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lundi 27 mai 2013

Exercice de démocratie populaire






Cette image pose un petit problème. L'assertion " 6 million people in 110 countries can't be wrong ", notamment.
Hélas si, 6 millions de gens peuvent avoir tort. Fussent-ils 110 millions dans 600 pays différents, on peut enfumer sans problème tous ces gens, leur faire avaler des couleuvres, les persuader du contraire, et les faire lever le bras bien tendu tous ensemble, ça s'est vu.

Quelle tentation pour le marchand que d'appuyer sur ce bouton, jusqu'à défoncer le tableau de bord !

Que faire si le socle de la démocratie, ce sacro-saint plus-grand-nombre, est vesé ? Gerald Bronner a évoqué cette question. Que faire si nous sommes en présence de millions de gens décérébrés ?

Que leur opposer ? Le goût d'une élite ? L'oasis de l'expertise après le désert de la lecture ?

Point besoin de théorie du complot : il est évident que la pente naturelle de qui voudrait étendre son empire marchand consumériste au sein d'une démocratie le conduirait à prendre la précaution liminaire de déculturer les citoyens, afin de mieux s'emparer du système par son propre principe.

Il suffit que le bénéfice des cent premiers clients fournisse de quoi faire de la publicité auprès des mille suivants, que le système s'amplifie, pour que le principe qui veut que ce que tous désirent devienne la loi qui s'impose à tous, ce qui je le rappelle est le fondement de la démocratie, pour que ce principe, donc devienne programmatique pour ce qu'il convient de faire, ce qui augmente en boucle les moyens donnés au publicitaire pour augmenter le plébiscite.

Il suffit de remplacer les outils de conviction destinés à des individus éduqués par des outils de propagande à destination d'ignares !

Je me souviens de ce diffuseur de musique qui m'avouait mettre, en début de mois 5 facings de chaque chanson au catalogue. La semaine suivante, celui qui se vendait un peu mieux * que les autres se voyait offrir une exposition double, augmentant mécaniquement ses ventes. Au bout d'un mois, le titre était présent partout, surtout en tête de gondole, et tout le monde l'achetait. Il entrait alors au top50, et de plus en plus de gens l'achetaient. Il devenait alors le hit préféré des français, tout le monde l'achetait.


Ce qui est coopté par tous est bien, devient le bien, tel est le principe qui n'est satisfaisant que si le niveau d'éducation des citoyens leur permet de choisir. Le grand nombre de cooptations parmi des individus éduqués est un signe de qualité, mais pas si le phénomène est mécaniquement amplifié.

Plus les citoyens seront déculturés, mieux la démocratie fonctionne, puisqu'ils adopteront d'autant plus rapidement le principe directeur de la démocratie, et mieux ils s'uniformiseront.

 * Bien sûr, il suffisait d'aller acheter quelques disques ici ou là pour déclencher le phénomène. Ou d'avoir un ami chez le diffuseur...

dimanche 26 mai 2013

A partir de 1:10

Enjoy !

Un être prosaïque. Une existence prosaïque.

Tête basse, vaincue. Pas humiliée, mais vaincue. Nous n'existons, au sens individuel, que par notre culture et nous ne sommes que ce qu'elle a su faire de nous. Au sens individuel.

" Je " ne suis que le produit de mon éducation. A part cela, rien. Une pulsion de vie, animale.

Ou plutôt les cultures. Car comme pour les vertèbres et la fontanelle, j'ai conservé des vestiges, les strates psychiques de toute l'évolution. Les plus profondes, les primitives, comprimées puis fossilisées, minces et dure comme de l'ambre. Un glacis. J'hésite à y associer le mot " archaïque".

Et plus il y a de culture dans mon éducation, d'autant plus m'est offerte la possibilité de régler les questions de mon rapport individuel aux autres-réalité par l'art, forme d'acquisition et d'expression qui est " en périphérie " de notre psychisme, individuel et collectif.

Il y a un cercle (c'est une sphère, mais peu importe). Il y a un cercle qui s'élargit doucement. Ce cercle est tout à la fois le mien (celui de moi) et celui de ma culture (de mon groupe culturel : "les Incas" et la culture Inca, c'est pareil). "Les Franciliens" ce n'est pas grand-chose, à part des horaires de trains de banlieue.)

Important de voir qu'il s'agit bien du même cercle. Vu que je ne suis que le produit de ma culture, je ne peux être qu'à l'intérieur de ce cercle, il est donc aussi ma propre limite.

Ce cercle, si mon éducation ne m'épanouit pas, je reste dans l'intérieur de sa surface. Je suis " au milieu", dans l'aire du milieu. Je n'irai jamais vers la frontière, ni la mienne, ni celle du groupe. Donc je ne grandirai pas, et je n'apporterai rien au groupe.


Plus mon éducation sera riche culturellement, plus j'irai vers le bord. Je pousserai alors cette frontière du doigt, je pousserai le cercle vers l'extérieur pour l'agrandir. Je serai moi-même plus riche, mais tout le groupe en profitera.
Dans quelle mesure serai-je capable de pousser le cercle ? Dans la mesure (in that extent) où ma culture accepte les avant-gardes. Sa capacité à admettre, à intégrer des innovations est son élasticité.
Plus le groupe a une culture souple, qui intègre les poussées, plus son cercle s'agrandit et plus elle offre à ceux qui l'approchent l'occasion d'une expérience riche.

Vous allez me donner un contre-exemple. Celui de la culture hindoue, où l'épanouissement personnel tient une grande place, tandis que les motifs graphiques de l'art sacré ont été quasi invariables durant des siècles.

L'homme de la Renaissance ne pouvait pas plus peindre avec une touche divisée que celui d'aujourd'hui imaginer ce qui se peint ailleurs ou se peindra dans deux siècles. L'avenir n'est pas encore inventé.
(Mais tout de même, ça me  perturbe que personne n'ait essayé, perseverare diabolicum :)

L'homme de chagrin (Is. 53 KJ21 ),
Un mètre au dessus du monde, et le Kala Mukha

lundi 20 mai 2013

Soutien logistique

Ce billet fait d'une pierre deux coups.
Destiné à égrener quelques généralités sur le monde de l'art en général, et à encombrer plus encore celui des réflexions sur l’œuvre en particulier, évitant soigneusement la musique, la danse et l'art dramatique, il sert également à soutenir le propos de ce billet, en lui adjuvant des références, externes et donc par là sans pour autant en alourdir le contenu.

On peut donc voir le texte ci-dessous comme une tentative pour  identifier les axes selon lesquels il est possible de situer la position d'une œuvre. A fin de catégoriser cette position, ou pas.

On peut le voir également comme une tentative pour, ramassant les précédentes observations et monter cette fois selon un axe qui les transcende, plaider que la meilleure manière d'atteindre un objectif est de s'en éloigner (sphère dont le centre est partout etc.).

Le hasard (et l'intervention)
Une des modalités de présence du oui et du non, est le degré d'intervention dans le geste qui dispose les formes. A ma gauche, justaucorps rouge et cagoule jaune, le zéro absolu de l'intervention, c'est à dire la personne qui n'existe pas artistiquement.

Et je pense que c'est la forme d'art la plus répandue.
Il y a ensuite l'artiste qui remarque, qui sent fugitivement, et ne fait rien. Nous avons ensuite celui qui contemple, mais toujours sans intervenir. Nous avons ensuite le photographe, qui cadre, et indique par ce cadre une forme dans les nuages.

Puis, poursuivant le panorama, toute la gamme des "interventionnistes", ceux qui soulignent le nuage, le colorisent, ou répandent des substances ou des objets les uns sur les autres pour constituer des choses remarquables, jusqu'à cette tentative pour s'inclure soi-même dans un prétendu invisible, artiste chinois dont j'ai oublié le nom. Mais bon, sans fermer la portes aux heureuses coïncidences et accueillant les cadeaux du hasard avec une neutralité plus ou moins bienveillantes, le grand peuple des maladroits avec leurs complaisances, et des chanceux inspirés.

Enfin à ma droite, Zarak, tout de noir vêtu, représente les perfectionnistes qui reproduisent une photo touche à touche, font des puzzles ou des tesselles, de la broderie ou autre technique ne laissant plus au hasard qu'une place qu'ils souhaitent minime.

Et Dieu leur en donne autant. Non son sommeil, mais pendant leur sommeil.

Il y a autant de lumière dans la nuit que dans le jour, de matière dans l'être que dans le néant, et de richesse créative dans la contemplation que dans la création.

Les autres (et moi)

Évidemment, là vous allez hurler. Je vous entends d'ici : " Oui, "les autres", c'est vaste. D'ailleurs c'est qui ? Les autres avérés, les autres supposés, devinés, esquissés, entr'aperçus, sans parler du temps, la postérité supposée au moment de l'élocution, etc. ?"

Mais vous tirant une langue de vingt-cinq mètres de long se déroulant avec la nonchalance d'un jeune éléphant, je garderai cela en bloc, c'est à dire toutes les tentatives, avortées ou pas, avouées ou non-avouées, ou plus ou moins avouées, qui peuvent constituer tout, ou partie seulement des motivations que l'on se donne consciemment ou inconsciemment, ou concerner tout ou partie d'une œuvre, ou seulement son envers, ou motivations pour commencer de créer, pour continuer, pour cesser de créer,  toutes les tentatives donc qu'on peut relever, associées à une œuvre d'art, qui feraient dire que son auteur a cherché à travers cette œuvre à dire, qui plus est à dire quelque chose, qui plus et à dire quelque chose aux autres, à parler aux autres, sans qu'on puisse dire si le contenu du message était dans l’œuvre ou ailleurs, ou pour partie ici et pour partie là.

Il s'agit, et les psys auraient sûrement beaucoup à nous dire là dessus, de noter la présence de cette sorte de comptoir, plus ou moins large, plus ou moins haut, plus ou moins flou, sur lequel l'artiste va poser son œuvre, comme le photographe vous pose les photos que vous venez de faire tirer, les laissant à votre jugement, et en premier lieu à votre reconnaissance, comme on vous fait reconnaître un cadavre à la morgue.

Les frontières des modalités selon lesquelles ce geste de mise à disposition est effectué, de bonne ou de mauvaise grâce, ou inconsciemment, ne m'intéressent pas ici, je me contenterai, pour une fois, et pour vingt-cinq lignes à tout casser, mais je vous rassure, mes démons me rattraperont bientôt, d'évoluer dans une frange moyenne de certitude où elles existent et elles sont à peu près, d'une façon consensuellement constituée, et donc sur la plus large base moyennement fausse, admises.

Je voudrais, en contrepartie, me focaliser sur une zone précise de cet espace des autres qui est l'Histoire de l'Art. C'est à dire comment une créatrice " prend en charge", les œuvres et les artistes qui le précèdent. Vous allez me dire : " Encore faut-il, pour qu'elle décide de les prendre en charge ou pas, que ces artistes, ou leur œuvre, soient connus de la créatrice". Certes.
Mais l'aspect qui m'intéresse surtout, c'est un autre volet de la prise en charge, à savoir la prise en charge intérieure.


Une fois connus, comment, dans quelle mesure la créatrice décide de les prendre en charge. et par là je n'entends pas seulement comment sont intégrées les œuvres précédant chronologiquement, et issues d'autres artistes, plus ou moins consciemment, en tant qu'influence, dans sa pratique, mais bien plus la décision de " traiter le problème" soulevé par le prédécesseur.

En admettant en effet que la créatrice sache que Duchamp a sacré tout objet, que tout est oeuvre d'art, pourquoi en faire d'autre puisqu'elles sont déjà là ?
En admettant que la créatrice sache que Filioud et Weiner ont admis que l'oeuvre pouvait tout aussi bien exister dans sa version "non faite", la question est alors de savoir : " Que fais-je, moi créatrice, de ces événements ?".

C'est à dire est-ce que je feins de les ignorer, ou bien je les intériorise, et je vis désormais avec trois petits gardiens, avec mon Duchamp intérieur, avec mon Weiner intérieur et mon Filioud intérieur ?
Une fois que je vis avec mes 3 petits gardiens intérieurs, Caïn sous leur regard, que fais-je de cela ? 

D'abord j'en fais un billet à soi tout seul, pour laisser celui-ci se finir.

La série : l’œuvre (et la précédente)

La série est un vaste problème.
Ce dernier commence avec la définition du sens même, comme on peut le lire ici, elle commence avec ce mouvement qu'est la création du sens. Ce saut de l'un à l'autre.

Le sens n'apparaît que lors de la comparaison d'une forme avec une autre. Mais lors du saut, et uniquement pendant le saut. D'où l'importance de la similitude et de la différence, que Foucault a justement placées au cœur du phénomène cognitif.

Ainsi la série commence juste après. Avec son lot de soucis. Il n'y a que deux solutions pour créer après avoir posé une première forme. On ne peut en effet que : soit revenir à la forme ancienne, ce qui nous amènerait à naviguer éternellement entre deux formes, ou bien dessiner une nouvelle forme. Une forme suffisamment-différente pour dire quelque chose, mais suffisamment-semblable pour que ce sens reste compréhensible.

Un des soucis est que le " juste après" ci-dessus suggère que les ennuis ne commenceraient qu' au second mouvement, alors que si prend en compte le zéro initial, c'est en réalité au premier qu'on s'exprime déjà par rapport au rien.

L'ensemble des pièces, produites ou non, par l'artiste fonctionne naturellement, et de facto comme une série. Mais la notion de " précédente" peut renvoyer soit à la pièce qui précède dans le temps, ou à celle qui précède dans l'histoire interne de l’œuvre.
 Il est évident que l’œuvre que je crée aujourd'hui a pour précédente celle que j'ai créée hier. Elles ont entre elles une parenté certaine, puisque l'une ne peut pas complètement ne pas tenir compte de l'autre. Mais l’œuvre que je crée aujourd'hui a aussi pour précédente en influence une œuvre que j'ai créée il y a 20 ans, et elles peuvent être séparées par une dizaine d’œuvres qui s'intercalent chronologiquement sans interrompre la filiation.
Ainsi le critique avertit ne lira pas un unique saut, mais plusieurs.
Et à ce titre, il est plus simple, plutôt que de lire la série dans toutes ces dimensions, que l'artiste se plie à la contrainte de faire sa série d'affilée. Ainsi les filiations se superposent à la chronologie, elles s'inscrivent les unes dans les autres en appauvrissant les sauts possibles, dans leur contenu, puisque la maturation de la filiation n'a pas eu lieu.

La série a donc une dimension sociale, maintenant avérée dans la pression effectuée par le corps social sur l'artiste. Elle lui enjoint de produire une œuvre sous forme de série rapide autour d'un thème.

Cela me ravit dans la direction et dans la mesure où cela apporte de l'eau à tous mes moulins, mais cela me chagrine dans la mesure où c'est un appauvrissement, un étiolement, plutôt, de la volonté herméneutique.

On semble dire à l'artiste :  " Nous n'avons pas le temps, ni le courage, de comparer une œuvre unique à l'ensemble des œuvres produites précédemment, vous comprenez mon bon, cela commence à s'entasser sérieusement. Alors, vieux, faites-nous une  petite série bien tournée, et nous pourrons discuter vite fait autour de vos trois bidules. Allez, hop, et rappelez-moi demain pour me donner le thème."

Ainsi, comme dans les séries télé où le " climax" de l'épisode sera de savoir si Sandy a donné rendez-vous à Arnulf  au bar, non-événement dont l'insignifiance totale aurait fait écharper le scénariste dans un film conventionnel, mais qui tient une horde de zombies en haleine dans l'attente de la résolution, au sein d'une série, possède-t-on, dans une suite d'images quasi-semblables, des variations minimes sur lesquelles s'appuyer pour un commentaire qui serait ailleurs tombé dans le vide.

Le jeu de la souricière, pour les enfants, leur permet d'évoluer dans un espace quasi-vide, et de faire le singe quelques instants, le temps d'exercer ses muscles. On finit toujours par faire le cochon pendu dans une souricière, parce que c'est la position qui procure le plus de sensations pour le minimum d'effort, avant de sortir en titubant dans une simple réalité devenue pourtant trop grande, trop riche.

La réalité, justement contient une autre complexité, puisque la " réalité extérieure" est triple. Cette dernière notion, encore largement inexplorée, recouvre d'une part la réalité en tant qu'extérieure à moi (et que je la suppose indépendante de moi, susceptible d'exister sans moi, ce dont je n'ai, je le répète, aucune preuve infrangible), d'autre part la réalité en tant qu'espace où se meuvent les autres, en tant qu'ils pourraient exister en dehors de moi, le substrat de l'intersubjectivité, pourrait-on dire, en ce qu'il entame (mais si peu) ma résistance précédente, et enfin bien sûr la synthèse des deux précédentes.

Lorsque je me bats contre la réalité, je dois donc d'abord me battre pour me prouver à moi-même qu'elle existe en dehors de moi, me battre pour admettre que les autres s'ébattent dans cet espace ainsi évidé hors de moi, et enfin me battre pour me persuader que je suis en droit de leur communiquer ainsi, à eux, mes impressions concernant cette réalité tierce qu'ils semblent également avoir admis (mais il doivent, ou devraient, faire ainsi s'ils veulent m'en convaincre, ou " ils n'en useraient pas autrement s'ils voulaient m'en persuader", etc. perseverare diabolicum, je sais :)

Soi-même
 A tout seigneur, tout honneur, nous finirons par la pièce manquante du puzzle, celle qui renvoie à la " réalité", comme on vient de le voir par la plus ou moins consciente représentation que sa plus ou moins consciente conscience fait au sujet de la réalité " extérieure".

Celle qui renvoie  au hasard, lequel appartient aux éléments de cette catégorie alors définie, lequel semble tour à tour nous servir et nous contrer, et que nous nous employons à circonvenir à l'aide d'idées bien connues comme la volonté, la chance, la grâce etc.

Celle qui renvoie aussi et surtout aux autres, et notamment à leur présenter la façon que nous avons de nous représenter ou de ressentir la réalité extérieure. Le partage de subjectivité que nous permet la représentation de la réalité, de mettre à l'épreuve cette représentation, de la mettre à l'épreuve de l'intersubjectivité.

Quelles que soient les frontières entre moi et le monde, et les frontières entre moi et les autres, l'interface d'échange sera "problématique". La commune humanité que je vais avoir à gérer avec le monde et avec les autres, que je naisse riche ou misérable, aimé ou torturé, se posera en gros à moi dans les mêmes termes.

Et quelle que soit ma façon de répondre à ces problèmes, elle aura maille à partir avec la création. Quelle que soient la nature de ma relation avec les autres, au monde, que cette relation se déroule dans la souffrance ou dans le confort, dans la gêne ou le désarroi, une partie de la réponse, et des échanges se déroule sur le mode esthétique.

L'esthétique de la respiration, ou celle du temps. Je dispose (ou non, je meurs sous le couteau qui me tranche la gorge) de temps pour respirer. Esthétique des plaisirs simples : On me laisse boire et manger, et ainsi de suite, tous les étages du confort.

Qu'il s'agisse la plus mince pellicule de liberté donnée au prisonnier de se retourner sur le sol de sa cellule, jusqu'à la plus grande latitude donnée au milliardaire Roussel pour écrire certains de ses livres, il y a un espace d'échange où je propose à l'autre de se communiquer nos "représentations de la réalité", des façons de se mettre en contact direct avec un extérieur, que ni lui, ni moi, ne connaissons.

Bref, de ce soi-même, il faut encore décrire trois versions, celui qui se pense dans le présent, se remémore son passé, et se projette dans l'avenir.

Et comme on le verra, on aurait, presque, pu écrire que la création artistique a pour objet de nous connecter à la réalité par une autre voie que celle du langage articulé. Par une autre voie, c'est à dire en passant par dessus les catégories assignées par la représentation des mots et l'édifice ainsi construit.

On aurait pu, car on le voit ici, il faut ce méfier de ce mode de pensée.

Il faut s'en méfier par ce qu'il superpose deux univers. Il les superpose parce qu'il restreint l'un des deux, les plus grand, de façon à le faire coïncider avec le plus petit. Et cette erreur est commune à notre représentation de l'univers par la science, laquelle est facilement trahie car elle se soumet à notre représentation par le langage. La représentation par l'art, elle, lutte pour réouvrir l'espace initial qui est senti, comme toujours existant, par l'être en nous qui préexistait à sa colonisation par le langage articulé.

Cette restriction est basée sur l'illusion qui nous aveugle et qui nous interdit de voir que tant que nous utilisons pour échanger sur la réalité, des outils qui ont sur la réalité les mêmes présupposés cognitifs, nous échangerons à l'intérieur de l'espace des possibles définis par ces outils, et nous resterons dans l'illusion de partager une réalité extérieure commune, au lieu de cerner les limites que cet outil cognitif nous permet d'avoir sur la réalité " extérieure".
 La relativité et la physique quantique sont des brèches dans cette certitude. Et la venue de l'Observateur est le messie de la pensée moderne. C'est comme une voile qui fasseye au vent, et qui s'est retournée.
Je fais juste observer qu'elle est contemporaine du retournement artistique, la pensée moderne devenant en art celle de l'aventure intérieure, au moment de dé-représenter ultimement la réalité, au choc égal de la vision asiatique, qui a fini de bouter la position sujet/objet hors de soi :)

Alors vous allez me dire que non contente de ne pas traiter mon sujet initial, je l'ai perdu de vue, en ce qui concerne le fameux focus sur la prise en charge.
Certes, je vais donc y revenir. Mais vous allez voir que j'avais besoin de ce détour. C'est parce que je vais isoler les éléments de réponse sous la forme de trois courants, qui se jettent l'un dans l'autre, car les influences se " réinjectent " les unes dans les autres.

Pour simplifier, nous allons caricaturer un peu. Il le faut.

Dans quelques instants, ce sera le jambon
Les fleurs des Dieux,
Je gobe de lumineuses
Initiation pantalon
Pantalon !

samedi 11 mai 2013

Cum dederit dilectis suis somnum

دائِم
Daima : toujours, permanent...

نُور
Nour : lumière


For so he giveth his beloved sleep


Natacha, présidente !

On m'a proposé d'être présidente du Monde, mais nous ne sommes pas parvenus à un accord quant aux avantages (couleur des montures des 3 paires de lunettes de soleil remboursées par la mutuelle, longueur de la trottinette de fonction etc.).

Marrie que ce projet achoppe sur des détails mineurs, je tenais à partager avec la population de la planète quelques points essentiels de mon programme.
Même si ce qui va suivre a un fort relent de saumon, leur rédaction n'a pas voulu de ce papier. Je regrette ce choix, mais je respecte leur ligne éditoriale.

Donc si j'étais présidente du Monde, je m'efforcerais d'avoir un programme qui ne plaise à personne.
C'est à dire que je prendrais soin de bâtir une société que tout le monde rejette, et où chacun se sente spécialement mal à l'aise.
Pourquoi ?
Parce que si les gens se sentent mal à l'aise et que j'arrive à les persuader que c'est de leur faute, ils s'en accuseront et il ne leur viendra pas à l'esprit de me remettre en question. S'ils sont heureux, épanouis par un système qui leur plaît et qui leur donne envie de faire mieux, ils risquent de le changer, et moi avec.

Mais comment mettre en place un tel projet ?

C'est plus simple qu'il n'y paraît.

Vous basez le développement de la société sur des idées fausses, par exemple que le bonheur vient par l'achat d'objets en plastique avec des piles qui permettent d'y faire clignoter de petites lampes en façade.
Si vous arrivez à laver le cerveau des gens suffisamment en profondeur, vous obtiendrez qu'ils y sacrifient le reste de leur vie, c'est à dire qu'ils acceptent de passer leur temps à acquérir une voiture qui leur permettra d'aller travailler, et d'acheter avec le fruit de ce travail, de l'argent donc, les produits que vous leur vendez.

Ainsi les gens auront absorbé leur vie, englouti tout leur temps disponible, et ne créeront plus rien par eux-mêmes.
Leurs facultés créatives diminueront, ils n'imagineront plus rien de nouveau, et la mécanique s'entraînant d'elle-même, ils seront de plus en plus disposés à acheter la prochaine version du joujou électronique distribuant automatiquement de la musique, oubliant ainsi d'apprendre par eux-mêmes à jouer d'un instrument, disposés à acheter des films faits par d'autres alors qu'ils n'apprendront plus à lire pour imaginer des histoires.
Bien entendu, l'argent que je gagnerai ainsi me permettra d'accroître ma puissance marketing et de développer mon programme.

Cette privatisation s'accompagnant d'un désengagement de l'Etat, j'aurai des fonds disponibles pour encourager le développement d'un tissu de micro-associations locales qui prendront le relais sur le terrain, et je prendrai soin de briser les chaînes verticales qui rassembleraient les gens autour de valeurs concernant un territoire plus grand que leur village.
Ramener la culture, la politique, à l'échelon le plus petit possible permet de ringardiser la culture et la philosophie, tout en laissant un fantôme de civilisation. L'être paraît donc socialisé, mais en réalité, il redevient un unicellulaire.
Il est donc enfermé dans une cellule où la seule solution pour se sentir bien est l'uniformité avec les autres cellules. Toute " asocialité", singularité, toute initiative réellement créative, c'est à dire favorisant l'apparition de formes de pensée nouvelles, doit provoquer le malaise d'être inadapté.

Or ne l'oublions pas, j'ai dessiné le système, dès ses axiomes de base, pour que tous s'y sentent mal à l'aise. S'y sentir bien est par définition impossible. Donc par un effet d'entonnoir, ce malaise va se glisser dans son contenant catégoriel qui est le péché d'inadaptation.

Il n'y aura donc, plus, et cela se fera aussi quasi naturellement, à associer cette inadaptation à une inadéquation dans les objectifs. En effet, à côté de l'exclusion sociale, qui punit l'inadapté de son refus de se plier aux règles, et dont la terreur prospective sert à garder le gros du troupeau dans le pré, il y a l'exclusion culturelle. Il faut que celui qui pense différemment, qui apprend à penser autrement, se sente également spécialement mal à l'aise, il faut qu'il se sente inutile.

Mais une fois que le sentiment de rejet aura été culpabilisé, le pari est gagné. Je crée une société dont les règles n'arrangent personne, et je crée un malaise chez tous. Ensuite je culpabilise ce malaise, en l'isolant sous forme de problème individuel : " Ce n'est pas la société qui te pose un problème, c'est toi qui lui poses un problème en étant inadapté", et ainsi je ventile le malaise en le projetant dans des catégories individuelles : tu es hyperactif, dépressif, anxieux, anorexique, hypertendu, hypotonique, pas assez ceci, trop cela, bref individuellement, tu n'es pas bien, tu es malade, alors on va rembourser tes médicaments, mais pas trop non plus, tu vas les payer toi-même.

Alors on me dira avec raison que sous cette apparente simplicité, des problèmes se posent.

Le plus évident est que ce grand nombre de malades, enfermés dans la cellule de leur tête, passant leur temps à culpabiliser de ne pas bien aller, va finir par se voir.

On va finir par entendre des questions telles que : " Pourquoi les psys ne participent pas à la politique ? "

En effet, le scandale pourrait éventuellement confirmé par les psys. Pourquoi ne les entend-t-on jamais que pour tenter de se démêler des accusations d'incompétence quand ils ont laissé filer un meurtrier au lieu de le faire encabaner ?

Pourquoi n'entend-t-on, je ne pense pas me tromper, quasiment jamais, les psys sur les grands media ? En tant que sociologues, j'entends, en tant que remonteur d'informations, collationneurs, alors qu'on est au courant minute par minute de l'état de santé de chaque joueur de football ?


Pourquoi la pratique médicale psy est-elle cantonnée à une sorte d'acte commercial, comme le fast-food ou la prostitution ? Je t'achète un service, je paye, c'est entre adultes consentants, personne ne se plaint, tout le monde est content, donc la personne publique ne s'en mêle pas. 

Pourquoi faut-il attendre d'un type tue quelqu'un pour que cela sorte du cabinet ?  J'entends bien le souhait des médecins, et avec raison ils s'opposent à l'ébruitement de ce qui s'y passe. Ils ne sont pas des auxiliaires de police j'entends tout cela.
Ce que je ne comprends pas c'est qu'ils deviennent bien des auxiliaires de justice, mais trop tard. Seulement quand les gens sont devenus alcooliques, fous, assassins, suicidaires...

Vous avez raison.
Il faut que la prise en charge psychologique et affective de l'individu soit faite le plus tard possible. En effet, elle devient alors impossible, coûteuse, et il faut repasser dans le circuit médicament. On a pu jusqu'ici juguler le phénomène en inondant les organismes d'antidépresseurs, d'anxiolytiques, de coupe-faim, de cosmétiques (rouge à lèvres...), de drogues (alcool, tabac) à doses massives et en amenant les gens à payer pour les drogues qui compensent le mal-être dans lequel on les fait vivre, ce qui contribue à faire tourner l'économie;

Si, comme on le fait pour la santé physique, on suivait l'enfant au plus tôt pour détecter les problèmes. Si, comme on le fait pour la santé physique, on surveillait l'environnement affectif de l'enfant. Si, comme on le fait pour la santé physique, on se posait la question de savoir pourquoi un enfant est malheureux ou déséquilibré, cela présupposerait que la société a pour devoir de rendre les gens heureux.

Le fait qu'on néglige la santé psychique et affective des enfants le plus longtemps possible, le plus tard possible, jusqu'à ce qu'il ne soit plus temps qu'avec des châtiments physiques, comme on battait les fous, jusqu'à ce que tout ne se résolve qu'en termes de suicide et de prison, prouve que le devoir pour la société de rendre les gens heureux n'est pas à l'ordre du jour.
Pire, que ce n'est pas un objectif.

Et ne vous croyez pas à l'abri, les riches, avec vos belles maisons, vos belles voitures, et vos vacances au soleil. Vos stérilités de couple, vos AVC, vos cancers, vos crises cardiaques, parkinson et autres ne sont que les punitions corporelles pire encore de vos corps, de votre malaise plus profondément enfoui encore.

Vous avez raison, mille fois raison. C'est un facteur de risque et j'y veillerai.Quant je serai présidente, je veillerai à ce que tous, enseignants et élèves, soient évalués régulièrement pour que tous se sentent également mal à l'aise, et qu'ainsi le malaise social ne me soit pas imputé.
L'individu se dira :  " Je suis mal à l'aise parce que je ne suis pas assez performant pour contribuer efficacement au développement de l'économie et de la croissance, je doit me corriger avec l'aide des médicaments".

Un autre risque de mon système est qu'il engendre sa perte faute de combattants. En effet, ces hordes de dépressifs ne deviendront plus bons à grand chose et ils iront grossir les rangs des chômeurs. Je ferai supporter ce poids aux systèmes publics locaux (autrefois appelés Etats) mais cette résistance a une limite.

Pour pallier cela, je fragmenterai le travail en petites tâches individuelles, afin que ces dernières puissent être exécutées par des personnes sous-qualifiées que seront les zombies sous anxiolytiques, trop heureux d'avoir un quart de temps à quelques euros par mois pour oser se dire " Mais qui suis-je pour réclamer plus que ce qu'on veut bien me donner ?".

Il faut donc mapper toutes les activités professionnelles sur des procédures, que les gens suivront pas à pas, assistés au besoin par des systèmes d'information qui les guideront, corrigeront leurs erreurs, et reporteront les indicateurs des tableaux de bord sur la performance du système d'assistance par ordinateur. J'étendrai ce CAM (Computer Assisted Management) du haut en bas de l'échelle, de façon à ce que seule une Elite Coders aient besoin d'accéder aux patterns de design du système.

Bien... Je crois que tout est bouclé. Chimiotiser toutes les thérapies et procéduraliser l'espace de décision, il y en a pour un quinquennat à tout casser.
Je suis prête pour le prochain, aaaaaaaaaaaaaattachez vos ceintures, et si vous voyez dans votre tête un panneau " autorisez-vous le programme de Natacha à s'exécuter ?", cliquez sur ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, et vous aurez une double dose de tramadol gratuite dans votre prochaine injection.



lundi 29 avril 2013

Sructure et mémoire

Je sais que cela paraît dingue, mais l'histoire du foie greffé rejoint une idée qui m'était venue, que ma peau puisse être un lieu de stockage d'images.
Comme un disque dur externe. Et en caressant la peau, on peut éveiller ces images, allumer l'écran tactile et les faire parvenir au cerveau qui les restitue à une forme de conscience.
N'importe quelle structure peut servir à stocker de l'information, pourvu qu'on ait la clé de relecture.

lundi 15 avril 2013

Créatrices, résistez !

La vilaine Guillemette a encore frappé, il faut que je la dénonce à qui de droit.


mardi 9 avril 2013

flip-book de luxe

Pas trop mon genre, mais bon, si c'est vraiment fait à la main, ça force l'admiration.

Zone à Défendre


Publicitaire nietzschéen reconverti dans l'art cherche artiste pour faire la gueule sur des photos.

 De notre correspondante à Londres :

"L’autre jour a la Saatchi Gallery (haute institution devant laquelle il faut s’incliner puisqu’elle a réussi a faire de Damien Hirst et Tracy Emin des stars de l’Art Contemporain, j’ai vu deux tableaux (prétendument) détruits par l’artiste quelques minutes avant le vernissage.

Le décor: barrières devant les œuvres, verre cassé au sol.
Je me demande si la machette n'était pas encore elle aussi à terre. Il y a un long texte à l’appui, avec le récit du suspense : l’artiste monte voir ses œuvres, soudain on entend un grand bruit, affolement, tout le monde se déplace, découvre la catastrophe !
Puis intervention d’un (soi-disant) grand critique qui dit qu’il faut absolument tout laisser comme ça. Quelle blague."

En découpant dans Closer des bons de réduction pour les ouvrages de Jean d'Ormesson, je suis tombée là-dessus :

Charles Saatchi dénonce l'art bling-bling

"7 déc. 2011 – Le célèbre collectionneur britannique a pris la plume pour dénoncer les dérives de l'art contemporain."

On espère qu'il l'a rangée ensuite au bon endroit, mais ils sont connaisseurs au rayon boucherie, dans les rédactions bling-bling, ils ont dû le conseiller.  

Extrait de la séance de lèche : " Le pamphlet est drôle, comme il se doit. Enlevé et bien vu pour qui veut stigmatiser les nouveaux riches de l'art contemporain"
Extrait des réactions : C'est l'hôpital qui se moque de la charité :) Dans les dents du "vieux lion".

Sinon, il faut impérativement lire la Naissance de la Tragédie. Le Cas Wagner. Et toutes les sources avec, ce qui ne va pas sans soulever des nuages de poussière hellénique vénérable.
Ou alors, mais pour cette indulgence vous devrez me verser une contrepartie financière dont le montant se négocie en ce moment même âprement à l'OMC, entre autres mesures concernant l'égorgement des moutons, qui bêlent toujours au moment de monter dans le camion de l'abattoir après avoir assuré la fortune de l'éleveur, vous écoutez cela :

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-philosopher-avec-wagner-14-wagner-et-les-philosophe

J'ai sursauté comme une adorable puce que je suis, quand j'ai entendu que Wagner avait dit vouloir faire, après la musique invisible, un "théâtre invisible".
Cela n'est pas sans me rappeler une réflexion de Nicolas Bourriaud posant que l'art moderne tend vers l’annihilation de son objet (aux deux sens du terme "objet"). Mais pour y substituer le geste créatif, et l'attitude intérieure qui y préside, le fonde, l'accompagne et le " justifie" (au sens de sa vérité interne).

Je suis également ravie de retrouver ici deux fois le mot moderne. Car je poursuivrai en disant que l'art contemporain cherche la négation de son objet au sens concret, mais aussi la néantisation de sa pratique, en ce sens qu'elle pourrait encore constituer au sens ontologique, un support d'intention, et une quelconque justification.
Cette culpabilité pousse à l'implosion, et je la remets en parallèle avec l'impossibilité évoquée par Dorian Astor, de reconstituer une "cérémonie". Au sens rencontre avec le public, exposition, cf. Cady Noland.
Je sais, je transpose un peu vite le drame, mais etc.

Or ce centre impossible, introuvable, ce noyau de vide brut, de matière noire de l'être, qui fascine l'Occident depuis peu, il est intégré depuis fort longtemps dans l'art indien et ses déclinaisons par le vecteur bouddhiste (cf Titus Burckhard). C'est le disque percé d'un trou.

Même dans la dualité de la solitude du sujet, l'objet intentionnel par rapport auquel on aurait la capacité de prendre un recul réflexif et salvateur est encore de trop dans la pulsion artistique.
Cela ne laisse donc ici que la place à trois catégories d'artistes, les répéteurs hébétés dans l'ombre de l'ignorance, les suicidaires à la lueur de la lucidité, et les éparpillés du numérique, butinant tout et n'importe quoi pourvu que cela vole en éclats multicolores sur l'écran pour hypnotisés de la première catégorie et les nourrisse.

Au bout de la quête d'invisibilité, de néantisation, il s'agit d'abord d'une explosion en mille fragments, mais l'objet a volé en éclats contre un obstacle invisible, quelque chose comme de la matière noire, contre laquelle on rebondit un peu, mais dont l'onde de choc détruit jusqu'à la surface de la sphère.

Ce vide, non compris dans l'éducation culturelle occidentale, toujours focalisée sur la dualité ontologique sujet / objet, c'est finalement peut-être la science qui a su le mieux l'intégrer dans sa nouvelle sauce philosophique (Nouvelle Gnose de Princeton et multiverseries contemporaines) pour éviter de justesse le précipice.



lundi 8 avril 2013

dimanche 7 avril 2013

Voyage d'une nichée de noyaux à Paname

Une fois de plus, Bruno Dufour-Coppolani nous a gratifié d'une de ses délicieuses conférences, je dis "conférence" parce que le sujet en était " L'art peut-il être populaire ?" *, et " délicieuses " parce que ce qui en fait le charme, outre les grumeaux ** d'érudition qu'on trouve habituellement dans ce genre de communication, il y avait encore cette sauce chaleureuse de celui qui va chercher en soi avec lucidité et humanisme.

Bruno a une manière bien à lui de rendre vivante une conférence d'Histoire de l'Art, en y injectant de sa vie propre, de son équilibre, et on se retrouve à son corps défendant à réfléchir sur l'art. Ah, non revenez gamins, je rigolais.

Bref et donc, cette fois-ci je pensais à Icare le héros tragique, figure de l'artiste. Icare vole entre le faire qui sera indéfaisable sinon par la catastrophe, vers le soleil, s'éloignant d'un autre "faire", celui qui l'alourdit.
Une fin plus lente, sans doute. Une fin consensuelle (il est admis qu'il est préférable de faire durer sa vie le plus longtemps possible).

Là j'établis un lien entre interpréter et défaire.

Créer " along the tide", si je peux me permettre cet aphorisme hardi,  c'est à dire créer " pas trop loin de ce qui est admis", en restant sourd aux appels du grand large, des sirènes, qui invitent à s'enfoncer un peu plus dans l'eau, ou vers le soleil, vers les extrêmes, l'absolu, parce qu'on sent que "c'est" là-bas. Quoi ? Rien. Mais c'est là-bas qu'il faut chercher.
Quand on sait qu'il n'y aura pas de réponse. Ni ici-bas, ni dans l'au-delà, mais que c'est vers là-bas qu'il faut chercher.
Qui a échappé à cela ? Ou plutôt, qui en a réchappé ? Qui sont ceux qui, saisis par cela, ont décidé de rebrousser chemin ?
Qui a dit des choses comme : " Je me suis senti frôlé, et j'ai rebroussé chemin".

Ceux dont on peut " défaire " la création sans trop de mal, l'ensemble étant ficelé à, et avec son époque, comme un paquet cadeau, le truc qu'on peut poser sous le sapin.

Et puis, les autres, allés rageusement serrer le noeud jusqu'au bout. Au bout de nulle part, dont l'oeuvre est absolue, se regarde sans mot dire, ou se déplie en d'infinis murmures amis, c'est tout un. C'est au choix.

Et ceux qui hésitent, qui se trempent pour se ragaillardir la cire, sans doute. Ceux qui trempent un orteil dans l'eau froide, et retournent sur le sable chaud, qui supportent encore de parler.

Mais... ceux qui se brûlent les ailes, qu'on repêche, qu'on recoud, à qui on donne, et métadonne, et qui retombent pour de bon...

* Petite précision, le sujet, et surtout le mot " populaire" devait s'entendre au sens anglo-saxon de célèbre, ce qui était un peu maladroit compte tenu de l'existence de sens déjà associé à " art populaire", mais bon...
L'idée était de comparer les différentes phases de la reconnaissance, sa mise en place par l'artiste pouvant devenir une stratégie (Courbet initiant le marketing du scandale, devenu aujourd'hui le mainstream de l'affaire)

Une autre idée intéressante, bien qu'elle se discute, est que Bruno pose que l'auto reconnaissance par l'artiste de son œuvre est un préalable à l'enclenchement du mécanisme de reconnaissance par les autres, reconnaissance dont l'extension à des cercles plus larges fera passer l'oeuvre du statut de résultat d'une pratique artistique à celui du champ de l'art, lui permettant de tenir une place plus ou moins grande dans l'Histoire de l'Art.

** Comme il me disait avec modestie ne pas être historien de l'art, je lui rétorquai que sa culture y suppléait. Pour associer le Jansénisme à Soulages, il faut avoir un petit fonds, tout de même.

jeudi 4 avril 2013

Acta, fabula est


Y'a trop de trucs trop dars, au sommaire de Fabula.



Comme les latinistes, même en désordre, nous interpellèrent, voici :

Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, immortalisée sous le nom de comtesse Greffulhe

Marcel Proust l'aperçoit à un bal chez la princesse de Wagram le 27 juin 18929*. Il est aussitôt fasciné et en fait le principal modèle du personnage de la duchesse de Guermantes.

C'est chez Robert de Montesquiou, lors d'une réception donnée pour Delafosse, qu'il l'approche vraiment. La comtesse a alors trente-quatre ans et elle est au sommet de sa beauté. Elle l'acceptera plus tard dans son salon, mais elle le fit pour faire plaisir à Robert de Montesquiou, car elle ne l'appréciait pas spécialement au début.

Elle déclara à la fin de sa vie : "Ses flatteries avaient un je-ne-sais-quoi de collant qui n'étaient pas de mon goût et il y avait cette absurdité à propos de ma photographie qu'il réclamait par l'intermédiaire de Robert (...) La dernière fois que je l'ai vu, c'était au mariage de ma fille, où là encore il a mentionné ma photographie, c'était fatigant ! Guiche [son gendre] était vraiment dévoué à Proust. Je ne l'ai pas vu, après qu'il fut devenu le génie que Robert avait prédit"

 Marcel, le collant, c'est Greffulhe qui l'a dit !

* Je laisse la coquille, ça fait un joli scénario de film. 

Grandes nouvelles

Ce matin j'ai fait un truc de ouf, tenez-vous bien : j'ai acheté (oui, acheté, en solde, en promo l'occasionne fait la larronne mais bon...), j'ai acheté, donc, des patins en plastique de rechange pour les pieds de ma table à repasser, laquelle en avait perdu deux pendant le déménagement.

Et je le prouve :

Elle est pourrie d'ailleurs ma table à repasser, comme toutes les tables modernes, qui ne sont plus de vraies planches mais des merdes en tôle ajourée, ce qui fait qu'on n'appuie sur rien.
Car je suis une frénétique repasseuse, moi, Madame. Parce que quand vous repassez du lin, t'as intérêt à le repasser mouillé, sinon macache ouallou pour le défroisser.
Donc les pièces de lin que je teins, je dois les repasser au sortir du bain de rinçage, enfin juste essorées, quoi.

Sinon je voulais dire une chose à propos des images et autres musiques que j'utilise dans mes oeuvres, c'est à dire ma liability warranty policy en matière de copy fraud, droits d'auteur et autres DRM de MRD, à savoir  la suivante : 


J'en profite pour dire que je suis scandalisée par les droits d'auteur de m... que la RMN et autres mettent sur les peintures. Je ne suis pas sûr que Léonard soit d'accord pour que ces gens se réservent les droits sur son oeuvre. Donc déjà au départ c'est du vol.
Ensuite l'art, la culture, comme les données et le reste, sont publics. Donc c'est encore du vol de biens publics. Dire comme le font ces gens d'une oeuvre : " Vous n'avez plus le droit de la photographier  " ET "  si vous voulez la reproduire, il faut payer", c'est du vol : soit on est vendeur de photos de qualité et on laisse les gens prendre les leur, soit on est service public d'exposition d'art (comme il me semblait qu'était un musée public), et on laisse les photographes travailler. C'est donc trois fois du vol, cela l'a toujours été et le sera toujours.

Donc tout est à moi, je pique tout ce que je veux et j'en fais ce que je veux. Si je vous admire, je vous en ferai éventuellement part, afin de vous associer à la fortune de votre oeuvre.  Si vous admirez une de mes oeuvres signée par un autre, c'est bien, c'est que vous avez du goût.
Si vous êtes incapables de me l'attribuer, c'est que vous êtes inculte, et le dommage est pour vous. This is your loss.
Donc ne m'em...ez plus avec les droits d'auteur. Je prends ce que je veux, la ragazza ladra, ah ah :D

Enfin on suppose, je crois, qu'il y auraient des mots qui nous feraient du bien. On suppose qu'il y aurait quelqu'un pour les dire.
Mais non.
Et ces mots enfuis laissent derrière eux un tel vide, un silence tel qu'il m'empêche de parler.

Le vide central après l'explosion, le vide primordial. J'y reviendrai. Mais plutôt le vide de l'indéfaisable. Je m'explique : Lorsque vous faites un feu de cheminée, vous mettez du papier, du petit bois, du bois plus gros, et enfin les bûches.
Si une fois les bûches enflammées, vous vaporisez de l'eau sur le feu, ces dernières vont s'éteindre. Si vous éteignez les bûches, vous ne pourrez plus les rallumer, parce que le petit bois est brûlé. Ce qui fait défaut aujourd'hui dans l'espace, signale la trace de la façon dont les choses ont pu s'ordonner dans le temps.

Autre image pour mes jeunes amis :on ne trouve pas de diamant naturel  à l'air libre. Il est dans une gangue rocheuse, veine elle-même enfouie dans la terre banale. Cette image m'est venue en écoutant un album de Zappa que je laboure depuis vingt ans. Les morceaux que j'aimais dès le début m'ont poussé à prendre connaissance des autres morceaux, qui me paraissaient moins attrayants.
Ils étaient plus difficiles d'abord, tout simplement, et ce sont maintenant mes préférés. Plus riches, mais d'une richesse plus hermétique, plus rêches à l'approche, ils font maintenant mes délices. Cette apparente âpreté cachait un trésor.
Mais il m'a fallu écouter du Zappa pendant des années pour apprécier telle chute, telle reprise. Et je pense qu'il en fut de même pour la composition. J'espère qu'il a levé sa plume à ce moment en disant : " Ah je n'en suis pas mécontent, de celle-là". (Zappa écrivait tout)