant va aller chercher prétexte à querelle, comme celui qui est frustré par la place que prennent les autres sur la route leur cherche noise à la moindre déviation d'un code que lui-même viole en permanence. Pour être "pas comme nous", il faut d'abord qu'il y ait un "comme nous", mais attention, pas dans la réalité, mais dans les représentations que la société se fait d'elle-même.

Et le film La vingt-cinquième Heure le montre bien, plus la différence est mince, plus l'individu est soupçonné de la dissimuler, et plus elle devient suspecte de grands pouvoirs. Si vous cachez que vous êtes Juif, c'est donc bien que vous vous servez de cela pour faire de vilaines choses, si vous avez une baguette magique capable de pétrifier les gens, vous la cacherez en marchant dans les rues, alors que vous laisserez une banale clé à molette en évidence.

 Comme le dit Edgar Hilsenrath, "J'étais blond aux yeux bleus, je parlais l'allemand comme les autres, j'avais l'air comme un Allemand, un jour quelqu'un a dit 'cet enfant est juif', et ils ne se sont pas tous ligués contre moi mais il y avait deux ou trois très actifs, les autres juste regardent". J'ai laissé les tournures. Parce que cet avant, il ne remonte pas à 1933 en l'occurrence, mais bien plus tôt.
Si ses camarades de classe sont si "actifs", si comme il est dit dans le reportage, certains professeurs poussent au lynchage, c'est que le malaise est installé depuis longtemps. Ils cherchent déjà à débusquer l'ennemi qu'on leur a construit.

Mais on n'en est plus là, et 2019, c'est ça :




 "Non à l'immigration de peuplement", "génocide des blancs"... C'est du copié-collé de slogans sans queue ni tête. Quant aux slogans antisémites, si cela se réduit à une étoile...

« Dans ces tags, on parle entre autres d’immigrés et de guerres au Sénégal ou au Congo, il n’y a même pas d’immigrés à Dieffenthal ! » s'étonne le Maire.

Qui n'a rien compris visiblement. Personne ne comprend rien à ce qui saute pourtant aux yeux. Et la croix d'Ordre Nouveau. Ils écrivent et ils dessinent n'importe quoi, et c'est interprété par des gens qui ne comprennent même pas que c'est n'importe quoi...

Faire une loi pour interdire de tagger les tombes, c'est comme faire une loi pour interdire de chier dans le caviar. Il y aura toujours deux trois crétins pour le faire, et au mieux, les autres le regarderont comme un débile, mais sans rien faire de plus.

En revanche, ce qui est plus difficile, c'est d'éduquer les parents du dit crétin. Eh voilà, on arrive à la douceur. On arrive au risque. Le risque que prend l'organisateur de la partouze, à ne pas dénoncer l'antisémitisme comme cause de tous les maux, à éduquer les citoyens, qu'ils finissent par chercher d'autres causes à leurs malaises et frustration.


Éduquer les citoyens, cela ne veut pas dire en faire des ânes savants, qui ont de bons scores aux baromètres internationaux de l'ânerie. Cela veut dire en faire des êtres cultivés, qui se demandent pourquoi "on" tient à faire d'eux des classes moyennes en quête de pouvoir d'achat, des hordes de zombies acheteurs sans autre espoir dans la vie que de pouvoir dépenser un max de fric en pavillons tous pareils, en voiture toutes pareilles, en télé aux séries toujours les mêmes, en voyage vers des destinations toutes identiques équipées par Accord, Ikea et Decaux.

Parce qu'ils risqueraient alors de découvrir qu'il faut que des masses de gens tous identiques consomment des produits tous identiques, afin d'en abaisser les coûts de production, afin que les organisateurs de la partouze se mettent la marge dans la poche. Il vaut beaucoup mieux qu'ils aillent dépenser leurs samedis, après les courses, à courir après les antisémites et les homophobes, comme on envoie les enfants jouer au ballon dehors, pour pouvoir discuter entre adultes, en l'occurrence entre exploiteurs, qu'on les laisse tranquillement dévaster la planète, vendre tout ce qui est encore transformable en plastique.

L'Histoire ne se répète pas à l'identique. Si les pogroms servaient à éponger la frustration économique, ils ont ensuite servi d'appui à la cristallisation culturelle en Allemagne : " C'est moins l'inflation que le sentiment d'être injustement puni par les différents traités de paix mais surtout la recréation de la Pologne à partir des terres prussiennes et la menace d'une guerre civile qui ont eu pour effet de donner un nouvel élan au nationalisme et au revanchisme allemands, lesquels ont toujours été présents dans certaines couches de la population depuis l'avènement du pangermanisme. L'Allemagne n'ayant plus de colonies, elle va se recentrer sur son territoire linguistico-culturel et tout miser sur sa force de travail. Comparativement, octobre 1929 fut beaucoup plus dramatique et porta plus à conséquence que 1923. " (Wikipedia)

On peut dire que l'antisémitisme aujourd'hui, comme d'ailleurs l'anti-quoi que ce soit, a disparu d'un horizon idéologique où il ne reste d'ailleurs plus rien d'autre que jouer à Fortnite. S'il reste "à disposition", en cas, pour les frustrations "bovaryques" de quelques jeunes à scooter qui ne parviennent même plus à identifier leur malaise et se rabattent donc sur les vieux trucs qui peuvent resservir, il sert surtout à faire oublier les tentatives (NDDL...) de ceux qui refusent l'embrigadement dans la décérébration du consumérisme comme seul épanouissement possible dans la vie.

Mais s'il n'est plus le signe de la frustration de classe, de quoi ces manifestations "antisémites" sont-elles le signe ? De quelle maladie sociale ces signes sont-ils les symptômes ?

Un jeune aujourd'hui peut avoir une vie riche, culturelle, spirituelle, pleine d'idées, à la rencontre des autres, mais il devra se frayer une place au sein des ONG financées par les dons publics, ce n'est plus l'affaire des états. Plus d'artisans où exercer le travail ds mains, celui qui libère l'esprit, de petit commerce où lire pendant de longues après-midi poussiéreuses avant d'emballer un cent de clous, où mener une vie douce. Il faut mener une compétition féroce avec des gens qui vivent entre deux parpaings, sous un sac en plastique. Les états, devenus maintenant des entreprises comme les autres, n'offrent aux jeunes que le choix entre acheter une voiture gris foncé ou gris clair, s'il est sage et travaille bien. 

Voilà peut-être la maladie à l'origine de toute cette casse du samedi soir. Une jeunesse privée d'une autre perspective de vie que la récompense du hamster qui fait bien tourner sa roue. Une vie à s'emmerder dans son pavillon, à rembourser ses crédits... C'est pour cela que ce fameux antisémitisme n'a plus et heureusement, les conséquences stupides et désastreuses d'avant. Il est devenu mou, stupide, finalement. Sans but, il court comme le poulet à qui on a coupé la tête.

Ceux qui le portent et qu'il porte sont isolés. Désagrégés eux aussi par la déliquescence idéologique. Ils n'appartiennent plus à un même parti. D'ailleurs, comment fédérer des zombies décérébrés ? En faisant ce que fait Trump, en ratissant au plus large sur la frustration devenue endémique, chronique, d'une population obèse et déculturée. Mais la xénophobie générale ne suffit pas pour faire de l'antisémitisme.

Alors on me dira "L'un n'empêche pas l'autre". L'antisémitisme "chiffon rouge" n'empêche pas l'autre, l'ancien, le vrai. C'est fondé. Un autre dira que le chiffon rouge est là pour masquer les discussions sur le problème des noirs, un autre encore le pb des minorités ethniques, une autre des femmes etc. Et le second prospère d'autant mieux que le premier fonctionne. 

Il reste donc à creuser ce point dans un prochain article.  Il reste à tenter de comprendre pourquoi ils semblent tous (les élus, les enseignants...) démunis, autant que les jeunes qui répètent des imbécillités sans trop les comprendre. Parce que ce n'est pas parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'ils disent qu'il faut les laisser dire. 

Je sais, vous allez me dire que c'est faire fi des millions de gens descendus dans la rue. Mais ce sont des vieux, qui y sont descendus pour défendre leurs retraites. Les jeunes sont venus pour s'amuser donc casser. Il paraît que dans certains pays du nord de l'Afrique, ce sont les clubs de fanatiques de football qui constituent le noyau dur de toutes les manifs. Je préfère ne rien dire... 

mercredi 17 avril 2019

Parenthèse de troisième cycle


Je vais faire un petit schéma pour montrer pourquoi les pourris de tout bord qui trahissent la confiance de l'électeur sont vraiment les pires ordures de la Terre.

Parce qu'ils font le calcul suivant. Ils se disent "Mettons que chaque fois qu'on découvre un scandale de patron voyou, d'élu pourri, de détournement de fonds, d'enrichissement, je fais vomir l00 électeurs qui franchissent la limite du dégoût et votent FN pour tirer la chasse sur leur vomis.
Comme il manque 1000 électeurs au FN pour franchir la barre, j'en ai pour dix mandatures, je serai à la retraite dans ma maison à Beaulieu, peinard et blindé, qu'ils crèvent tous. "

Hélas, c'est penser que les phénomènes collectifs et sociaux suivent de gentilles lois linéaires. Regardez par exemple les images ci-dessous. A chaque image, j'augmente la tolérance au changement de couleur de 1% seulement avant de verser la peinture. Pendant un moment, tout se passe bien. Je peux brader les services publics, puis j'augmente doucement la pression du privé et de l'esprit d'entreprise dans l'exploitation des travailleurs, tout va bien, la bourse augmente et je m'en mets plein les fouilles. Je pense que j'en ai pour 100-23 étapes avant qu'on remarque que je pollue le système jusqu'à la mort.

Et puis il y a le 1 % fatal. l'imprévisible. La goutte. Le marchand de fleurs, la ligne rouge invisible que l'histoire a laissée là, comme dans Le Rivage des Syrtes. A chaque génération, c'est comme à chaque tour de roulette russe. les fils qui a hérité de la société de son père hérite en même temps d'un climat plus tendu. Et pourtant, il lui faudra mettre encore plus de gens à la rue pour pouvoir acheter des robots et s'en mettre encore plein les fouilles, à moins que les Chinois acceptent enfin de travailler 32 heures par jour.



Je verse une couleur avec 21 % de tolérance :


tolérance 1
Tout va bien, on va leur piquer 1 % de plus

Même versement de couleur avec 22 % de tolérance :

tolérance 2
Tout va bien, avant que la planète crève, je peux leur mettre 1 % de plus par an pendant 20 ans

23 % de tolérance. Hélas, le phénomène n'est pas linéaire. En ajoutant 1 % de plus d'investissement dans les complexes immobiliers de la mafia bancassurance, c'est toute la faune qui dégage.


tolérance 3
Ah, la planète est un égout et les gens foutent le feu ? Désolé

Sinon, lorsqu'après de longues suppliques, une petite s... (c'est interdit de dire "sal...pe", maintenant faut obéir aux cheftaines/chefteuses/tries/ussesses/tricesses/aineuses/ées) accepte de lever le nez de son écran auquel elle est hypnotiquement soudée depuis 15 heures pour regarder le 45785168ème épisode de manga que c'est vachement une culture parce que dans cet épisode il doit retrouver le talisman violet qui va lui permettre de combattre le dragon ultime et l'empêcher d'avaler l'univers, pour soulager sa vieille mère du boulot de "mettre la table", voilà ce que ça donne :

IMG_20190112_191058 

 On n'a ainsi gâché que 28 secondes pendant lesquelles on aurait pu jouir du tuto beauté YT sur comment enfiler un collant pour faire ressortir ses fesses. M'enfin bon, l'important, c'est de combattre les stéréotypes de genre. 

Donc le pourri qui prend son 1 % de plus, qui opte pour le plan de restructuration de la SNCF qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration d'EDF qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration des auoroutes qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration de la compagnie des eaux qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration de l'enseignement, qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration de la culturequi consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), qui opte pour le plan de restructuration du monde qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), en espérant que les 99 % de pauvres seront retenus par la police, il prend le risque, chaque fois qu'il prend un % de plus, de foutre le monde à feu et à sang.

Et il le sait.

Le député pourri, qui profite de son poste pour s'enrichir, placer sa famille, sa belle-sœur, le mari du cousin de sa belle soeur, pour magouiller, s'informer, donner de l'info, et surtout qui opte pour le plan de restructuration de la commune qui consiste à se recentrer sur le rentable (donc restreindre le service à 1 % de riches), ce qu'il fait, c'est détruire la confiance que le peuple a dans la représentation, cœur de la machine démocratique. 

Et il le sait.

Les gens qui découpent les immeubles par appartements, les sociétés en business units pour vendre le rentable, en privant le reste du groupe des ressources (labos,recherche...), par lbo... Les gens qui bradent le bien public (immeubles...) et les joyaux de la couronne (bâtiments, musées, écoles...) pour les revendre au privé, qui donnent au même privé les clés d'institution payées par le public pendant des années (EDF), ils sapent la confiance du peuple dans ceux qui les gouvernent, ils dissolvent peu à peu la colle, le ciment, qui tient la société. En exacerbant les tensions nées de la misère, ils accroissent les conflits inter-ethniques, les repliements communautaires, le chômage, la pauvreté, donc la délinquance, sur lesquels les trafic de drogues du désespoir et d'armes de la violence font leur nid. 

 Et il le savent.

En laissant faire les injustices des promoteurs, des bétonneurs, en laissant toujours les mêmes gagner, ils exaspèrent une population qui les avait élus pour les protéger de cela, pour diminuer la violence des forts, et non "creuser le fossé des inégalités". 
Pour augmenter le patrimoine de ses gosses, de sa belle-sœur, de sa classe, les hommes politiques ont cautionné le système de pourrissement que le capitalisme attend d'eux comme la pâte attend le levain. Ils ont piétiné la confiance que le peuple avait mis en eux, pillé les trésors de leur pays, tué la poule aux œufs d'or. 

Et il le savent.
Les relations entre le peuple et ses dirigeants atteint maintenant un niveau jamais entrevu dans l'histoire. On s'insulte maintenant copieusement, en public. Le "casse-toi connard", est la charnière, la brisure catastrophique, l'arête le long de laquelle la société va filer dans l'ornière.
Et ce n'est pas quelques attentats ou incendies ici ou là qui la ressouderont .

 Vae Victis. You are doomed.

J'ai entendu que les FARC songent à reconvertir leur ancien QG en guerillaland pour bobo, genre :"vis comme un rebelle, survis 15 jours dans un camp de guerillero, forfait comprenant deux nuits de paintball sous les bambous avec une vraie attaque des forces gouvernementales". Mais faut qu'ils trouvent un moyen pour se faire des sous. En plus les petites exploitations de coca ayant fermé, on a affaire à de grnds exploitants agricoles qui suppriment la forêt, donc leur ancien camp dans la jungle ne sera bientôt plus qu'un champ de blé, tôt transformé en parking grande surface alimentaire, vendant ce même blé sous forme de crounchy chocolaté pour le petit dej.

Tiens moi je vais faire bokoharamland, avec l'enlèvement des Sabines, je vais avoir foule de retraités, je pense. Évidemment, après faut se taper les papiers de sécu des jeunes africaines enceintes (quoique, les retraités peuvent peut-être les remmener après, pour certains...), et là c'est un boulot de dingue.








mardi 16 avril 2019

Faut-il exploiter le peuple ?

Tiens, ce matin, mon journal du dimanche me la sert toute chaude :

Bon, je ne sais pas ce qu'ils ont voulu signifier à droite, mais les vaccins ne sont pas non plus une très bonne idée. Anyway, la question est la suivante :"Est-ce que ces pauvres gens comprennent ce qu'ils écrivent ?". Visiblement, la réponse est "non".

Ils ne comprennent pas que le problème vient du fait que nous avons changé d'ère. Nous ne sommes plus dans l'ère où l'univers était séparé en deux parties, la première concernant "les faits", choses réelles, avérées, provenant du Saint-Siège ou de l'Académie des Sciences, et de l'autre la fiction, les billevesées, les contes le soir à la veillée pour faire peur, Lacan, les histoires de sorcières et de l'Ankou, la sociologie, les goules, les délires des possédés, le Tarot de Marseille, le savon d'Alep, Ctulhu,les romans, la psychanalyse, Dracula, Freud...

Nous sommes entrés dans une ère où les deux parties ont été fondues en une seule, à laquelle le lecteur s'adresse en ces termes : "Vu que les gens prêchent pour leur paroisse, dis-moi qui est ta paroisse, que je puisse appliquer le bon filtre à ton discours". On vit aussi dans un temps qui a étudié la narration, qui sait que dix personnes témoins d'une scène de crime en donneront dix versions différentes etc.



Le plus pathétique étant ces "nan mais moi c'est vrai, et autres "nan mais en fait en réalité", par lesquels le locuteur agite les bras dans l'espoir de surnager et ne pas être noyés dans la masse de ceux qui, pire que "prêchent pour leur paroisse", "voient midi à leur porte". 

Et voilà, toute la frange entre mauvaise foi et ignorance, malhonnêteté intellectuelle et bêtise est là, entre ces deux proverbes. Celui qui prêche pour sa paroisse ne fait-il que voir midi à sa porte. A-t-il conscience d'être lui même un ramassis d'abdications à son habitus, se prend-il toujours pour un génie bardé "d'opinions", ou bien essaye-t-il seulement de vendre une soupe dont il n'a que faire de la véracité ?

Le plus drôle étant qu'il modèrent le "en réalité", par des "grand-chose", et des "dans l'immédiat", qui donnent de la souplesse au "moi je détiens la vérité, et je vous la dis". La réalité étant bien sûr qu'aucun des deux camps n'a la moindre idée de la façon dont le champ magnétique terrestre va se comporter dans le futur, pas plus proche que lointain. Déjà la pluie sur la Haute-Bretagne à deux jours, c'est complètement foireux, alors le plan de l'écliptique terrestre... 

Le seul qui a pigé, c'est le petit blond vicieux qui en profite pour faire passer ses bateaux dans la glace :D


Du coup, ils comprennent ce qu'ils écrivent !

Ils prêchent désespérément pour le retour de sources sûres, de l'eau vive, alleluia, du catéchisme, de moustachus en costume 3 pièces sur la photo sepia, lesquels nous donneraient la vérité estampillée de ce qu'il faut croire, et donc de ce qu'il faut penser, et donc de ce qu'il est possible de dire

N'est-ce pas magnifique ? A peine Internet nous a-t-il donné la possibilité de tout dire qu'on nous la retire. Au lieu de donner au lecteur les moyens de trier, on va interdire les sources non-autorisées. On a reconnu le truc, de la Turquie à la Chine, c'est le même refrain. Des fois que vous iriez pêcher des idées qu'il ne me plaît pas que vous ayez, que vos oreilles soient en contact avec un autre avis que le mien, des fois qu'il y ait des mots interdits ou d’incitation à la débauche, je vais embastiller le journaliste et faire interdire le journal, ça ira mieux et plus vite. 

Vous venez d'entendre pour la deuxième fois une petite musique, la petite musique des possibles, qui dit que la liberté d'expression, ce n'est pas la liberté de dire ce qu'on veut, ça c'est la chienlit, l'art contemporain, les musées, la sociologie... :D 

La liberté d'expression, c'est le pouvoir de décider de quoi il est loisible de débattre, et de quoi il est impossible de débattre. Celui détient ce pouvoir décide quels sont les sujets tabous. Un sujet tabou se définit par ce trait assez reconnaissable que celui qui souhaite l'aborder est a priori coupable de délinquance (islamophobie, homophobie...).

Je le répète encore une fois, le clou est sous la table, maintenant, la personne X qui vous interdit d'examiner les problèmes posés par les Nouars vous l'interdit parce qu'il sait très bien que votre enquête vous conduira à découvrir que le problème ne vient pas de la radicalisation (qui n'est qu'un signe, comme la fièvre), mais de la classe des X, et de leur système d'exploitation qui fait que les jeunes, maintenus dans la misère et la déculturation, se jettent dans les bras des sectes qui frappent à leur porte. 

Donc, il y a tout un troupeau d'oies qui sont chargées, dès que vous prononcez le mot "immigration", de hurler "fasciste", afin que plus personne ne s'entende et qu'on vous emmène, menotté et garrotté.


Donc il est logique de se dire "Si tel journal est encore publié, c'est qu'il dit ce qu'on lui dit de dire". Et voilà, la boucle est bouclée.

Vous allez me dire, "Mais ce n'est pas cela votre promesse, c'est de décrire le mécanisme de l'ingestion du collectif". Ben oui, mais c'est pas simple mon gars. Moi je vous file les miettes au fur et à mesure que j'arrive à casser le biscuit, mais bon, là on attaque une veine dure, et vu les retours, vois-tu mon fils, que je le fasse ou pas, ça me rapporte exactement peanuts dans tous les cas.

Que dalle, nada, nichts, niente, donc bon... Je le fais pour la gloire de Dieu et le salut du monde, mais du coup, AMDG, il est pas aux pièces..

vendredi 12 avril 2019

Chattanooga choo-choo



Puisque Monsieur Moullard se permet d'écrire des articles dans mon style, je vais rédiger un article à la suite du sien.
Je vais donc remonter d'un cran, et revenir à l'injonction de combattre les stéréotypes de genre.

Cela me rappelle la lecture d'une psychanalyste, me semble-t-il anglaise, qui traitait la psychose d'un petit garçon. Je ne sais plus de qui il s'agissait, et je me demande si ce n'était pas dans un ouvrage sur Winicott. Si vous l'avez lu, la référence à la sonnette d'entrée du cabinet vous dira peut-être quelque chose. Donc cette analyste disait que le petit
Hansje ne sais plus, appelons-le John, était fasciné par le tourne-disque/gramophone..., qu'il pouvait regarder tourner pendant des heures.

Ce qui m'intéresse est qu'elle concluait (je simplifie à mort mes bribes de souvenir) en disant que les garçons, ayant plus de mal à gérer la partie affective de leur vie, partie cahotique, émotionnelle, imprévisible, se projetaient volontiers dans des machines aux mouvements réguliers, hypnotiques et berçantes, rassurantes et plus facilement compréhensibles, démontables.

Même si je simplifie, je tenais là l'explication que j'avais toujours recherchée, celle qui expliquerait cette mystérieuse affinité entre les garçons et les machines.

Copie de gars_machines - 1d.jpg
Les filles qui voient ce que c'est sont des garçons.



  Maintenant, voici un clou enfoncé dans un coin. Il y a bien une raison génétique au fait que les petits garçons jouent à la locomotive, et donc qu'ils la bricolent. "Les garçons bricolent" est donc bien au départ le simple reflet d'une réalité, fut-elle approximative en son temps.
Le lecteur voudra me faire grâce j'espère de la démonstration symétrique, à savoir que la petite fille, désireuse de bien faire, et imitant sa maman, joue à la poupée, dont elle est, d'ailleurs la maman, il n'y a pas de doute là-dessus, et fait la cuisine. Bien, voilà un deuxième clou de planté. 

Le schéma est donc le suivant : "Moi, garçon, je n'ai pas envie qu'on m'applique le schéma général sans négocier. Je veux pouvoir jouer à la poupée sans que... '.

Sans que quoi ? Sans qu'on remette en question mon statut de garçon ? Mais qu'en ai-je à faire ? Pourquoi y tiendrais-je ? Ah, sans qu'on ait peur que je sois une fille, donc ?
Ou bien alors "Moi fille, je n'aime pas jouer à la poupée, je préfère bricoler, et je veux pouvoir le faire sans être taxée de garçon manqué".
Curieusement, ici nous avons la pièce manquante. Je veux pouvoir produire tous les signes qui caractérisent le sexe opposé, et pourtant être définie comme de mon sexe.  

C'est un peu comme les poissons et les oiseaux, voyez-vous. On va dire qu'on les reconnaît parce que les uns on des ailes et les autres des nageoires. Ainsi les oiseaux disent "Certes j'ai des écailles, je nage et je vis sous l'eau, mais je veux qu'on m'appelle un oiseau.", et le poisson de renchérir "Oui, j'ai des ailes, des plumes partout, un bec et des ailes, mais je suis un poisson". 

"Mais bien sûr mon chéri ! Oh mon Dieu", s'écria-t-elle en s'asseyant dans le canapé. Car il s'agit bien sûr, on l'aura deviné, de poser des problèmes à sa mère. Ce moment, que Freud a isolé, où "la libido se met au service de la fonction de reproduction", devient au cours du XXIème siècle le moment où la libido se met au service de la fonction de lien social, au service de la communauté. Et nous avons déjà parcouru 20 % du siècle.(1)

Il est évident que les filles excellent dans cette discipline. Elles deviennent donc maîtresses du jeu, MDJ. Les garçons restent DJ seulement, priés de fournir de la bonne musique pour danser. Pour monter en grade, il leur faudra devenir un peu plus... fille.

Travailler leurs émotions, ne parler que de ce qui leur arrive avec Jérôme, et surtout ne rien comprendre aux voitures. Certes le renversement n'a pas encore gagné les campagnes, et quelques couples de 25 ans vivent encore sur le modèle des années 1950. Mais bon, les filles se remettent à se soûler dès leur grossesse finie, et les garçons parlent encore un peu foot et bagnole, mais Wow gagne du terrain. Encore une génération et c'est fini. La fonction de lien social que le maire adore voir à l’œuvre dans le club de foot, les supporters pourront bientôt la vivre devant un écran où se déroulent des matches virtuels, l'essentiel étant de communier.

Vous me direz qu'il existe des peuples qui vivent encore selon un schéma patriarcal, et en effet, c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité (à part d'anciens chocs dus à des retrouvailles de branches décalées, genre sapiens vs. Néanderthal ?) que la différence entre les habitants de la Terre est si ample. Le bourgeois européen qui venait voir un Indien au Jardin d'Acclimatation venait voir une personne qui ne vivait pas très différemment de son arrière arrière arrière... bref etc. grand-père.

A votre avis, quelle année ? *
Mais entre un patriarche religieux "unaware" des provinces profondes du monde, et une "fin de race summum de l'intellectualisme dévoyé" ( j'ajoute "de nos capitales sous la menace permanente d'un orgasme médicamenteux"), comme je fus qualifiée, la distance ne se mesure plus en siècles-train qui séparait leurs habitats et leurs mode de vie, mais en années-lumière, ce sont deux mondes qui peuvent difficilement s'imaginer l'un l'autre. 

Toute manœuvre de l'un relève pour l'autre d'un condamnable sans possibilité de retour, tout simplement parce que ce serait remettre en question les fondements de sa civilisation. L'un se protège de la foudre divine par la perpétuation, le non-changement de rien, la conservation en l'état, l'autre se protège de la menace de sclérose, de régression conservative par le droit à tout, tout le temps, et pour tout le monde.

Il n'y aucune raison que la courbe suivie par "le phénomène humain" (2) s'arrête. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la poussée qui a fait de l'homme un être culturel, tout le bazar de la nature et de la règle, cette poussée est toujours à l’œuvre.  La part du collectif continue d'exploser dans ce que nous ingérons comme règles du consensus, et certaines boîtes crâniennes n'y résistent pas. On voit bien de l'Est à l'Ouest se reconstituer les murailles de protection contre le virus, édifiées par des gens affolés par la complexité de vivre selon les deux modèles à la fois, ce qui est le cas de tous les gens qui ont entre 40 et 60 ans, ce qui fait un paquet de monde.

Vous ne pouvez pas à la fois avoir grandi en vous promettant que les royalties de votre logiciel vous permettraient de gagner votre vie et admettre parvenu à l'âge adulte que vous devez le donner à tout le monde. Ce n'est pas tant le modèle technique qui est dur à avaler, que le modèle social et culturel qui va avec.

Ce qui vous permettait d'avoir une bonne image de vous-même, c'est qu'avec ce pognon, vous pourriez acheter une maison et une voiture, et que cela ferait qu'on dirait de vous que vous avez réussi, que le tough guy a bien réagi aux pièges de la vie, il peut ronronner sur son image. Aujourd'hui, vos potes trouvent que vous êtes un great guy parce qu'ils peuvent passer du bon temps avec vous à votre jeu favori, que ce soit des tanks, des voitures, des dés, des armures, des boules,... et parce que après, on peut rigoler avec vous autour d'une bonne bière en blaguant. 

Et le reste on s'en fout. A là table voisine du bar, ils ont d'autres jeux, d'autres potes, il est leur great guy, et tout le monde est content. Vous ne les faites pas chier, ils ne vous pourrissent pas la vie.

C'est la classe moyenne à qui la mondialisation a réussi. La Worldwide middle class, qui est technophile sans le savoir, qui se prend en photo devant les ruines italiennes et publie sa joie gorgeous sur FB, et qui ne veut surtout pas savoir que les ruines ne sont plus entretenues, et que la mafia en bourre tous les interstices disponibles avec des ordures empoisonnées. Rien à foutre. Le globe-trotter trentenaire écume ce qui reste du monde, et passe à un autre aéroport avec le nouvel ipad en main histoire de pouvoir réserver le prochain b&b depuis le tarmac, c'est trop enjoy. C'est à celui qui postera du plus loin possible. Être pour quelques heures sans signal, l'ivresse de la rupture du cordon du chargeur de batterie, cela vaut bien de détruire définitivement les glaciers avec le kérosène de l'avion.

Vous allez me dire que cela ne fait pas toute la population. Exact. En Inde, il y a un million de jeunes qui arrivent chaque mois sur le marché du travail, et qui aspirent à devenir ça.(Comme ils aspirent également de l'oxygène, ça ne va pas durer très longtemps, remarque)

Donc, maintenant, on va devoir étudier les phénomènes humains. On ne s'en sortait déjà pas avec un seul... Cela mérite bien une pause, non ?


Puis je vais arrêter, parce que je vous en donne trop pour votre argent, en ce moment. Ceux qui me lisent n'ont plus besoin d'acheter d'autre presse, je suis une catastrophe pour l'édition. Je me demande d'ailleurs si une personne a compris pourquoi l'autre Hongrois achète des titres de presse français. L'héritier ne doit pas en revenir d'avoir pu fourguer ses épaves. Genre le mec qui a oublié qu'il avait passé une annonce pour vendre sa Trapanel, tellement personne n'appelle depuis des années. "Mais si mais si, monsieur K, ils sont bien toujours à vendre, des journaux comme neufs, ah l'odeur de l'encre au petit matin, les rotatives, le café noir avec les équipes de rédaction, vous allez connaître l'ivresse de tout cela, Monsieur K, j'aimerais avoir votre âge. "



(1)  D'ici peu, on achètera les bébés sur Internet, et on se foutra bien de savoir si c'est une fille ou un garçon. On les designera comme un avatar Wow ou SL. On fera un guerrier elfique ou un ours d'Orion, et l'important sera de savoir s'il peut jeter un sort de pétrification. 
Si vous croyez que le "d'ici peu " est loin, rappelez-vous qu'àu début du XXème siècle, quand St Marcel étendait la main pour créer le ready-made par son verbe, des paysans traversaient toute la Bretagne avec leurs boeufs pour les faire bénir à l'occasion d'une fête. C'est au XIXème siècle que l'Académie fut relevée de la question du compte des âmes... Tout va aller de plus en plus vite. Ce qui mettait un siècle à se faire au moyen-âge ne prend plus qu'une décade au XXème siècle, et demain, ce sera un nouveau monde tous les ans.


(2) Je tire à moi la citation du P. Theilhard de Chardin pour dire que le phénomène humain, c'est bien celui qui nous montrera qu'il faut admettre qu'il ait pu constituer une exception, et ne pas suivre simplement les lois de Newton dans son évolution, et qu'il continue de le faire.
Bimbenet ne dit rien d'autre, et sait très bien sous-entendre que seuls des effets lointains de la poussée d'anticléricalisme du XIXème siècle expliquent qu'on n'ose même plus examiner l'hypothèse. Elle est trop taboue, elle brûle encore les doigts. Outre-atlantique, il y en a qui ont les doigts moins sensibles, sans doute à force de saisir les saucisses du barbecue, et ils ne se gênent pas pour tenter d'inventer. Ce n'est pas très raffiné, mais au moins ça a le mérite de renouveler l'offre !

* 1882. Pour certains de mes lecteurs, il s'agit des grands-parents de leurs grands-parents qui avaient oublié d'être "antiracistes".

jeudi 11 avril 2019

Cactus Junction

Je vais faire ici un petit article de transition, à fin de permettre de rabouter mes articles précédents avec le fil ouvert par mon excellent confrère John Moullard.

Il me faut rapporter deux exercices proposés aux écoliers. Le premier exercice consiste à lire aux élèves une histoire avant de leur demander de la restituer. Dans un cas par exemple, on leur fait écouter un enregistrement de cinq minutes des actualités à la radio, dans le second on leur lit la fameuse mésaventure du petit garçon qui conduit la voiture pendant que sa mère s'est absentée.
Dans les deux cas, on leur demande de raconter à nouveau ce qu'ils ont entendu, à l'oral ou par écrit. 
Les résultats sont bien entendu saisissants mais ce n'est pas mon propos. Je vais le comparer à un second exercice, connu sous le nom de "semaine de la presse", qui consiste à acheter chaque jour plusieurs journaux, à découper les articles qui portent sur le même sujet, pour faire constater aux élèves les différences de traitement qui existent entre les différents supports. 

Le premier exercice, qui rejoint les ancestrales études sur les témoignages de crimes, apprend aux élèves que pour un même incident vécu ou entendu, chaque personne l'a vécu ou entendu de façon différente, et que chaque personne, à la restitution, porte l'accent sur ce qu'elle a retenu de l’évènement, avec parfois des distorsions étonnantes : l'élève apprend que chacun a sa lecture d'un "même" vécu. 

Le second exercice a pour but de montrer à l'élève qu'un journal n'est pas un miroir qui reflète fidèlement les évènements, mais une production affectée par un prisme, un point de vue, ou un parti-pris.

Ce qui est amusant, c'est que cela rejoint nos actuelles "fake news" (sujet que je me plais à triturer dans le Daronian Institute) en cela qu'on présente comme inévitable et positif que chacun ait sa lecture d'un évènement, cela leur apprend à "respecter les différences", notamment, sujet à la mode. 
Cela semble évident et ne poser aucun problème, même si on présente avec beaucoup plus de défiance le parti-pris de la ligne éditoriale d'un journal. Alors que la vérité absolue semble avoir disparu de la perception individuelle, la notion reparaît lorsque c'est la presse qui est accusée de la malmener.
Ou pire, de propager de fausses nouvelles. La science en est fort marrie, et aimerait bien qu'on trouvât quelques critères qui permettent de savoir qui est sérieux. Je suis prête à parier que l'Afnor a été saisie de l'affaire, et bosse sur un référentiel. 

Mais pourquoi ske je vous raconte ces histoires ?  C'est pour montrer que le présupposé ici est que, autant à titre individuel, le délire est permis, il n'y a nulle trace de vérité absolue, tout est question d'interprétation, autant à titre collectif, dès qu'on la regarde à plusieurs, la réalité se fige dans une vérité, forme qu'il convient de respecter lorsqu'on en parle.Individuellement, vous pouvez fumer du thérapeutique si vous avez une ordonnance, mais si on vous a dit de dire que la réalité est carrée, n'allez pas claironner qu'elle est ronde, attention. Vous êtes libre de penser ce que vous voulez, à condition que cela reste dans votre tête et que vous ne le disiez pas.

Il n'y a pas de meilleure définition du consensus, mais par la contention. De ce savoir-vivre implicite, qui se manifeste parfois ici ou là de façon formelle, mais nous parvient souvent de façon diffuse. De même que l'enfant apprend peu à peu ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas, la différence entre ce qui se dit et ne se dit pas, l'enfant apprend ce qui est et ce qui n'est pas, ce qu'il permit de dire de la réalité, de sa vérité. 

Ce qu'on dit d'elle, ce qu'on ne dit pas d'elle, est un espace, l'espace du consensus, espace que le langage a justement pour but de borner et de limiter, comme un filet autour d'un saucisson. La réalité a une place assignée, un volume, elle va d'ici à là, et ce qu'on peut en dire est contenu par le langage.
L'inconvenance de la phrase "L'univers a été créé par Dieu" est la même que l'inconvenance de "Les girafes sont une sorte d'escargot". Aujourd'hui, on trouve cela inconvenant parce qu'on pense que cela "viole la vérité", et donc présente une vision déformée de la réalité, comme un mauvais journal. Mais pour peu que la biologie évolue, la phrase peut devenir correcte, voire courante, voire dans les manuels. 

Il en est de même de "L'univers a été créé par Dieu". C'était la seule version possible, c'est devenu une option, aujourd'hui c'est un gros mot, demain cela vous emmènera au tribunal. Ce qu'il est possible de dire trace la frontière de ce qu'il est politiquement correct de dire de la réalité. On ne peut pas dire ça, on ne doit pas dire ça, c'est faux, c'est pas bien.
Les habitués commencent à reconnaître le bruit des sabots de mon cheval... C'est la raison pour laquelle les circuits de coercition du langage ne cessent d'être raccourcis. Face à l'accélération généralisée des comportements passionnels, on ne peut pas attendre que la langue, lentement malaxée par le peuple, rende après quelques décennies, les sentences sur les nouvelles inconvenances. Il faut vite produire une loi sur l'incitation à la haine raciale pour interdire à quelques clans de se régaler avec leurs gros mots.

Je suppose qu'on va bientôt trouver des systèmes de push sur les smartphones, que nul ne sera censé ignorer bien sûr, comportant chaque heure la mise à jour des mots interdits. Si vous aviez prévu de terminer votre phrase par "salope", il vous faudra trouver autre chose. Le mot sera interdit à partir de 16h15mn et 30 secondes et votre smartphone qui détectera l'infraction, la signalera à la police des mots. Votre téléphone passera alors en mode tightvoc, c'est à dire qu'il ne vous laissera taper qu'une liste de safe words,un ensemble de 17 mots comprenant "jour, nuit, manger, moi happy, gorgeous, disneyland, just terrific, positive engagement, community, let's be gay etc."

De même, les pièces jointes attachées aux messages seront analysées, ainsi si vous envoyez un message qui contient quelque chose comme "Camarades, prenez conscience de la condition qui vous est faite. Supporterez-vous encore longtemps que l'oppresseur (vous savez de qui je parle)  puisse établir dans notre pays par l'intermédiaire de son administration et de sa police, la mainmise sur toutes nos libertés ? Ne voyez-vous pas l'aliénation dans laquelle vous tient ce système ? Refusez cet état de fait, ce n'est pas une fatalité. Camarades, pour protester contre le système, manifestons la semaine prochaine", seule la dernière phrase sera supprimée pour incitation à la haine sociale.
Si vous écrivez "Il faut virer ce pourri de dictateur", votre compte sera supprimé par un robot avant même que le message soit lu par un humain. L'ennui c'est que la première version, justement, il n'y aura plus un seul humain pour la comprendre.

Et voilà, vous m'avez vue venir, la voilà, l'unique la resplendissante, elle va nous rabouter le paillasson avec la suite, bien sûr.
Disons que ce sera surtout avec le III, mais vous vous y retrouverez, je vous fais confiance. Vous avez saisi l'idée. Pour faire de la race humaine une race de domestiques, il suffirait d'une tenailles à deux mâchoires, l'une requiert de disposer de machines permettant de vous réduire au silence en cas désaccord, l'autre nécessite de reformater la culture de la civilisation de façon à pouvoir continuer à former de brillants scientifiques autistes qui ne comprennent rien quant aux enjeux des rôles qu'on leur fait jouer, mas de décérébrer le reste.

Pourquoi décérébrer le reste ? Parce que, lorsqu'on laisse une personne être éduquée par ses maîtres, elle sait que le contraire de "L'univers a été créé par X", n'est pas "L'univers a été créé par Y". A son tour, la personne va conseiller au prisonnier de l'alternative binaire X/Y de se cultiver pour élargir ses possibles. Moi j'aime bien dire que j'examine la possibilité que l'univers a été créé par les escargots en criant 42, ça fait rire tout le monde, on est entre soi. Si je dis que j'aimerais examiner la possibilité que l'univers ait été créé par des reptiliens cachés sous forme d'Illuminati musulmans, là je n'ai plus le droit d'examiner, ça ne fait plus rire personne. On a le droit de réfléchir, mais seulement sur des grosses conneries, ne nous faites pas de frayeur.

Avec une population en cours de déculturation  (les pays en "voie de développement") par exemple, on est sûr que l'adversaire va courir à la position Y et y camper. Cela permet de le déclarer délinquant, terroriste, de le poursuivre dans le désert, de le droner, on est entre gens de bien sur les vieux schémas, tout le monde est tranquille. Sinon, ils vont devenir moins drôles, on va examiner si par hasard ils ne se jettent pas dans les bras des terroristes parce que leurs "élites", ont pris tout le pognon.

Avec une population complètement décérébrée, on est encore plus tranquille, ils ne savent plus ce qu'est le monde, ils veulent juste la prochaine extension de Fortnite et acceptent en échange leur injection mensuelle.


Quant aux irréductibles qui ne veulent pas sniffer ce qu'on leur dit, le fait qu'ils se promènent sans masque à gaz les perdra. Quant aux derniers sauvages qui s'égaillent dans le désert au nom d'on ne sait quelle idéologie obscurantiste, nos drones auront bientôt fait de les fumer, un par un s'il le faut.

PS : Quand on voit au fil des mois les résultats des élections, c'est de plus en plus grandiose...






jeudi 4 avril 2019

Combattre oui, mais pour qui ?

Je fais suite à cet article du Pistolet à Colle, car le sujet, de linguistique, est devenu sociologique, donc je déménage la suite ici.

D'ailleurs, pour être précis, il faudrait dire "Les garçons ne bricolent pas, les filles ne font plus la cuisine, tout le monde joue à Supermario."

On trouvait partout de ces magasins d'électronique, où on achetait les composants au détail, et où il y avait toujours un cibiste dispo pour vous expliquer le schéma, et le pourquoi des résistances. Il n'y avait pas de fille, et tant mieux, on a des choses sérieuses à faire, on n'est pas là pour draguer. Tout le monde se les disputerait, non, on a du boulot. Ces magasins ont bien entendu disparu, il faut se débrouiller seul avec des types qu'on hèle dans la brume sur des forums, des tutos sans question et des boutiques sur ebay qui ne disent rien, mais en chinois.

Donc les garçons ne peuvent plus bricoler, parce que ce n'était pas "rentable".

Quant à la cuisine, n'en parlons pas. Parlons plutôt de la broderie et de la dentelle. Les mères ne savent plus, les filles n'apprendront rien. Et pourtant, moi qui vous parle, je n'ai pas fini de cataloguer les trésors de sagesse et d'intelligence que recèlent ces arts. Et il n'y avait pas de garçon, et tant mieux, parce que les garçons n'ont pas le cortex assez développé pour comprendre la dentelle, on perd son temps à leur montrer.

Et puis les filles, on leur a expliqué que c'était ringard de broder et de coudre, c'est un stéréotype de genre, faut le combattre. Ce qui est beaucoup plus smart pour une femme c'est de travailler, c'est d'aller se faire exploiter à l'usine d'à côté, ça c'est moderne, féministe, allez hop, à la chaîne.

Ce qui est curieux, c'est que, du temps où on ne s'occupait pas de ces questions, les cartables étaient en cuir, donc marron. Depuis que les écoliers portent des sacs à dos en plastique pourri, ces derniers se divisent en deux catégories : la première contient le cartable en plastique pourri qu'on doit avoir quand on peut se l'offrir, qui dure deux ans alors qu'il serait insupportable de le garder aussi longtemps puisqu'il faut racheter le nouveau, et la seconde le cartable deux fois moins cher et qu'il faut racheter trois fois plus souvent puisqu'on n'a pas les moyens.

Au final, la grande perdante, c'est la planète, qui voit s'empiler les sacs en plastique pourri, et les grands gagnants les vendeurs d'objets en plastique qui lancent de grandes campagnes auxquelles les gens adhèrent pour... Pour quoi ?

Je ne sais pas, avoir quelque chose à quoi adhérer, peut-être. Éviter la grande glissade vers l'abîme du nihilisme. Mais c'était bien le but, alors pourquoi les combattre, si c'est pour s'apercevoir qu'il faut étayer la galerie avec autre chose de pire, de moche, en plastique rose et mou acheté sur E-Chine qui pollue la planète ?



Maintenant, prenons-le par l'autre bout, je vais me mettre à la place de l'élève à qui on demande de composer sur ce sujet : Au prétexte de faire accroire que "On" se le demande, en réalité "on" me demande comment combattre les stéréotypes de genre. Bien (1). Pour moi "combattre un stéréotype", c'est employer une métaphore qui relève du domaine militaire. Bien. Donc, "on" me demande de combattre un ennemi qu'on vient de me désigner. Les stéréotypes de genre... Mais qui est ce "on" ?

Les stéréotypes de genre, voyons voyons. Avant de le considérer comme un ennemi, voyons déjà qui c'est, c'est plus amical, comme attitude. Alors c'est quoi ? Un stéréotype est une sorte de modèle idéal, créé pour l'étude, une création sociologique faite pour représenter une réalité sociale complexe. Certes le stéréotype simplifie, mais il permet de manipuler une idée sans traîner les décimales de correctifs à chaque phrase. Bien.

Donc "Les garçons bricolent, les filles cuisinent". Mmm...Oui, c'est un honnête stéréotype, il reflète la réalité à, allez... 80 %. Enfin disons dans les années 1950. Aujourd'hui, les garçons ne bricolent plus, les filles ne cuisinent plus, tout le monde est collé à la DS. (rires)

Il faudrait donc dire "Les garçons cuisinent, les filles bricolent". Moi je veux bien, c'est c'est pour hurler avec les loups et avoir l'air à la mode, super. Mais le problème c'est que ça ne reflète aucune réalité. C'est juste faux. Les garçons ne cuisinent pas, ils jouent à Fortnite (rires) et les filles ne bricolent pas, elles jouent à snapchat (rires)

Alors pourquoi faudrait-il le faire ? Ah ah, tiens oui, demandons nous cela. Peut-être pour que les filles se sentent à l'aise de bricoler quand elles habitent toutes seules. Pour que les garçons se sentent à l'aise de cuisiner quand ils habitent tout seuls. Et pourquoi vivent-ils seuls ? Parce qu'ils travaillent. Ah d'accord. Comme ça ils sont plus libres d'avoir des horaires de travail décalés, ah d'accord.

C'est vrai que quand on a une famille, on a tendance à quitter le travail plus tôt pour les retrouver. Tandis que quand on rentre chez soi seul, à n'importe quelle heure après le boulot, on peut prendre son tournevis rose, ou bien ouvrir un surgelé, et hop, le tour est joué.

C'est marrant, c'est encore ceux qui vendent les tournevis et les surgelés qui y ont intérêt. C'est marrant, on retombe toujours sur les mêmes...

Alors avant de foncer sur un ennemi qu'on nous a désigné sans plus d'explication, avant d'engager le combat, de mettre notre énergie dans cette tuerie, de s'affronter les uns les autres et de diviser la société, moi je propose de prendre 5 mn pour examiner au service de qui sont menés ces combats, pour quel modèle de société, et au bénéfice de qui, ouvertes ces fractures.

La seconde couche "C'est bien de constater que nous ne sommes plus en 1950, mais la véritable liberté de penser, ce n'est pas de penser comme on nous dit que c'est bien de penser en 2019, c'est encore et toujours de revendiquer cette liberté qui reste toujours à conquérir, de revendiquer le doute qui anime le penseur depuis Socrate, qui a animé Montesquieu et Voltaire, et qui consiste à dire : "Permettez, je suis l'héritier d'une longue tradition de liberté de penser, et vous souffrirez que je l'exerce même à l'endroit de ce qui semble aujourd'hui le bien-penser. Permettez que je soulève le couvercle de cette injonction pour voir ce qui mijote dans la marmite, et quel est le cuisinier."

Permettez, avant de répéter ce qu'on me demande de dire comme les autres, que je m'interroge sur qui y trouve intérêt.

Vous me dites de combattre les stéréotypes de genre, mais au nom de quelle idéologie. De l'air ambiant, de la mode... ? Non, regardez-bien et vous verrez qu'il y a à l’œuvre une pensée derrière. Non, pas un complot, ce serait trop facile de me disqualifier avec cette arme bien à la mode aussi. Non, une pensée, un Zeitgeist, car comme à toutes les époques, il y a des courants de pensée qui s'affrontent et qui structurent les conflits de la société en déterminant ce qu'elle appellera "ses valeurs".
Je crois que ça s'appelle la lutte des classes, d'ailleurs, et comme tous les trucs qu'on met sous le tapis, elle reviendra toujours.

Certains de ces courants sont profonds, et ne font résurgence que par les tendances ou les modes.


(1) Je rappelle tout de même au passage que lorsqu'on demande à quelqu'un comment il faut faire quelque chose, le présupposé est que cette chose doit être faite. Imaginez votre réaction si on demandait aux écoliers de plancher sur : "Comment avoir des rapports sexuels avec des mineurs en les droguant". Hou là là... "Comment combattre les stéréotypes de genre" semble poser moins de problèmes. Pourquoi ? Je ramasse les copies dans une heure.

vendredi 15 mars 2019

Shawn, sans un mot


Shawn était le domestique parfait. Suffisamment basané pour passer pour un membre d'une caste inférieure dans tous les coins du globe. Shawn était le domestique philippin parfait. Discret, souriant sans sympathie particulière, il baragouinait un peu toutes les langues et pouvait servir le café dans un appartement à Genève ou un repas sur un yacht à Dubaï sans que personne ne s'étonne de rien. 

Personne ne remarquait rien, depuis sa naissance. L'enfant naît Shawan, à Trinidad et Tobago mais ses parents émigrent aux Philippines pour échapper à la misère. De la rue aux bars, Shawn anglicise son nom et passe comme une ombre d'un côté à l'autre du mur. A seize ans il est barman dans un hôtel pour les étrangers, c'est déjà une promotion. Il sait cirer les chaussures, faire à peu près n'importe quel cocktail, trouver des cigarettes la nuit. Il passe de la cuisine à la terrasse, sert dans les chambres, rien ne l'arrête, personne ne fait attention à lui.



Aussi personne ne fait attention à lui quand il part de l'hôtel, "emmené dans ses bagages" par Monsieur Kim un homme d'affaires chinois qui monte une station balnéaire de luxe à Puerto Rico. Shawn se retrouve au bar une fois encore, il nettoie la piscine, fait les chambres quand il le faut, et personne n'a à se plaindre de lui. Surtout pas le patron, qui pour un salaire dérisoire, a un employé modèle qui ne parle qu'à bon escient, se débrouille tout seul pour tout, et résout les situations les plus complexes sans vagues. Et Dieu sait s'il en arrive, des situations complexes, dans un hôtel à touristes. 

Monsieur Kim finit par garder pour lui ce serviteur parfait. Shawn, domestique philippin parfait, ne s'est jamais marié. On a dit qu'il était bisexuel, mais on a dit tellement de choses sur Shawn... Après la guerre du Golfe, monsieur Kim s'installe à Dubaï, dans un quartier où il reçoit des amis chinois, mais aussi malaisiens, philippins, ou indonésiens. Shawn parle à tous de sa voix basse et douce. On peut tout lui demander, on sait toujours où le trouver, dans le jardin de M. Kim, pieds nus à arroser les plantes, tailler les haies, ou aider à la cuisine.



Quand M. Kim est rentré en Chine prendre sa retraite, cette fois il n'a pas emmené Shawn. Il y avait tous les domestiques dans la maison familiale, et ni sa femme ni ses enfants ne le connaissaient. Il l'a laissé à son voisin d'en face, un Saoudien qui a hérité de tous les objets qui n'allaient pas en Chine, décodeurs aux standards différents, aspirateurs... Shawn s'est retrouvé avec un nouveau patron, dans le jardin d'en face, avec les mêmes outils. Il a continué à s'occuper du jardin, les gens de la maisonnée ne lui adressant la parole que pour lui demander un rafraîchissement ou lui signaler les chaussures de sport sales dans le vestiaire.

Shawn est mort d'une bête rage de dents, un abcès qu'il a laissé traîner. Les autres domestiques lui disaient depuis des semaines d'aller voir un dentiste, mais il n'avait pas la sécurité sociale, Shawn. C'est compliqué, il n'avait jamais demandé à M. Kim de faire les démarches. Encore moins à son nouveau "propriétaire".

Alors comme personne n'allait faire une nécro de Shawn, domestique philippin parfait, moi je l'ai faite, pour rendre hommage à ce peuple sans race et sans nom, qui tout autour de la Terre, récure, lave, essore, essuie, puis rend le monde des riches impeccable, lisse, sans un mot. Et je me demande parfois : "As-tu jamais éprouvé ce qu'est exister, Shawn ?".




dimanche 3 mars 2019

Limite Fayot

En 1885, Amédée de la Cheville publiait un opuscule passé totalement inaperçu du grand public : Comment plaire aux bourgeois, et sous-titré "Conseils aux jeunes artistes qui veulent réussir". 

"Réussir", dans la bouche d'une famille aussi ancienne que les Foulée, cela veut dire uniquement "gagner de l'argent". Amédée prodiguait ainsi à qui voulait les recevoir ses conseils pour gagner l'argent en vendant ses œuvres, donc destinés par essence aux artistes, et surtout aux peintres.
Il eut même en projet un second tome, qui eût été sous-titré "Comment gagner de l'argent sans peindre de tableau".

Ce que le bourgeois aime par dessus tout, c'est le "style". Le "style" est ce qui fait que vous repérez un Dugastel à 500 mètres, et pouvez affirmer haut et fort sans vous tromper, Ah mais c'est un Dugastel que je vois là-bas. Cela fait cultivé de faire mouche publiquement en matière d'attribution, et le bourgeois aime cette sorte de quizz.

Donc première règle pour "avoir du style", tamponnez votre toile d'éléments reconnaissables : mettez toujours un chien noir et blanc au milieu du tableau, hachurez façon bande de police pour scène de crime, mettez des pointillés énormes, faites quelque chose qui se voie à 500 mètres par temps de brouillard.

Afin que le bourgeois puisse décréter que vous avez du style, il vous faut également apprendre à manier l'art de l’auto-citation. Il faut que votre tableau soit toujours le même, afin que le bourgeois le reconnaisse, mais qu'il soit légèrement différent, pour qu'il aie l'impression d'acheter "son" Dugastel, et de le préférer à l'autre, que d'acheter celui de son voisin.

(Vous pouvez arrêter de rire, faites une pause vous allez en avoir besoin).

Vous pouvez par exemple prendre le même motif : vous inventez une sorte de poisson bizarre, puis vous le peignez dans toutes les couleurs mais en sorte qu'on le reconnaisse.

Autre histoire amusante (je vous avais prévenus) ce soir je recommande à mon fils l'écoute de la Sonate A Kreutzer, le tout sans virgule ni guillemets d'ailleurs je me demande toujours si on doit mettre le pluriel quand il n'y en a pas. Ce fut, à l'âge de huit ans, avec cette pièce que je découvris les transports de la musique, via une grosse caisse en bois équipée de lampes, et un microsillon passablement crachouillant, bref un électrophone (1) et un disque 33 tours. La pochette était rose et or, et participait de l'émotion.

La bande passante étant bouffée par une bande d'ados abrutis sur leurs smartphones (pléonasme), la restitution fut de piètre qualité, bien plus mauvaise que mon vinyle d'alors. Plaisir gâché, mais il la réécoutera. En revanche, mon orgueil fut flatté. Finalement, de mon temps on écoutait de la musique crachouillante, certes, mais au moins en continu, et non pas une sorte de flux hoquetant stupide. Idem pour les DVD d'ailleurs, c'est grotesque. Profitons de l'opposition analogique/numérique pour étendre par analogie la haine à l'époque. Je préfère regarder Stromboli en piètre qualité qu'un blockbuster en HD, 3D, 14D, 6G, 25 pouces, de la merde étalée en milliards de pixels.

Sinon, je voyais cette image et je repensais à mes histoires de zoom :


    Ceux qui l'ont vécu savent qu'on ne voit pas du tout la même ville selon qu'on la regarde depuis la terrasse de sa suite dans un bel hôtel du centre historique ou depuis un caniveau de banlieue. Il paraît qu'Einstein aurait dit que la relativité du temps, c'est la différence entre 5 mn passées dans les bras d'une fille et les mains sur la plaque d'un four.

Sinon je me disais qu'au centre de ces 4 (2) mots que les Grecs d'avant Heidegger nous ont laissés, "démocratie", "agora" et "logos", se dresse la figure d'Esope. Agora parce que c'est devant tous que se produit le défi, démocratie parce que tous ont droit à ce miracle, et logos parce que c'est à travers la parole qu'il s'accomplit.

Un homme du peuple se lève, et apostrophe le patricien, il ose le contredire, et, peu importe sa classe, si les arguments l'emportent grâce à l'habileté de l'orateur, la joute aura pour prix que la mesure sera adoptée par la politique. C'est par le logos et son maniement que les classes se libèrent du joug de l'oligarchie,et que la démocratie advient.


Cette figure de l'esclave qui s'affranchit de sa condition; puis change la société parce que l'agora lui laisse la liberté d'exercer sa hardiesse à la harangue et à la rhétorique, c'est l'histoire de notre civilisation. Je cite Wikipedia :

Diogène Laërce attribue même une fable à Socrate, laquelle commençait ainsi : « Un jour, Ésope dit aux habitants de Corinthe qu'on ne doit pas soumettre la vertu au jugement du populaire. » Or, il s'agit là d'un précepte aujourd'hui typiquement associé au philosophe plutôt qu'au fabuliste. Socrate se servait sans doute du nom d'Ésope pour faire passer ses préceptes au moyen d'apologues15.
Soumettre la vertu au jugement du populaire... Laisser entrer le peuple dans la danse du consensus linguistique...


En poursuivant un peu présomptueusement la métaphore, on pourrait dire qu'un robot a du mal à faire la différence entre un garçon et une fille. En revanche, il fait bien la différence entre les chaînes de caractères "parent1" et "parent2", comme deux variables x et y. On pourrait donc voir les récentes mesures comme des signes faibles, très en amont, de l'entrée des robots dans le consensus linguistique.

Afin de faciliter aux robots leur entrée dans la société, et pour aller  la rencontre de leurs progrès dans le discours, nous autres humains parlons un langage plus près de celui de la machine, comme l'anglais, puis le M2 (3). En fait le cyborg c'est l'avenir de l'homme. (4)

Ensuite, dépourvus de raison de vivre, ils se laisseront rouiller. Quelques millions de milliards d'années plus tard, l'univers entrera en phase de contraction, et s’effondrera de nouveau sur lui-même, pour devenir à nouveau la tête d'épingle qu'il fut.
Et Dieu, jouant au dés, examinera avec gourmandise les espaces intersidéraux, soulevant le couvercle de chaque planète, une à une, pour voir si l'humain ne s'y serait pas de nouveau pointé.

Mais l'humain le vrai, celui de la peine de cœur, des dagues et du poison, avec sa violence et sa beauté, ses passions et ses balcons, ses amours éphémères ses étreintes folles, cette folie de la graine de chèvre qui nous pend au cou, et que Dieu n'a jamais réussi à faire.

Et rosissant d'une pudeur froissée, caché dans un coin de l'aurore, à la fin d'une nuit d'amour, ayant appris que certains avaient senti sa présence.

Comme l'électrophone et le mp3, le progrès détruit ce qu'il y a de plus beau en nous, et remplace notre continuité passionnée et crachouillante, par une merde impeccable par instants, et dénuée de sens. 

A propos de Stromboli, j'ai revu Caro Diario, et je me demande s'il 'y a pas une brève scène de poussière volcanique foulée en volutes noir et blanc, à travers laquelle Giovanni Moretti aurait voulu rendre hommage à Pasolini qui l'emploie si je ne m'abuse, à la fois dans Théorème et dans l'Evangile selon St Matthieu. Il secoue la poussière de ses sandales.

(1) Un des premiers électrophones, à lampes, because c'était un cadeau de ma grand-mère. ce bijou a sûrement fini à la benne, remplacé par un "player de mp3", merdasse en plastique, tôt écrasée sous les Nike après Noël.

(2) In memoriam L'Inquisition Espagnole.

(3) Chercher dans les travaux du MIT, tout ce qui est projets sur des anglais abrégés que les machines pourraient échanger, et autres English for Mechanical Engineering.

(4) Nous appelons "faibles" les signaux dont nous n'avons pas su reconnaître la force, pour nous dédouaner de l'aveuglement. 

samedi 2 mars 2019

La bête

J'ai fait aujourd'hui un des plus terribles cauchemars de ma vie. J'étais entré en contact avec une forme de vie... j'allais dire "extra-terrestre", mais là n'est pas le point, il vaudrait mieux dire "extra-humaine". 

En effet, plus que leur apparence, d'ailleurs multiforme, c'était leur manière d'être, leur rapport au monde et à la conscience qui était incroyablement différente de la nôtre. Une absence totale de ce que nous appelons "conscience", lorsque cette dernière nous retient de faire aux autres des choses que nous n'aimerions pas subir. 

Il faut dire que possédant une puissance apparemment illimitée à changer l'ordre des choses, ils ignorent la peur. Nos peurs sont essentiellement fondées sur la peur de mourir, c'est à dire de disparaître tels que nous sommes organisés physiquement, c'est à dire de changer d'apparence. Or, possédant au plus haut degré la capacité de changer d'apparence, ils n'ont aucune peur. On ne peut pas les tuer, ils vous auront avalé avant même que vous n'en ayez eu l'idée.
Et quand je dis " avalé ", cela veut dire qu'ils vous remettent dans le vrac des molécules comme on met un T-shirt à la machine à laver : ils vous recyclent, par simple idée de le faire ou contact avec vous, en armoire ou en aile de voiture, ou bien ils vous consomment.
Pour dire ce qui reste de mon angoisse de longues minutes après un réveil laborieux, j'ai une certaine peur à publier ceci de peur que " ça les attire". De plus, attirée par une curiosité morbide, j'ai replongé dans le rêve plusieurs fois. 

En gros j'étais accompagné d'une jeune femme. Je le savais sans la regarder, aux réflexions qu'on me faisait " Tiens, tu es venu avec ta copine", un peu comme la réplicante avec Sébastien dans Blade Runner. Sauf que l'instant d'après, elle était dans l'appartement d'à côté, et on devinait au bruit qu'elle ravageait les meubles aussi bien que les gens.
Une fois seulement j'ai réussi à suivre un groupe de trois de ces créatures, elles se sont engouffrées dans une sorte de vaisseau spatial organisé en tumulus dans l'asphalte d'une place, la nuit. Si vous êtes tenté de dire "Mais si ça existait, on l'aurait remarqué", vous touchez un point sensible. Personne ne les remarquait jamais. Parce que leur structure même était hors de ce monde. Les molécules du monde leur appartenaient, ils en disposaient en les "crushant " comme vous froissez une feuille de papier, mais ils pouvaient aller et venir dans ces molécules, tout en ayant l'air " d' "honnêtes citoyens".
Ce qui était terrifiant, c'est leur imprévisibilité. Ou alors ils avaient un plan, mais impossible à comprendre pour moi. Alliée ) une puissance qui semblait véritablement sans limite, ces changements permanents étaient épuisants, car ils me maintenaient dans une terreur sans nom, d'être avalé la seconde suivante, toujours sans avoir compris le pourquoi du comment.
Car elle me suivait partout, je ne sais pourquoi. Alors affublé de ce monarque tout puissant à qui j'avais peur de déplaire, être aussi fantasque qu'un enfant capricieux et délirant, je trainais en ayant peur à chaque seconde de faire un faux pas mal interprété, sachant que rien de toute façon ne garantissait ma survie, puisqu'elle dévorait tout sur son passage sans faire cas de rien. Elle s'absentait assez souvent, et je savais que dans la pièce à côté, sur le parking, bref, dans le coin, elle se livrait à un carnage épouvantable, avalant matériaux et personnes sur son passage, les pulvérisant à un état de matière comme une poussière, mais à l'échelle moléculaire, leurs particules étant instantanément brassées dans le chaos.

Et je replongeais dans l'histoire, comme dans les films de science-fiction, fasciné par cette forme de vie, bien que me condamnant par sa fréquentation à ma destruction.  Je me répète, je le sais, mais ce qui est incroyable dans ce type de rêve, c'est la densité de probabilité de possibilité de la réalité en question, si j'ose dire. Ce n'est pas une chimère, une sorte de monstre ailé, un peu farfelu et fantasque qui prendrait place dans l'espace classique, non, c'est une réalité qui est remodelée au plus profond d'elle même, qui ne me laisse aucun doute sur le fait qu'elle peut exister, qu'elle existe et que quelque part elle aspire la matière pour la recombiner, renouvelant le monde comme les vers la terre.

On me rétorquera que je deviens folle tout simplement. 

samedi 2 février 2019

Echelle et culture

Je fais suite à cet article http://nahatzel.blogspot.com/2019/01/le-double-cone-une-question-dechelle-la.html
, mais aussi à cette série. https://formesens.wordpress.com/2019/01/03/interpretation-du-motif-gansey/

A la vue d'une série d'indices, et canalisé par les décisions de nos neurones chargés de la reconnaissance des formes, nous effectuons un parcours à travers les formes, afin de trouver une autre forme qui les subsume, et que nous appelons le sens des formes de niveau inférieur.

Nous avons vu également que ces règles d'association sont liées au niveau d'échelle concerné par la lecture, et que l'action est de même dépendante de ce niveau. Voyons rapidement comment l'action de nomination est empêtrée elle aussi.

Si nous arrivons dans une tribu de sauvages pour qui le dos de la main est une zone taboue, nous ne serons pas étonné de constater que toutes les personnes portent un carré de cuir destiné à leur cacher le dos de la main. Si nous tentons de leur faire ôter ce carré, nous nous heurtons aux problèmes de la pelle et de la motte de terre. En effet, nous pouvons tenter de les faire évoluer sur le concept de "nudité", afin de les convaincre que ce qu'il convient de cacher, par exemple, c'est le sexe.

C'est ce que nous avons vu dans l'article Papa, Maman, Google et moi. 
http://nahatzel.blogspot.com/2019/01/papa-maman-google-et-moi.html 

Donc soit nous prenons l'action de terrain à une petite échelle, et nous les persuadons d'ôter ce carré de cuir, et pourquoi pas de force d'ailleurs (on a bien forcé les hommes à porter les nattes etc.) ou alors on prend l'action par le haut, et on change le concept de nudité.

Il est évident que cette dernière voie est handicapée par tout ce que l'action peut comporter des freins que nous avons vus. Certes, si vous réussissez à changer le concept de nudité, les gens changeront le carré de cuir de place sans coup férir, mais vous vous attelez à une tâche immense.

mardi 29 janvier 2019

Papa, Maman, Google et moi

Vous avez peut-être remarqué que j'ai entrepris une série d'articles sur ce thème qu'on peut résumer par :" Comme vous le savez si vous publiez autre chose que des chatons qui attrapent une ficelle, Google a la main lourde en matière d'image et de vidéo". Un bout de nibard entr'aperçu, et, pour votre sécurité bien sûr, Google supprime vos vidéos et désactive votre compte.

Vous perdez ainsi vos contacts, vos courriers, vos fichiers stockés sur Drive, etc. Et ceci pour quoi ? Pour une décision unilatérale.

Pour ce faire, on vous signale que les robots vous ayant dénoncé comme suspect, on vous a, après examen, trouvé coupable.



 



Youtube se fait également le relais de décisions unilatérales :





Or voici que le TGI de Paris vient de rendre une décision tout à fait intéressante : 

 

Est déclarée abusive une clause où l'une des deux parties décide unilatéralement ce que recouvre un terme. Or c'est exactement ce que fait Google en décidant ce qu'est "la nudité", ou encore "la violence", ou autres critères de sélection de ses suppressions.

Bien sûr, Il est mentionné une procédure d'appel : "If you believe this is a mistake". Je l'ai expérimentée, elle se solde bien entendu par un retour du type : "Nous avons examiné votre demande, mais sur la base de nos observations, c'est bien ce qu'on pensait, on a bien fait de sucrer votre blog". 

Bien entendu, il est inutile de demander quelles sont ces "observations". Le tribunal siège à huis-clos, bien naïf qui y a cru. 

Mais c'est là que ça devient jouissif. Car la demande d'appel est articulée autour de deux mots :" believe" d'une part, et "mistake", de l'autre. C'est là que toute l'inanité du truc explose, car ces deux mots ne relèvent pas du même registre. "Believe" est du domaine de la foi, "mistake" de celui de la science, de la vérité.
On peut "believe" qu'il existe de la vie sur Orion, mais "2+2=5", est une mistake. Comment dès lors assigner une "mistake" à une situation où s'affrontent deux conceptions ?

Moi je considère qu'une femme en maillot de bain ne relève pas de l'offense pour nudité, d'autres pensent que si. Mais on est dans les convictions, pas dans l'erreur. Comment dire la nudité est une erreur, comment dire qu'estimer que la nudité relève de l'offense est une erreur, quand sa définition est culturelle ?

On voit bien la réponse à cette question, elle apparaît bien vite, c'est que Google m'emporte au fonds des bois, sucre mon blog et puis me mange, sans autre forme de procès. Google n'a rien à foutre de la nudité, que ce soit une offense ou une erreur, ce que Google expérimente en réalité c'est sa capacité à déconnecter quelqu'un unilatéralement, donc à opérer en dehors de toute justice.
Ce que Google expérimente, c'est sa capacité à remplacer la démocratie, dans mon  cas, comme d'ailleurs les centaines d'autres, réduits au silence chaque année, sans autre forme de procès. On peut toujours penser que c'est une erreur, comme les opposants à Franco ou à Pinochet.  On peut toujours penser, quand la police et le couperet sont d'un avis contraire, ça ne mène qu'à la disparition dans les geôles du régime.

J'aime bien les formules à l'emporte-pièce de Jean-Pierre Voyer. Celle-ci, par exemple,

"L’ensemble des hommes étant, de tous les ensembles possibles, le seul qui soit une chose et non seulement une pensée... " trouvée sur son blog, enfin, blog... Ramassis de ses écrits, mais bon, ça a le mérite d'exister. Pour les ceusses qui l'ignorent, Jean-Pierre Voyer est un philosophe français qui soutient que l’Économie est une invention des exploiteurs modernes, comme autrefois le dieu qui grondait dans le volcan était inventé par le clergé pour asservir les paysans. Si vous pensez que c'est une erreur, remplissez le formulaire. 

Sinon je suis assez morte de rire d'entendre les spécialistes de l'histoire africaine contemporaine, dire à propos de la Somalie que les provinces autonomes récemment créées, dont le Puntland, sont des exemples de sécession réussie. Je rappelle que le Puntland est le nom d'une province vers laquelle la reine Hatchepsout envoyait des expéditions pour récolter l'ivoire et des peaux de panthère, et que cela s'appelait déjà le Pays de Pount. 

Je pense que cela devrait inciter les agités en tous genres à la modération. Agités du bocal, agités de la mitraillette, agités en général, dites vous que vous nous emmerdez depuis 3500 ans pour finalement vous apercevoir que l'idéal était là avant que vous le renversassiez comme un nourrisson casse ses jouets parce qu'il n'a pas encore appris à modérer ses crises d'humeur. 





samedi 12 janvier 2019

Le double cône, une question d'échelle (la souche, la motte et la pelle)

 Avant que d'en venir aux modes d'action, je compléterai cet article en disant que j'ai entendu parler à la radio ces jours derniers de "consentement à l'impôt". Nous sommes bien d'accord. On reconnaît désormais un fondement à ce qui vous eût fait pendre haut et court au moyen-âge.

Bien, je vais donc aborder maintenant une autre grande question qui se situe dans le cadre de l'étude de l'évolution des civilisation. Elle fait écho à l'idée évoquée dans cet autre article, cette fois non plus sous l'angle de la théorie, mais de la praxis. Après avoir montré que nous projetons sur le mur un fonctionnement intellectuel des choses, je vais montrer ici que nous projetons également notre action sur ces choses. Nous hallucinons un effet de nos actions sur les choses.

Rappelons tout de même brièvement de quoi se constitue notre hallucination sur la nature des choses. Elle consiste en une simplification, un peu comme lorsqu'on dézoome sur une carte. Le fatras des petits chemins et routes départementales cède la place à un schéma raisonné des autoroutes. De la même façon, si nous reconnaissons qu'il nous serait impossible d'empoigner l'écheveau des causes de la seconde guerre mondiale, le schéma des façons d'éviter la troisième nous paraît très clair.

Alors qu'en est-il de l'action ? L'être humain, l'âge venant, ressent le besoin de s'impliquer dans sa communauté. Il comprend qu'il ne suffit pas de se plaindre de son sort, mais qu'on peut encore tenter d'améliorer les choses. Il se met alors à siéger qui au conseil municipal, qui dans une association de sauvetage des chatons promis à l'euthanasie, bref il veut participer, mais pour agir. J'inclue dans le lot ceux qui écrivent .

Ce que je vais examiner maintenant, c'est comment l'action subit aussi les conséquences du phénomène d'échelle, c'est à dire que nous projetons son résultat, comme nous projetons, sous forme de théorie explicative, les causes de ce que nous percevons. Cette projection sous forme de théorie a été étudiée assez en détail je pense dans mes précédents articles, cf. notamment toute la série sur le reflet des fleurs dans les vitres.

Pourquoi ce "double cône" dans le titre ? J'y reviendrai plus tard. Gardons pour le moment présente à l'esprit la question de l'échelle.
Qu'est-ce que l'échelle, au sens de celle d'une carte ?

C'est une droite, perpendiculaire à la carte, le long de laquelle votre œil avance et recule tandis qu'il regarde la carte. 

En réalité bien sûr votre œil est toujours à 25 cm. de la carte, mais l'échelle, et maintenant le zoom des écrans, a pour but de vous donner ce pouvoir des dieux avant que d'être des hommes, de vous reculer jusqu'au ciel, d'embrasser la France et ses axes routiers, ses capitales et ses massifs, ou bien de redescendre planer à dix mètres au dessus de la ferme près de chez vous, telle une bonne pasolinienne, et de voir le foin, les poules, les œufs. 

Bien. Donc vous vous déplacez le long de cette droite, de haut en bas.

Maintenant, tout en restant dans la pastorale, nous allons prendre une autre image.Vous devez arracher une souche. Pas celle d'un chêne d'un mètre de diamètre, non, mais tout de même, celle d'une honnête plante, un petit arbuste.Vous allez planter votre bêche, puis soulever une partie de la motte de terre. 

C'est là qu'un choix s'impose. Si vous enfoncez très peu votre bêche, le petit morceau de terre sera très facile à sortir, mais vous allez en avoir pour des heures à ce rythme. Si vous enfoncez beaucoup votre bêche, vous courez le risque de voir trop grand, et de ne pouvoir sortir la motte : vous pouvez vous mettre debout sur le fer, vous casserez le manche avant que de faire craquer les racines et sortir la motte. 

Reprenons donc le choix : soit vous agissez, mais à petite échelle. Vous faites, mais finalement pas grand chose, et il faudra des siècles pour terminer le boulot, ou alors vous tentez de faire, vous soulevez le gros morceau, mais finalement, vous restez perché sur le fer et rien ne change. 

Ce choix, c'est celui-là même que vous avez dans l'action au cours de votre vie. Si vous voulez changer le monde en adhérant au club de pétanque de votre village, vos décisions seront efficaces : chaque fois que vous déciderez une modification, elle sera effectuée. Mais ces décisions sont à toute petite échelle : vous en avez pour 5 siècles à ce rythme pour changer le monde, car vous pelletez de petites mottes de terre.

Si vous souhaitez vous engager plus haut, en manipulant de plus grosses mottes, vous allez siéger à l'Afnor, organisme qui représente l'ISO en France, et vous aurez accès aux textes qui modifient en profondeur les normes dans les clubs sportifs du monde entier, y compris les clubs de pétanque en France. Mais la moindre virgule à déplacer prend plusieurs années à l'ISO, et vous risquez fort de voir votre texte circuler de pays en pays, et pour rien si vos modifications ne sont pas adoptées. Vous prenez le problème à la racine, mais vous pouvez forcer autant que vous voulez, vous ne changerez rien avant longtemps.

Le but de cette analogie, vous l'avez compris, est de dire que l'action politique et sociale souffre d'un problème d'échelle : de la même façon que, sur une seule et même carte, vous ne pouvez voir à la fois les autoroutes de France et les environs de votre ferme, de la même façon dans le monde, vous ne pouvez agir à deux niveaux différents à la fois.

Une des réponses à ce problème a été le fameux "Think globally, act locally". C'est bien ce que fait notre jardinier : il a compris d'une part qu'il fallait globalement enlever la souche, et d'autre part qu'on ne pouvait pelleter qu'au niveau local.

Le problème est que cela ne change pas grand chose. Car globalement, les problèmes locaux ont disparu. Ils ont été effacés par le changement d'échelle, tout comme les marais et les murs, les talus et les fossés ont disparu de la carte au 100/1000ème. Il ne reste plus que les autoroutes qui ne concernent personne. 

Double cône donc, puisqu'en bas, on a la pointe de la réflexion, peu d'idées et en haut un grand nombre de théories, mais en bas, on a un grand potentiel d'action, et au haut, une pointe d'efficacité, quasi inexistante. 

Soit dit en passant, et je ramasse ici tous mes articles là-dessus depuis le "En quoi suis-je concerné par la loi ?", que le problème est une question d'échelle. Au delà de quelques kilomètres, je ne suis plus concerné par la loi, simplement parce que, nécessairement, elle ne me concerne plus. Je n'ai rien à faire de ce qui régule les autoroutes à l'autre bout du pays. 

Alors on me dira qu'il y a des lois universelles, qui s'appliquent partout, comme par exemple "Tu ne tueras point". Certainement pas. Freud a bien montré qu'au delà de la coopération nécessaire autour de moi, je déteste mon prochain, et qu'il n'est que menace. D'ailleurs, si les autres venaient à mourir, cela ferait plus de gibier pour moi, et peu me chaut qu'ils s'entretuent ou pas. Qu'on ne me dise pas qu'on me protège en les empêchant de s'étriper. 

A moins que l'un d'entre eux soit mon fournisseur de pierre, de tissu, que sais-je, il ne m'intéresse pas. 

Mais le principal n'est pas encore là. L'essentiel est que, l'univers ne disposant à ma connaissance d'autre repère que ceux dont on l'affuble, tout cela est une question de culture.