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jeudi 26 novembre 2015

De la distance de soi aux autres I

En effet, il semble qu'on puisse admettre qu'on se  perçoit comme unique, alors que les autres nous apparaissent multiples. N'est-ce pas. Bien.

En fait ce billet a commencé par une  question que je me suis posée, et qui relève me semble-t-il du droit constitutionnel, bien que je n'en sois plus si certaine à force de la retourner, mais bon.

Cette question est la suivante : " Qu'est-ce qui, dans la loi, m'oblige à être concernée par la loi ? " ou autrement formulé, " Où est la loi qui dit que je suis concernée, moi, ici et maintenant par la loi ? ".

Pour ceux qui sont intéressés de poursuivre la discussion sur ce point, veuillez vous référer à la note (1).

Pour ceux qui admettent sans autre preuve qu'il y a là un flou, pour ne pas dire un vide juridique, il faut alors admettre que la société m'impose sa loi par la violence, c'est à dire au besoin et in fine, par des hommes armés qui vont m'assommer pour me traîner en prison.

Donc la société m'impose par la violence de me plier à des lois qui interdisent aux gens d'imposer leur volonté aux autres par la violence.

Et ce aux prétextes que :

1 - Cette violence est inscrite dans une loi fixe, que la société est chargé de faire " respecter ".
2 - J'ai moi-même des droits inscrits dans la loi.
3 - Cette loi est l'expression du plus grand nombre, ceci étant garanti par le suffrage universel.

Reprenons ces arguments :

Pour le 1, on voit bien qu'il est circulaire. Tous les régimes totalitaires votent tous les matins des lois liberticides qui arrangent les bidons du dictateur.

Pour le 2, j'ai tous les droits, sauf celui de contester la loi, il suffit donc qu'on restreigne, par la loi, le champ de contestation de la loi à ce qui arrange le législateur ,pour me réduire au silence souhaité. J'ai le droit de discuter les miettes qu'on a bien voulu me laisser à discuter, en revanche pour ce qui est du partage de ce qui se discute ou pas (la loi telle qu'elle est créée, promulguée et appliquée) JE n'a que le droit de se taire, c'est le système qui parle en mon nom.

On en arrive au 3, le plus coriace : la loi serait non pas l'expression d'un dictateur mais " du plus grand nombre", de la " majorité", d'où la violence policière commanditée par l'institution judiciaire puiserait sa légitimité.

Déjà, il est maintenant hors de doute que numériquement, c'est infondé. Les députés sont élus au mieux avec la majorité des non abstentionnistes, il s représentent donc au mieux quelques dizaines de % des votants, soit quelques % de la population. On est très loin de la majorité, donc aucune légitimité de ce côté là.

Ensuite quand on connaît les mécanismes divers de dilution de la liberté de parole, on sait que toute opinion qui diverge un peu de la ligne du centre bourgeois-mou, là ou ça fait semblant de débattre alors que ça ne fait que s'ébattre dans le marécage des trois familles de péquenots dominants du coin (articulés aux empaffés mondains du bourg voisin).

Que ceux qui veulent prouver que j'ai tort reviennent après avoir essayé de fonder une revue (et une action qui se base sur la propagande ainsi délimitée pour fonder un parti, recruter des militants etc. Les exploiteurs peuvent dormir tranquilles), qui ose mettre en doute la légitimité du recours à la violence pour l'application de la loi et... le devoir de tout citoyen de trouver un emploi dans ce système de violence illégitime.

A partir du moment où le personnel votant, non content de ne représenter que les quelques retraités qui ont eu le temps d'aller donner un ticket pour un autre tour de manège au système, est choisi dans une frange de costard-cravates d'allure pompidolienne qui acceptent, pour ne pas cracher dans la soupe, de s'auto-limiter à un champ mental qui n'autorise que des remises en question à la marge, vous conviendrez que les lois qu'ils voteront, nécessairement, auront pour " soubassement", le fait que toute contestation de la loi est, par essence une délinquance !

D'ailleurs le vote FN en est la preuve. Il est la preuve que ceux qui votent encore sont tellement désespérés de pouvoir déverrouiller ce système grippé qu'ils préfèrent voter pour une solution dont ils  préfèrent ne pas la connaître (2), de peur d'avoir la confirmation de la certitude déjà acquise qu'elle n'apporte rien d'autre qu'un peu de jeu, juste un peu de  latitude dans le choix, parce que cela semble faire bouger le paquet de rouille d'un centième de millimètre.

Il n'y pas plus d'adhésion qu'avant, c'est juste que la contestation, non du système, mais du manque de mobilité de ses composantes. du système.

Si le succès du FN s'étend, c'est parce qu'on additionne ces mécontents aux bourgeois retraités, politiquement si incultes qu'on peut encore en 2015 leur faire miroiter les recettes les plus éculées du populisme. Franchement, quand on regarde les candidats, on est dans la France du Général.

Nous sommes donc dans un système démocratique si exaspéré par l'impossibilité de se réformer qu'il lui vient des idées de suicide. C'est dire l'urgence ressentie de changer la façon dont la société doit changer le lien entre l'individu et la société qui s'appelle la loi, avant que la catastrophe ne s'aggrave.

Bon, déjà, c'est dégagé sur ce point. La violence policière n'a aucune légitimité à faire appliquer la loi en France en 2015. Et c'est un leurre d'un bout à l'autre de faire croire qu'il y a une différence de nature entre la violence exercée par la police via la justice sur un individu, et celle exercée entre individus.

Pour le dire autrement, tout ce que la société se propose à elle-même comme moyen de mise au pas des récalcitrants, sont la prison et la police, et tout ce que l'institution sait opposer à la demande de fermeture des prisons, c'est d'y fourrer de force ceux qui en contestent la légitimité ou tentent de s'y employer, c'est à dire ni plus ni moins que ce que fait une dictature totalitaire.

Regardez le film The Ditch, et vous verrez que le dictature chinoise trouve les crimes de ses délinquants tout aussi passibles de prison que les nôtres, leur écart à la loi est représenté de la même façon.

Qu'on traite de psychotique une personne qui déclare que dealer était le seul moyen de subvenir au besoins de sa famille dans sa cité, c'est pratique, cela permet de feindre ignorer cette réalité sociale en rejetant le déni de réalité sur le détenu. Cela n'enlève rien à la violence de la détention et au fait réel qu'il n"y a " aucune limite à ce que l'administration pénitentiaire peut utiliser pour nuire à un détenu " (3).

On me rétorquera que chez nous, la torture est interdite. Il est bienséant d'éviter le terme de torture, encore une fois pour rassurer le bourgeois qu'on traite les gens avec plus d'humanité que chez les barbares. Ce qui est vrai... à condition que la personne obéisse.

Il n'y a pas besoin de lire La Geôle de Selby, pour deviner que ce qui est imposé à un détenu est une torture psychique. Que toute personne qui me soutient le contraire ose l'assortir de mon droit à la séquestrer où bon me semble pour la durée que j'estimerai nécessaire...

Je plains les psychothérapeutes en milieu carcéral, qui n'ont qu'un mince manche à balai thérapeutique à mettre en travers du char d'assaut répressif de la prison. On aurait voulu faire une machine destinée à broyer les gens dans un processus de régression infantile vers un stade psychotique (en les coupant encore plus du réel, le hors prison, le vrai), on n'aurait pas fait autre chose qu'une prison. Que ce soit le "pré-symbiotique" de Simone Mahler ou le "primaire" d'Aulagnier, il est bien question dans la psychose des murs d'une prison à l'intérieur de laquelle le réel (les autres) ne fait que se représenter, mais à laquelle il reste extérieur.

A partir du moment donc, où est organisé (au sens qu'il est structuré, pas au sens d'une cause initiale, l'hypocrisie de classe y pourvoit) le déni de l'accession de l'individu à agir dans un monde politique qui ne correspondrait un minimum à sa représentation de la réalité, comment s'étonner que la société dérive vers toujours plus de violence pour réguler les quelques trublions qu'elle n'est pas parvenue à endormir par les drogues et la télé ?

Là je vois déjà les gens se lever avec des accusations de trouble à l'ordre public, donc je précise que je ne suis pas encore arrivée à ma question. Ce sont ici des préliminaires.

En effet, cette loi a-t-elle, au delà d'une légitimité que nous lui avons retirée, une sorte de " nécessité biologique", par où elle serait un préalable nécessaire à la constitution (aux deux sens du terme) et au (bon) fonctionnement d'une société ?

Y-a-t-il une légitimité à certains de mobiliser la force et pas à d'autres ? Pourquoi n'ai-je pas le droit d'envoyer la police tabasser et emprisonner les gens qui ne se complient pas à ma vision de ce qui est bon ?.

Mais... ne l'ai-je pas un petit peu, ce droit, du moment que je range mes désirs du côté de la police et de ceux qui la commandent ?

Et c'est là qu'on en revient à la question de départ. Mais je vais couper pour laisser un peu d'air, et faire une suite.

C'est marrant comme j'ai l'impression d'entrer en résonance petit à petit avec les concepts présentés dans cette page.




(1) Ci-dessous les échanges que j'ai eus avec une jeune juriste, en tentant de débroussailler la question de départ. Qu'elle soit ici remerciée pour le temps passé en recherches et mise en forme de la réponse. Je précise que les remarques et conclusions n'engagent nullement sa position personnelle sur les questions soulevées par mon billet.

Mais le moins qu'on puisse dire en conclusion, c'est qu'il n'a jamais été donné au citoyen le moyen d'accepter en conscience les lois qui le gouvernent.

Premier mail :

Et alors, la question est la suivante : " Qu'est ce qui dit que moi  je suis assujettie aux lois de la République Française ?"

J'ai déjà un peu réfléchi à la question et voici les réponses que j'ai écartées 

C'est parce que je suis sur le sol Français. Faux sinon il suffirait d'habiter en Espagne pour ne plus rien devoir à l'Etat Français.

C'est parce que je suis de nationalité française. Faux, sinon tous les anglais pourraient assassiner des gens en France sans rien craindre de la loi. 

C'est un peu tout ça. Oui, ben, alors c'est écrit où ?

La loi s'applique à tous, sans discrimination. Faux, on le sait bien. Les mineurs ne peuvent pas jouer au loto, par exemple.


Autrement dit, qu'est-ce qui fonde, en droit, le fait que la loi s'applique à moi ? 

Soit c'est une décision ex-nihilo basée sur je ne sais quelle adéquation (nationalité...) et alors ce n'est pas fondé en droit puisque cela me fut imposé, ou alors je fus prévenue, mais je ne me souviens pas d'avoir donné mon accord, ni signé en bas de la constitution.

Donc imaginons que j'aille devant une juridiction supérieure, admettons une cour européenne de je ne sais quoi, et que je dise " On ne saurait m'imposer par la contrainte quelque chose à quoi je suis opposé,   par exemple le respect de la loi de la République Frankaoui, sinon ce n'est plus de la démocratie.  Or la République ne sait pas si je suis opposée ou pas à ce que ses lois s'appliquent à moi puisqu'elle ne me l'a jamais demandé".

Que la république dise " ok, eh ben on va te le demander, et si tu réponds non, tu es déchu de la nationalité française, et tu devras demander un titre de séjour, et là on te fera signer que tu respectes les lois, sinon expulsion du territoire".

Et là je réponds " bingo, organisez la mise en place de la consultation des dizaines de millions de citoyens concernés. En attendant, vos lois ne s'appliquent pas à moi : vide juridique (et de taille, à la base) ". 

Réponse de la juriste au premier mail :

Je reviens sur ta question "Pourquoi suis-je assujettie aux lois françaises ?" 

Un premier élément de réponse est la citoyenneté. En effet, quand tu es citoyen français, automatiquement la loi française va s'appliquer à toi. Le fondement textuel est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC) de 1789. Ce texte appartient à un corpus de textes appelé le "bloc de constitutionnalité". Il s'agit de la Constitution de 1958, de la DDHC, du préambule de 1946 rédigé après la 2ème GM, et la charte de l'environnement de 2004. Je t'invite à les lire, ce n'est pas long et très instructif. 

Voici quelques extraits de la DDHC qui posent le principe selon lequel le citoyen est soumis à la loi française.
Je mets en gras souligné les passages qui constituent le fondement juridique:

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789

   Les Représentants du Peuple Françaisconstitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
   En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.

Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Art. 5.  La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.  

Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. 

Maintenant voici l'article premier de la Constitution de 1958:
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
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Etre citoyen ça veut dire avoir la nationalité française et jouir de ses droits civiques et politiques. 
Par ailleurs, plusieurs textes règlent la question de l'application de la loi dans l'espace.
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Dans le code civil :

Article 3 Cciv
Les lois de police et de sûreté obligent tous ceux qui habitent le territoire.
Les immeubles, même ceux possédés par des étrangers, sont régis par la loi française.
Les lois concernant l'état et la capacité des personnes régissent les Français, même résidant en pays étranger.

Article 8 Cciv:
Tout français jouira des droits civils
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Dans le code pénal:
Article 113-2
    La loi pénale française est applicable aux infractions commises sur le territoire de la République.
    L'infraction est réputée commise sur le territoire de la République dès lors qu'un de ses faits constitutifs a eu lieu sur ce territoire.

    Article 113-6
    La loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République.
    Elle est applicable aux délits commis par des Français hors du territoire de la République si les faits sont punis par la législation du pays où ils ont été commis.
    Elle est applicable aux infractions aux dispositions du règlement (CE) n° 561/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 relatif à l'harmonisation de certaines dispositions de la législation sociale dans le domaine des transports par route, commises dans un autre Etat membre de l'Union européenne et constatées en France, sous réserve des dispositions de l'article 692 du code de procédure pénale ou de la justification d'une sanction administrative qui a été exécutée ou ne peut plus être mise à exécution.
    Il est fait application du présent article lors même que le prévenu aurait acquis la nationalité française postérieurement au fait qui lui est imputé.
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    Qu'en penses-tu ?
    Ma réponse, le second mail, je souligne en rouge :

    Je retiens en particulier ce ci :



    Article 3 Cciv
    Les lois de police et de sûreté obligent tous ceux qui habitent le territoire.
    Les immeubles, même ceux possédés par des étrangers, sont régis par la loi française.
    Les lois concernant l'état et la capacité des personnes régissent les Français, même résidant en pays étranger.

    Qui montre qu'on est " saisi" selon le cas, soit en sa qualité de résident, soit en sa qualité de " national" (ayant telle nationalité) ?

    Notons déjà une différence : la loi de police " oblige ", les autres " concernent ". Nuance, certes, mais tout de même. Qui dit, peut-être, une sorte de " doute " dans la qualité de la notion qui m'intéresse.

    Maintenant, d'où tire-t-on que je suis obligée par les articles du Code Civil ? 

    Remontons d'un cran :

    >>Les Représentants du Peuple Françaisconstitués en Assemblée Nationaleont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle,
    Grand bien leur fasse,


    >> les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs



    Qui assure que la loi est l'expression d'un droit naturel ? Qu'est ce que " l' Homme " ? que veut dire " " inaliénable", "sacré"... ?

    Peut-on prouver que je suis un " Homme " ? Si je dis que je ne suis pas un " membre du corps social", comment me prouver le contraire ?

    Pour finir, d'où tire-t-on que je suis obligée par la Déclaration solennelle de tel groupe de personnes ? 

    De la loi ? 

    Mais alors il faudrait une texte m'invitant à reconnaître que je me considère comme un membre du corps social, et que les obligations de se conformer au Code Civil (et à tous les autres) relèvent d'une conséquence de la Déclaration des Droits de l'Homme, dont ce me semble, aucun texte de loi ne stipule que ses dispositions me sont applicables ? Et en vertu de quoi ? 

    Je ne dis pas cela par cynisme ou par jeu, je me pose vraiment la question. 

    Je me pose vraiment la question en ce moment de ce qu'un individu doit à la société, et ce qu'elle peut exiger de lui, et en vertu de quoi. Le " contrat social". J'en parcours les fondements. Et là, je ne trouve pour le moment nulle articulation qui prouve que je sois concernée, et surtout, encore moins, que j'y ait donné mon accord.


    Troisième mail :

    Le vocabulaire utilisé en matière législative fait couler des kilo-tonnes d'encre, et donne matière à beaucoup d'interprétation. C'est d'ailleurs un des jobs de la justice, qui à part trancher des litiges, doit interpréter les lois (sauf en matière pénale, car la loi pénale est d'interprétation stricte, c'est à dire que tu appliques le texte et tu la fermes!). Ca fait partie de la jurisprudence (la jurisprudence est l'ensemble des décisions de justice).

    Pour l'art 3 du Code Civil, il est question des lois relatives à la police et à la sûreté. Mais c'est pas la police dans le sens les keufs. C'est la police dans le sens l'ordre public comme concept, comme entité à préserver. Les lois de police sont par exemple les lois relatives aux bonnes mœurs. 
    D'autre part, il est question des lois relatives à l'état et la capacité, c'est à dire si un mec est mineur, ou sous tutelle / curatelle... C'est la capacité juridique à accomplir certains actes.

    J'opposerai plutôt les termes "obligent" et "régissent". Et là on se rend compte que la différence est ténue. La nuance est spatiale. Obliger serait local, régir engloberait un espace plus large. 

    Pourquoi le code civil (et tous les autres codes) s'applique à toi ?

    Les codes sont en fait des lois regroupées par thème, et numérotées (on appelle ça la codification). Par exemple, l'art 3 Cciv est une vieille loi de 1803. Le code civil a été crée par Napoléon en 1804, et certains textes sont encore d'époque !!

    Donc pourquoi les lois s'appliquent à toi ?

    1) parce que tu fais partie du peuple français, ta nationalité suffit à le justifier. Et que tu sois intégrée à la société ou complètement en marge, tu es un membre du corps social, quel que soit ton mode de vie. Sur les fondements du contrat social, tu peux parcourir quelques pages de Rousseau.

    2) parce que l'appartenance au peuple français implique l'adhésion au régime politique qui comporte le mécanisme de la représentation nationale. Ah oui mais pourquoi ?

    Parce que la Constitution de 1958 (dont fait maintenant partie la DDHC) qui met en place le régime de la Vè République a été adoptée par référendum, c'est à dire la consultation directe du peuple français !! Les Français ont donc expressément adhéré à ce régime. 

    Sur la représentation nationale:

    Que tu votes ou pas pour tes représentants, que tu sois d'accord ou pas avec la composition du Parlement, les lois que ce dernier adoptent sont réputées avoir été adoptées par le peuple, par l'intermédiaire de ses représentants. C'est la loi du plus grand nombre. Montesquieu disait que le corps social abdique sa souveraineté dès qu'il a mis le bulletin dans l'urne. Et je suis absolument d'accord ! Comme le mandat impératif n'existe pas, nos élus sont libres de suivre ou pas les engagements pris auprès des électeurs. Et on voit bien que beaucoup s'en foutent. C'est pour cela qu'on se retrouve avec des lois dont on ne veut pas.  

    Il faut avoir à l'esprit que la DDHC est rédigée dans un contexte de rejet de l'Ancien Régime où le Roi avait plein pouvoir en matière de justice et de législation. Le peuple français, par l'intermédiaire de l'Assemblée, a entendu devenir son propre législateur. L'existence même du concept de loi et de contrainte qui en résulte n'est pas remis en cause, la question était de déterminer de qui elle émane. 
    La loi n'est pas que l'expression des droits naturels. Ce que les mecs appelaient à l'époque les droits naturels, ce sont les droits fondamentaux auxquels le régime portait atteinte, par exemple sur l'intégrité physique (je pense à des trucs sympas comme la torture, le droit de cuissage, l'esclavage etc... mais aussi l'atteinte au droit de propriété...). Depuis la DDHC, les droits naturels sont désormais protégés par la loi. 
    Inaliénable veut dire dont on ne peut disposer, qu'on ne peut pas supprimer, ni vendre, ni échanger... Aujourd'hui on ne peut pas vendre son droit de vote (même si je peux monnayer mon vote en acceptant un pot de vin, je ne peux pas vendre mon droit de vote à X qui est sans papier, X ne va pas voter à ma place), on ne peut pas échanger son nom de famille contre un baril d'Ariel (même si des mecs à particules se font payer pour adopter) etc... 

    Tu pourrais me répondre, ce n'est pas parce que mes ancêtres ont voté un truc que moi aussi je dois m'y soumettre. Pour l'instant je ne trouve pas de fondement juridique énonçant que le peuple est une notion "intemporelle". Et pourtant, des peuples ont disparu avec le temps. La réponse est peut-être philosophique... 

    Fin du troisième mail.

    Finalement, on voit que la juriste a trouvé une articulation qui n'est pas loin d'une solution. Je résume brièvement cette articulation :
    2) parce que l'appartenance au peuple français implique l'adhésion au régime politique qui comporte le mécanisme de la représentation nationale.

    ==> les lois que ce dernier adoptent sont réputées avoir été adoptées par le peuple, par l'intermédiaire de ses représentants

    One ne peut la faire sauter qu'avec l'argument arithmétique de la fausse représentation, articulée au fait qu'on ne m'a jamais signifié mon appartenance, due à la nationalité, due à la naissance, ni donné le choix.

    Je n'ai pas encore répondu à ce mail, pour plusieurs raisons. La première est que je souhaitais d'abord comprendre pourquoi cette question me taraudait, et j'ai maintenant la réponse. Secondement parce que le caractère circulaire des réponses, la fin de la dernière, m'a donné à penser qu'il fallait trouver des réponses plus profond dans le droit constitutionnel. C'est en cours mais je ne suis pas sûre de trouver mieux que ce que la juriste a trouvé.

    Pour ce qui est de la circularité, on la trouve notamment dans " 1) parce que tu fais partie du peuple français, ta nationalité suffit à le justifier.  " 

    Et puis, cette terrible remarque : " C'est pour cela qu'on se retrouve avec des lois dont on ne veut pas.   "

    Parce que tout est dans le " on " :  chacun est d'accord pour voter une loi selon laquelle la loi s'applique à tous, et ce même chacun n'est pas d'accord pour que la loi s'applique à lui-même. 

    Je sais que je n'invente rien, et que Freud a déterré tout cela il y a longtemps. Mais j'ajoute ici la remarque :
    C'est d'ailleurs un des jobs de la justice, qui à part trancher des litiges, doit interpréter les lois (sauf en matière pénale, car la loi pénale est d'interprétation stricte, c'est à dire que tu appliques le texte et tu la fermes!). "

    On en revient au constat premier : la justice met en oeuvre une violence qui est infondée en droit, et elle le fait en fermant les yeux (tiens, son bandeau) sur ce point aveugle, qu'elle est illégitime à faire appliquer la loi.


    (2) C'est la raison toute simple pour laquelle plein de braves électeurs disent ne pas être xénophobes et ils disent vrai. Ils ne le sont pas devenus plus que lorsqu'ils votaient Pompidou :D. Raison qui explique d'autres bizarreries de ce genre sur lesquelles on fait semblant de se gratter la tête. Ce dont les gens ont marre, ce n'est pas du système, c'est de leur impuissance à le changer. Mais ce blocage à changer a justement été organisé par ceux qui n' avaient pas intérêt à perdre les commandes :D Nous y reviendrons.


    (3) Je déforme ici un propos de détenu cité dans Les toxicomanes sur le divan, nouvelles pratiques, nouveaux défis Amal HACHET, Pascal HACHET, Editions In Press. 


    mardi 24 novembre 2015

    La politique de l'espace

    Cette interview de Rancière (je ne sais plus où elle est, vous retrouverez), je me rends compte à quel point il déterre une des raisons de ma fureur contre la technologie ; c'est qu'elle est le plus sûr allié de l'oppresseur lorsqu'il s'agit de lui fournir les moyens de découper le territoire pour assigner les gens à leur place.

    Je viens de revoir Les amants diaboliques de Visconti, et ce qui a frappé tous les spectateurs présents autour de moi, c'est la liberté de circulation qu'il y avait à l'époque. Tentez de vous rendre aujourd'hui de Rennes à Marseille sans passer une barrière de péage, impossible pour la route. Quant au TGV, on sent que ça piaffe.

    Découper l'espace, c'est le moyen d'assigner chacun à sa place : badge électronique qui vous permet de circuler dans telle zone de votre entreprise, qui vous empêche d'aller mettre le nez là où on estime que ce ne sont pas vos affaires , et qui vous dénonce si vous le tentez. Le fameux " besoin d'en connaître". Ne viens pas mettre ton vilain nez dans nos affaires.

    Tu n'as pas les moyens de payer ? Alors tu ne prends pas l'autoroute. Ni l'avion, ni le métro, ni les trains de banlieue. Tu restes là où tu es. Où ? Dans les zones de province désaffectées, où tu survivras en produisant de vagues justificatifs.

    Tu veux monter dans le TGV, alors il faut jouer le jeu des badges, des tourniquets, des bandes magnétiques, des sas, et demain des puces RFID qui activeront la réalité augmentée où tu suivras la ligne verte sur le sol, affichée par tes lunettes connectées.

    Vous me direz " Mais tout le monde est content comme ça ! " . Les zombies connectés se déplacent où on leur dit dans la grid, et les clodos restent dans le réel poubelle où ils sont priés de chercher activement un emploi. Les zombies sont heureux dans leur appartement Ikea de la résidence " Le clocher du village vieux" avec ascenseur qui annonce les étages et parking à porte basculante pour garer la voiture à crédit qui leur permet d'aller bosser, et les clodos sont heureux dans leur " région " où on anime quelques vide-greniers gratuits pour qu'ils fassent autre chose le dimanche que de boire leurs allocs devant le foot et qu'ils pensent qu'ils alimentent l'économie circulaire.

    Cela me rappelle d'ailleurs une interview réalisés sur France Info (cela devait être début octobre 2015) où une habitante du quinzième arrondissement se réjouissait que le Darty de Beaugrenelle ouvre enfin le dimanche parce qu'on ne sait pas où sortir, parce que " à Paris, le dimanche, tout est fermé".

    Alors pourquoi ne suis-je pas contente que tout le monde soit content ? Je vais répondre sous la forme d'une question : Peut-on dire d'un rituel qu'il est naturel ?
    Prenons par exemple la parade nuptiale du paon. Toute autre manifestation du genre conviendra. Si on me dit que ce n'est pas naturel, mais d'ordre culturel, je pose alors la question suivante : Dans ce que nous qualifions de " culturel", qu'est ce qui n'est pas de l'ordre du rituel ?

    Parce que cet impossible et impassible cirque défile tranquillement en défiant toutes les frontières, et laissant ma colère intacte.

    Je ne suis pas contente non plus, parce que le territoire utilise la technologie pour fermer l'accès au territoire, et je pense là aux cartes de cantines et de car des collégiens. Outre que la gestion et le contrôle impacte le coût de ces systèmes de façon ridiculement élevée, il est tout à fait indispensable que les l'éducation et l'alimentation soit assurées pour tous, y compris les transports associés et encore plus pour les enfants.

    Ce billet était en brouillon depuis un mois, il a donc été écrit avant les événements qui vont permettre avec une fureur sans précédents aux manipulateurs d'acheter des portiques électroniques en tentant de faire accroire au bon peuple qu'il s'agit de sécurité, alors qu'il s'agit d'assurer au bourgeois dont la société a payé le billet son droit de se sentir loin du vrai monde dans les trains pour riches et légitimé dans son approbation passive des projets stupides.

    La seule solution pour apprendre aux gens à bien se comporter, cela s'appelle de l'éducation, partie de la culture, et cela se fait avec des ressources humaines et de vrais moyens.

    mardi 3 novembre 2015

    Vous êtes caustique, Madame Natacha.

    J'adore l'art contemporain, mais plus encore tout se qui se dit autour. Puisque c'est ce qui finit par le constituer, n'est-ce pas. Je me délecte donc de certains témoignages.

    Au hasard, le compte-rendu par le journal Le Monde, du 24 juillet :  " au plafond d'une des salles, un nuage de coton est accroché, éclairé de l'intérieur, des pieux aiguisés en jaillissent. L'installation s'intitule Coton-Tige".

    Voilà, je vous laisse avec cela sur les bras. Vous êtes bien en peine, hein. Mais attendez, on va voler à votre secours :
    " A première vue, j'y parle des dérèglements climatiques. Mais aussi de l'esclavagisme.. ... Je me suis demandé comment les esclaves, qui étaient comme des pieux aiguisés par la violence qu'ils enduraient chaque jour, pouvaient avoir des gestes si doux pour cueillir les fleurs si douces du coton. Donc la mémoire de l'esclavagisme est inscrite dans l'oeuvre. Mais aussi l'idée de la pollution : des nuages qui font pleuvoir des pluies destructrices.

    A-t-il conçu Boomerang comme un manifeste politique ?

    "Non, ce n'est pas de la politique parce que je n'apporte pas de solution. Je constate visuellement, c'est tout. Il est vrai que répond à des besoins et à des engagements qui sont dirigés vers ce qui m'est proche, donc vers l'environnement et la nature parce que chacun sait que nous sommes en train de les détruire [...]Tout ce que je peux faire, c'est de refuser d'être complice de ce qui me répugne. Comment tenir la route, comment tenir tout court"

    Exposer au palais des beaux-arts de Bruxelles il n'a pas refusé, c'est que ça ne doit pas le répugner, alors. Heureusement, titre de l'article; l'artiste " appuie là où ça fait mal". C'est vrai que les esclavagistes modernes ont dû en perdre le sommeil.

    Ensuite tiens, cette belle chose :
    "
    Lorsqu’elle reçoit le prix Marcel Duchamp en 2004, Carole Benzaken s’avoue un peu surprise par cette reconnaissance tant la peinture, de surcroît figurative, n’apparaît pas alors comme le médium le plus représentatif de la création contemporaine. Un regard plus acéré sur les grandes toiles colorées, qu’elle décline par séries (les Tulipes, les (Lost) Paradise, les Travelling), nous apprend qu’il n’est plus ici question de représentation de la réalité mais plus exactement de mise à distance.  "

    Est-ce à dire que Mme Benzaken ne disposait pas, sur les toiles qu'elle décline par série, d'un regard suffisamment acéré pour apercevoir que sa peinture n'était pas, en réalité, aussi figurative qu'elle le pensait ?

    Est-ce à dire que, alertée par cette soudaine attention sur son oeuvre, Madame Benzaken a fini par admettre que, à y bien regarder, avec un regard plus acéré, alors oui il n'y avait pas représentation de la réalité dans ces grosses tulipes en gros plan (si si, je les ai reconnues) dénommées " Les Tulipes", mais bien une mise à distance ?

    Ou bien est-ce à dire que ce terme de " figuratif " fut attribuée par erreur à cette peinture, que le journaliste fait amende honorable, et qu'il nous explique son revirement ? Mais alors à quoi était due la surprise initiale ?

    C'st peut-être que cette distance était devenue si grande qu'il fallait revenir de loin lui pour mettre le nez dessus.

    En ce qui me concerne, j'aimerais rassurer les juries, je suis parfaitement consciente que mon art n'est pas de la peinture figurative, que j'ai mis une énorme distance entre moi et la peinture figurative, au point qu'il faudrait plusieurs sondes Philae pour en faire le tour. Donc si un jour ils ressortent du labyrinthe de verre, qu'ils me fassent signe, je suis en face, entre le bassin avec les bateaux radio-commandés et le marchand de gaufres.

    En fait on en apprend plus sur l'avenir de l'art en suivant le fil de tweet des ados qu'en lisant ces loosers du siècle dernier.

    Sinon, dans la veine pathétique, on a l'expo de Fabrice Hyber (je viens de retomber sur l'illustration que la DAP du MCC lui a achetée pour la couverture du catalogue 1994 des lieux d'exposition du royaume des aveugles par région. Avec le recul, c'est encore meilleur). En fait c'est une installation, il imite une expo des années 70. Tout y est ! Le look " vous avez dit Shadok ? " de l'illustration, le titre volontairement-débile pseudo décalé (le nombre de m2 des cimaises avec 5 décimales, parce que je ne sais pas quoi mettre comme titre).

    Heureusement, je vais devoir finir par Dagen. Pourtant on l'aime bien Dagen, c'est notre père à tous dans la haine de l'art. C'est comme Bourriaud, on l'aime bien et pourtant ils le virent. Tssss. Didi-Huberman, lui, a plutôt le vent en poupe, il rafle prix sur prix. Si ça continue, il va devenir ministrable de la culture.

    Donc déjà dans l'édition du 22 septembre 2015, on a droit à un article sur le refuznik, réfugié chinois à la mode, qui va nous donner une " leçon d'art" depuis Londres. Intéressant, je suis preneuse. On apprend que l'académie royale (bigre) réunit des oeuvres dont beaucoup dénoncent " le pouvoir et ses mensonges". Nan, sans blague.

    " Mais quand on se place en dessous, il apparaît que les cylindres précieux sont fixés à des cadres de bicyclette, à la place des roues. Ces bicyclettes sont du modèle Forever, celui des millions de vélos que le régime maoïste  patin couffin..."

    Franchement, qu'est ce qu'on en a à faire, du vélo de la grand-mère de Mao, en quoi ça fait de l'art, on s'en tape. Le tout est illustré par des clichés de l'artiste en tain de péter un vase, ou de les peindre. Desproges a fait pareil avec des cochons.

    Ensuite, dans l'édition du 16 juillet, il nous présente un artiste qui " fouaille les blessures de l'histoire pour mieux les réparer", la formule sent bon la démarche qui déchire,. ça promet, et poursuit :
    " A Lausanne (NdA mon Dieu quelle prise de risque), le plasticien poursuit son travail d'analyse des rapports entre le Nord et le Sud. "

    Alors, de quoi s'agit-il, cette analyse, voyons.

    "  Les clichés médicaux sont transcrits en marbre de Carrare, d'une à peine supportable précision anatomique (NdA Doux Jésus ! :). A côté, un masque africain est posé., masque de maladie, ou masque blessé : la confrontation est à nouveau sans équivoque".

    A peine supportable, ouais, je vous le dis.

    " Elle est reprise plus loin sous la forme de têtes de soldats africains qui ont été défigurés, taillés [...] à la demande de l'artiste, et avec lui, à Bamako."

    Indéniable gage d'authenticité... Mais enfin, donc alors, de quoi s'agit-il ?

    L'artiste " rappelle dans des collages qui sont des équations visuelles, la part que l'architecture de terre d'Afrique du Nord eut dans l'imagination de Le Corbusier, qui séjourna à Ghardaïa en 1933.[...]

    Ces œuvres s'inscrivent ainsi dans un projet d'ensemble qui se fonde sur une analyse critique  des récits historiques et ethnographiques pour mettre en évidence leurs sous-entendus et leurs aveuglements (NdA Là c'est tellement fort que je me demande s'il ne pompe pas dans le dossier de presse :). Parce qu'il procède directement, manipule images et objets confronte le visiteur à leur réalité matérielle, l'artiste abolit toute distinction entre document et création artistique. "

    Cela me fait penser à un roman récemment récompensé, qui se réfugie dans le making of.

    Quand on pense au recul et à l'humour des Robert Filliou (le génie sans talent :), des Broodthaers, de Jacques Charlier, on se dit qu'on est revenu au bon vieux temps de l'artiste au garde-à-vous, au service des grandes causes du temps, en l'occurrence humanistes dégoulinantes.

    En fait, on est toujours dans ce cercle soutenu par le trépied représentation/symbolisation/ dénonciation, dans lequel l'art tourne en rond depuis des lustres, y trouvant à la fois sa cause initiale et sa cause finale. Je mets des coton-tiges pour représenter l'esclavage (pourquoi pas, le signe est arbitraire...), j'expose des fils électriques en pelote pour symboliser (pris comme une métonymie) les difficultés de communication du monde moderne, j'entasse des sacs en plastique pour dénoncer la pollution (ce qui ne fait qu'ajouter de la pollution visuelle aux vrais déchets que deviendra l'oeuvre).

    Ces tautologies encombrent les espaces d'exposition, et toute la machine médiatique qui va autour, sans autre objet que de ressasser les thèmes à la mode.

    Bon sinon, vous écoutez cette émission, puis celle-là surtout, et après vous revenez, on pourra en parler. cela me rappelle les rencontres de Marithé et Jean Evrard avec les singuliers, en chair et en os, tout le vrai hors champ de l'art.

    Je ne dis pas que c'était facile, de parler après eux. Je dis que, collectivement, cela a été une démission de ne pas le faire. Un choix délibéré d'une civilisation de se détourner de cet effort, de fermer les yeux sur cette tâche, et de ridiculiser l'ascèse en se vautrant dans les corn-flakes chocolatés devant la télé.

    Du coup, ce qui dans l'art était tissu, projet collectif, représentation de ce qu'une époque avait comme représentation du monde et développement de l'outil de représentation permettant cette construction, s'est déchiré.

    mercredi 21 octobre 2015

    Je reviens de chez mon charcutier quantique

    La physique quantique est à la mode, et la mode est souvent amusante.

    Par exemple, cette émission de France-Culture, où une charmante dame se met en frais de nous sortir la scie : " La physique quantique dit qu'une particule peut être à plusieurs endroits au même moment".. Ce qui lui vaudra de se faire ramasser par son collègue (Michel Bitbol, directeur de recherche au CNRS , aux Archives Husserl de l’ ENS à Paris) à 13:20, qui prend de remarquables pincettes en argent massif du XVème, ouvragées à la mode de l'époque, c'est à dire avec des bras d'un mètre cinquante de long, pour la remettre sur les rails.

    superposition monk

    Je m'autoriserai donc de ce bazar ambiant pour dire que je suis heureuse de vous annoncer le texte ci-dessous. Comme vous ne le savez pas, je suis une artiste textile. Je ne suis donc pas peu fière qu'un pontifex, même frais, de Stanford nous dise qu'une bonne comparaison de la structure de l'univers, c'est un tissu, nous l'entendre parler de tissage, et de fils mis bouts à bouts.

    It is common to speak of a “fabric” of space-time, a metaphor that evokes the concept ofweaving individual threads together to form a smooth, continuous whole. That thread is fundamentally quantum. “Entanglement is the fabric of space-time,” said Swingle, who is now a researcher at Stanford University. “It’s the thread that binds the system together, that makes the collective properties different from the individual properties. But to really see the interesting collective behavior, you need to understand how that entanglement is distributed.”

    Bon, ok, l'article original état à propos des tenseurs, mais ce n'est pas grave, on va creuser le lien.




    dimanche 13 septembre 2015

    Mort d'une chronique annoncée

    Il est une mode du moment fort amusante, qui est de pondre une chronique dans laquelle on annonce que la COP21 ne servira à rien, de prédire qu'elle n'accouchera que d'une série de vœux pieux qui ne seront suivis d'aucun effet. Send the rope.

    Le plus drôle est que ces articles se lisent chez les plus ardents défenseurs de la cause environnementale, ceux-là même dont on attendrait une résistance acharnée. C'est à dire que ceux qui devraient constituer rempart cèdent, non sous les coups de l'ennemi, mais sous le poids de leur propre désespoir à contempler la constance dans la conduite de l'ennemi.

    Et pourtant, on ne peut pas en vouloir à un égoïste vicieux de chef d'entreprise de polluer, ni de corrompre avec détermination pour pouvoir continuer à polluer, ni de gruger la société avec cynisme pour avoir les moyens de sa politique. Il est dans son rôle, dans sa ligne.

    Je dis vicieux, parce qu'exploiter ses contemporains pour se payer du cognac et des putes, c'est de l'égoïsme, mais blesser et mutiler des milliers d'enfants, rendre imbuvable l'eau de leurs enfants, et tout cela par milliers et par millions, c'est du vice.

    Et là où ça devient drôle, c'est que lorsqu'on attrape un pédophile, on le juge et on le punit, alors que ces cadors de dictateurs et de chefs d'entreprises sont bénis et vénérés.
    Voir qu'on emprisonne ceux qui abîment un enfant (et ce avec raison si cela peut sauver non seulement des pucelages et des rondelles, mais aussi des équilibres psychiques de vies entières, il faut le faire.) tandis qu'on achète les produits de ceux qui en bousillent des milliers, avouez qu'il y a de quoi esquisser un sourire.

    Alors on me dira que la proie n'est pas de la même catégorie. Certes il est plus facile d'attraper un curé en retraite que de faire varier la politique d'un conglomérat international.

    Les exploiteurs se sont donné les outils et les moyens d'une domination mondiale, les exploités, eux, ont encore leurs boucs émissaires de quartier. Et les media " Z'alternatifs " célèbrent cette victoire avec des youyous de deuil qui font froid dans le dos.

    Les plus optimistes y entendent au moins une sorte de chant du cygne, célébrant le Thanatos enfin à l'oeuvre pour de vrai, puisque la grande nouveauté de cette entreprise, c'est que les pollueurs exploiteurs contribueraient à la disparition de leur propre espèce, dont la planète serait enfin débarrassée, et où pourrait repousser le paradis vert-chou des amours enfantines.

    Mais ils se trompent. Comme les castes dominantes l'ont toujours fait, les pollueurs exploiteurs ont prévu les moyens de mettre leurs descendance à l'abri de l'apocalypse qu'ils préparent. Ils sont persuadés que leurs enfants riches pourront acheter à prix d'or le billet pour la navette salvatrice, qui les emmènera, dans le doux sommeil de l'hibernation, bercés par le ronron musqué des ordinateurs de veille du bord, vers quelque planète toute neuve où ils repiqueront les semences de soja transgénique mises au freezer pendant le voyage.

    C'est donc une course contre la montre, et même bien fundés, les gosses-de-milliardaires-astronautes des Mayflower cosmiques vont avoir du mal à atteindre New-T avant que leurs parents aient bousillé l'actuel vaisseau. Chaque camp compte en années, mais si on a les mêmes unités, personne ne connaît la vitesse du compte à rebours de son processus.

    Sera-t-il plus long de construire un vaisseau capable d'emmener des spermatozoïdes congelés vers une quelconque MT-4332, en espérant qu'ils supporteront le voyage et que l'humanité ne disparaîtra pas pour une bête histoire de DLC, que de détruire la vie humaine sur Terre en compromettant irrémédiablement nos conditions de survie ?

    Avouez que vous matez un film de qualité, petits veinards, y'a un suspense du tonnerre. Enfin, pour vous spectateurs, non, mais pour les personnages.

    samedi 22 août 2015

    Le passé, et après ?

    Non désolée, je crois que finalement je vais râler encore un petit peu.

    Je reviens d'une expo considérée par tous sauf ses plus ardents détracteurs comme relevant de l'art textile, et une chose m'a frappée, c'est le silence assourdissant du verbe.

    Pas une miette de conférence, pas le moindre vermisseau de débat, pas un seul échange d'idées, pas une ligne de texte, rien. Nada. Nichts, que dalle. Mondanités, on évite ce qui fâche, c'est à dire les sujets.

    Je sais qu'il s'agit d'une exposition, et non d'un colloque ou de "rencontres".Je sais que mon enfance s'enracine dans les années 70, période pendant laquelle on avait le débat facile, je sais qu'artpress est difficile à trouver en kiosque, mais tout de même.

    Prenons le thème de la manifestation, lié au temps. Quid de la relation de chacun des artistes au temps, ou de ce qu'il expose au temps, pourquoi ? Rien, pas un mot.

    Vous, avec vos tableaux, toujours les mêmes jour après jour, un coup bleu, un coup jaune, votre petite technique à vous, votre petite propriété privée qui vous assure reconnaissance et protection, votre petite cure, avec sa prébende et sa dîme, votre petite niche que vous creusez, vous la creusez pourquoi, vers où ?

    Et pour le reste. Quid de l'art textile ? Aujourd'hui, demain, ailleurs, que sais-je ? Et de l'art en général, pourquoi créer, vers quoi allez-vous, en quoi vous adressez-vous à l'humain ?

    De chacune des œuvres installées, rien, pas un mot. Les catalogues : titre, technique, dimension, année de création. Point, rien, pas un mot, rien.

    Chacun des artistes présentait son parcours, commentant un peu une rétrospective " Là j'ai arrêté ceci, en 1980, j'ai fait cela..." . Parlait de sa technique. Jouant avec le hasard, défiant la matière qui sèche. Pourquoi, dans quel but ? Pas, un mot, rien.

    Tiens un exemple au hasard, le travail de Mme Gubitz :


    Vous vous doutez sûrement de la tonne de questions à laquelle on aurait droit si par exemple la vilaine Guillemette nous pondait un truc dans le genre. Là, j'ai eu beau chercher, rien. Nada que dalle, nothing. Alors la prochaine fois ce sera quoi qui sera interrogé, un quart de rond, un fond de panier, la tresse sera jaune, le fil rouge, pourquoi pas, pourquoi ?

    Alors voyons un peu :
    Woven Earth is the gallery of fiber sculptor, Karen Gubitz, whose sculptures are inspired by nature "
    Bien, bon début, c'est une source sûre, on y trouve de tout. Un peu pêle-mêle mais de tout.
    "I am inspired by nature – by the pure, simple and beautiful forms and textures that nature presents. 
    Eh bien voilà...
    In weaving, twining, coiling, netting, wrapping, twisting or bending everyday objects, materials that are familiar and yet surprising, each work of art evolves into my own inner vision of the natural world. 
    Oui, mais pourquoi tous ces verbes accumulés ?
    As I continue to test the limits of these everyday materials, I become more assured of my own vision, 
    Qui est, donc ... On pourra en avoir une idée ?
    enough so as to allow for the unexpected. 

    Certes...My work is an invitation to the viewer to reach out and touch and to join me in my joyful celebration of nature. "

    Ah oui, non, ça reboucle, dommage ça a failli dire quelque chose.

    C'est bien ce que je pensais. Des artisans à la recherche d'un peu de maîtrise, surpris par les heureux hasards de leurs tâtonnements.

    Karen also hosts creative workshops for small groups at the Woven Earth Studio at Harvest Hill Prairie in western Illinois. 

    Ah ouais, on a beau être retraitée, on n'oublie pas le pognon :) Pis ça permet d'avoir une petite cour, c'est agréable de prendre le thé au milieu des admiratrices.

    J'ai mis cela en relation d'un coup avec le malaise que je ressentais à les côtoyer, avec cette relation étrange que j'ai avec la relation étrange qu'ils ont avec les gens qui passent.
    Ils ont presque le même rapport à leur oeuvre. L'un crée, l'autre pas, le visiteur passe, " aime " ou " n'aime pas", summum de l'investissement, où nous tire un effort fou pour tenir le coup jusqu'au dîner, empêcher ce vide qui se creuse de nous engloutir avant qu'on revienne à la maison.

    Mais l'artiste n'est guère plus présent. D'ailleurs, à part pour le vernissage, on s'en passe. Si : comme un artisan, il est censé expliciter la technique. Dévoiler à un peu sa niche, dans laquelle il oeuvre pour lutter contre toutes les forces qui font que cela ne donnerait pas " ce qu'il veut ".
    Mais au fait, ce qu'il veut, c'est quoi ? De cela on ne saura rien. Il découvre le résultat, il aime ou il n'aime pas. Les bonheurs du hasard fournissent de belles pièces.

    Mais pourquoi ? Pour rien, en fait, pour remplir les salles d'expos, les catalogues, faire tourner une machine qui tourne à vide.

    Et pendant ce temps, à quelque pas de là, dans la salle des fêtes en lino reconvertie en marché, de vieilles femmes bradent ce que leur grand-mère a brodé. Les torchons,


    ça accroche toi pour le faire, ça va défier les limites de ton imagination :D


    et les mouchoirs


    Là aussi, tu peux confronter ça à ta vision intérieure, mais déjà faut le tisser, tu vois ma grande.



    Aux mêmes initiales (S.T.). N'ayant pas les moyens d'acheter les broderies, j'ai raflé quelques trucs pour le souvenir, et laissé les serviettes, pourtant vendues à la pièce, en espérant que quelqu'un achèterait le service.

    Ces dames, qui m'ont remis leurs reliques de famille, m'ont dit qu'en allant à l'école, elles voyaient par les fenêtres les tisserands fabriquer ce que vous voyez là, sur votre écran.

    Entre l'espace d'exposition et la salle des fêtes où l'on vend ces trésors, pas de communication. Les artistes textiles n'ont rien à voir avec le tissage. D'ailleurs il ne savent plus, ou si, on peu, les œuvres les plus anciennes, de petits formats, un petit peu.

    La tisserande, la vraie, elle est encore un peu plus loin, ailleurs dans le village. Elle fait des vêtements et des accessoires: Mais en laine, de luxe. Pas les nappes et les torchons. Qui va acheter un torchon fait main ?

    Autre silence assourdissant, celui de ces métiers disparus, de ces savoir-faire et techniques mortes De cela l'art textile n'a rien à faire. Peu lui importe d'être coupé de ses racines artisanales, il tourne à vide, remplit des catalogues et des galeries sans rien dire.

    Sans rien dire des savoir-faire dont il hérite, qu'il pille et dont il profite encore un peu, en roue libre, pendant qu'on trouve des financements pour faire de la culture.

    L'art n'est plus que de l'artisanat, et l'artisanat n'est plus que de l'animation culturelle pour qu'il se passe autre chose que la télé le dimanche. Du moins pour les quelques % d' " artisans" qui ne sont pas électriciens, couvreurs, boulangers, plombiers, charpentiers...

    Le reste des jeunes bosse où ?. Au macdo du bourg voisins. L'art il s'en tape. Et l'art, il s'en tape qu'on s'en tape ? On ne saura pas. Là-dessus non plus, pas un mot, rien.

    L'artiste arrive, accroche ses petits machins, fait trois ronds de jambe, boit un coup, encaisse de quoi payer son essence, et tout le monde rentre chez soi. Cela aura servi à quoi, tout ça, encore une fois à part " animer le territoire " ?
    On ne saura pas, silence, interdit de parler, de réfléchir. On glisse, on patine, discrètement, on rafle ce qu'on a pu grappiller, et on repart sans refaire de bruit.

    Moi j'aurais été preneuse de quelques questions du genre " Pourquoi faites-vous cela ? Pensez-vous que cela fait avancer l'histoire de l'art ? Etes-vous conscient que votre démarche a été empruntée mille fois auparavant, cela ne vous dérange pas ? Très bien. Du moment que ça vous amuse et que ça grappille quelques sous, ça fonctionne, remettez une pièce de cent sous dans la fente pour l'expo prochaine, siouplai.

    Je voudrais l'entendre de leur bouche, que ce qu'ils font ne sert à rien d'autre que la cause d'embellir leur retraite assurée par le conjoint ou l'Etat. Je voudrais voir leur tête quand ils l'admettent.
    Je voudrais voir leur tête quand je leur pose la question de savoir si ça les dérange, eux "artistes textiles", que tous les tisserands alentour soient morts, et que de vieilles dames bradent dans la salle des fêtes à côté des mouchoirs où il y a plus de technique que dans leurs arts réunis, parce que l'outil a été mis au point il y a des siècles, et qu'il ne sauraient même plus le faire fonctionner, et que les jeunes bossent chez Macdo pendant qu'ils exposent.

    Je voudrais voir leur tête quand ils me répondent que non, ça ne les dérange pas. Je crois qu'il vaut mieux que je n'y retourne pas, la prochaine fois je risque de ne pas pouvoir me retenir de gâcher leur petite fête.

    Je sais qu'on va me sortir la grosse barre en or de la spontanéité de la joie de créer, du bavardage inutile sur l'art contemporain, contraint d'habiller des œuvres qui n'ont rien à dire par elles-mêmes.

    En fait, comme dit Jep dans La Grande Belleza, on n'habille même plus tout cela de pensée, du blabla suffira, c'est moins cher, plus soft, plus cool.

    Autre témoignage dans le filon " My work with silk began after I finished a university art school career. I had worked as a graphic designer, illustrator and sculptor until then. I was looking for a new direction with techniques to suit the time and my needs, something new and intuitively creative. I met  xxx She introduced me to the world of silk, textiles and silk painting. That is nearly a decade ago. Since that time I have drawn and painted several kilometers of line and brush work and explored the materials and textiles in a relentless manner. "

    Le gars, il ne cherche pas qu'il a à dire, il cherche une technique qui va bien dans son emploi du temps, et il en fait des kilomètres. Super. Des artisans, quoi. Mais comme ils ont disparu, on les appelle des artistes.

    Quant aux artistes, tout le monde se fout qu'ils n'aient plus de nom, ni qu'on s'en soit servi pour désigner les artisans, personne ne s'en est aperçu, personne n'est venu réclamer le nom, ils s'en foutent de comment on les appelle du moment qu'on les appelle et qu'on les paye.

    Pour se consoler, un peu de wip


    Un vert exquis, mélange de delphinium et de je ne sais plus quoi. Je l'adore, je vais en faire plein de choses.


    Le violet campeche, dont je ne me lasse pas.


    Cette fois avec un jaune sophora.


    Veuillez noter comme l'écorce cintre différemment par rapport à la photo ci-dessus, où elle était plate


    Je ne l'ai pas touchée, elle change avec l'humidité de l'air. Rien que du banal, rien à exposer. Pas de quoi en faire une expo, même en mettant quelques bouts de fil autour.

    Cela n' a rien à faire ici, et devrait être publié dans le ravin du chamelier. L'art est en suspens depuis l'après-guerre, tout le monde retient son souffle, et le roi est de plus en plus nu. C'est bien de piller la nature et les techniques du passé, mais après, on fera quoi ?

    lundi 3 août 2015

    Google moves (bientôt sur vos écrans)

    Une courte vidéo destinée à la présentation d'une application Google de traduction des langues :



    La vidéo s'ouvre et se clôt par un écran qui s'interpose entre le regardeur et le monde, ce qui est le but de la traduction " See the world in your language", dit le slogan final.

    Mais de quel monde s'agit-t-il, ce monde que nous " voyons" ("see") ? Nous ne voyons qu'un écran, pas le monde.

    Un moment intéressant est par exemple à 0:47 lorsque le texte à traduire est réparti sur deux panneaux. Je suppose en effet qu'une des ruses principales (du moins est-ce présenté ainsi) de ce logiciel est qu'il " réécrit" le texte dans la langue cible, puis le " réinsère", police, taille et couleur comprise, dans l'image.

    D'où peut-être, le rôle des petits rectangles, aux dernières secondes. Car le texte est sur des panneaux.

    Ainsi à 0:47 peut on supposer que le logiciel ait eu à décider, à choisir, de mettre le " I " qui appartenait originellement à " ti ", au même endroit que le " I " de " I". On voit d'ailleurs le petit retard du au traitement de l'image.

    On peut supposer que si l'initiative se prolonge, il pourrait figurer sur l'image du " texte " d'origine, des idéogrammes, qui échappent au détecteur de caractères, et qui ne soient pas traduits sur l'image cible. On peut supposer aussi le contraire.

    Imaginons par exemple que dans l'image source figure un livre. Le logiciel de reconnaissance analyse les caractères de ce livre et les réécrit en texte dans la langue cible. On pourrait alors zoomer, et " lire " l'ouvrage censément posé sur la table de la personne. Et même, tourner les pages. Sans pour autant découvrir le marque-page, le petit mot manuscrit caché entre les pages.

    Ou pas. On pourrait aussi découvrir des choses qui n'étaient pas dans l'image source.

    Je ne commente rien, je vous laisse méditer là-dessus.  Google avance.

    Sinon j'ai vu Les mondes de Ralph, dans lequel un petit réparateur tombe amoureux d'une femme et lui fait des compliments sur son visage en HD. Il y a une réflexion sur les virus vivants qui fait un peu penser à Tron et à Matrix, en mode jeu pour enfants, univers de sucre et de bonbons, sans oublier la mention d'une ou deux marques. Publicitaire par nature, la création de ces choses, lè-bas. La frontière entre le vivant et le monde virtuel, qui meure lorsqu'on le débranche, débat sur la fin de vie.

    Sinon j'ai lu un travail produit à l'université de Valenciennes et alentours, à l'occasion d'une expo d'Alexandre Hollan en 2000 au château Dampierre. Moins de couleurs, mais sans doute tout aussi intéressant. Peut-êtrer même plus si on exclut du champ de la comparaison de savoir si on doit se résigner lorsque le destin semble vous avoir assigné un rôle, ce qui semble être le nec plus ultra de la réflexion, là-bas...


    samedi 1 août 2015

    Missing link is on the way

    Idem que le précédent, rien de transcendant, mais j'en aurai besoin plus tard.

    Bridging the gap : you are the missing link. Cause there is no missing link, parce qu'il n'y a besoin de maillon qu'entre des choses qu'on voit séparées.

    Prenons l'exemple de La jeune fille Violaine, pour situer cette oeuvre, entre d'une part l'Antigone d'Anouilh, et d'autre part la  Fin de Partie de Beckett.

    A gauche les affres liées au maintien de l'ordre dans la Polis, à droite les absurdes autant que nécessaires contentions d'un crépuscule généralisé en chacun de nous, interprétations (Barbara Schulz/Hossein, Pinon/Berling) magnifiques servant un texte magnifique, et au milieu de ces deux larrons, se situer dans un dessein expiatoire pour vivre la sourde joie masochiste de l'accomplir.

    La question que je me posais était de savoir si le fait d'insérer la problématique à l'intérieur de la mystique chrétienne rend la perspective étriquée, ou bien au contraire, est-ce tenter de lui faire exécuter une sorte de saut périlleux dans l'hyperbole, vers un au delà de l'au delà ?

    Le sacrifice de soi, le "qu'il croisse et que je disparaisse" de Loyola, est-ce se mettre en demeure, une fois les deux larrons absous, d' inventer ce qui est à la porte ouverte ce que la porte ouverte est à la porte fermée , pour se sauver soi-même ?




    Le métier à tisser à la tire, ainsi, nous invite à surpasser l'effort. Cet homme a mis vingt ans pour ressusciter une technique disparue, un savoir-faire enfoui sous les décombres du progrès. Il s'agit de faire un métier à tisser. L'ancêtre de ce qui a donné chez nous le Jacquard. Le roi des métiers à tisser, celui où l'on peut sélectionner certains fils de trame pour être levés

    Vous allez me demander quel est le fil commun de tout cela. Je l'ai matérialisé quelque part dans la phrase " ce qui serait à une porte ouverte ce qu'une porte ouverte est à une porte fermée" (1). Un hyperbole de l'essence d'une chose, mais venue d'un retournement de l'intérieur, une mue de cet intérieur, en totalité.

    La transformation, par inversion, de l'essence de l'unité, en totalité. Comme l'inverse de la surface intérieure d'un sous-marin, pure unité individuelle " idiote", inutile, devient une fois non pas traversée, mais retournée,  la surface intérieure de l'univers moins quelque chose. Mais ce quelque chose reste problématique. Il est encore trop à rester.

    La négation de soi-même comme expansion totale de soi-même. Le mieux  du mieux comme seul ennemi possible au soi, ne se satisfaire que de l'impossible à atteindre.

    C'est comme ça que je ressens la possibilité de passer d'un train à l'autre, comme évoquée par la Vilaine Guillemette.

    L'expansion de soi, mais à partir de quel soi ? C'est ce que nous verrons au prochain épisode.

     (1) Citation erronée d'un article de John Moullard. (lien vers la porte ouverte)

    Signs of times

    Je vais râler une dernière fois. et puis on va passer à autre chose. Ce n'est pas très intéressant en soi, mais je pose quelques éléments auxquels je ferai appel par la suite en tant que référence.
    • J'ai vu ma première casquette YMCMB sur une table d'élève dans une école primaire en France. Idéologie bling-bling du sexe macho, du fric par la drogue et de la bagnole pour décérébrés, tout pour plaire. Et des gamins d'école primaire du fond de ma campagne demandent à leurs parents de financer cela. Bravo les dealers.
    • Je me suis entendu proposer ma première consultation de médecine " pour riches", un rendez-vous soit début 2016, soit novembre 2015, mais avec dépassement d'honoraires. Fini le temps du médecin de famille qui rappliquait au pied de mon lit pour mes rhumes de petite fille... Bien bien bien...
    • Je trouve que la blonde sur la gauche, , elle ressemble un peu à Jane Asher dans Deep End. Et c'est marrant, je trouve qu'elles ont aussi quelque chose de Bulle Ogier.
    Plusieurs figures concourent en ce moment à un même mouvement, dans lequel sont entraînés les objets créés.

    Dit autrement, les productions para-artistiques subissent des mouvements de diverses origines et de diverses directions, mais qui les entraîne dans une spirale dont le tourbillon a globalement la direction d'effondrement des trous noirs.

    Voici quelques uns de ces mouvements :
    • L'envahissante progression du titre-jeu-de-mots comme ressource pour les titres. Qu'il s'agisse d'une manifestation, d'une oeuvre, il faut que le titre fasse jeu de mots, clin d'oeil, ludique, complice, décoincé, pas prise de tête.
    Exemples en vrac :
    - La route du rock (la route du rhum ?)
    - Exposition Ori-Peaux à la galerie l'Antre-temps.
    - Un emploi nommé désir (un tramway nommé désir ?)
    - Carré d'art (carré d'as ?)
    - "Un parcours au long cours"
    - La fanfarfelue,


    1980


    alzheimart

    35 ans que vous radotez les mêmes bulles de singes, les gars.

    On peut d'ailleurs se poser la question, le nombre de lettres étant fini, s'il arrivera un jour où on ne pourra plus nommer une exposition d'un mot qui n'ait déjà été utilisé. D'où peut-être le recours croissant à des solutions comme " fanfarfelue".

    • Le reyclage comme pratique "artistique", autre manière de camoufler son impuissance et son manque de moyens, entre également dans une seconde phase, celle d'une mise en abîme plus ou moins consciente. Comme les recettes que s'échangeaient les prisonniers dans les camps, substituts à l'indigence et au manque de nourriture réelle.



      Les marques des produits sur les boîtes d'emballage sont déjà des pillages : comme " Ben-Hur", film pillant les ressources des légendes antiques, elles chipent l'aura de tel ou tel personnage de légende. Sans forcément le savoir, l'artiste qui recycle, ou " upcycle" régénère ce détournement.

      A côté des manifestations artistiques, la communication dans le secteur culturel a de quoi se régaler.

      Ici par exemple, le motif des étoiles est donné par le nom de l'Abbaye " La Trinité", elle même nommée d'après la Sainte Trinité.


      Scan et détourage sont les mamelles de l'infographie.


      Ad nauseam,



      La profondeur artificielle créée par le procédé de citation emboîtée, plus ou moins masquée, révélée, avouée, assumée, a pour but de masquer le vide de l'inspiration. Ces mouvement ont tous un même but, et tous un même moyen, la notion plus générale de " pillage ".

      L'art d'un temps s'est toujours nourri de celui des prédécesseurs, et l'imitation est la racine de l'épanouissement pour les formes nouvelles. Mais recomposer n'est pas renouveler. Disposer autrement, découper et coller est en même temps qu'une recomposition, un brouillage kaléidoscopique. Il faut trouver une nouvelle cohérence.

      L'effet donne une sensation de " jamais vu", mais le jamais vu n'est pas le nouveau. L'innovation n'est pas la paraphrase, la citation et le jeu de mots ne sont pas deviennent pas automatiquement création tant qu'ils restent réarrangement sans jaillissement. On a déjà beaucoup espéré du hasard en la matière.

      Dans les deux cas, la référence est réintégrée dans le champ de l'art, la première fois en tant qu'objet d'art, la seconde en tant que produit dérivé, que le musée achète parce qu'il fait référence à sa propre histoire, et se reflète dans le miroir de son histoire réactualisée, comme dans les fragments d'un miroir. Comble du narcissisme, il achète les travaux de l'illustrateur qui lui permettent de s'aimer dans une image " modernisée " de lui-même, mais qui ne peut se résoudre à ne pas accompagner sa vocation, ie. montrer les vieilleries de sa propre histoire.

      Maintenant selon ma bonne habitude, je vais critiquer ma propre pensée.

      Dire quelque chose de nouveau, c'est plus que le dire d'une façon nouvelle. Ce postulat se discute. Quelle serait donc cette chose au delà de la nouvelle forme, que le propos devrait découvrir, démasquer comme un oublié des tentatives précédentes ?

      Archives du pillage

      “I love being part of a global movement that supports small businesses.” –Yana G, founder of Supamoimoi, an Etsy shop in Montreal, Canada that sells women's and children's clothing inspired by vintage Russian fairy tales.

      Right. How do you support Russian Fairy tales writers today ? Tu te fais du fric sur le dos de leurs ancêtres, mais comment soutiens-tu la création russe contemporaine ? En rien. Tu prends le pognon et tu te barres. Après moi le déluge.
      On s'est toujours inspiré de canevas narratifs, et on s'est toujours reposé sur le patrimoine culturel. Le problème, c'est que cela fonctionne désormais à sens unique. On pille sans trop rien comprendre, mais hors de question de se " prendre la tête" à travailler pour enrichir le patrimoine, en comprenant de quoi il est fait. Je prends le pognon et je m'achète une voiture avec.
      Autre truc dans la même veine :

      For the non-runners, a 5K is a five kilometer race (approximately 3.1 miles) and is a popular format that generally takes 20-30 minutes to complete. C25K prepares the non-running "couch potato" for a 5K in about nine weeks.
      Fitness and running aspects aside, C25K is a model of a transformational initiative that's been successful around the world, and provides an instructive example of how to design your own transformational initiatives.

      What's in a name?

      The mere name of the program, Couch to 5K, is profound in that it articulates the starting point and objective of the program clearly and obviously, unlike most transformational initiatives. If a typical consultant or middle manager had been tasked with naming the program, we'd probably end up with meaningless words and numbers like "FAST FEET 2020" or "Project ABE: ACHIEVE! BELIEVE! EXCEED!"
      While it may be fun to pretend to be a government operative or consumer product developer and create cute codenames, initiatives that don't convey any meaning are not helpful. How do you expect interested parties to remember that "Project Redwine" is your ERP modernization, and "APOLLO X" is an updated mobile app? Like Couch to 5K, your program should strive to have a name that clearly articulates what it's about and what it's meant to accomplish.

      C25K est aussi un " meaningless word", basé sur une confusion maintenant établie entre "two" et " to". Il faut expliquer " 5K" aux "non runners". Quant à l'abréviation de " Couch" en " C"...  La foi bouge les montagnes, même dans leur canapé.

      On passe d'une connivence de l'association à une connivence de l'acronyme.

      Les mouvements, pillage et excès de directivité se rejoignent en un territoire superposant les deux versions d'un " efficace". Etre compris  pour vendre sans tierce référence, d'une part, et empiler d'incompréhensibles références culturelles pour " faire comme si" on vendait de la culture, d'autre part.
      L'un décomplexé, l'autre pas encore. Vendre. Avant tout : vendre. Vendre aux déstructurés, aux consciences molles, déculturées, sans plus aucun squelette culturel, et qu'il faut convaincre de croire en un programme de gymnastique, dans le goût d'un poulet, de visiter tel musée ou tel expo. Non pas guidé par son propre itinéraire culturel mais " convaincu " par le marketing, " teasé " par le jeu de mot. Peu importe le contenu, il faut que l'affiche vende, que le nom attire. On verra après. D'abord vendre, vendre, vendre.

      • Pour finir, je ne regrette pas de m'être abonnée au flyer publicitaire de Saatchi Art, cela permet de lire des choses comme " Meet the Portland Artist Turning Everyday Life into Poetry "
      Quid de ceux dont la vie quotidienne EST une poésie ? C'est l'artiste pour bourgeois dont la vie quotidienne est un plan-plan où on s'emmerde à cent sous de l'heure, et qui va mettre juste un peu de couleur pour que ça devienne une féérie, comme les DVD de Disney. 
      Et le pire c'est que c'est vrai. L'artiste proprette, avec ses gants de vaisselle pour ne pas salir son mobilier, qui " try to give visible form to the emotional aspects of experience ".
      Je vous relaierai l'info s'il y a d'autres choses à pleurer comme celle-ci. De rien.