Je faisais référence à cette belle émission d'Adèle Van Reeth sur France-Culture, parlant des liens entre mode et philosophie, et notamment de l'influence du néo-platonisme sur les silhouettes féminine, en triangle, et masculine, en rectangle dans la mode vestimentaire.
Où l'on apprend aussi que Marsile Ficin faisait " fumer des herbes " pendant ses réunions, pour mieux accéder à la divinité. Ben voyons...
Je retiens deux expressions, que je cite de mémoire :
" Analyser le réel pour parvenir à l'intelligible" d'une part, et " ... où la façon d'être et la façon d'apparaître (et non de paraître) sont prises dans une même texture" d'autre part.
Comme illustration de la différence entre les approches "cartésianiste" d'une part et holistique, ou phénoménologique d'autre part. La silhouette restant la même, les riches et les pauvres se distinguent par les tissus employés.
On pourrait dire qu'aujourd'hui, plus personne n'ayant le goût et les moyens de s'offrir de vrais tissus, le choix de la différenciation sociale se déporte sur l'accessoire, plus visible que le bijou, d'où le succès du sac emblématique de la volonté petit-bourgeois de " faire chic".
Car suis venue aujourd'hui vous parler de la notion de " communauté intériorisée". L'idée est de gérer une succession, celle de la communauté intériorisée, avec en toile de fonds l'Histoire de l'Art, et l'humanité en général.
Cf. également cet article :
" On peut citer les listes généalogiques de la Bible, comme souci d'ordonner ce qu'il y avait de plus important au monde, la filiation du divin au royal, après la cosmogonie première. Dans ces temps, les cieux ne se distinguaient pas des mers comme l'atmosphère de l'eau, encore moins par leur composition chimique, mais par le nom de la divinité qui s'en occupait."
Alors, l'idée est la suivante. le décor, c'est celui d'un aller-retour entre l'individu et la communauté. L'individu, lorsqu'il est enfant, est éduqué par une communauté qui lui transmet, pour faire vite, une certaine " image du monde". Comment fragmente-t-on une " image du monde " la faire passer dans la tête d'un enfant, voir ici.
Donc l'enfant en éducation reçoit une image fluide du monde, qui lui est versée par ses précepteurs dans les oreilles, et comme le bateau de la bouteille, reconstitue ses structures une fois dans le cerveau.
Puis, cet enfant devenu adulte va alimenter à son tour, en sens inverse, la mythologie mondiale et contribuer à modifier, à redessiner, les structures de l'image collective du monde déposée dans la culture.
Entre toutes ces images, ces représentations, pourrait-on dire, il en est une intéressante qui est l'image que la collectivité se fait d'elle-même lorsqu'elle s'idéalise, lorsqu'elle se projette à son tour sur le mur de la caverne, sur l'écran du cinéma, pour se regarder exister. C'est donc la " collectivité idéale", qui lui sert de modèle.
L'Olympe en est je pense une des premières représentations qui nous soit encore aujourd'hui à peu près correctement accessible. Auparavant, mettons le cadre de l'épopée de Gilgamesh, ou pire les temps du mégalithisme, je ne vois pas comment se faire une idée correcte de cette projection. J'ai essayé avec les Incas et les Maya, mais je n'y parviens pas.
L'Olympe, c'est donc la communauté projetée, la communauté qui se donne inconsciemment pour idéal ce qu'elle représente consciemment comme la supra-réalité, la méta-physis, au sein de laquelle elle dit aux autres, et notamment aux enfants lorsqu'elle les éduque, qu'elle évolue en réalité et qui est donc la réalité.
Quels peuvent être les successeurs de l'Olympe ? Quelles représentations de soi-même la collectivité se donne à elle-même à observer, en tant que cadre dans lequel elle évolue ?
In fine, cette réflexion introduit la possibilité d'être à soi-même ce que le successeur est au gérant d'une boutique, d'être son propre successeur, mais sans l'obligation corollaire généralement admise, qui est d'être à soi-même identique.
On me dira que c'est une évidence, ce dire que je ne suis pas la même qu'il y a un instant. Et pourtant, comment nous vivons-nous sinon comme une permanence dont nous quêtons l'unité, ou plutôt les bases mêmes de ce qui pourrait constituer une unité ?
Que cherchons-nous sinon ce graal, mais ne cherchons-nous pas l'unité dans la permanence, comme indissociable ?
A la suite de quoi j'ai ouvert un groupe Facebook pour cet outil de seconde génération, après les Montreurs de Marionnettes, et intitulé les Successeurs.
Tout cela pour introduire la succession dans les diapositives, nous y reviendrons. Et pour faire le lien également avec l'individuel et le collectif dans la culture.
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jeudi 16 octobre 2014
mardi 14 octobre 2014
Incroyable, la vague nouvelle à l'ère de la prostitution numérique
La quête du truc " pas fait encore", seul moyen pour l'artiste d'espérer de la promo dans le monde des ventes flash, me permet de placer le gigantisme comme sub-catégorie du '" sensationnel".
Ainsi dans l'ordre du " Guiness Book of records" qui régit la promotion dans le cyber-espace, sera élu l'artiste qui a trouvé un truc pas fait encore dans la catégorie du sensationnel.
Au jeu du vous n'en croirez pas vos yeux !!, le plus putassier sera le mieux.
Sous catégories : il a mis 10 ans à coller 5 millions de pièces de puzzle, de timbre-poste, de perles, de tesselles, que sais-je ?
Autre sous catégorie, qui monte dans les statistiques, "elle fait du maquillage incroyable", "elle peint des photos". Le trompe-l'oeil, horizon indépassable de la peinture. Ou plutôt sans doute, retour à des repères rassurants.
Elle peint des gens en vrai, et bien sûr, c'est dans la catégorie BUZZ. Buzz, le mot qui te fait gagner ton mois, ça m'en colle une nausée pour tout ce qui est promo...
They create an extraordinary visual experience and open up an unprecedented new dimension of aesthetic expression.
Nouvelle dimension, mais est-ce parce que c'est extraordinaire, ou qu'on a mis quinze ans à le faire et sensoriellement pétard que c'est intéressant artistiquement ? Chaque enfant vit cela quand il fait le coup du soulève-plat pour la première fois à son oncle au déjeuner dominical.Une fois passés le clic qui a rapporté un centime à l'annonceur, et la déception, que reste-t-il ? Peu importe, on a réussi à vous faire cliquer, vous avez été une goutte d'eau dans une vague Google Ads.
La futur de cela, c'est la petite décharge garantie. Cliquez, et mettez les doigts dans la prise.
Ces décharges, vaguelettes qui se brisent sur le rivage, qui reviennent identiques sans qu'il en reste rien que la soif de la prochaine, le retour au manque premier, le rêve du vendeur d'espace publicitaire qui engrange son petit centime à chaque fois.
Je comprends que la situation n'est pas facile. Si l'on regarde par exemple cette vidéo montrant Marcel Broodthaers écrivant en extérieur, sur un projet de texte, projet bientôt effacé par la pluie, on voit qu'on est dans l'auto-annihilation, en 1969. Comment, près d'un demi-siècle plus tard, dire quelque chose si depuis, on ne s'est pas donné des outils pour répondre à un tel défi ?
Ici comme ailleurs, nous avons été dépassés par la complexité des questions posées. Pour être en capacité de mettre en face quelques réponses, il eût été (idée regardante, n'est-ce pas) nécessaire de mettre en place une architecture, comme on construit une digue au fur et à mesure de la montée des eaux.
A une échelle collective, j'entends. Au lieu de cela, le ricanement triomphant des trente pollueuses a fait baisser la tête aux quelques intellectuels résistant. Le niveau de la vie montait tout seul, l'euphorie gagnait. Cela me rappelle un propos de Nikki de St Phalle parlant des années 70 : " Et puis tout d'un coup, tout le monde s'est mis à gagner beaucoup d'argent dans le monde de l'art, ça allait mieux ". Meaning, " c'était plus facile pour financer mes travaux".
Exit les questions inutiles, donc. Pat d'eph et petites pépées, partouzes autour de la piscine, on s'éclate à St Trop. Tant mieux pour les Moïse qui sont passés à sec, mais la vague revient, avec son lot de factures à payer.
Il paraît que les cadres en burn-out vont se ressourcer dans une association d'aide aux sans-papiers. Peut-être qu'une personne participant à une bonne action pour l'environnement ou une performance artistique se dédouane ainsi de toute une période d'obédience au système...
Enfin, bref, je ne suis pas payée pour tirer des conclusions, alors en guise, voilà un témoignage fort émouvant je trouve. Le premier qui soupire " toute une époque..." aune fessée, peut-être une vague remontrance.
Je mets le lien ci-dessus, car la visionneuse ne trouve pas la vidéo. Bref, je vous signale la mine. C'est inégal, mais il y a de la matière.
Ainsi dans l'ordre du " Guiness Book of records" qui régit la promotion dans le cyber-espace, sera élu l'artiste qui a trouvé un truc pas fait encore dans la catégorie du sensationnel.
Au jeu du vous n'en croirez pas vos yeux !!, le plus putassier sera le mieux.
Sous catégories : il a mis 10 ans à coller 5 millions de pièces de puzzle, de timbre-poste, de perles, de tesselles, que sais-je ?
Autre sous catégorie, qui monte dans les statistiques, "elle fait du maquillage incroyable", "elle peint des photos". Le trompe-l'oeil, horizon indépassable de la peinture. Ou plutôt sans doute, retour à des repères rassurants.
Elle peint des gens en vrai, et bien sûr, c'est dans la catégorie BUZZ. Buzz, le mot qui te fait gagner ton mois, ça m'en colle une nausée pour tout ce qui est promo...
They create an extraordinary visual experience and open up an unprecedented new dimension of aesthetic expression.
Nouvelle dimension, mais est-ce parce que c'est extraordinaire, ou qu'on a mis quinze ans à le faire et sensoriellement pétard que c'est intéressant artistiquement ? Chaque enfant vit cela quand il fait le coup du soulève-plat pour la première fois à son oncle au déjeuner dominical.Une fois passés le clic qui a rapporté un centime à l'annonceur, et la déception, que reste-t-il ? Peu importe, on a réussi à vous faire cliquer, vous avez été une goutte d'eau dans une vague Google Ads.
La futur de cela, c'est la petite décharge garantie. Cliquez, et mettez les doigts dans la prise.
Ces décharges, vaguelettes qui se brisent sur le rivage, qui reviennent identiques sans qu'il en reste rien que la soif de la prochaine, le retour au manque premier, le rêve du vendeur d'espace publicitaire qui engrange son petit centime à chaque fois.
Je comprends que la situation n'est pas facile. Si l'on regarde par exemple cette vidéo montrant Marcel Broodthaers écrivant en extérieur, sur un projet de texte, projet bientôt effacé par la pluie, on voit qu'on est dans l'auto-annihilation, en 1969. Comment, près d'un demi-siècle plus tard, dire quelque chose si depuis, on ne s'est pas donné des outils pour répondre à un tel défi ?
Ici comme ailleurs, nous avons été dépassés par la complexité des questions posées. Pour être en capacité de mettre en face quelques réponses, il eût été (idée regardante, n'est-ce pas) nécessaire de mettre en place une architecture, comme on construit une digue au fur et à mesure de la montée des eaux.
A une échelle collective, j'entends. Au lieu de cela, le ricanement triomphant des trente pollueuses a fait baisser la tête aux quelques intellectuels résistant. Le niveau de la vie montait tout seul, l'euphorie gagnait. Cela me rappelle un propos de Nikki de St Phalle parlant des années 70 : " Et puis tout d'un coup, tout le monde s'est mis à gagner beaucoup d'argent dans le monde de l'art, ça allait mieux ". Meaning, " c'était plus facile pour financer mes travaux".
Exit les questions inutiles, donc. Pat d'eph et petites pépées, partouzes autour de la piscine, on s'éclate à St Trop. Tant mieux pour les Moïse qui sont passés à sec, mais la vague revient, avec son lot de factures à payer.
Il paraît que les cadres en burn-out vont se ressourcer dans une association d'aide aux sans-papiers. Peut-être qu'une personne participant à une bonne action pour l'environnement ou une performance artistique se dédouane ainsi de toute une période d'obédience au système...
Enfin, bref, je ne suis pas payée pour tirer des conclusions, alors en guise, voilà un témoignage fort émouvant je trouve. Le premier qui soupire " toute une époque..." a
Je mets le lien ci-dessus, car la visionneuse ne trouve pas la vidéo. Bref, je vous signale la mine. C'est inégal, mais il y a de la matière.
Remarque, c'est marrant, je viens de tomber sur ce site de webtv, c'est plein de hashtags, de nuage de mots boullie, et d'icônes de réseaux sociaux, comme si le plus important n'était pas le contenu, mais de le faire savoir.
Tiens, je viens de tomber sur un site dédié ! Je vous préviens, je ais bientôt y figurer, je prépare une statue d'un million de tonnes.
Et la gagnante du mois est :
Commentaire : " Toshiko Horiuchi-MacAdam is an incredible crochet artist from Japan. She makes gigantic crochet installations that act as both art and playgrounds. Toshiko’s installation art apparently once mistaken by children for a playground, suddenly found new life and she began working on many playgrounds in Japan. "
Gigantic --> Incredible --> hors-normes --> génial.
Bon, à part le " mistaken " :D
En dessin humoristique, cela pourrait se représenter par un coureur qui utilise ses jambes posées sur deux tréteaux en guise de haie, dans un mouvement une intention de mouvement pour se sauter par-dessus avec un mouvement des bras de crawl.
Dans le genre " organes coaptés", nous avons cette nouvelle étonnante :
| VIDEO Elle visite l'usine où des copies de son vagin sont produites | |||
La jeune Eufrat Mai, dont le vagin sert de modèle pour masturbateurs manuels, a fait l'année dernière le voyage depuis la République Tchèque, d'où elle est originaire....
| |||
Le plus étonnant n'est pas d'apprendre que le vagin idéal est tchèque (ça c'est ce qui permet au gérant de la société de détourner de l'argent vers le compte de sa maîtresse), ni qu'ils n'en avaient pas sous la main en Espagne alentour pour faire le moulage, le plus étonnant est que en 2015, on découvre que l'Express publie sans sourciller les photos d'une jeune femme tenant en main ce qui ressemble (coaptation oblige) à une bite en caoutchouc.
lundi 22 septembre 2014
Changement d'échelle de Jacob
Une équipe d'astrophysiciens est parvenue à situer un peu plus précisément notre planète dans l'Univers, en découvrant Laniakea, un gigantesque "superamas galactique".
A voir aussi le lien de ces jolis dessins
Avec la musique.
Un petit mot spécial pour Vénus, bien sûr.
Over an 8 year period, the path that Venus travels through spacetime maps a 5 pointed star geometry, each point representing 72° of the 360° of rotation.
72 x 360 = 25,920, the number of years it takes for the Precession of the equinoxes through each of the twelve Zodiac Ages. Each Age is 2160 years: 12 x 2160 = 25920.
Dali, costume pour le Rêve de Vénus. C'est l'âge ingrat où le créateur adolescent déguise ses fantasmes en créations artistiques qui croisent parfois le ridicule, parfois le sublime.
Et pour finir, un peu de filochon, ça ne nous fera pas de mal.
A voir aussi le lien de ces jolis dessins
Avec la musique.
Un petit mot spécial pour Vénus, bien sûr.
Over an 8 year period, the path that Venus travels through spacetime maps a 5 pointed star geometry, each point representing 72° of the 360° of rotation.
72 x 360 = 25,920, the number of years it takes for the Precession of the equinoxes through each of the twelve Zodiac Ages. Each Age is 2160 years: 12 x 2160 = 25920.
Dali, costume pour le Rêve de Vénus. C'est l'âge ingrat où le créateur adolescent déguise ses fantasmes en créations artistiques qui croisent parfois le ridicule, parfois le sublime.
Du coup, je ne sais plus ce que j'étais venue vous dire :D
Ah mais si, rien, enfin, le vieux truc de la congruence entre toutes ces formes. Notamment celle des clous et de la dentelle :)
Ah mais si, rien, enfin, le vieux truc de la congruence entre toutes ces formes. Notamment celle des clous et de la dentelle :)
dimanche 7 septembre 2014
Ne prenez pas cela pour un encouragement
Je suis à moi-même une déflagration.
Ceci peut paraître un peu narcissique, mais tant pis, l'essentiel est de se comprendre soi-même. Je ne suis plus là où j'étais ce matin, ou pour le dire mieux, là où était mon " je ", il n'y a plus rien. Chaque fragment de ma planète court maintenant dans le vide, vers d'autres lieux.
Je me recompose en permanence. Comme l'image formée par Gala et ses sphères en mouvement, ce que je suis n'est nulle part ailleurs que dans le barycentre virtuel de ces planètes courant dans le vide, mues par la déflagration de l'explosion qu'ont subie leurs morceaux parents.
En même temps, ne peut-on pas dire que malgré le fait que les morceaux s'éloignent du centre, l'image formée au barycentre reste toujours la même ? Ce n'est alors qu'une question d'échelle.
Je comprends maintenant pourquoi ce tableau me hante depuis le choc initial de sa rencontre. Il me présentait qui je suis, il me le mettait sous les yeux. D'ailleurs, on peut admirer son expression, toute en contemplation intérieure, axée autour de ce barycentre, ivre du mouvement gyroscopique de son être.
Je tiens à votre disposition le trousseau de cette parade sauvage, même si, comme disaient les soldats romains, " Sauve toi toi-même".
Ceci peut paraître un peu narcissique, mais tant pis, l'essentiel est de se comprendre soi-même. Je ne suis plus là où j'étais ce matin, ou pour le dire mieux, là où était mon " je ", il n'y a plus rien. Chaque fragment de ma planète court maintenant dans le vide, vers d'autres lieux.
Je me recompose en permanence. Comme l'image formée par Gala et ses sphères en mouvement, ce que je suis n'est nulle part ailleurs que dans le barycentre virtuel de ces planètes courant dans le vide, mues par la déflagration de l'explosion qu'ont subie leurs morceaux parents.
En même temps, ne peut-on pas dire que malgré le fait que les morceaux s'éloignent du centre, l'image formée au barycentre reste toujours la même ? Ce n'est alors qu'une question d'échelle.
Je comprends maintenant pourquoi ce tableau me hante depuis le choc initial de sa rencontre. Il me présentait qui je suis, il me le mettait sous les yeux. D'ailleurs, on peut admirer son expression, toute en contemplation intérieure, axée autour de ce barycentre, ivre du mouvement gyroscopique de son être.
vendredi 27 juin 2014
Codicille d'une enfant malade
In mémorial Abdel
C'était à St Antoine, faubourg de Versailles, dans l'épicerie des Saoud,
Abdel, respectable vieillard grisonnant, et pourtant commis du magasin,
Impeccable, toujours tiré à 4 épingles sous son pull à col en V
Officiait aux pluches, et parfois en bouchait l'évier, pourtant géant.
Combien coûtait dans ce quartier la barquette de carottes râpées ?
Je ne me souviens plus, mais toujours est-il que tu couchais dans l'arrière-boutique
Il devait y avoir une douche quelque part, du moins je l'espère encore.
Tu n'avais à toi que la valise au pied du compresseur, dans la cave.
Je ne t'ai jamais connu d'autre fantaisie qu'un café et une cigarette, de temps en temps
On discutait gentiment, de tout et de rien, du temps et de la santé.
Et puis tu t'es plaint de douleurs aux dents, ça ne passait pas, tu te tenais la mâchoire.
Cela empirait au fil des jours, on ne disait trop rien, on n'y pensait pas plus que ça
On se disait qu'ils s'occuperaient de toi, tout de même.
Un soir tu es allé te coucher tôt, tu avais vraiment trop mal, et le lendemain matin
Doudja nous a dit que tu étais mort, comme ça, dans la nuit, septicémie machin.
Mort. Comme la vraie, la grande.
Il y a quelqu'un en Algérie qui a dû avoir du chagrin, pas grand bruit
Une vie sans bruit, sans tambours ni trompettes, une mort sans voile
Passé, puis effacé, Abdel, une tonne de carottes à son actif.
Bouffées.
Une vie qui trace dans le ciel comme une hirondelle,
Encore une chose que j'ai écrite, et qui ne sert à rien
Qu'à "me faire plaisir", comme disent mes ennemis.
Ainsi périt Abdel, pour n'avoir pas touché la Sécu.
mardi 3 juin 2014
(projet non réalisé)
Ce dimanche a failli voir se tenir à Fougères une expo Pierre Huyghe comprenant les projets suivants :
La bambina (projet non réalisé)
Dans une cabane désaffectée de la banlieue de Rome, des acteurs jouent Macbeth en costumes d'ours. Des intermittents du spectacle, venus pour un casting de la même pièce, ajoutent leurs répliques à celles des comédiens.
A 1327 (date de naissance de Shakespeare) km de là dans le Milwaukee, des arbres sont abattus à chaque changement de scène, et l'enregistrement du bruit des tronçonneuses est incorporé à la bande son du mixage, qui est diffusé dans la banlieue de Moscou, tandis que les téléspectateurs sont invités à badigeonner l'écran de sang de bœuf en souvenir de la mort de Pasolini.
Dancing around a nightpaper cup (projet non réalisé)
Dans dix localités slovènes tirées au hasard, des pompiers en feu sont tassés dans des boîtes aux lettres. Les chaussures des habitants sont reliées à des interrupteurs par des ficelles de colis abandonnés collectés à la poste centrale de New-York
Ces interrupteurs déclenchés par le saut dans la boîte aux lettres sont connectés à des tubes aux néons qui réveillent les baleines du Marineland de Cannes, remettant ainsi en cause la toute-puissance du cinéma américain sur les productions artisanales du cinéma d'auteur de l'ex-union soviétique, et nous invitant à une relecture de l'irruption de la fiction dans la réalité.
Roll my finger (projet non réalisé)
Dans un bus désaffecté de la banlieue de Pékin, des enfants jouent à cache-cache, la tête recouverte de paquets de chips qui ont été consommés par des prisonniers chinois. Le bus est filmé, et ce film est projeté dans des salles de cinéma désaffectées des camps militaires de Brindisi, tandis que des prostituées se livrent à une parodie du film Le dortoir des grandes, dans la salle, imitant non pas le personnage de l'héroïne mais la façon dont elle dort après l'amour.
Les photos, homemade :)
Tiens, toujours dans les signes des temps, je tombe sur ceci sur Facebook :
Je me dis : " Ah enfin une indication, on va voir à quoi ressemblent les tableaux les plus achetés sur ALM.", donc je me rue sur mon cliquoir, et je clique.
Donc, en fait oui, il y a encore, et toujours peu à espérer de ce côté là. Vous allez me dire que je n'ai qu'à peindre cela pour vendre, mais j'en suis bien incapable, hélas.
Le côté petit-fours et pince-fesses des galeries me fait sortir des plaques rouges partout, le côté gnangnan et dégoulinant des expos de copines de province me fait pleurer de tristesse, le côté embroqué mondain du microcosme me fait vomir.
Il me resterait le couvent, qui me fait suer d'avance, surtout à cause du manque de grasse mat' sous la couette (quoique, si j'arrive à simuler une prière intense, mais le doux ronflement est prompt à révéler la supercherie), et puis alors, tout le blabla convenu, non, ça soûle.
Il faut pouvoir crier n'importe quoi, tout de même, non ?
Au fait, anecdote amusante, depuis des semaines que les pauvres jeunes précaires du marketing téléphonique m'appelaient, je décrochais et criais un " God bless America " bien appuyé dans leur oreille en me disant qu'ils allaient se lasser. Point du tout.
Hier changement de stratégie, je prends une vois hyper plombée, genre Jeanne Moreau en plus grave, et je dis au mec d'un ton chelou " Et si tu m'enlevais de ta liste de numéros, chéri ? " Et là " - Oui, Madame, c'est noté ce sera fait."
Comme quoi, le call-center a une défense impénétrable, mais pas toujours par l'endroit qu'on pense.
Il me resterait le trottoir, qui laisse comme un arrière-goût de mégot, surtout avec les pépésà petite b
Il me resterait la serveuse de restaurant, ce qui revient à la case précédente assez rapidement, comme au jeu de l'oie, pour cause que je danse cela d'assez mauvaise grâce, et que ça affleure assez rapidement.
La bambina (projet non réalisé)
Dans une cabane désaffectée de la banlieue de Rome, des acteurs jouent Macbeth en costumes d'ours. Des intermittents du spectacle, venus pour un casting de la même pièce, ajoutent leurs répliques à celles des comédiens.
A 1327 (date de naissance de Shakespeare) km de là dans le Milwaukee, des arbres sont abattus à chaque changement de scène, et l'enregistrement du bruit des tronçonneuses est incorporé à la bande son du mixage, qui est diffusé dans la banlieue de Moscou, tandis que les téléspectateurs sont invités à badigeonner l'écran de sang de bœuf en souvenir de la mort de Pasolini.
Dancing around a nightpaper cup (projet non réalisé)
Dans dix localités slovènes tirées au hasard, des pompiers en feu sont tassés dans des boîtes aux lettres. Les chaussures des habitants sont reliées à des interrupteurs par des ficelles de colis abandonnés collectés à la poste centrale de New-York
Ces interrupteurs déclenchés par le saut dans la boîte aux lettres sont connectés à des tubes aux néons qui réveillent les baleines du Marineland de Cannes, remettant ainsi en cause la toute-puissance du cinéma américain sur les productions artisanales du cinéma d'auteur de l'ex-union soviétique, et nous invitant à une relecture de l'irruption de la fiction dans la réalité.
Roll my finger (projet non réalisé)
Dans un bus désaffecté de la banlieue de Pékin, des enfants jouent à cache-cache, la tête recouverte de paquets de chips qui ont été consommés par des prisonniers chinois. Le bus est filmé, et ce film est projeté dans des salles de cinéma désaffectées des camps militaires de Brindisi, tandis que des prostituées se livrent à une parodie du film Le dortoir des grandes, dans la salle, imitant non pas le personnage de l'héroïne mais la façon dont elle dort après l'amour.
Les photos, homemade :)
Tiens, toujours dans les signes des temps, je tombe sur ceci sur Facebook :
Je me dis : " Ah enfin une indication, on va voir à quoi ressemblent les tableaux les plus achetés sur ALM.", donc je me rue sur mon cliquoir, et je clique.
Donc, en fait oui, il y a encore, et toujours peu à espérer de ce côté là. Vous allez me dire que je n'ai qu'à peindre cela pour vendre, mais j'en suis bien incapable, hélas.
Le côté petit-fours et pince-fesses des galeries me fait sortir des plaques rouges partout, le côté gnangnan et dégoulinant des expos de copines de province me fait pleurer de tristesse, le côté embroqué mondain du microcosme me fait vomir.
Il me resterait le couvent, qui me fait suer d'avance, surtout à cause du manque de grasse mat' sous la couette (quoique, si j'arrive à simuler une prière intense, mais le doux ronflement est prompt à révéler la supercherie), et puis alors, tout le blabla convenu, non, ça soûle.
Il faut pouvoir crier n'importe quoi, tout de même, non ?
Au fait, anecdote amusante, depuis des semaines que les pauvres jeunes précaires du marketing téléphonique m'appelaient, je décrochais et criais un " God bless America " bien appuyé dans leur oreille en me disant qu'ils allaient se lasser. Point du tout.
Hier changement de stratégie, je prends une vois hyper plombée, genre Jeanne Moreau en plus grave, et je dis au mec d'un ton chelou " Et si tu m'enlevais de ta liste de numéros, chéri ? " Et là " - Oui, Madame, c'est noté ce sera fait."
Comme quoi, le call-center a une défense impénétrable, mais pas toujours par l'endroit qu'on pense.
Il me resterait le trottoir, qui laisse comme un arrière-goût de mégot, surtout avec les pépés
Il me resterait la serveuse de restaurant, ce qui revient à la case précédente assez rapidement, comme au jeu de l'oie, pour cause que je danse cela d'assez mauvaise grâce, et que ça affleure assez rapidement.
mardi 27 mai 2014
Repères France-culturels
D'une part dans ceci, que vous pouvez réécouter en direct ici : " Pourquoi on s'enferre dans des logiques économiques et sociales qui sont destructrices".
Pourquoi ce lien, parce qu'il me donne l'occasion de revenir par la fenêtre, au galop, et répéter une n-ième fois, " Culture et environnement, même combat". C'est à dire qu'on pourrait traiter la question de l'action culturelle comme celle de la protection de l'environnement, c'est à dire passer d'une position passive figée dans l'incertitude de la peur à une gestion active du risque.
A condition de réaliser que la richesse culturelle irrigue la prospérité. Et de s'en convaincre aussi sûrement qu'espérer le contraire aboutira à assécher les deux. A rester au bord de la culture, à attendre que le champ de l'économie, situé en aval, la nourrisse, nous ne verrons aucune des deux crever, nous serons morts avant que les fleuves ne remontent à leur source.
Secondement, je vais mettre une image :
Pour dire que décidément, après l'écoute de cette émission, les concepts d'un courant que j'appelle de mes vœux et qui viendrait rafraîchir notre attirail conceptuel par un apport d'idées plus liées au mouvement, au transit, à ce qui est entre les choses, qu'aux choses elles-mêmes, il se peut que de tels concepts soient à aller chercher de ce côté là, simplement afin d'éviter de réinventer la roue.
Je termine par cette page du Carnet du libraire, un roman argentin où il est dit que :
" [... face au ] danger constant que le réel perde sa consistance, les indiens portent sur leur épaules cette responsabilité écrasante, à travers chaque geste, à travers chaque parole, de constamment maintenir le sens du monde "
Sans que je comprenne bien pourquoi, cela me parle. Peut-être parce qu'il y aurait ici la réintégration dans un mythe, précisément la prise de conscience, à travers la responsabilité collective, que le " sens du monde " est une construction collective. Et que ce serait une sorte de définition " psychanalytique " de la culture, peut-être, que le sens du monde n'est rien d'autre que l'enveloppe collective en nous, l'autre en nous, mais au sens " culturel-collectif " .
Je sais, tout cela est un peu décousu... Mais je tâche à le recoudre...
Pourquoi ce lien, parce qu'il me donne l'occasion de revenir par la fenêtre, au galop, et répéter une n-ième fois, " Culture et environnement, même combat". C'est à dire qu'on pourrait traiter la question de l'action culturelle comme celle de la protection de l'environnement, c'est à dire passer d'une position passive figée dans l'incertitude de la peur à une gestion active du risque.
A condition de réaliser que la richesse culturelle irrigue la prospérité. Et de s'en convaincre aussi sûrement qu'espérer le contraire aboutira à assécher les deux. A rester au bord de la culture, à attendre que le champ de l'économie, situé en aval, la nourrisse, nous ne verrons aucune des deux crever, nous serons morts avant que les fleuves ne remontent à leur source.
Secondement, je vais mettre une image :
Pour dire que décidément, après l'écoute de cette émission, les concepts d'un courant que j'appelle de mes vœux et qui viendrait rafraîchir notre attirail conceptuel par un apport d'idées plus liées au mouvement, au transit, à ce qui est entre les choses, qu'aux choses elles-mêmes, il se peut que de tels concepts soient à aller chercher de ce côté là, simplement afin d'éviter de réinventer la roue.
Je termine par cette page du Carnet du libraire, un roman argentin où il est dit que :
" [... face au ] danger constant que le réel perde sa consistance, les indiens portent sur leur épaules cette responsabilité écrasante, à travers chaque geste, à travers chaque parole, de constamment maintenir le sens du monde "
Sans que je comprenne bien pourquoi, cela me parle. Peut-être parce qu'il y aurait ici la réintégration dans un mythe, précisément la prise de conscience, à travers la responsabilité collective, que le " sens du monde " est une construction collective. Et que ce serait une sorte de définition " psychanalytique " de la culture, peut-être, que le sens du monde n'est rien d'autre que l'enveloppe collective en nous, l'autre en nous, mais au sens " culturel-collectif " .
Je sais, tout cela est un peu décousu... Mais je tâche à le recoudre...
dimanche 27 avril 2014
Angle de coïncidence
Or ne voici donc pas que lorsque Ruth se fut enfuie du pays des Cananéens...
Ah non, pardon, je confonds toujours ce blog avec les moments où j'écris les versets de la Bible. On ne le sait pas, mais je suis le nègre de Jésus, enfin sa négresse puisqu'on dénie à une femme le droit d'être auteur, elle doit rester à sa place d'auteure.
C'est moi qui tient sa plume, si vous voulez. Quand il dit " En vérité je vous le dis", c'est une sorte de sceau pour dire que c'est bien issu de son secrétariat.
A l'origine, j'ai commencé à bosser pour son père, Yahvé quand je suis sortie de Pigier (mes parents habitaient la Rift Valley).
Mais comme je n'ai pas fini à temps l'Ancien Testament quand le nouveau a commencé, j'ai le droit de recommencer là où je veux dans ces imbroglios du Pentateuque, ça me fatigue, j'ai des tonnes de fiches partout.
Mais comment puis-je réécrire des versets ? Ah ne vous inquiétez pas, le Vieux modifie toutes les éditions de la Bible dès que je valide une version. Toute la suite des commentaires (au sens talmudiques et autres blablas patristiques), enfin de " vos " commentaires change évidemment en conséquence de mes ratures.
Bon, revenons à nos moutons en cyber miroir pour narrer une anecdote amusante. Or ne voici donc pas que j'allais répondre à Kwarkito qu'en lieu et place de la fenêtre de commentaire, j'avais une fenêtre entière de blog, fonctionnelle, dans le rectangle qui aurait dû être blanc.
Bug de Blogger !
Vicieuse comme je suis, je m'empresse donc de cliquer sur le second blog, apparu DANS la fenêtre, pour retrouver le commentaire sur " Les montreurs de marionnettes". Cela marchait aussi au second niveau. Et au troisième !
Je vous livre donc la capture d'écran de ces fenêtres imbriquées où Kwarkito répond qu'il réfléchit à cette histoire de doubles. J'ai mis tout en bas une fenêtre avec l'image du kaleidoscope.
En fait, cela répond également à l'article Angle de contingence. J'allais répondre à Kwarkito qu'il avait touché juste, puisque l'extase était bien la suivante : Après avoir pris sous d'improbables angles ce qui n'est que le pas de ma porte sous la grêle, et modifié un peu ces images de façon à ce qu'elles ressemblassent à des images " abstraites", j'en ai sélectionné avec le logiciel un rectangle que j'ai décoloré. Ce rectangle est devenu instantanément " à plat ", dans le plan de l'image à plat sur mon écran, mais plus dans aucun des plans de la réalité photographiée.
J'ai " isolé", volé, découpé à la réalité un rectangle dont les points lui appartenaient, certes, mais sans former alors un rectangle, et plus important encore, avant qu'ils ne formassent un rectangle (ni quoi que ce soit d'ailleurs), pour la bonne raison que c'est moi qui l'ai formé.
Dès l'instant où j'ai décoloré ce rectangle, il ne lui appartenaient plus, bien que je n'aie rien fait d'autre que les isoler, les désigner par une couleur différente, et donc les nommer. C'est exactement ce que j'entends par structure lorsque j'en parle sous l'angle linguistique.
Les illustrateurs qui incrustent du texte dans un bandeau en perspective sur une photo connaissent bien ce problème de trouver la bonne inclinaison qui ne laisse pas voir la supercherie.
Toute la question est donc dans l'exercice de la réalité. Et c'est là où nous revenons au bug de l'interface Blogger sur les commentaires. L'univers répond à condition qu'on exerce sur lui une "action de réalité".
De la même façon que la roche ne soutient les piles d'un pont qu'à partir du moment où on les y pose, et leur oppose seulement alors une contre-force de soutien en sens opposé, de même l'univers fictionnel ne répond que lorsqu'on met en œuvre la mécanique de sa réalité.
Encore une fois, je prends la liberté de dépasser Farrugia : il ne s'agit pas uniquement lors de l'interprétation que l'univers est fiction, mais bien également lors de sa constitution. Il n'y a pas de " socle " disparu, enfoui sous les interprétations, résiduel. Tout est créé.
C'est donc parce que Kwarkito a accepté de réfléchir sur le concept d'un espace de discussion sur le dédoublement qu'il a par là-même ouvert un espace de réalité.
L'acceptation, la plupart du temps inconsciente et tacite, faite par des millions d'être humains, d' " incorporer " dans leur conscience, d' " héberger en tant que réalité " des doubles qui n'existent pas sinon par les traces qu'on en voit sur son écran, par là-même, ouvre notre conscience à la réalité d'une pluralité, d'un possible de cette pluralité, et par là-même, la fait advenir.
Cette " densité de probabilité de présence " modifiée, disons malléable plus que la traditionnelle coïncidence, qui ne pouvait plus relever du hasard, il fallait lui trouver un nom, et c'est ce qui fut fait avec " synchronicité".
Tous les gens qui découvrent les synchronicités ne les découvrent qu'en les vivant, qu'à l'épreuve du réel, et conviennent toujours au moment de la découverte que les synchronicités étaient là bien avant eux, et que ce sont eux qui se sont ouverts à elles et non l'inverse.
C'est une façon de rendre au réel ce qui lui est dû, à travers un événement qui remet en cause le statut qu'il avait par le passé.
Enfin, "par le passé"... Il faut le dire vite. On peut se demander s'il n'y pas eu une sorte de " tunnel pauvre en esprit " en Europe ces derniers siècles...
Ah non, pardon, je confonds toujours ce blog avec les moments où j'écris les versets de la Bible. On ne le sait pas, mais je suis le nègre de Jésus, enfin sa négresse puisqu'on dénie à une femme le droit d'être auteur, elle doit rester à sa place d'auteure.
C'est moi qui tient sa plume, si vous voulez. Quand il dit " En vérité je vous le dis", c'est une sorte de sceau pour dire que c'est bien issu de son secrétariat.
A l'origine, j'ai commencé à bosser pour son père, Yahvé quand je suis sortie de Pigier (mes parents habitaient la Rift Valley).
Mais comme je n'ai pas fini à temps l'Ancien Testament quand le nouveau a commencé, j'ai le droit de recommencer là où je veux dans ces imbroglios du Pentateuque, ça me fatigue, j'ai des tonnes de fiches partout.
Mais comment puis-je réécrire des versets ? Ah ne vous inquiétez pas, le Vieux modifie toutes les éditions de la Bible dès que je valide une version. Toute la suite des commentaires (au sens talmudiques et autres blablas patristiques), enfin de " vos " commentaires change évidemment en conséquence de mes ratures.
Bon, revenons à nos moutons en cyber miroir pour narrer une anecdote amusante. Or ne voici donc pas que j'allais répondre à Kwarkito qu'en lieu et place de la fenêtre de commentaire, j'avais une fenêtre entière de blog, fonctionnelle, dans le rectangle qui aurait dû être blanc.
Bug de Blogger !
Vicieuse comme je suis, je m'empresse donc de cliquer sur le second blog, apparu DANS la fenêtre, pour retrouver le commentaire sur " Les montreurs de marionnettes". Cela marchait aussi au second niveau. Et au troisième !
Je vous livre donc la capture d'écran de ces fenêtres imbriquées où Kwarkito répond qu'il réfléchit à cette histoire de doubles. J'ai mis tout en bas une fenêtre avec l'image du kaleidoscope.
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| Univers, réponds ! |
En fait, cela répond également à l'article Angle de contingence. J'allais répondre à Kwarkito qu'il avait touché juste, puisque l'extase était bien la suivante : Après avoir pris sous d'improbables angles ce qui n'est que le pas de ma porte sous la grêle, et modifié un peu ces images de façon à ce qu'elles ressemblassent à des images " abstraites", j'en ai sélectionné avec le logiciel un rectangle que j'ai décoloré. Ce rectangle est devenu instantanément " à plat ", dans le plan de l'image à plat sur mon écran, mais plus dans aucun des plans de la réalité photographiée.
J'ai " isolé", volé, découpé à la réalité un rectangle dont les points lui appartenaient, certes, mais sans former alors un rectangle, et plus important encore, avant qu'ils ne formassent un rectangle (ni quoi que ce soit d'ailleurs), pour la bonne raison que c'est moi qui l'ai formé.
Dès l'instant où j'ai décoloré ce rectangle, il ne lui appartenaient plus, bien que je n'aie rien fait d'autre que les isoler, les désigner par une couleur différente, et donc les nommer. C'est exactement ce que j'entends par structure lorsque j'en parle sous l'angle linguistique.
Les illustrateurs qui incrustent du texte dans un bandeau en perspective sur une photo connaissent bien ce problème de trouver la bonne inclinaison qui ne laisse pas voir la supercherie.
Toute la question est donc dans l'exercice de la réalité. Et c'est là où nous revenons au bug de l'interface Blogger sur les commentaires. L'univers répond à condition qu'on exerce sur lui une "action de réalité".
De la même façon que la roche ne soutient les piles d'un pont qu'à partir du moment où on les y pose, et leur oppose seulement alors une contre-force de soutien en sens opposé, de même l'univers fictionnel ne répond que lorsqu'on met en œuvre la mécanique de sa réalité.
Encore une fois, je prends la liberté de dépasser Farrugia : il ne s'agit pas uniquement lors de l'interprétation que l'univers est fiction, mais bien également lors de sa constitution. Il n'y a pas de " socle " disparu, enfoui sous les interprétations, résiduel. Tout est créé.
C'est donc parce que Kwarkito a accepté de réfléchir sur le concept d'un espace de discussion sur le dédoublement qu'il a par là-même ouvert un espace de réalité.
L'acceptation, la plupart du temps inconsciente et tacite, faite par des millions d'être humains, d' " incorporer " dans leur conscience, d' " héberger en tant que réalité " des doubles qui n'existent pas sinon par les traces qu'on en voit sur son écran, par là-même, ouvre notre conscience à la réalité d'une pluralité, d'un possible de cette pluralité, et par là-même, la fait advenir.
Cette " densité de probabilité de présence " modifiée, disons malléable plus que la traditionnelle coïncidence, qui ne pouvait plus relever du hasard, il fallait lui trouver un nom, et c'est ce qui fut fait avec " synchronicité".
Tous les gens qui découvrent les synchronicités ne les découvrent qu'en les vivant, qu'à l'épreuve du réel, et conviennent toujours au moment de la découverte que les synchronicités étaient là bien avant eux, et que ce sont eux qui se sont ouverts à elles et non l'inverse.
C'est une façon de rendre au réel ce qui lui est dû, à travers un événement qui remet en cause le statut qu'il avait par le passé.
Enfin, "par le passé"... Il faut le dire vite. On peut se demander s'il n'y pas eu une sorte de " tunnel pauvre en esprit " en Europe ces derniers siècles...
samedi 19 avril 2014
Will the circle be unbroken ?
Grâce à France Culture, je connais la nuit rêvée, qui me permet de découvrir celle de Gaëlle Obiégly, écrin au sein duquel on trouve niché un petit joyau offert par Philippe Langlois et Franck Smith, à savoir Edouard Levé lisant ses oeuvres, Maison en l'occurrence.
A retrouver pour se régaler tout doucement, longtemps, lentement.
3:45 - 05:05
Atelier de création radiophonique - Maison
Par Edouard Leve
Réalisation Marie-Christine Clauzet
1ère diffusion : 29/01/2006
mardi 25 mars 2014
Poésie de printemps
Oui, comment dire le soleil qui frappe,
Le temps des fleurs,
Au cœur de la pierre, encore et encore
Figée fragile, impossible
Encore Flore, encore le vent,
Cet étourdissement, cet emportement
Imperceptible.
Mon pied,
Devant l'autre.
Au cœur du lierre, ces applaudissement, ces tempes sourdes
De me voir dedans.
J'y circule.
Et relevant la tête, surprise
Ouvrir la bouche pour...
Nulle tristesse,
Mais pourquoi, non, ce n'est pas cela que je voulais,
Pourquoi expliquer ?
Je voulais dire, pourquoi ce chantage, cette violence ?
Argent contre parole
Et misère au silence
Qui nous envahit d'or.
Au moindre souffle
Le temps des fleurs,
Au cœur de la pierre, encore et encore
Figée fragile, impossible
Encore Flore, encore le vent,
Cet étourdissement, cet emportement
Imperceptible.
Mon pied,
Devant l'autre.
Au cœur du lierre, ces applaudissement, ces tempes sourdes
De me voir dedans.
J'y circule.
Et relevant la tête, surprise
Ouvrir la bouche pour...
Nulle tristesse,
Mais pourquoi, non, ce n'est pas cela que je voulais,
Pourquoi expliquer ?
Je voulais dire, pourquoi ce chantage, cette violence ?
Argent contre parole
Et misère au silence
Qui nous envahit d'or.
Au moindre souffle
vendredi 14 mars 2014
Angle de contingence
Malgré,
Et contre
Nos constructions,
Ce que nous découpons de la réalité
N'est plus
Dans le plan de la réalité
Fût-ce un simple orage de grêle
Et contre
Nos constructions,
Ce que nous découpons de la réalité
N'est plus
Dans le plan de la réalité
Fût-ce un simple orage de grêle
lundi 10 mars 2014
Les Montreurs de Marionnettes, call for papers
Je vais préciser un peu ce qu'est le projet des Montreurs de Marionnettes.
Initialement, il s'agissait d'un roman dont les personnages seraient mes avatars sur Internet. Ainsi leurs répliques étaient constituées, de facto, par ce que ces avatars écrivaient sur leur page Facebook et autres.
Étant une zélote de la secte du moindre effort, je parvenais ainsi à écrire un roman dont les répliques, ainsi que l'histoire, s'écrivaient en quelque sorte " toutes seules".
On me dira que ce terme de " toutes seules" est un peu ironique pour une fille qui a autant de monde dans sa tête, considéré que c'est moi qui écris tout de même toutes leurs répliques, à ces braves gens (mes avatars).
Certes, mais ce qui est " gratuit", c'est le déroulement de l'intrigue, puisqu'elle se crée de facto par les réponses que se font mes avatars.
En attribuant par exemple à mon avatar un nom de héros de roman masculin (Jehoël), je renvoie directement au titre du roman, l'Ensorcelée, je deviens ainsi, en face de l'abbé posé par ce nom, l'amoureuse en question, et je crée par là-même le début d'une structure en miroir, comme le disait John Moullard, cet immense plasticien du XXIème siècle.
D'autre part, certaines personnes non prévenues, répondant aux répliques de mes avatars, entrent dans la danse et me fournissent de réelles répliques "gratuites". Ils augmentent le roman qui devient de facto à plusieurs voix, dont certaines ne savent pas qu'elles sont auteur.
On voit quelle place est tenue, en tant que dispositif de soutien, par les espaces offerts par Internet à ce jeu de miroir. Je pratiquais déjà ces démarches du temps de la machine à écrire, mais les blogs et les avatars, permettant de créer gratuitement autant de miroirs narratifs que nécessaires, rendaient les possibilités multipliable à l'infini.
Entre la nécessité de la création des instances que sont les avatars, et la gratuité de l'infini, a émergé ce territoire de la légitimité du jeu. S'il m'arrive encore, beaucoup plus rarement, de créer un personnage, c'est pour rendre compte du déplacement d'un autre, parce que mon planétarium est pourvu, maintenant.
Et c'est dans cette légitimité que s'est développée la seconde phase du projet des Montreurs de Marionnettes.
Si j'ai créé ces différents univers, ce n'est pas gratuitement. Même si les besoins se sont étoffés depuis l'origine.
Tout est parti du temps (on écrivait encore à la main à l'époque) où je m'entrainais à écrire indifféremment au masculin ou au féminin sans me raturer. J'ai ensuite étendu ces tentatives à toutes les formes d'intériorité visées par des discriminations : militaires de carrière, prêtres, juifs, etc.
Tout comme le Zelig de Woody Allen, je devenais chacun d'eux par l'écriture. On devine la fête que fut le passage au multimedia puis à l'Internet.
Mes créations artistiques ont naturellement suivi ce mouvement. Je les distribuais dans un horizon qui était incompatible avec une réception par des gens toujours plus ou moins prisonniers d'un regard, d'une communauté, d'une culture, ce qui restreignaient leur capacité à encaisser la cohérence d'un flux aussi large d'incohérences.
L'incapacité des lecteurs de maisons d'éditions à suivre cet apparent manque de cohérence, m'avait averti de ne pas poursuivre dans cette voie pour les œuvres d'art. Il était proprement inconcevable pour eux de relier un tel ensemble à une seule personne.
Il était également plus simple pour moi de déléguer certains thèmes à certaines instances en moi de la créatrice, cela facilitait le classement et les filiations.
Je me suis alors dit qu'il devait exister d'autres auteurs réunissant ces caractéristiques :
Il s'agit précisément du contraire. Un de mes avatars ne pourrait pas peindre ce que peint un autre. Il ne pourrait décemment pas.
C'est au sein de cette décence que je m'ennuie, et je pense que nous sommes nombreuses à ressentir cela. Je n'ai rien à faire de peindre impressionniste ou cubiste ou pas du tout, ce que je veux avoir la liberté de faire c'est être blanche et noir, en étant chacun d'elles tour à tour, puis tour à tour de leur cracher dessus.
Je veux pouvoir cracher sur mes propres tombes sans m'encombrer de la fameuse cohérence qui régit ce dont le bourgeois dispose en matière de goût pour l'art, c'est à dire pourvu qu'il le puisse comprendre.
Même si on le lui explique patiemment, bien sûr, et que cela rassure la partie de son porte-monnaie qu'il a mise dedans.
On me dira " Quid de votre style personnel, là dedans". Il est simple à comprendre dans ce contexte que la notion ne rencontre pas vraiment d'écho en moi, justement. J'avoue que le style Keith Haring, reconnaissable à un kilomètre, m'est étranger. Recommencer deux fois la même manera ne me viendrait pas à l'idée.
Le premier objectif d'un espace commun (type Groupe Google fermé, avec une page FB pour ratisser les impétrants) est de nous permettre de discuter boutique, ce que nous ne pouvons pas tellement faire à l'extérieur avec ceux qui sont fiers de peindre à plat ou en volume ou du bleu ou flou ou pas fait ou mal fait...
Mais attention, il faudra montrer patte blanche, patte noire, patte grise, patte à pois, et patte écossaise. Sans être intégriste, il ne suffit pas de tenir un blog de chasseur du dimanche ou de s'appeler Josianedu77 sur un site de rencontres coquines pour faire quelque chose d'intéressant. Il faut au moins les deux :)
Cette démarche de miroirs intérieurs doit accompagner une vraie recherche, une sorte de "tendance mystique au pas-de-côté", version moderne du doute philosophique fondateur, et qui plus est en matière ontologique.
Les Montreurs de Marionnettes est aussi un lieu de réflexion sur les relations entre la fiction et la narration, mais en ce qu'elle entre en collision avec la réalité, non pas frontale mais au contraire dans la portière passager, pour la pousser du côté du jardin potager des univers parallèles.
Pour revenir au territoire de l'exercice, il ne s'agit pas non plus de figurer au livre des records du serial-writer qui a créé le plus d'avatars inutiles.
Voilà. Si le programme vous intéresse, vous savez où me trouver " en mp", évidemment. Après il faudra définir les modalités de fonctionnement en interne, mais je ne vais pas tout faire toute seule :D
Il ne serait peut-être pas inintéressant non plus de réfléchir à quelques mesures de sauvegarde concernant l'aspiration de la culture par l'Internet. Je sais que je vais agiter là de tristes chiffons, et que vous allez fuir pour retourner à vos frigos et micro-ondes, mais il le faut.
La possibilité d'être un autre anonyme a été exploitée sans délai et dans une large mesure par un grand nombre de gens. Cela a créé selon moi un nouvel au-delà culturel qu'il est impossible de ne pas prendre en compte pour expliquer la prétendue crise économique de l'Occident, mais c'est un autre sujet.
En parallèle, ce possible surmoi virtuel compte dans ses conditions déterminantes le libre accès à une culture, disons une bibliothèque virtuelle immense, cf. Wikipedia.
Que se passerait-il si un jour ces ressources devenaient plus rares parce que payantes, c'est à dire confisquées au profit de ceux qui peuvent en payer l'accès ?
Que se passerait-il si ces ressources en lignes devenaient plus difficile d'accès alors même que la version papier du savoir aurait disparu, tué par la même " crise économique", au profit des media en ligne ?
Imaginons par exemple que tous les éditeurs papier, presse, dictionnaires, manuels scolaires, aient disparu, fait faillite ou se soient reconverti dans le " numérique", et qu'on ne trouve plus du tout de dictionnaires ni de livres "papier", de livres d'art, mais uniquement les versions en ligne et " liseuses " de ces textes.
Imaginez ensuite que les fameux " ayant-droits" de ces œuvres ferment doucement le robinet gratuit, en le faisant payer de plus en plus cher.
Alors pour voir un tableau, pour lire un livre, pour consulter un dictionnaire ou prendre connaissance d'une critique, il faudra disposer d'un accès Internet et payer.
Certes me direz-vous, on va mettre en place des tarifs sociaux de l'Internet. Mais comme le contenu sera facturé au volume, ce seront des choses qu'on ne pourra " plus s'offrir".
Vous me direz aussi que les médiathèques sont gratuites, et les bibliothèques, désertes. Certes mais elles existent encore.
Cela laisserait sur le carreau une partie de ceux qui poursuivent l'évolution anthropologique de l'être humain par son versant culturel. Tous y participent également bien sûr, et personne n'en est propriétaire. Mais nous sommes peut-être quelques uns à jeter là-dessus un regard, sinon inquiet, du moins maternel, parce que ce n'est pas aussi solide, ni aussi fragile que cela.
Cela est plus qu'on pourrait le penser dans le sujet qui nous occupe. Si instaurer un autre dans l'opération artistique devient une nécessité, à la fois pour rendre compte que notre "nature" désormais est sociale en tant qu'elle est humaine, et donc "culturelle", et à la fois pour rendre compte des découvertes, contemporaines aux précédentes, des disciplines " psy", alors on doit avouer qu'on est en face de deux courants culturels : le courant qui se répandra chez les gens ayant accès au dédoublement et à la multiplication offerts par les technologies de l'Internet, et le courant qui circule chez les gens dont la culture est encore " papier", ou orale, et donc avec des caractéristiques différentes (vitesse de propagation notamment).
Inversement d'ailleurs, il n'est pas impossible que d'autres aspects de la culture Internet produisent des individus différents (plus " en surface " qu'en profondeur etc.)
La question qui m'intéresse est de savoir comment, notamment mais pas seulement dans les domaines de l'écrit, c'est à dire dans le domaine de la production artistique en général, le fait de pouvoir être de facto plusieurs, ce qui n'était offert qu'à titre individuel à l'auteur par son pseudo, ou au comédien par son nom de scène, irrigue et nourrit maintenant, et plus largement encore que la création artistique, une mutation culturelle humaine.
Mener cela par une réflexion purement intellectuelle serait renier l'essence même de ce projet. C'est à travers la création multiple que ce type de démarche peut exposer ses propres voies. Ce n'est qu'en les faisant exister que nous pourrons " décalquer " la structure de nos projets, et tenter de voir comment cette structure entre en écho plus largement avec la sociologie, la psychanalyse, et même d'autres questions plus larges sociologiquement (Cf. L'artiste pluriel etc.)
Initialement, il s'agissait d'un roman dont les personnages seraient mes avatars sur Internet. Ainsi leurs répliques étaient constituées, de facto, par ce que ces avatars écrivaient sur leur page Facebook et autres.
Étant une zélote de la secte du moindre effort, je parvenais ainsi à écrire un roman dont les répliques, ainsi que l'histoire, s'écrivaient en quelque sorte " toutes seules".
On me dira que ce terme de " toutes seules" est un peu ironique pour une fille qui a autant de monde dans sa tête, considéré que c'est moi qui écris tout de même toutes leurs répliques, à ces braves gens (mes avatars).
Certes, mais ce qui est " gratuit", c'est le déroulement de l'intrigue, puisqu'elle se crée de facto par les réponses que se font mes avatars.
En attribuant par exemple à mon avatar un nom de héros de roman masculin (Jehoël), je renvoie directement au titre du roman, l'Ensorcelée, je deviens ainsi, en face de l'abbé posé par ce nom, l'amoureuse en question, et je crée par là-même le début d'une structure en miroir, comme le disait John Moullard, cet immense plasticien du XXIème siècle.
D'autre part, certaines personnes non prévenues, répondant aux répliques de mes avatars, entrent dans la danse et me fournissent de réelles répliques "gratuites". Ils augmentent le roman qui devient de facto à plusieurs voix, dont certaines ne savent pas qu'elles sont auteur.
On voit quelle place est tenue, en tant que dispositif de soutien, par les espaces offerts par Internet à ce jeu de miroir. Je pratiquais déjà ces démarches du temps de la machine à écrire, mais les blogs et les avatars, permettant de créer gratuitement autant de miroirs narratifs que nécessaires, rendaient les possibilités multipliable à l'infini.
Entre la nécessité de la création des instances que sont les avatars, et la gratuité de l'infini, a émergé ce territoire de la légitimité du jeu. S'il m'arrive encore, beaucoup plus rarement, de créer un personnage, c'est pour rendre compte du déplacement d'un autre, parce que mon planétarium est pourvu, maintenant.
Et c'est dans cette légitimité que s'est développée la seconde phase du projet des Montreurs de Marionnettes.
Si j'ai créé ces différents univers, ce n'est pas gratuitement. Même si les besoins se sont étoffés depuis l'origine.
Tout est parti du temps (on écrivait encore à la main à l'époque) où je m'entrainais à écrire indifféremment au masculin ou au féminin sans me raturer. J'ai ensuite étendu ces tentatives à toutes les formes d'intériorité visées par des discriminations : militaires de carrière, prêtres, juifs, etc.
Tout comme le Zelig de Woody Allen, je devenais chacun d'eux par l'écriture. On devine la fête que fut le passage au multimedia puis à l'Internet.
Mes créations artistiques ont naturellement suivi ce mouvement. Je les distribuais dans un horizon qui était incompatible avec une réception par des gens toujours plus ou moins prisonniers d'un regard, d'une communauté, d'une culture, ce qui restreignaient leur capacité à encaisser la cohérence d'un flux aussi large d'incohérences.
L'incapacité des lecteurs de maisons d'éditions à suivre cet apparent manque de cohérence, m'avait averti de ne pas poursuivre dans cette voie pour les œuvres d'art. Il était proprement inconcevable pour eux de relier un tel ensemble à une seule personne.
Il était également plus simple pour moi de déléguer certains thèmes à certaines instances en moi de la créatrice, cela facilitait le classement et les filiations.
Je me suis alors dit qu'il devait exister d'autres auteurs réunissant ces caractéristiques :
- Ne pas pouvoir montrer à telle partie du public telle facette de leur personne, avoir donc besoin d'un autre personna.
- Que l'espace d'expression de cet autre personna soit réellement différent, et incapable, per se, d'accueillir les débordements du précédent pour des raisons de cohérence narrative. Et cependant que ces débordements créent en soi, un nouvel univers capable d'accueillir le nouveau personnage.
- Que ces espaces aient si possible entre eux des liens. Peu importe la nature de ces liens, mais qu'ils permettent des jeux et des répons entre les espaces. Si totalement cloisonné me va aussi, j'aime qu'il y ait des jeux de miroirs.
- Utilisation éventuelle des possibilités offertes par Internet à ce jeu : réseaux sociaux, blogs, espaces virtuels type "second life", espaces de présentation graphiques, sonores, ou multimedia, bref, tout ce à quoi on se connecte par un login et un password.
Il s'agit précisément du contraire. Un de mes avatars ne pourrait pas peindre ce que peint un autre. Il ne pourrait décemment pas.
C'est au sein de cette décence que je m'ennuie, et je pense que nous sommes nombreuses à ressentir cela. Je n'ai rien à faire de peindre impressionniste ou cubiste ou pas du tout, ce que je veux avoir la liberté de faire c'est être blanche et noir, en étant chacun d'elles tour à tour, puis tour à tour de leur cracher dessus.
Je veux pouvoir cracher sur mes propres tombes sans m'encombrer de la fameuse cohérence qui régit ce dont le bourgeois dispose en matière de goût pour l'art, c'est à dire pourvu qu'il le puisse comprendre.
Même si on le lui explique patiemment, bien sûr, et que cela rassure la partie de son porte-monnaie qu'il a mise dedans.
On me dira " Quid de votre style personnel, là dedans". Il est simple à comprendre dans ce contexte que la notion ne rencontre pas vraiment d'écho en moi, justement. J'avoue que le style Keith Haring, reconnaissable à un kilomètre, m'est étranger. Recommencer deux fois la même manera ne me viendrait pas à l'idée.
Le premier objectif d'un espace commun (type Groupe Google fermé, avec une page FB pour ratisser les impétrants) est de nous permettre de discuter boutique, ce que nous ne pouvons pas tellement faire à l'extérieur avec ceux qui sont fiers de peindre à plat ou en volume ou du bleu ou flou ou pas fait ou mal fait...
Mais attention, il faudra montrer patte blanche, patte noire, patte grise, patte à pois, et patte écossaise. Sans être intégriste, il ne suffit pas de tenir un blog de chasseur du dimanche ou de s'appeler Josianedu77 sur un site de rencontres coquines pour faire quelque chose d'intéressant. Il faut au moins les deux :)
Cette démarche de miroirs intérieurs doit accompagner une vraie recherche, une sorte de "tendance mystique au pas-de-côté", version moderne du doute philosophique fondateur, et qui plus est en matière ontologique.
Les Montreurs de Marionnettes est aussi un lieu de réflexion sur les relations entre la fiction et la narration, mais en ce qu'elle entre en collision avec la réalité, non pas frontale mais au contraire dans la portière passager, pour la pousser du côté du jardin potager des univers parallèles.
Pour revenir au territoire de l'exercice, il ne s'agit pas non plus de figurer au livre des records du serial-writer qui a créé le plus d'avatars inutiles.
Voilà. Si le programme vous intéresse, vous savez où me trouver " en mp", évidemment. Après il faudra définir les modalités de fonctionnement en interne, mais je ne vais pas tout faire toute seule :D
Il ne serait peut-être pas inintéressant non plus de réfléchir à quelques mesures de sauvegarde concernant l'aspiration de la culture par l'Internet. Je sais que je vais agiter là de tristes chiffons, et que vous allez fuir pour retourner à vos frigos et micro-ondes, mais il le faut.
La possibilité d'être un autre anonyme a été exploitée sans délai et dans une large mesure par un grand nombre de gens. Cela a créé selon moi un nouvel au-delà culturel qu'il est impossible de ne pas prendre en compte pour expliquer la prétendue crise économique de l'Occident, mais c'est un autre sujet.
En parallèle, ce possible surmoi virtuel compte dans ses conditions déterminantes le libre accès à une culture, disons une bibliothèque virtuelle immense, cf. Wikipedia.
Que se passerait-il si un jour ces ressources devenaient plus rares parce que payantes, c'est à dire confisquées au profit de ceux qui peuvent en payer l'accès ?
Que se passerait-il si ces ressources en lignes devenaient plus difficile d'accès alors même que la version papier du savoir aurait disparu, tué par la même " crise économique", au profit des media en ligne ?
Imaginons par exemple que tous les éditeurs papier, presse, dictionnaires, manuels scolaires, aient disparu, fait faillite ou se soient reconverti dans le " numérique", et qu'on ne trouve plus du tout de dictionnaires ni de livres "papier", de livres d'art, mais uniquement les versions en ligne et " liseuses " de ces textes.
Imaginez ensuite que les fameux " ayant-droits" de ces œuvres ferment doucement le robinet gratuit, en le faisant payer de plus en plus cher.
Alors pour voir un tableau, pour lire un livre, pour consulter un dictionnaire ou prendre connaissance d'une critique, il faudra disposer d'un accès Internet et payer.
Certes me direz-vous, on va mettre en place des tarifs sociaux de l'Internet. Mais comme le contenu sera facturé au volume, ce seront des choses qu'on ne pourra " plus s'offrir".
Vous me direz aussi que les médiathèques sont gratuites, et les bibliothèques, désertes. Certes mais elles existent encore.
Cela laisserait sur le carreau une partie de ceux qui poursuivent l'évolution anthropologique de l'être humain par son versant culturel. Tous y participent également bien sûr, et personne n'en est propriétaire. Mais nous sommes peut-être quelques uns à jeter là-dessus un regard, sinon inquiet, du moins maternel, parce que ce n'est pas aussi solide, ni aussi fragile que cela.
Cela est plus qu'on pourrait le penser dans le sujet qui nous occupe. Si instaurer un autre dans l'opération artistique devient une nécessité, à la fois pour rendre compte que notre "nature" désormais est sociale en tant qu'elle est humaine, et donc "culturelle", et à la fois pour rendre compte des découvertes, contemporaines aux précédentes, des disciplines " psy", alors on doit avouer qu'on est en face de deux courants culturels : le courant qui se répandra chez les gens ayant accès au dédoublement et à la multiplication offerts par les technologies de l'Internet, et le courant qui circule chez les gens dont la culture est encore " papier", ou orale, et donc avec des caractéristiques différentes (vitesse de propagation notamment).
Inversement d'ailleurs, il n'est pas impossible que d'autres aspects de la culture Internet produisent des individus différents (plus " en surface " qu'en profondeur etc.)
La question qui m'intéresse est de savoir comment, notamment mais pas seulement dans les domaines de l'écrit, c'est à dire dans le domaine de la production artistique en général, le fait de pouvoir être de facto plusieurs, ce qui n'était offert qu'à titre individuel à l'auteur par son pseudo, ou au comédien par son nom de scène, irrigue et nourrit maintenant, et plus largement encore que la création artistique, une mutation culturelle humaine.
Mener cela par une réflexion purement intellectuelle serait renier l'essence même de ce projet. C'est à travers la création multiple que ce type de démarche peut exposer ses propres voies. Ce n'est qu'en les faisant exister que nous pourrons " décalquer " la structure de nos projets, et tenter de voir comment cette structure entre en écho plus largement avec la sociologie, la psychanalyse, et même d'autres questions plus larges sociologiquement (Cf. L'artiste pluriel etc.)
jeudi 20 février 2014
L'envers du monde
L'envers du monde, c'est lire et écrire sur une tenture translucide, dont le pli touche le sol, sur un fin voile qui a deux épaisseurs. Une face remonte derrière.
Nous lisons et nous écrivons sur la face " consciente", image perçue par l'adulte, alors que l'image du monde réside derrière, sur l'autre pan de la tenture, celui que nous voyons enfant.
Les images semblent les mêmes, car elles se superposent, mais elles sont représentations de deux réalités différentes.
" Lire et écrire" comprenant sentir, agir et tout le reste. Nous écrivons, nous peignons sur l'envers du monde.
(Nous n'agissons pas sur le monde : nos regards rebroussent chemin avant)
Nous lisons et nous écrivons sur la face " consciente", image perçue par l'adulte, alors que l'image du monde réside derrière, sur l'autre pan de la tenture, celui que nous voyons enfant.
Les images semblent les mêmes, car elles se superposent, mais elles sont représentations de deux réalités différentes.
" Lire et écrire" comprenant sentir, agir et tout le reste. Nous écrivons, nous peignons sur l'envers du monde.
(Nous n'agissons pas sur le monde : nos regards rebroussent chemin avant)
Le Temps les a faits, j'en ai rêvé.
Dans la pâte du temps, on trouve, inclus sous forme de minuscules soldats durs, armés et casqués d'acier, piquants, les " vainqueurs".
Ils peuvent être par exemple d'humbles paysans, mais arrière grand parents de ceux qui feront tomber l'emprereur.
Les soldats durs, minuscules, sont là pour rester, car leur postérité doit exister. Faut-il alors représenter cette postérité ?
Si oui, on anticipe sur l'avenir, mais sinon, comment expliquer cette certitude de rester, ou cette "adamantine fortitude" qu'on leur prête ?
Ils peuvent être par exemple d'humbles paysans, mais arrière grand parents de ceux qui feront tomber l'emprereur.
Les soldats durs, minuscules, sont là pour rester, car leur postérité doit exister. Faut-il alors représenter cette postérité ?
Si oui, on anticipe sur l'avenir, mais sinon, comment expliquer cette certitude de rester, ou cette "adamantine fortitude" qu'on leur prête ?
Le manifeste des fées
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| On a enfin découvert le gène du gâteau chez la femme |
Il est possible qu'une éventuelle suite voie le jour sur les Defixiones Tabellae*. Mais je me tâte encore pour faire de ces tabellae quelque chose de plus "hard" que Le Gravier Saumon, ce qui impliquera peut-être de le rendre invisible, en fonction des exigences de Wordpress sur le contenu.
Le problème vient du fait que je suis incapable de situer précisément ce qui choque mes contemporains, donc de prévoir ce qu'il convient de publier, et de larges erreurs d'appréciation dans un sens comme dans l'autre me condamnent par précaution à verrouiller l'ensemble*.
Que ce soit là ou ailleurs, il faudra remonter la piste à partir de Azail Aydyeing.
Comme cela entraîne la disparition du www, le site statique sur les goslos et autres, s'il y en a qui sont intéressés par les archives me contacter, je verrai ce que je peux faire. Mais pour les trucs d'art cinétique, c'est basé sur du javascript, il faut donc que vous ayez un serveur http pour les installer en local.
Idem pour les morillons
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| Sabrina Base |
![]() |
| Sabrina Bootstrap |
Also, hertzliche grüsse mes poulettes, sail away, sweet sisters.
* Finalement, dans le doute, je préfère encore en faire un blog privé. Cela me désole d'imposer une fois de plus ces méandres d'inscription à l'insignifiante poignée de mes lecteurs, mais je n'ai pas envie de me prendre le chou avec des angoisses de publication.
Dans le sujet des mises à jour, je signale que la vilaine Guillemette a transféré Le cercle bleu, la suite de Formesens.
* En fait non. Je garde Juegos y Regalos pour les trucs un peu moins soft, et les tabellae ne seront ouvertes que sur invitation. Personne ne mettra son nez là-dedans. On peut rire de tout, mais avec personne, comme disait Desproges.
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