Rechercher dans ce blog / Find in this blog

samedi 11 mai 2013

Natacha, présidente !

On m'a proposé d'être présidente du Monde, mais nous ne sommes pas parvenus à un accord quant aux avantages (couleur des montures des 3 paires de lunettes de soleil remboursées par la mutuelle, longueur de la trottinette de fonction etc.).

Marrie que ce projet achoppe sur des détails mineurs, je tenais à partager avec la population de la planète quelques points essentiels de mon programme.
Même si ce qui va suivre a un fort relent de saumon, leur rédaction n'a pas voulu de ce papier. Je regrette ce choix, mais je respecte leur ligne éditoriale.

Donc si j'étais présidente du Monde, je m'efforcerais d'avoir un programme qui ne plaise à personne.
C'est à dire que je prendrais soin de bâtir une société que tout le monde rejette, et où chacun se sente spécialement mal à l'aise.
Pourquoi ?
Parce que si les gens se sentent mal à l'aise et que j'arrive à les persuader que c'est de leur faute, ils s'en accuseront et il ne leur viendra pas à l'esprit de me remettre en question. S'ils sont heureux, épanouis par un système qui leur plaît et qui leur donne envie de faire mieux, ils risquent de le changer, et moi avec.

Mais comment mettre en place un tel projet ?

C'est plus simple qu'il n'y paraît.

Vous basez le développement de la société sur des idées fausses, par exemple que le bonheur vient par l'achat d'objets en plastique avec des piles qui permettent d'y faire clignoter de petites lampes en façade.
Si vous arrivez à laver le cerveau des gens suffisamment en profondeur, vous obtiendrez qu'ils y sacrifient le reste de leur vie, c'est à dire qu'ils acceptent de passer leur temps à acquérir une voiture qui leur permettra d'aller travailler, et d'acheter avec le fruit de ce travail, de l'argent donc, les produits que vous leur vendez.

Ainsi les gens auront absorbé leur vie, englouti tout leur temps disponible, et ne créeront plus rien par eux-mêmes.
Leurs facultés créatives diminueront, ils n'imagineront plus rien de nouveau, et la mécanique s'entraînant d'elle-même, ils seront de plus en plus disposés à acheter la prochaine version du joujou électronique distribuant automatiquement de la musique, oubliant ainsi d'apprendre par eux-mêmes à jouer d'un instrument, disposés à acheter des films faits par d'autres alors qu'ils n'apprendront plus à lire pour imaginer des histoires.
Bien entendu, l'argent que je gagnerai ainsi me permettra d'accroître ma puissance marketing et de développer mon programme.

Cette privatisation s'accompagnant d'un désengagement de l'Etat, j'aurai des fonds disponibles pour encourager le développement d'un tissu de micro-associations locales qui prendront le relais sur le terrain, et je prendrai soin de briser les chaînes verticales qui rassembleraient les gens autour de valeurs concernant un territoire plus grand que leur village.
Ramener la culture, la politique, à l'échelon le plus petit possible permet de ringardiser la culture et la philosophie, tout en laissant un fantôme de civilisation. L'être paraît donc socialisé, mais en réalité, il redevient un unicellulaire.
Il est donc enfermé dans une cellule où la seule solution pour se sentir bien est l'uniformité avec les autres cellules. Toute " asocialité", singularité, toute initiative réellement créative, c'est à dire favorisant l'apparition de formes de pensée nouvelles, doit provoquer le malaise d'être inadapté.

Or ne l'oublions pas, j'ai dessiné le système, dès ses axiomes de base, pour que tous s'y sentent mal à l'aise. S'y sentir bien est par définition impossible. Donc par un effet d'entonnoir, ce malaise va se glisser dans son contenant catégoriel qui est le péché d'inadaptation.

Il n'y aura donc, plus, et cela se fera aussi quasi naturellement, à associer cette inadaptation à une inadéquation dans les objectifs. En effet, à côté de l'exclusion sociale, qui punit l'inadapté de son refus de se plier aux règles, et dont la terreur prospective sert à garder le gros du troupeau dans le pré, il y a l'exclusion culturelle. Il faut que celui qui pense différemment, qui apprend à penser autrement, se sente également spécialement mal à l'aise, il faut qu'il se sente inutile.

Mais une fois que le sentiment de rejet aura été culpabilisé, le pari est gagné. Je crée une société dont les règles n'arrangent personne, et je crée un malaise chez tous. Ensuite je culpabilise ce malaise, en l'isolant sous forme de problème individuel : " Ce n'est pas la société qui te pose un problème, c'est toi qui lui poses un problème en étant inadapté", et ainsi je ventile le malaise en le projetant dans des catégories individuelles : tu es hyperactif, dépressif, anxieux, anorexique, hypertendu, hypotonique, pas assez ceci, trop cela, bref individuellement, tu n'es pas bien, tu es malade, alors on va rembourser tes médicaments, mais pas trop non plus, tu vas les payer toi-même.

Alors on me dira avec raison que sous cette apparente simplicité, des problèmes se posent.

Le plus évident est que ce grand nombre de malades, enfermés dans la cellule de leur tête, passant leur temps à culpabiliser de ne pas bien aller, va finir par se voir.

On va finir par entendre des questions telles que : " Pourquoi les psys ne participent pas à la politique ? "

En effet, le scandale pourrait éventuellement confirmé par les psys. Pourquoi ne les entend-t-on jamais que pour tenter de se démêler des accusations d'incompétence quand ils ont laissé filer un meurtrier au lieu de le faire encabaner ?

Pourquoi n'entend-t-on, je ne pense pas me tromper, quasiment jamais, les psys sur les grands media ? En tant que sociologues, j'entends, en tant que remonteur d'informations, collationneurs, alors qu'on est au courant minute par minute de l'état de santé de chaque joueur de football ?


Pourquoi la pratique médicale psy est-elle cantonnée à une sorte d'acte commercial, comme le fast-food ou la prostitution ? Je t'achète un service, je paye, c'est entre adultes consentants, personne ne se plaint, tout le monde est content, donc la personne publique ne s'en mêle pas. 

Pourquoi faut-il attendre d'un type tue quelqu'un pour que cela sorte du cabinet ?  J'entends bien le souhait des médecins, et avec raison ils s'opposent à l'ébruitement de ce qui s'y passe. Ils ne sont pas des auxiliaires de police j'entends tout cela.
Ce que je ne comprends pas c'est qu'ils deviennent bien des auxiliaires de justice, mais trop tard. Seulement quand les gens sont devenus alcooliques, fous, assassins, suicidaires...

Vous avez raison.
Il faut que la prise en charge psychologique et affective de l'individu soit faite le plus tard possible. En effet, elle devient alors impossible, coûteuse, et il faut repasser dans le circuit médicament. On a pu jusqu'ici juguler le phénomène en inondant les organismes d'antidépresseurs, d'anxiolytiques, de coupe-faim, de cosmétiques (rouge à lèvres...), de drogues (alcool, tabac) à doses massives et en amenant les gens à payer pour les drogues qui compensent le mal-être dans lequel on les fait vivre, ce qui contribue à faire tourner l'économie;

Si, comme on le fait pour la santé physique, on suivait l'enfant au plus tôt pour détecter les problèmes. Si, comme on le fait pour la santé physique, on surveillait l'environnement affectif de l'enfant. Si, comme on le fait pour la santé physique, on se posait la question de savoir pourquoi un enfant est malheureux ou déséquilibré, cela présupposerait que la société a pour devoir de rendre les gens heureux.

Le fait qu'on néglige la santé psychique et affective des enfants le plus longtemps possible, le plus tard possible, jusqu'à ce qu'il ne soit plus temps qu'avec des châtiments physiques, comme on battait les fous, jusqu'à ce que tout ne se résolve qu'en termes de suicide et de prison, prouve que le devoir pour la société de rendre les gens heureux n'est pas à l'ordre du jour.
Pire, que ce n'est pas un objectif.

Et ne vous croyez pas à l'abri, les riches, avec vos belles maisons, vos belles voitures, et vos vacances au soleil. Vos stérilités de couple, vos AVC, vos cancers, vos crises cardiaques, parkinson et autres ne sont que les punitions corporelles pire encore de vos corps, de votre malaise plus profondément enfoui encore.

Vous avez raison, mille fois raison. C'est un facteur de risque et j'y veillerai.Quant je serai présidente, je veillerai à ce que tous, enseignants et élèves, soient évalués régulièrement pour que tous se sentent également mal à l'aise, et qu'ainsi le malaise social ne me soit pas imputé.
L'individu se dira :  " Je suis mal à l'aise parce que je ne suis pas assez performant pour contribuer efficacement au développement de l'économie et de la croissance, je doit me corriger avec l'aide des médicaments".

Un autre risque de mon système est qu'il engendre sa perte faute de combattants. En effet, ces hordes de dépressifs ne deviendront plus bons à grand chose et ils iront grossir les rangs des chômeurs. Je ferai supporter ce poids aux systèmes publics locaux (autrefois appelés Etats) mais cette résistance a une limite.

Pour pallier cela, je fragmenterai le travail en petites tâches individuelles, afin que ces dernières puissent être exécutées par des personnes sous-qualifiées que seront les zombies sous anxiolytiques, trop heureux d'avoir un quart de temps à quelques euros par mois pour oser se dire " Mais qui suis-je pour réclamer plus que ce qu'on veut bien me donner ?".

Il faut donc mapper toutes les activités professionnelles sur des procédures, que les gens suivront pas à pas, assistés au besoin par des systèmes d'information qui les guideront, corrigeront leurs erreurs, et reporteront les indicateurs des tableaux de bord sur la performance du système d'assistance par ordinateur. J'étendrai ce CAM (Computer Assisted Management) du haut en bas de l'échelle, de façon à ce que seule une Elite Coders aient besoin d'accéder aux patterns de design du système.

Bien... Je crois que tout est bouclé. Chimiotiser toutes les thérapies et procéduraliser l'espace de décision, il y en a pour un quinquennat à tout casser.
Je suis prête pour le prochain, aaaaaaaaaaaaaattachez vos ceintures, et si vous voyez dans votre tête un panneau " autorisez-vous le programme de Natacha à s'exécuter ?", cliquez sur ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, et vous aurez une double dose de tramadol gratuite dans votre prochaine injection.



lundi 29 avril 2013

Sructure et mémoire

Je sais que cela paraît dingue, mais l'histoire du foie greffé rejoint une idée qui m'était venue, que ma peau puisse être un lieu de stockage d'images.
Comme un disque dur externe. Et en caressant la peau, on peut éveiller ces images, allumer l'écran tactile et les faire parvenir au cerveau qui les restitue à une forme de conscience.
N'importe quelle structure peut servir à stocker de l'information, pourvu qu'on ait la clé de relecture.

lundi 15 avril 2013

Créatrices, résistez !

La vilaine Guillemette a encore frappé, il faut que je la dénonce à qui de droit.


mardi 9 avril 2013

flip-book de luxe

Pas trop mon genre, mais bon, si c'est vraiment fait à la main, ça force l'admiration.

Zone à Défendre


Publicitaire nietzschéen reconverti dans l'art cherche artiste pour faire la gueule sur des photos.

 De notre correspondante à Londres :

"L’autre jour a la Saatchi Gallery (haute institution devant laquelle il faut s’incliner puisqu’elle a réussi a faire de Damien Hirst et Tracy Emin des stars de l’Art Contemporain, j’ai vu deux tableaux (prétendument) détruits par l’artiste quelques minutes avant le vernissage.

Le décor: barrières devant les œuvres, verre cassé au sol.
Je me demande si la machette n'était pas encore elle aussi à terre. Il y a un long texte à l’appui, avec le récit du suspense : l’artiste monte voir ses œuvres, soudain on entend un grand bruit, affolement, tout le monde se déplace, découvre la catastrophe !
Puis intervention d’un (soi-disant) grand critique qui dit qu’il faut absolument tout laisser comme ça. Quelle blague."

En découpant dans Closer des bons de réduction pour les ouvrages de Jean d'Ormesson, je suis tombée là-dessus :

Charles Saatchi dénonce l'art bling-bling

"7 déc. 2011 – Le célèbre collectionneur britannique a pris la plume pour dénoncer les dérives de l'art contemporain."

On espère qu'il l'a rangée ensuite au bon endroit, mais ils sont connaisseurs au rayon boucherie, dans les rédactions bling-bling, ils ont dû le conseiller.  

Extrait de la séance de lèche : " Le pamphlet est drôle, comme il se doit. Enlevé et bien vu pour qui veut stigmatiser les nouveaux riches de l'art contemporain"
Extrait des réactions : C'est l'hôpital qui se moque de la charité :) Dans les dents du "vieux lion".

Sinon, il faut impérativement lire la Naissance de la Tragédie. Le Cas Wagner. Et toutes les sources avec, ce qui ne va pas sans soulever des nuages de poussière hellénique vénérable.
Ou alors, mais pour cette indulgence vous devrez me verser une contrepartie financière dont le montant se négocie en ce moment même âprement à l'OMC, entre autres mesures concernant l'égorgement des moutons, qui bêlent toujours au moment de monter dans le camion de l'abattoir après avoir assuré la fortune de l'éleveur, vous écoutez cela :

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-philosopher-avec-wagner-14-wagner-et-les-philosophe

J'ai sursauté comme une adorable puce que je suis, quand j'ai entendu que Wagner avait dit vouloir faire, après la musique invisible, un "théâtre invisible".
Cela n'est pas sans me rappeler une réflexion de Nicolas Bourriaud posant que l'art moderne tend vers l’annihilation de son objet (aux deux sens du terme "objet"). Mais pour y substituer le geste créatif, et l'attitude intérieure qui y préside, le fonde, l'accompagne et le " justifie" (au sens de sa vérité interne).

Je suis également ravie de retrouver ici deux fois le mot moderne. Car je poursuivrai en disant que l'art contemporain cherche la négation de son objet au sens concret, mais aussi la néantisation de sa pratique, en ce sens qu'elle pourrait encore constituer au sens ontologique, un support d'intention, et une quelconque justification.
Cette culpabilité pousse à l'implosion, et je la remets en parallèle avec l'impossibilité évoquée par Dorian Astor, de reconstituer une "cérémonie". Au sens rencontre avec le public, exposition, cf. Cady Noland.
Je sais, je transpose un peu vite le drame, mais etc.

Or ce centre impossible, introuvable, ce noyau de vide brut, de matière noire de l'être, qui fascine l'Occident depuis peu, il est intégré depuis fort longtemps dans l'art indien et ses déclinaisons par le vecteur bouddhiste (cf Titus Burckhard). C'est le disque percé d'un trou.

Même dans la dualité de la solitude du sujet, l'objet intentionnel par rapport auquel on aurait la capacité de prendre un recul réflexif et salvateur est encore de trop dans la pulsion artistique.
Cela ne laisse donc ici que la place à trois catégories d'artistes, les répéteurs hébétés dans l'ombre de l'ignorance, les suicidaires à la lueur de la lucidité, et les éparpillés du numérique, butinant tout et n'importe quoi pourvu que cela vole en éclats multicolores sur l'écran pour hypnotisés de la première catégorie et les nourrisse.

Au bout de la quête d'invisibilité, de néantisation, il s'agit d'abord d'une explosion en mille fragments, mais l'objet a volé en éclats contre un obstacle invisible, quelque chose comme de la matière noire, contre laquelle on rebondit un peu, mais dont l'onde de choc détruit jusqu'à la surface de la sphère.

Ce vide, non compris dans l'éducation culturelle occidentale, toujours focalisée sur la dualité ontologique sujet / objet, c'est finalement peut-être la science qui a su le mieux l'intégrer dans sa nouvelle sauce philosophique (Nouvelle Gnose de Princeton et multiverseries contemporaines) pour éviter de justesse le précipice.



lundi 8 avril 2013

dimanche 7 avril 2013

Voyage d'une nichée de noyaux à Paname

Une fois de plus, Bruno Dufour-Coppolani nous a gratifié d'une de ses délicieuses conférences, je dis "conférence" parce que le sujet en était " L'art peut-il être populaire ?" *, et " délicieuses " parce que ce qui en fait le charme, outre les grumeaux ** d'érudition qu'on trouve habituellement dans ce genre de communication, il y avait encore cette sauce chaleureuse de celui qui va chercher en soi avec lucidité et humanisme.

Bruno a une manière bien à lui de rendre vivante une conférence d'Histoire de l'Art, en y injectant de sa vie propre, de son équilibre, et on se retrouve à son corps défendant à réfléchir sur l'art. Ah, non revenez gamins, je rigolais.

Bref et donc, cette fois-ci je pensais à Icare le héros tragique, figure de l'artiste. Icare vole entre le faire qui sera indéfaisable sinon par la catastrophe, vers le soleil, s'éloignant d'un autre "faire", celui qui l'alourdit.
Une fin plus lente, sans doute. Une fin consensuelle (il est admis qu'il est préférable de faire durer sa vie le plus longtemps possible).

Là j'établis un lien entre interpréter et défaire.

Créer " along the tide", si je peux me permettre cet aphorisme hardi,  c'est à dire créer " pas trop loin de ce qui est admis", en restant sourd aux appels du grand large, des sirènes, qui invitent à s'enfoncer un peu plus dans l'eau, ou vers le soleil, vers les extrêmes, l'absolu, parce qu'on sent que "c'est" là-bas. Quoi ? Rien. Mais c'est là-bas qu'il faut chercher.
Quand on sait qu'il n'y aura pas de réponse. Ni ici-bas, ni dans l'au-delà, mais que c'est vers là-bas qu'il faut chercher.
Qui a échappé à cela ? Ou plutôt, qui en a réchappé ? Qui sont ceux qui, saisis par cela, ont décidé de rebrousser chemin ?
Qui a dit des choses comme : " Je me suis senti frôlé, et j'ai rebroussé chemin".

Ceux dont on peut " défaire " la création sans trop de mal, l'ensemble étant ficelé à, et avec son époque, comme un paquet cadeau, le truc qu'on peut poser sous le sapin.

Et puis, les autres, allés rageusement serrer le noeud jusqu'au bout. Au bout de nulle part, dont l'oeuvre est absolue, se regarde sans mot dire, ou se déplie en d'infinis murmures amis, c'est tout un. C'est au choix.

Et ceux qui hésitent, qui se trempent pour se ragaillardir la cire, sans doute. Ceux qui trempent un orteil dans l'eau froide, et retournent sur le sable chaud, qui supportent encore de parler.

Mais... ceux qui se brûlent les ailes, qu'on repêche, qu'on recoud, à qui on donne, et métadonne, et qui retombent pour de bon...

* Petite précision, le sujet, et surtout le mot " populaire" devait s'entendre au sens anglo-saxon de célèbre, ce qui était un peu maladroit compte tenu de l'existence de sens déjà associé à " art populaire", mais bon...
L'idée était de comparer les différentes phases de la reconnaissance, sa mise en place par l'artiste pouvant devenir une stratégie (Courbet initiant le marketing du scandale, devenu aujourd'hui le mainstream de l'affaire)

Une autre idée intéressante, bien qu'elle se discute, est que Bruno pose que l'auto reconnaissance par l'artiste de son œuvre est un préalable à l'enclenchement du mécanisme de reconnaissance par les autres, reconnaissance dont l'extension à des cercles plus larges fera passer l'oeuvre du statut de résultat d'une pratique artistique à celui du champ de l'art, lui permettant de tenir une place plus ou moins grande dans l'Histoire de l'Art.

** Comme il me disait avec modestie ne pas être historien de l'art, je lui rétorquai que sa culture y suppléait. Pour associer le Jansénisme à Soulages, il faut avoir un petit fonds, tout de même.

jeudi 4 avril 2013

Acta, fabula est


Y'a trop de trucs trop dars, au sommaire de Fabula.



Comme les latinistes, même en désordre, nous interpellèrent, voici :

Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, immortalisée sous le nom de comtesse Greffulhe

Marcel Proust l'aperçoit à un bal chez la princesse de Wagram le 27 juin 18929*. Il est aussitôt fasciné et en fait le principal modèle du personnage de la duchesse de Guermantes.

C'est chez Robert de Montesquiou, lors d'une réception donnée pour Delafosse, qu'il l'approche vraiment. La comtesse a alors trente-quatre ans et elle est au sommet de sa beauté. Elle l'acceptera plus tard dans son salon, mais elle le fit pour faire plaisir à Robert de Montesquiou, car elle ne l'appréciait pas spécialement au début.

Elle déclara à la fin de sa vie : "Ses flatteries avaient un je-ne-sais-quoi de collant qui n'étaient pas de mon goût et il y avait cette absurdité à propos de ma photographie qu'il réclamait par l'intermédiaire de Robert (...) La dernière fois que je l'ai vu, c'était au mariage de ma fille, où là encore il a mentionné ma photographie, c'était fatigant ! Guiche [son gendre] était vraiment dévoué à Proust. Je ne l'ai pas vu, après qu'il fut devenu le génie que Robert avait prédit"

 Marcel, le collant, c'est Greffulhe qui l'a dit !

* Je laisse la coquille, ça fait un joli scénario de film. 

Grandes nouvelles

Ce matin j'ai fait un truc de ouf, tenez-vous bien : j'ai acheté (oui, acheté, en solde, en promo l'occasionne fait la larronne mais bon...), j'ai acheté, donc, des patins en plastique de rechange pour les pieds de ma table à repasser, laquelle en avait perdu deux pendant le déménagement.

Et je le prouve :

Elle est pourrie d'ailleurs ma table à repasser, comme toutes les tables modernes, qui ne sont plus de vraies planches mais des merdes en tôle ajourée, ce qui fait qu'on n'appuie sur rien.
Car je suis une frénétique repasseuse, moi, Madame. Parce que quand vous repassez du lin, t'as intérêt à le repasser mouillé, sinon macache ouallou pour le défroisser.
Donc les pièces de lin que je teins, je dois les repasser au sortir du bain de rinçage, enfin juste essorées, quoi.

Sinon je voulais dire une chose à propos des images et autres musiques que j'utilise dans mes oeuvres, c'est à dire ma liability warranty policy en matière de copy fraud, droits d'auteur et autres DRM de MRD, à savoir  la suivante : 


J'en profite pour dire que je suis scandalisée par les droits d'auteur de m... que la RMN et autres mettent sur les peintures. Je ne suis pas sûr que Léonard soit d'accord pour que ces gens se réservent les droits sur son oeuvre. Donc déjà au départ c'est du vol.
Ensuite l'art, la culture, comme les données et le reste, sont publics. Donc c'est encore du vol de biens publics. Dire comme le font ces gens d'une oeuvre : " Vous n'avez plus le droit de la photographier  " ET "  si vous voulez la reproduire, il faut payer", c'est du vol : soit on est vendeur de photos de qualité et on laisse les gens prendre les leur, soit on est service public d'exposition d'art (comme il me semblait qu'était un musée public), et on laisse les photographes travailler. C'est donc trois fois du vol, cela l'a toujours été et le sera toujours.

Donc tout est à moi, je pique tout ce que je veux et j'en fais ce que je veux. Si je vous admire, je vous en ferai éventuellement part, afin de vous associer à la fortune de votre oeuvre.  Si vous admirez une de mes oeuvres signée par un autre, c'est bien, c'est que vous avez du goût.
Si vous êtes incapables de me l'attribuer, c'est que vous êtes inculte, et le dommage est pour vous. This is your loss.
Donc ne m'em...ez plus avec les droits d'auteur. Je prends ce que je veux, la ragazza ladra, ah ah :D

Enfin on suppose, je crois, qu'il y auraient des mots qui nous feraient du bien. On suppose qu'il y aurait quelqu'un pour les dire.
Mais non.
Et ces mots enfuis laissent derrière eux un tel vide, un silence tel qu'il m'empêche de parler.

Le vide central après l'explosion, le vide primordial. J'y reviendrai. Mais plutôt le vide de l'indéfaisable. Je m'explique : Lorsque vous faites un feu de cheminée, vous mettez du papier, du petit bois, du bois plus gros, et enfin les bûches.
Si une fois les bûches enflammées, vous vaporisez de l'eau sur le feu, ces dernières vont s'éteindre. Si vous éteignez les bûches, vous ne pourrez plus les rallumer, parce que le petit bois est brûlé. Ce qui fait défaut aujourd'hui dans l'espace, signale la trace de la façon dont les choses ont pu s'ordonner dans le temps.

Autre image pour mes jeunes amis :on ne trouve pas de diamant naturel  à l'air libre. Il est dans une gangue rocheuse, veine elle-même enfouie dans la terre banale. Cette image m'est venue en écoutant un album de Zappa que je laboure depuis vingt ans. Les morceaux que j'aimais dès le début m'ont poussé à prendre connaissance des autres morceaux, qui me paraissaient moins attrayants.
Ils étaient plus difficiles d'abord, tout simplement, et ce sont maintenant mes préférés. Plus riches, mais d'une richesse plus hermétique, plus rêches à l'approche, ils font maintenant mes délices. Cette apparente âpreté cachait un trésor.
Mais il m'a fallu écouter du Zappa pendant des années pour apprécier telle chute, telle reprise. Et je pense qu'il en fut de même pour la composition. J'espère qu'il a levé sa plume à ce moment en disant : " Ah je n'en suis pas mécontent, de celle-là". (Zappa écrivait tout)

mercredi 27 mars 2013

FRAC, Rennes et médiation

Nous fûmes (c'est du belge) de retour au FRAC de Rennes à l'architecture corbusienne en diable, n'est-ce pas.
La nouveauté c'est Cady Noland. L'exposition est réalisée par les étudiants de la filière exposition de Rennes II, ce qui explique le choix de l'artiste. Cady Noland a décidé à la fin des années 90 d'arrêter de diffuser son travail.
L'expo invite par là à une réflexion sur ce qu'est exposer. Et à réaliser qu'exposer fait partie de l'art, puisque c'est une rencontre entre l'artiste, le public, et cette tierce partie qu'est le " monstrateur". J'emploie délibérément des gros mots parce que je suis énervée par cette phrase de la plaquette explicative : " Cady Noland fait partie de ces artistes pour lesquel-le-s (sic) il y a bien assez d'images et d'objets dans le monde".
Le désir de faire dans le " n'oublions personne des minorités opprimées " politiquement correct commence à nous amener aux frontières du grotesque*. Et c'est encore une insulte à l'art pariétal. Bien.
Une partie de l'exposition est présente dans les locaux de l'université, ce qui correspond bien à cette idée de fragmentation. Pour tout voir, on doit se déplacer d'un lieu à l'autre, ce qui sied je trouve à l'oeuvre de Cady Noland.

 

Donc en ce sens, c'est une excellente chose. Cela nous conduit bien évidemment à reparler de  Renée Lévi (autre artiste exposée au FRAC), puisque la charmante guide qui commentait ce jour là pour un groupe a bien voulu nous donner à voir à quel point l'accrochage était ici important, et donc l'oeuvre comme " chevillée " au lieu, constituant l'acte de monstration.
C'est essentiel, crucial. Il faut le faire. C'est un parti-pris courageux, car je pense qu'une moitié de l'assistance a franchi le pas du rejet a priori vis-à-vis de cette oeuvre. Je me demande si, en ce qui concerne l'autre moitié, il ne faut ** pas qu'au préalable, on leur eut délivré une première couche de médiation, pour éviter que la seconde ne passe pour une justification.


En ce qui me concerne, c'est loin de sauver totalement l'oeuvre, mais bon...
C'est curieux, encore une fois, ce qui me met sur mes gardes, ce sont les chiffres. "Cent vingt dessins", "22 mètres de long", et surtout le plexi d'exactement 64 centimètres, même s'il donne les lignes par le bord. Dès qu'une oeuvre se caractérise par des tonnes, des mètres, des mètres cubes, je me dis que les acteurs de l'expo ont raté des choses qui se sont passées dans les années 70.

C'est peut-être là finalement, ce qui manque, le point aveugle qu'on traîne sur la moitié de siècle précédente, qui fait qu'on commence seulement à " digérer " le début du XXème siècle, et que tout ce qui est après est ignoré. Enfin, disons, non pas ignoré, mais sujet à redite dans que personne ne bronche.

J'ai revu les vidéos d'Esther Ferrer. C'était une façon de performer quelque chose sur son travail. L'aspect qui m'a semblé ressortir cette fois plus fortement, c'est la séquence.
Je pense par exemple au moment dans Las Cosas, où elle enlève et remet ses chaussures, les étapes de cette séquence étant interrompues par le mouvement de divers objets, et même par son changement de côté de la table.

J'ai du coup revu La première demie-heure sous cet aspect, les mains retournées, les drapeaux blancs, tout cela a résonné avec ce que Guillaume, mon fils caché, a écrit ici. Il y a bien, par l'inscription dans le temps de ces " passages " d'un état des choses à un autre, la fixation de décisions, donc de choix, cf. Nicolas Bourriaud.

Petit voyage sans alexandrin.

* Je ne nie pas que ça pose problème parfois, mais il y a pire. Là il y avait " pour qui".
** Pour les nouvelles qui seraient déroutées, j'aime à employer " falloir " en son sens premier de " manquer". le sens de la phrase est donc ici : " je me demande s'il ne manque pas qu'on leur eut délivré (au préalable)..."

mercredi 20 mars 2013

ISO 8859 Retroactive fit

" Peu importe ce qu'elle fait, du moment qu'elle le fait bien", telle était la devise de Saint-Donatien, qui se retira dès l'âge de 16 ans dans l'ouest de l'érémitisme, et vêtu dès lors d'un manteau en peau de sauterelle,  décortiquant les chameaux.

J'ai donc choisi ceci, de la charmante Sumiyo Toribe :

               
Parce que c'est bien pratique pour illustrer les propos de Blanchot sur Hölderlin, dans la ligne : " Le poète est second par rapport au poème", qui doit préexister dans son essence, le poète le réalisant ensuite.Pour pouvoir ainsi " cerner le blanc", et même s'il y a eu des croquis préparatoires, il faut bien que le plan général de l'oeuvre préexiste à son exécution.

Cela vient s'ajouter aussi aux réflexions sur l'antémémoire et le "search for meaning", évoqués dans ce billet.

dimanche 17 mars 2013

Renaissance

Tu as déjà embrassé une fille ?
- Non...

samedi 16 mars 2013

Il en faut pour tous mes goûts

Je sais, vous allez me dire, c'est un intello etc. Tant pis. Comme chacun sait, moi je n'ai pas un type d'homme, j'en ai plusieurs.

A propos d'homme intelligent, je remercie au passage mon ami de toujours d'avoir bien voulu compléter mon billet par le sien. Et pour avoir ajouté la majuscule à l'initiale du second prénom, ce qui ne fait que répéter l'insolente invite du titre, vous serez fouetté, mon bon.

samedi 2 mars 2013

Corps de ferme, animal third party, Esther Ferrer


Ce titre rutilant puisque " toutes les versions sont valables, y compris celle-ci", pour dire que j'aimerais reparler d'Esther Ferrer, notamment de son expo au FRAC de Rennes, qui m'a bien secouée.
Parler de la performance a quelque chose de totalement irrelevant, mais bon, allons-y, maintenant que je l'ai annoncé, me voilà maligne, sur scène...



Il faut la voir explorer :
- La liberté : par rapport à un comédien, "guidé " dans son parcours, dans les lacs du texte, dans l'épaisseur de la distanciation consentie par son théâtre, elle est libre. Elle décide du texte, de l'agencement, de la durée, de l'expression, et même de ce qu'elle décide.
- La séquence : dans quel ordre placera-t-elle les choses, le sens que prend la succession et les enchaînements, jusqu'à la fin (panneau " The End"). Actions écrites sur les cartes, dont l'ordre est confié au hasard jusqu'à " Las Cosas", sa performance à Berne, où elle décide de tout.
- Le défaire : on efface la silhouette au mur, on décolle les bandes adhésives.
- L'ordre spatial des choses: Canon pour 4 chaises, une table et un ventilateur.

Elle épelle l'alphabet de la création dans l'instant même, et en même temps que la création. La création consiste à en explorer les règles. Elle touche donc au coeur du processus créatif.
Sans accessoire, puisqu'avec n'importe quel accessoire (casque, chou, bougie...), avec un fil, son corps, elle effectue, elle " performe " * la mesure ici-et-maintenant de l'espace et du temps explorés tant qu'ils sont " encore chauds", tant qu'ils sont toujours, et juste jusqu'à la fin de la performance, le temps et l'espace de la création.
Sans accessoire donc, sans toile, sans peinture, sans pinceau, sans autre outil que son corps et le temps de sa vie, elle va chercher l'essence même du processus créatif, elle va toucher l'essentiel, ce que donnait Bourriaud comme définition de l'art moderne, elle nous donne à voir l'instant où elle " fixe ses décisions ", dans le temps et l'espace.

Et pourtant la densité créative qu'elle délivre est aussi lourde que si elle sculptait sous nos yeux une statue de marbre. Elle sculpte quelque chose d'immatériel, mais qui est en chacun de nous, lourd, présent. Son geste nous habite, nous sentons son enfant bouger en nous.

Son parcours " remonte à la source", dans un espace virtuel et pourtant bien réel, qu'elle balise avec son corps, avec ses gestes, avec sa façon de découper le temps. Elle occupe un espace qui est en nous, c'est notre temps qu'elle suspend et qu'elle ordonne. Son parcours nous emmène, nous prend par la main pour cheminer entre ses balises, pour nous faire toucher, dans notre intériorité, la source de l'acte créatif, sa décision de faire, d'arrêter de faire, de reprendre, de finir.

Ce qui est également magnifique, c'est la cohérence de sa démarche tout au long de sa vie. Il faut faire le tour de l'exposition, dans l'ordre chronologique, prendre le temps de regarder chaque vidéo, puis recommencer au début. On verra alors le début après la fin.
On verra alors cette inscription en gros sur son corps : " intime et personnel", à Genève en 2011, puis on verra ensuite les actions corporelles de 1975. Devant une fenêtre, elle prend les mesures de distances séparant des points de son corps, note le chiffre sur une étiquette, puis s'appose cette étiquette sur la peau, à l'endroit mesuré.

Et puis on comprendra ce geste qu'elle a, encore jeune, de tendre un fil en haut d'un escalier, et celui de mesurer l'intérieur d'un wagon. Les gestes tardifs éclairent ces premières actions, les expliquent, et leur donnent sens. C'est cela qui m'a donné l'impression que l'oeuvre n'a pas de sens en soi, mais que le miracle réside dans le fait qu'une seconde oeuvre, même plus tardive, viendra rétroactivement lui donner du sens.


C'est précieux, cela : quelque chose qui n'a pas de sens, et qui en prend un lors de l'apparition d'une autre chose, laquelle n'existait pas encore lorsque la première chose a été créée. L'objet et le regard à égales distances du sens.

Et puis, tellement émouvant, à quel point d'un bout à l'autre de sa vie et de ses créations, elle est " dedans". Imperméable au regard des badauds, à tout ce qui n'est pas la construction de son oeuvre, l'habitant, au point de se dépouiller de ses habits pour signifier ce qu'il y a à regarder, nous forcer à chercher ailleurs ce mur habituel soudain disparu, à chercher du regard sa cathédrale.
Des rues de Saint Sebastien aux wagons, aux salles, au murs, aux corps des autres, elle a balisé l'espace du monde entier, elle y a dessiné une oeuvre immense, qui nous apprend à regarder autour de nous, elle a patiemment écrit les premières règles du jeu " habiter le monde", c'est comme à chaque construction circulaire, reliée les yeux, plein d'énormes.

Bibliographie :
Google est votre ami, dont cela, signé d'un Guillaume Désanges récemment vilipendé par paris art mais bref, ce n'est pas le sujet.

* Il semble que le sens anglais du mot se soit perdu en route, récupéré par le vocabulaire sportif pour en faire le volet artistique des aventures à la Koh Lanta, à en juger par des expressions comme : "
" Que seriez-vous prêt à faire pour... "
"...a été l'auteur d'une performance artistique et physiquement éprouvante..."
 On confond Jackass et Jackass...