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vendredi 14 février 2014

jtm

L'importance de la néoténie pour la biologie humaine a été étudiée par Desmond Morris (par exemple dans son célèbre ouvrage : Le Singe nu 2), notamment pour expliquer la désirabilité des caractères juvéniles chez la femme (voir "attirance sexuelle").



Par ailleurs, on distingue chez les animaux une tendance à la conservation de caractères juvéniles lors de la domestication. Par exemple, les chiens remuent la queue et aboient comme le font les louveteaux, mais conservent ce comportement toute leur vie alors que les loups l'abandonnent à l'âge adulte. 



Rien d'étonnant donc à ce que les modèles sociaux de femme (pop-stars, mannequins de photos) de l'ère numérique soient de plus en plus " lisses"....



De plus en plus " juvéniles", 




C'est l'expression du franchissement d'une nouvelle étape dans l'au-delà que le culturel impose au biologique.

St Valet de nuit protégez moi des rides

Quant à l'art, " Viractualism strives for an understanding and depiction of an anti-essentiality of the techno-body, so as to allow for no privileged logos. Here, flesh is undone by digital disturbances they cannot contain. Here, thought detaches itself from the order and authority of the old signs and topples down into the realm of viractual reverie."                                                                    Joseph Nechvatal

Il n'est pas impossible en effet que le numérique ouvre un nouvel espace, aussi " réel " que l'autre.

mardi 11 février 2014

Je n'ai pas d'actions Radio France

Puisqu'il n'y en a pas. Et pourtant, j'en ai, puisqu' elle m'appartient un peu.

J'ai juste un intérêt particulier pour, et dans le service public. (Oh my god, le gros mot, ça sent la dette, les agences de notation vont dégrader mon blog).

Il n'y a que qu'on peut, qu'on ose ouvrir la fenêtre pour nous proposer d'autres manières de penser, notamment la mienne et il est vraiment temps. Je ne vais donc pas me gêner pour faire de la pub à ma radio, et annoncer des énoncés de l'invité du jour, Pierre Bayard.

"J'aime produire des énoncés qui me laissent moi-même perplexe".
"La théorie des univers parallèles permet de construire certains faits auxquels on n'aurait pas été sensible autrement".
"On peut imaginer que ces étrangetés en nous tiennent à d'autres vies que nous menons dans ces univers parallèles".


C'est marrant d'entendre à la radio des trucs qu'un écrivain de science-fiction n'aurait pas osé imaginer il y a quelques années, et qui vous conduisaient encore à l'asile récemment.

Ou alors j'ai changé d'univers.







Explication de texte

Commentant la chronique précédente sur la belle santé de l'économie nord-américaines, les intervenants de cette charmante émission vous éclaireront sur le principal problème du capitalisme américain, à savoir qu'il n'investit plus dans l'éducation, laisse l'enseignement secondaire en déshérence, et cherche à transformer les universités en entreprises, laissant le champ de " l'innovation " aux usines à inégalités de la Silicon Valley, qui transforment le paysage socio-économique de façon insoutenable.

Nous avons la chance de suivre ce chemin vers le gouffre avec quelques années de retard, aussi proposé-je de les mettre à profit pour inverser la tendance avant d'en arriver à la situation de blocage total du politique par le financier et ses vues court-termistes.

Et ne me dites pas que c'est en cherchant à gagner ce genre de concours de connerie que nous trouverons des solutions autres que la fuite en avant.

mercredi 5 février 2014

English as a grammar

Par ce titre, j'entends " English as a grammar for french language", ou bien encore " English as a grammar for french".

C'est à dire l'idée (esthétique s'il en est) que la langue anglaise puisse servir de grammaire générative à la langue française. Si cela vous paraît pimenté de saugrenu, ou saupoudré d'incongru, sachez que c'est exactement ce que je ressens à l'idée que quelque système que ce soit pût être la grammaire générative de quoi que ce soit, sinon lui-même.
J'ai autant de mal à imaginer une quelconque série d'opérations qui rendît possible la génération d'une langue que de mal à concevoir la martingale qui pourrait bien par magie, par une quelconque twisted et wicked fonction, " multiplier " l'étendue de la langue anglaise pour en faire la langue française.
Encore une fois, ce serait faire comme les cuisiniers qui retournent une crêpe en l'envoyant voler au-dessus de la poêle, sauf que la crêpe a l'étendue du Royaume, y compris ses dominions. Alors, qu'on ne me passe plus l'éponge sur le lave-vaisselle avec cette histoire, j'ai trop goûté la soupe.

Bien.

Une fois de plus, je vais rendre hommage à France Culture, et ici en particulier à l'émission le Gai Savoir pour cette session.

Il y a plein de choses passionnantes, mais je retiendrai ce qui m'arrange, comme d'habitude, en partant de la phrase à propos de nos opinions, sur " l'origine de la croyance que nous en avons, que cette croyance soit ou non vraie est tout à fait secondaire.", et à propos de Nietzsche :
"Il remplace une question sur l'être des choses par une question sur le rapport que l'humain entretient à l'être des choses"... Il s'agit  pour Nietzsche, qui est le père de l'idée généalogique, qui sera celle de la psychanalyse [...], pour s'opposer à la recherche du fondement Or pour Nietzsche, toute réalité est déjà prise dans le schème d'une interprétation... il ne s'agit pas de savoir si ce qu'on dit ce qui est vrai, mais il s'agit de savoir ce qui en nous fait que nous le disons, ou que nous y croyons."

Bien sûr comme la possibilité en est mentionnée au début par Raphaël Enthoven, je tirerai à moi l'origine de la croyance individuelle comme une archéologie " à la Foucault" (collective, je maintiens), et sans doute plus fortement encore. Puisque je dirai que nous y croyons parce que nous le disons, et que ce qui en nous fait que nous le disons, c'est ce qui sert nos intérêts sociaux, notre intégration dans le clan, bref...

Et ici j'ajouterai qu'on retrouve ici dualité entre "l'art pour moi", et "l'art que je propose". En rapprochant les formes, à ma guise, ou sur commande, je propose une nouvelle taxinomie (nouvelle en termes de poids relatifs des formes, et barycentre).
Si le rapprochement " tire " trop, fronce trop le tissu sémantique, je peux le proposer, mais il faudra une médiation culturelle pour faire comprendre aux autres pourquoi ma biographie, ou mes œuvres précédentes, justifient ce rapprochement, et rendent l'écart supportable.
Si je veux me socialiser, soit je vais cautionner les taxinomies par des tautologies plus ou moins déguisées, soit si je veux me poser en créatif, je vais distendre légèrement les taxinomies tout en ayant l'air un peu fantaisiste afin d'exciter le pèlerin tout en rassurant le client.

D'où la réputation de misanthrope de certains excellents penseurs :
"A négliger de penser contre soi-même... on expose les idées qu'on défend à n'être que les alibis des opinions qu'on a. "(Op. cit.)
En effet, lorsqu'on est capable de se servir à soi-même de bonnes grosses louches de remise en question, lorsqu'on en a fait une esthétique de scierie (ie. énorme), qu'on jette des grumes par dessus bord, on n'a que faire des chicaneries de fin d'arborescence petit-bourgeois.

Je garde également, suite à une allusion à Merleau-Ponty :
" La philosophie, [...] c'est un art qui a la délicatesse, la gentillesse, de prendre la peine, de détailler un peu les étapes de ses fulgurances. Mais c'est un art "

Si c'est pas du miel à mes oreilles, ça... Sauf que bien sûr, j'ai ambition de tenter de détailler pourquoi Homère a écrit l'Odyssée, et d'exposer, comme dans une galerie, la vision artistique qu'est la théorie de Newton.
L'impudente !

Tout cela pour en arriver à quoi ? Qu'on a beau voir en soi-même les germes anciens de ses idées, il me semble que, si on va jusqu'au bout de ce chemin, fût-ce de " ce qui en nous fait que nous le disons, ou que nous y croyons", il y a bien annihilation, ou, pour rendre hommage à MMP, "néantisation".

Et donc, que si je respecte mes prémisses, cheminer à rebours dans l'examen des prémisses conduit à cesser d'adorer à la fois le langage et la conscience, qui sont pour moi en gros * une même chose, et retourner en traversant le crépuscule du langage, à l'état préconscient (selon Piaget), possibilité qui nous serait conservée, comme une porte ouverte, par la bicaméralité, (et là je remercie encore Pacôme Thiellement pour son intervention dans la Fabrique de l'Histoire, voir à partir de 32:15).

Ouverte, c'est vite dit. L'art, une voie royale, mais une porte étroite. Le passage du Nord-Ouest.

J'ai conscience que cela mérite un petit éclaircissement.

* Il vous faudra revenir sur ce gros, ma bonne dame, il a bon dos.

mercredi 29 janvier 2014

La tartine de Tartuffe

Puisque c'est la saison de tirer les rois, je choisirai le roi Parmi, dont je vous conterai quelque jour l'histoire.

En attendant, et ce n'est pas sans rapport, je me voyais déjà en train de fonder un blog skyrock avec des articles et des photos sur la mode, le cinéma, les mangas et... les chats, bien sûr.

Des tas de photos de chatons. Je me faisais une joie d'articles tout pleins de " lâche des coms", avec des selfies de mes copines que j'aimerai pour toute la vie, avec autant de
qu'un clavier peut en contenir.

Un des plus vieux de ma collec. (Pour les anciens) il était en bandeau du blog

J'ai la même avec Miley ;)


Et là j'ai réalisé que j'étais, en écriture comme ailleurs, une expérimentale, dont la démarche n'a pas pour but de réussir dans telle ou telle voie, ni même de piocher la mine pour trouver du nouveau, mais de jouer de tous les instruments, pour mieux comprendre la nature intime du chant, de la terre des hommes, et des lendemains radieux.

Je goûte chaque bec avant de le reposer, et dans le doux balancement de l'anche, je comprends une partie du monde, je l'avale comme une couleuvre. Pas une corde qui soit étrangère à ma harpe, opera mundi passera par ici.

Tant qu'à faire, me dis-je, on pourrait fonder un blog pour rassembler celles et ceux qui sont dans ce business, ce serait marrant. Ce serait soulageant de partager un peu nos pratiques. Si intéressée, me faire signe en mp.

dimanche 12 janvier 2014

Je ris à m'en faire crever

Dans la phrase " Pauvre, ayant pour tout travail une horreur anticipée... " (Cf. l'article Battements du 29 novembre 2013), j'ai longtemps entendu " ayant pour tout travail " comme " le seul emploi que j'occupe ", ce qui englobe l'autre signification.




mardi 7 janvier 2014

De l'utilisation de la lumière

Je voudrais tenter ici de préciser ce que j'entends par la prise en charge du passé en histoire de l'art, ou autrement du " pourquoi " d'une production artistique.

Prenons par exemple l’œuvre réalisée en 1963 par Dan Flavin, The Nominal Three (To William of Ockham) :



La lumière colorée est ici le véritable matériau. L'installation évoque les zips de Newman et le titre laisse entendre que Flavin a utilisé le rasoir du philosophe pour ramener les problèmes de la conception artistique au concept fondamental de la couleur pure et désincarnée. Plusieurs de ses oeuvres des années 60 portent le titre générique Hommage à Tatlin, et en 1966, il créa la première d'une série d'installations où des tubes sont situés en travers d'un angle de la salle afin de remodeler l'espace en faisant disparaître le coin. L'artiste Mel Bochner (né en 1940) disait de Flavin qu'il faisait preuve d'une conscience très aiguë de la phénoménologie des pièces. Ses angles démolis transforment de simples données de la notion de pièce en facteurs actifs. *

Prenons maintenant cette œuvre contemporaine :



Depuis les années 1960, M. X poursuit une définition de l’œuvre d’art. Il allie l’objet, la lumière et l’étymologie pour interroger l’œuvre en tant que telle : son statut et sa fonction. Camus Illuminated #1 (2013) met en lumière des mots, entourés d’extraits de l’Étranger d’Albert Camus, paru en 1942. En anglais, en français et en arabe, les textes accompagnent ce qui se révèle être le champ lexical de la lumière : illuminate, lumen, luminous, lunar, light. Au fil des caissons, ils constituent une trame, un récit, une cartographie.M. X établit une réflexion non seulement sur le sens des mots, mais aussi sur le fait de pouvoir se sentir étranger au monde, à l’image du protagoniste du roman de Camus.


On pourrait mettre de même de la purée de pomme de terre, pour les mots patata, kartoffelnare, potatoe, mettre des textes de la Comtesse de Ségur en arabe, ça fait plus chic, pour dire la difficulté de couper des poissons rouges en morceaux au fil des craies pour interroger le medium, ma réaction resterait la même : Qu'est-ce qu'on en a à foutre ?

Idem pour son copain :
M. Y, quant à lui, produit une réflexion de type généalogique et cartographique. Avec les objets, les mots et le dessin, il construit un espace critique et poétique sur la condition de l’étranger. Il soulève les questions de l’identité, de l’exil et du foyer (à quel moment peut-on finalement se sentir chez soi ?). Sur un socle trône un livre ouvert ; les pages en verre translucide laissent entrevoir du texte. Ce dernier apparaît et disparaît au gré de nos propres mouvements. D’avant en arrière, il oscille. Il s’agit de la définition en arabe du mot histoire. M. Y pointe ainsi l’univocité, le caractère subjectif et incomplet de l’Histoire qui varie selon les points de vue. Entre présence et absence, ses œuvres traduisent des impossibilités, des contradictions et des incompréhensions quant au statut de « l’Autre ». Sur un plan conceptuel, une filiation entre les deux artistes s’incorpore au sein d’une écriture entremêlée. Ils se retrouvent à travers des notions telles que la figure de l’étranger, les différents systèmes de pouvoir, le sentiment d’appartenance à un territoire, à une culture, à une histoire. -

On pourrait mettre du babybel entre des feuilles de plexi pour dire que le concept de fromage varie avec les points de vue, accumuler les poncifs sur l'identité, l'étranger, blablabla, en quoi ça concerne l'art et qu'est-ce qu'on en a à foutre ?


Si on considère le parcours historique de la production artistique d'une société, ce à quoi nous assistons là est de l'ordre de la régression infantile. Faisant fi des efforts de mes prédécesseurs pour arriver quelque part, je feins d'ignorer la responsabilité qui m'incombe de reprendre cet héritage pour poursuivre le chemin, et je ponds dans mon petit coin.

Désolée, je suis un peu nerveuse en ce moment. Je sais qu'il faut bien qu'ils remplissent leurs espaces et leurs agendas avec quelque chose, et que je devrais prendre cela moins à cœur. Prendre de la distance, relativiser, blablabla...

Prendre de la distance, voilà...

* Extrait de L'art après les années 60, Michael ARCHER Ed. Thames & Hudson.

Fiber Heart, suite

Fiber Heart, cela veut dire que je joue des fils comme des cordes d'une harpe. Cela veut dire qu'à ces équations

 je préfère celle-ci :


Et qu'à la théorie des cordes je parie qu'il y en a une qui te touchera, mais je ne m'en fais pas, vous le pendouillerez.

Bref, ce que je voulais dire aussi, c'est que Marcel Duchamp, en sacralisant tout objet comme œuvre d'art, a fait deux choses.

D'une part, celle reconnue, de l'ordre de la bénédiction. Lorsqu'un évêque bénit de l'huile, par exemple, ou de l'eau, cette dernière substance acquiert, pour le croyant, certaines caractéristiques.

C'est donc en vertu d'un contrat tripartite entre l'objet, le bien-disant, et le croyant, que la bénédiction fonctionne.

Le non-croyant se pense légitimement par là exclu du marché. Mais il semblerait que ce soit une conséquence en forme de malentendu, non ?

Car il me semble que ce geste comprend également une ordination, dans l'ordre de Melchisédech.

Duchamp s'abolit en tant qu'artiste, dans le même mouvement d'anonymisation de l’œuvre en objet. Le mouvement d"humiliation qui ramène l’œuvre à l'objet, opère en retour sur le bénisseur, qui redevient simple quidam.

Les deux statuts s'éteignent en même temps, comme le droit de propriété avec le propriétaire, etc.  Ils tombent en cendres.
Surgit alors, car par contraste de celui qui reste, le regardeur. Après la surrection du moi de l'artiste, il fallait annoncer celui du spectateur, l'introniser. Duchamp lui passe le goupillon tenu jusqu'alors par l'artiste, puisqu'il faut une " tierce main".

D'où peut-être alors, depuis, deux conséquences. D'une part bien sûr une course effrénée pour remplir cette case vide, et à ce titre une bonne partie du spectacle vivant, la performance, qui efface la frontière avec le public, comme les sens anglais et français du terme. A ce titre aussi tous les travaux où l'espace muséal, urbain, public, landartistique, a été impliqué, et le XXème siècle en a fourni des tonnes.

Et à propos de tonnes, une autre conséquence peut-être, pour combler le vide du discours interrompu entre un évêque démissionnaire ne souhaitant plus trop disposer du pouvoir de disposer, mais plutôt de celui de s'affranchir de la composition pour aboutir, à des travaux dont les prolongements philosophiques resteraient à creuser ?
Conséquence donc, du devenir de l'histoire, de son éclairage délibérément tourné vers une production qui touche au sensoriel, au sensationnel, j'en ai déjà parlé, dont les pierres d'angles sont le choc, la pure sensation, l'énorme, le " à couper le souffle", en un mot l'exploit. Exploit technique, patience, minutie, gigantisme,et aussi se qui se photographie bien, ce qui se véhicule bien sur les réseaux numériques, avec une image " qui pète", un camouflage saisissant.

Comment parler aujourd'hui sur Internet de choses minuscules, de couleurs subtiles, de textures, de textiles, de douceurs, de ce dont l’œil seul peut se régaler ?

A preuve, pêle-mêle, ci-dessous, et sans que je leur en veuille aucunement. Ils tracent leur chemin, s'expriment, très bien. Et après ?

 Certes, et alors ?


C'est impressionnant, et donc ?



Un oiseau, un autre oiseau, deux oiseaux., trois oiseaux, quatre, cinq six, sept, huit, cinq-cent, c'est très joli, et après ?


Attention à chaque fois je comprends bien, la matérialisation du chant, qui va du bec à l'oreille, etc. etc. mais donc, ensuite ... ?


Donc une grosse madame au grand coeur, pleine de fils et qui plisse les yeux, et alors, très grand, très impressionnant, des mois de travail, un bon rapport quantité/prix ? Et alors ?


D'ailleurs, à propos de la précédente, je suis frappée de l'aspect " monastique " du bâtiment d'exposition. J'ai eu la vision d'un cloître reconverti, reconditionné, comme on fait maintenant des lieux historiques qui sentent bon pour public averti et qui sent bon.
Genre " ancien couvent des Cordeliers", où une bande de petits futés a eu l'idée de nicher ses bureaux, l'audace d'en faire une proposition, et les amis à la mairie et alentours, pour les soutenir.
Ça fait un entrefilet dans la gazette locale " Aujourd'hui reconverti en lieu de culture blabla, témoignant du riche passé historique de la région blabla pyrénées-provence, ", avec site web, programmation, ptit four et pince-fesses, le tout organisé par les notables culturo-communautédecommunomunicipal, et sa directrice, Laurence Moyan-Magnard... ça termine au resto à bouffer du rouget, et ça rentre en Audi dans sa maison de famille avec le mari lui aussi notable du complexe militaro-médico-judiciaro-presso-universito-industriel et voi-là.
C'est du structuralisme en barres, avec un coef lié à la démographie de la commune, la richesse du " territoire", la classe de la province, l'ancienneté de la famille. Tu peux multiplier la surface du logement, la cylindrée de la bagnole, le salaire de la bonne, tout ce que tu veux par le coef en question, mais pour la structure c'est la mê-me.
Et voi-là.
Parce que finalement, il n'y avait que dans les couvents qu'on avait le temps de faire des trucs très cher, de broder des habits liturgiques, eh ben là, c'est pareil. Il a fallu des heures de petites mains pour bignoler cette jarretière géante, et comme par hasard, c'est exposé dans un couvent.
C'est du marxisme structuraliste pur jus. Tu remplaces la calèche par l'Audi, et c'est même parfois avec chauffeur pour les pontes, mais c'est pa-reil, tout pareil.

Cette tendance de la faveur donnée au gigantisme ne date pas d'hier, même sur une durée plus courte (Je suis Braudélienne ce diable, ce soir)

J'ai trouvé dans le numéro d'août 2001 de BAM cette phrase : " Unanimement remarqué à juste titre, le Coréen Machin bidule, venu d'un pays blessé par la guerre, ne cesse d'interroger la place de l'individuel et du collectif. Au pavillon coréen, ce sont les plaques d'immatriculation de soldats qui, comme des écailles d'acier, se dressent pour forme la silhouette géante d'un manteau impérial.
Au pavillon italien [...] un papier peint tapisse les murs de microscopiques portraits en médaillon. Ces visages d'anonymes ne sont visibles que de très près ; de loin la perception s'arrête à un monochrome uniforme (sic)".

Certes...


Bruce Nauman, avec son Green Light Corridor, contraignait, en 1970 déjà (trente alors, presqu'un demi-siècle aujourd'hui....) le spectateur à payer de sa personne, à engager son corps en le faisant se faufiler dans un espace étroit entre deux murs.
L'impact sensoriel était déjà convoqué, et c'est en ce sens que cela m'ennuie. Le même ressort, usé jusqu'à la corde. On pourrait faire un corridor bleu, l'inonder de chaussettes, mettre des insectes, que sais-je, ce sera toujours se passer un chewing-gum déjà mâchouillé...

Je pense que c'est dû au fait que nous sommes entrés dans l'ère du " choc sensoriel" comme cause finale de la création artistique, puisque c'est son " effet attendu". Une œuvre d'art qui ne procurerait aucune sensation serait déconsidérée, et l'idée de la réflexion est je pense maintenant récusée par avance. A l'inverse donc, la meilleure œuvre est celle qui choque le plus, et l'artiste s'en tient prudemment en matière de création à de l'hyper-lourd, à quoi l'accompagnement du petit commentaire minimum sur l'interrogation du X/Y/Z suffira comme ajout.




" Japanese-born, Berlin-based artist Chiharu Shiota’s haunting installations are like beautiful, suffocating spider webs. Shiota creates massive works that commonly consist of found objects such as shoes or chairs entangled in intricately spun webs of twine, electrical wire, or string. Her latest installations are a slight departure from her usual style – rather than weaving string, old suitcases are stacked to make a large wall. Shiota’s surreal installations leave viewers with a sense of isolation, nostalgia, and even fear"
Et donc, une fois passée la première impression de peur, on fait quoi ? Et puis ça me fait penser à Boltanski, ou Pistoletto, l'idée était là, l'encombrement filaire en moins.

Au passage, on note qu'il faut que ce soit " massive" ... ;)

Autre truc énorme, un éléphant géant en origami. Certes. Pourquoi pas en oignon cuit, ou en pâte à pain, du moment que c'est énorme, ça fera parler, c'est l'essentiel.

Un âne des canards, et plein d'autres animaux de la ferme, des kangourous, des lapins... et une fois tous les animaux représentés, on fera quoi ?


Je comprends bien qu'à une certaine étape de la forme, un sens apparaît lors d'un équilibre.


Je comprends le choc visuel par l'irrésistible apparition d'un fantôme anthropomorphe géant.


La démarche, c'est : " je pose, je donne à voir".


Je soude des gobelets en plastique, et ce simple fait justifie par avance que ça devienne " à regarder ".


J'ai fait quelque chose, je le pose là, et ça se suffit à soi-même pour justifier la démarche. Du rond, du carré, du bleu, du rouge, du touffu, du surprennament doux, étonnamment souple, plus rigide que ça n'y paraît...



On a un peu la même impression avec ce discours :
" Curated by Sarah Cosulich Canarutto, the exhibition is a large scale installation which unites Bayrle’s multi-faceted reflections on the relationship between consumerism and mass, individualism and collectivity, perception and representation.
A psychedelic arrangement of wallpapers, with the artist’s legendary Pop-like patterns, will completely cover the gallery spaces. They will represent the background, like in the original exhibition project, for some imposing silkscreens of the late 60s, explosions of daily objects transformed into mass icons.

Completing the installation of the ground floor and focal point of the exhibition, there will be a 'production' of screenprinted raincoats with his Pop-like patterns. This collection, realized by the artist specifically on this occasion, represents a contemporary version of his 'sartorial production' of 1968. The colourful coats will be on sale at the gallery as an artist's limited edition and a more accessible special edition, in the future to be purchased also in some fashion shops. Also this second series of raincoats responds to the artist's wish to contribute with his work to a wider, and more 'democratic' distribution of art and, paradoxically, to dress the individual of his same forms and inner contradictions. Themes such as repetition and serial production, and the relationship between a single element and its accumulation, represent key features of the work of Thomas Bayrle, who had himself worked in textile and printing factories  and experienced the chain-like rhythm of the post-industrial era."

Oui, bon, il dénonce le consumérisme, l'individualisme, le ceci-cela, il vend des imperméables imprimés pour une distribution démocratique de l'art, blablabla, ça me fait penser à Marina Abramovic.


Cela me rappelle encore ces pages du livre d'Archer à propos des années 80 : " Le thème du sida est présent ". Et Robert Gober, qui après avoir refait du Duchamp à la main, dont les oeuvres dénoncent " le racisme et l'intolérance", et Koons qui considère le système de plomberie américain comme la plus grande œuvre d'art du pays.
Et le sublime Related and different de Haim Steinbach en 1985, qui les résume presque tous. 
L'art ne sait plus quoi faire, ne sait plus quoi dire, et, comme on mobilise les plus jeunes en fin de guerre, il convoque les esprits les plus imaginatifs afin que son agonie s'éternise.

C'est Jeff Koons d'ailleurs avec son ballon de basket qui s'est autorisé l'art " Livre des records".

Idem pour cette charmante jeune fille (je n'arrive plus à retrouver la référence) qui a passé des mois à ranger sa chambre pour faire une animation, ainsi que son collègue en patience, qui a mis 4 ans à sculpter un arbre. Exploit de prisonnier, passe-temps d'incarcéré ? Et après ? Il y avait plus de poésie dans les trucs tchèques des années 50 faits avec des papiers de bonbon.

Ah, et j'allais oublier :

À propos de cette performance, l’artiste nous dit :
« Dans  « Ceci n’est pas… », je révèle les exceptions à la règle. Dans une vitrine placée au milieu d’un espace public de la ville, j’expose des personnes dans des situations dans lesquelles vous ne les voyez pas normalement. Certains passants détourneront le regard tandis que d’autres s’arrêteront pour regarder et se demanderont si, et pourquoi, l’image dépeinte soulève véritablement la controverse. Pourquoi certaines images sont-elles aujourd’hui pestiférées alors qu’elles pouvaient encore être montrées de façon banale il y a seulement vingt ans ? Sommes-nous devenus moins tolérants ? Ou avons-nous simplement perdu notre sens naïf du politiquement correct ? Est-il bon que nos enfants ne voient pas certaines images ou sommes-nous emprisonnés dans notre instinct de protection ? »
Et moi à propos de cette performance je dis " Juste de la pornographie ", section voyeurisme :)

Pour la section exhibitionnisme, c'est . Dépassé depuis longtemps par le moindre site fétichiste...  (In memoriam a.b.p.e.o pour les lesbiennes d'avant guerre...)

On voit sur cet exemple que le discours convoqué est si facilement récusable qu'il permet à la pornographie de s'installer, légitimement, au rang des prétextes choquants. C'est un des plus anciens d'ailleurs, presque leur mère à tous.
C'est un discours associé a posteriori à l’œuvre, et non inscrit dedans, comme il 'était d'usage dans le temps, quand l'artiste s'y collait pour de vrai.

Marina Abramovic

On pourrait presque dire de la cabine que c'est une œuvre "dissociée" (de son discours), au sens qu'on peut lui associer tous les discours a posteriori, cela fonctionnera toujours plus ou moins. De la photo ci-dessus, on peut dire que l’œuvre est associée à son discours, étroitement, intimement. Il l'enlace, la baise, et si besoin, une ligne d'explication suffit. Et si besoin encore, un peu d'histoire de l'art y pourvoira.

Histoire de montrer que je ne suis pas seule, j'ai trouvé ce discours :
"
 This is basically unintentional softcore porn for gross hipsters living in off the L line to idealize about skinny "waif" exotic XXX grils who also have "brains" and " get involved with issues that matter" instead of " doing their nails". You can already see the patronizing comments coming in. If the girl who shot these actually thought it would gain a critical audience on XXX, I am depressed.

"  Fin de citation.

Ce qui m'intéresse, c'est que bien qu'initialement prononcé sur un vrai magazine en ligne, à propos d'un vrai reportage photo, le commentaire est finalement applicable à pas mal de cas, d'où les XXX.

Pas grave donc, franchement cela n'a aucune importance, mais je répète " Et après ?"

Après ?

Après, j'attendrais des réponses aux questions laissées en suspens par Manzoni, par Filioud, par Weiner, que peut-on dire après eux ?

Peut-on courageusement prendre à bras le corps l'état de notre monde et tenter d'aller plus loin ?

Non, rien, juste produire du toujours plus grand, toujours plus minutieux, incroyable, époustouflant, l'exploit de plus, la minutie de plus...

Il y a eu une époque, celle de Christophe Colomb, où on pouvait alimenter notre imaginaire en allant un peu plus loin, de l'autre côté des mers. Aujourd'hui, nous avons confié à la science l'espoir de nous faire durer le plus longtemps possible.


En plaçant son espoir dans les sondes spatiales qui nous emmèneront toujours plus loin, ailleurs, vivre plus longtemps. Pour quoi ? Je répète " Et après ? "

Depuis longtemps nous motive alors la perspective d'offrir à nos enfants une vie plus longue que la nôtre.
Mais il est possible que cette motivation diminue un jour elle aussi. Peut-être qu'aujourd'hui, en s'abandonnant aux charmes du choc sensoriel, cherchons-nous à retrouver un état d'enfance, et à s'éviter la migraine de la réflexion.

Le véritable défi, celui qui est à la hauteur du courage de ceux qui partaient sur les mers, c'est de changer de plan de conscience. C'est à dire de trouver ce qui sera à l'Homme ce que l'Homme fut au singe. 

Je sais qu'arrivée là, il n'y aura plus personne pour suivre. Je continuerai donc seule.

Que l'art ne sache plus faire autre chose que " toucher", c'est dû à sa nature, au fait qu'il est par nature " premier plan sur fonds de", comme détaillé ici.

Sur fonds d'art minimal, d'art conceptuel, de réflexion, il se détache en 3D, bruyant, rose fluo, palpable.

Dans la catégorie du " choc sensoriel", tout se plaide peu ou prou. Je sais, carpe diem, il faut être frivole.

Mais il ne s'agit pas que d'être frivole. Car lorsqu'une voie a été explorée par un artiste, il y a mis une barrière conceptuelle, comme on met un mur de briques au fond d'une ruelle, la transformant en impasse.

Et continuer, sous prétexte d'interrogation, à venir déverser ses propositions au pied du mur comme des sacs d'ordures en feignant d'ignorer que personne ne viendra les enlever, et de se demander pourquoi les gens ne viennent plus les admirer, c'est juste de la pollution, de l'irresponsabilité, et donc rien de frivole.

Le contenu d'un tableau n'a plus d'importance, de même que sa toile, ni l'espace de leur existence, tout cela a volé en éclats depuis longtemps, et aucun aigle, fût-ce à l'envers, n'y fera rien, n'en fera rien d'autre qu'une croûte qui s'entasse.

- Il y a des croûtes plus puissantes que d'autres..
- Heureusement, manquerait plus que ça.

mercredi 18 décembre 2013

Fiber heart, bonne nouvelle.

Tout d'abord, à propos de coeur, une bonne nouvelle, Dehors est revenue.

Dehors est une amie qui écrit des poèmes. J'aime presque tout de ce qu'elle écrit. C'est un peu difficile d'abord si on le prend du côté intellectuel, mais il faut ouvrir son coeur et écouter la musique.

Ses poèmes sont rares et il faut savoir les cueillir. Je connais un peu sa vie, et cela fait longtemps qu'elle est habitée par son chant, qui peut prendre des formes très variées. Elle plie le néologisme et l'orthographe à son flux créatif, plus elle se lâche, meilleur c'est. (Comme le reste et tout le monde, me direz-vous).

Bref, j'ai décidé de faire un lieu pour certains de ses poèmes, qu'elle m'a donné la permission de publier. J'en suis très touchée et je l'en remercie.

C'est

mercredi 27 novembre 2013

Orliinz, Baby

Parodiant et citant une tartine d'Olivier Baudu, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'à Orléans, il ne se passe pas grand-chose.

Et pourtant, en allant faire un tour par ici, vous pourrez constater qu'il n'en est rien, ou presque. Peu s'en faut que ces chenapans me donnent l'impression d'un volcan qu'on croyait renaître etc.

Je sais qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, mais vous non plus. Alors en regardant cela, par exemple vous fait quoi ?

dans chrome, on peut zoomer... :p

" Le Labomedia a contribué massivement à l'éveil culturel de la population Orléanaise en lui offrant une exposition... que dis-je ? un véritable festival d'art numérique intra muros dont les quelques témoins accusent encore une tachycardie préoccupante.

En effet, ce matin, Philippe s'est fendu d'une performance multimédia hors du commun en déambulant dans la ville munie d'un système de surveillance pixelisé à l'acrylique (painted by Maria Roland). "


C'est un truisme mais tout de même, cela me scie de voir à quel point l'art des marges est poussé au fil des années par une force centripète jusqu'à être, non pas seulement amené vers la zone des préoccupations qu'on réalise, ou "compris" intellectuellement, mais assimilé au point qu'il ne constitue plus qu'une (mais pas au sens péjoratif) pratique d'initiation.
Ce que veux dire par là, c'est que cela me fait drôle de les voir faire spontanément ce que faisait Esther Ferrer, ou l'autre là, qui roulait une grosse boule dans Munich. Version 2013, dialogue avec l'espace surveillé par la caméra.

Rien à voir, mais, ailleurs, dans l'indifférence générale, un éventuel portique de contrôle des poids lourds ou quoi que ce soit d'autre, mais sans son autoroute...

source F6MIG


Bon, voilà... Au fait, saviez-vous que les étoiles de mer ?

lundi 11 novembre 2013

Autre temps, autre espace

Mes œuvres avancent en ordre dispersé, parce qu'il y a une grande partie du temps où "elles se font" qui est un temps où je ne les fais pas.
Elles se font en moi tandis que je suis loin d'elles, et lorsque j'y reviens, j'exécute.

Les créateurs trouveront cela évident que leur œuvre ne fasse pas appel en eux à ce qu'il y a de rationnel, qu'on planifie, qu'on déclenche, et qu'on réalise en suivant des étapes, mais à ce qu'il y a de plus intime, de profond et de personnel, d'émotif.
Et non pas pourtant de complètement irrationnel, au sens péjoratif que nous avons fini par donner à ce terme. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, mais il ne s'agit pas là que d'une opposition de pure forme, et le mot " connaît " doit être entendu ici dans ses deux sens.
Non seulement il n'a pas de prise sur les décisions du coeur, c'est le sens que nous avons par exemple dans le vocabulaire du droit : " La loi française ne connaît pas telle notion".
Elle ne peut structurellement donc pas s'en saisir, ce qui est le fondement du droit, qui contrairement à toutes les autres idéologies, et c'est ce qui le rapproche le plus d'une science exacte, tient à définir ce dont il parle dans le même univers de croyance que ce dont il parle.

Le droit constate l'impossibilité d'inclure, d'intégrer la notion, il la reconnaît hors de son champ, mal définie "en son espèce par ce dont il dispose en un même champ pour la définir", et transforme cette distance en écart moral : il s'interdit de traiter la chose. Salutaire précaution dont se dispensent bien d'autres professions.

Mais aussi dans le sens " est tenu à l'écart " des desseins du cœur . Et c'est cette rancune qui lui vaudra le côté péjoratif. Les processus d'essai/erreur du cœur ont une logique " interne ", " parfaitement convenante" (au sens où Bimbenet a pu dire comme Semillade qu'une mouche est aussi intelligente qu'un être humain), n'ont que faire du regard a posteriori de classements qui se prennent pour de l'intelligence alors qu'ils ne sont que du langage.
Ils se prennent pour une introspection, une dissection cartésienne du monde qui confineraient à l'éclairement, alors qu'ils ne rajoutent qu'une couche de jargon.

Il y a donc des choses qui attendent, depuis des mois ou des années que moi, leur glorieuse créatrice, parvienne enfin à l'endroit d'où je pourrai découvrir le stade ultérieur de cette œuvre. Comme on arrive au point de vue sur la côté, d'où on peut admirer un panorama. Alors on s'arrête, on regarde, et le regard boit ce qui nous amènera suffisamment de savoir pour aller à l'étape suivante.

Évidemment, j'avance donc au milieu de mon monde. Les créateurs ont inventé depuis longtemps la réalité augmentée, ils vivent en son sein. Plutôt que de labourer jusqu'à l'épuisement pour tarir les maigres ressources de la réalité rationnelle, et obtenir fièrement les sales moissons de l'industrie mécanique, les créateurs préfèrent donner au temps les moyens de fleurir leurs chemins du monde, le temps de laisser épanouir, bourgeons, floraisons, treilles, pampres, où l'esprit pourra à nouveau ensemencer et fertiliser le monde dans la paix et la joie.

La rationalité " productiviste" stérilise le monde en répandant sur lui des pesticides intellectuels, ce sous le prétexte de ramasser en grand nombre des produits dont nous n'avons que faire, mais plus grave, qui nous empêchent de penser la suite en nous encombrant de schémas insipides.

A l'inverse des termes dont elle aime à se parer, elle ne produit pas, elle détruit. C'est la raison pour laquelle notre monde manque aujourd'hui singulièrement d'avenir, pour laquelle il n'a pas " de suite", parce qu'à force de le déshumaniser, nous avons empêché ceux qui l'auraient pu de penser les nouveaux schémas nécessaires à l'éclosion de nouveaux projets.


vendredi 18 octobre 2013

Comment vivre avec la mort

C'est le titre d'un ouvrage de Françoise Dastur, et j'ai trouvé dans ce texte, notes de lecture d'un autre de ses bouquins la phrase suivante :

" Comme il est vain de faire taire notre angoisse de la mort, mieux vaut la laisser lever en nous, s’appuyer constamment sur elle, s’y ouvrir et être pleinement disponible à son égard. Heidegger désigne par l’être-vers-la-mort cet exister sub specie mortis : vivre à chaque instant sous l’angle de la mort, avec l’infini, l’incommensurabilité de la mort en soi-même."

Cela me rappelle ce que disait Daniel Arasse de l'usage de la perspective géométrique dans l'espace pictural de l'Annonciation italienne, à savoir que cet usage s'articulait avec l'entrée, non de l'infini dans le fini, mais de l'incommensurable dans la mesure.

Et de faire mention que le pendant de l'Annonciation est bien cette sorte de " corpus" constitué de la passion et ses épisodes, qu'on peut réduire à un système bipartite comme l'Annonciation, constitué de la crucifixion et de la déploration.


Je me prends à penser parfois que le mouvement de recul de la Vierge n'est pas dû seulement à l'irruption de l'ange ou à une hésitation devant l'engagement, mais aussi à la vision ouverte de l'issue de ce dont elle acceptait le commencement et par le commencement, cette entrée en soi-même.


Comme s'il y avait irruption, par le négatif de la promesse d'éternité, et en ce négatif, de la prise de conscience la plus aiguë de la finitude.  Et pour citer encore Arasse, " du contenant dans le contenu".

mardi 15 octobre 2013

Automne

Trouvé ici cette phrase :

« Les grands désillusionistes, de Flaubert à Freud, ont mis en temps utile l’homme à nu..Mais qui lui remettra aujourd’hui les habits qui conviennent ? Comme l’ironie de Flaubert a merveilleusement réussi à pénétrer jusqu’ au cœur social d’un être humain !et comme elle est désemparée maintenant, l’ironie, la grâce critique d’un temps passé et racontable, face aux cicatrices durcies de nos paradoxes ! »

C'est le froid de l'automne, qui nous perce jusques au coeur. Je reboucle parfois sur de vieilles rancoeurs rousseauïsantes. Éviter la pratique de l'art, passer au large, le fuir même, comme les mauvaises fréquentations. N'empêche, ça m' adonné envie de relire Flaubert.

lundi 14 octobre 2013

Dialectice

Je me retrouve assez dans ce mode de narration, fluide. Trop peut-être, mais dans cette incapacité à saisir des souvenirs en fuite, à les organiser, à leur mettre des dates ou à en tirer quoi que ce soit, parce que comme il dit, cette " expérience oblique de la réalité " témoigne de l'irruption de la vie intérieure, comme un flux qui inonde sans cesse la toile, ne laisse à peine qu'une seconde de répit, lorsqu'on saute de côté des rails crissants, pour sauver sa peau, et que finalement, il n'en reste rien.

mardi 1 octobre 2013

Vla le choual de plastique, maintenant

J'avais déjà eu l'occasion d'évoquer la tendance à l'hénaurmissime qui s'était emparée de l'art contemporain, et j'en trouve ici une amusante radicelle ici, avec de discours édifiant :

"
Paris La Défense : le premier quartier d’affaires d’Europe, à l’épicentre du Grand Paris (vivement les répliques, qu'on en finisse)

- La Défense, épicentre du Grand Paris, mêlant intensité architecturale et humaine, en perpétuel mouvement (les travaux, quoi)
- un musée d’art à ciel ouvert proposant plus de 60 œuvres monumentales, parmi lesquels : Calder, Serra, Miro, Morellet, Takis, Agam...
- un espace urbain en effervescence : 150.000 salariés, 1.500 entreprises, 450.000 visiteurs par jour 
- un lieu d’exposition emblématique, le Cnit, devenu Grand Palais moderne 

" pour une édition 2013 des plus ambitieuses "  (au niveau pognon, sans doute)

Pour sa deuxième édition, Art DTC sera rythmée par de nombreux temps forts :
- une soirée de Preview le 18 septembre 2013 à 20h et un vernissage d'exception le 19 septembre 2013 à 19h30, ponctués de nombreuses performances artistiques (faut-il le préciser), en partenariat avec Le DTC

Soirée Fondations d’entreprise du 20 septembre 2013

Art DTC consacrera plusieurs temps de rencontre et de débat à « l’art de la démocratie », rythmée en particulier par une émission en direct de la foire sur radio DTC suivie d’une soirée où sera notamment présenté un des programmes les plus ambitieux de la Fondation de France sur la question. Sera convoqué comme exemple majeur l’expérience pérenne – et réussie – des Nouveaux commanditaires sous l’égide de la Fondation de France, avec une intervention de son instigateur, François DTCs.

La soirée sera l’occasion de siffler du champagne entre exploiteurs tables rondes réunissant les principales fondations d’entreprise soutenant l’art contemporain afin d’échanger sur l’enjeu de leur action au sein de la société civile.

Les résultats d’une étude inédite, conduite par un cabinet d’audit et de conseil en stratégie d’entreprises, (nan arrêtez de rire, c'est pas sympa pour les consultants encravatés qui vont vous expliquer comment faire du fric dans le monde de l'art) sur un thème lié aux engagements des entreprises à travers l’art contemporain, seront présentés au cours de la soirée. 


Devenez partenaire et rejoignez le "Cercle Art DTC"

Rejoindre le "Cercle Art DTC", c'est prendre part ou associer son image à cette saloperie mercantile ce temps fort du marché de l’art parisien. Pour nous rejoindre, cliquez ici.


Art DTC : la foire d'art contemporain de Paris La Défense, résolument connectée au monde des ordures de l’entreprise et des institutions

Une reconnaissance des enculés mondains de la sphère professionnelle événementielle venant valider le positionnement original (c'est à dire, de dos )et porteur d’Art DTC  une foire résolument orientée vers le monde économique et ses principaux acteurs.

Je passe sur les désormais inévitables anglicismes à la "Paris Fashion Week", ça ne se remarque même plus dans le buzz ambiant, la " preview" déjà notée par certains pour la foire de Bâle-Baal, mais je conserve le lien avec l'entreprise. On n'est plus ni amateur d'art, ni collectionneur, ni mécène, on est désormais " partenaire".

Comme le montre bien l'affiche, Baal règne en maître, et il prépare son fouet circulaire pour les désobéissants.  Moi j'emmerde je vomis les tas de plastique roses qui plaisent aux industriels, fussent-ils géants, et en forme de choual. Timeo leur enfer chimique, et dona ferentes !

Tu fais gros, tu fais cher, coco, les chefs d'entreprise aiment ça quand on amène ton oeuvre en hélico sur le parvis de la défense, ça jette, ça fait baver dans les bureaux, là-haut.